La rétention placentaire (RP), également connue sous le nom de non-délivrance, est un problème courant chez les vaches, particulièrement celles des races laitières. Elle est définie par l'absence d'expulsion des membranes fœtales dans les 24 heures suivant la naissance du veau. Cette condition peut entraîner des complications significatives, affectant la santé de la vache et la rentabilité de l'élevage. Le coût du traitement et l'impact sur le troupeau peuvent s'élever jusqu'à 300 euros par vache.

Qu'est-ce que la Rétention Placentaire ?

La rétention placentaire se produit lorsque le côté du placenta du veau (l’enveloppe fœtale) ne se sépare pas de la mère. Normalement, la séparation des membranes se produit peu après la naissance du veau. On considère qu’il y a une rétention placentaire (ou non-délivrance) quand le placenta de la vache n’est pas sorti dans les 12 heures post-partum.

La vache est plus prédisposée aux non délivrances du fait de l’implantation particulière de son placenta, qualifiée de « placentation cotylédonaire ». Les structures fœtales (ou annexes) et maternelles (la muqueuse de l’utérus) sont étroitement imbriquées, mais uniquement au niveau de 60 à 120 cotylédons. Ces « points d’attaches » peuvent facilement entraîner une déchirure au niveau du placenta. Un morceau de placenta va alors rester dans la cavité utérine et provoquer des infections. Ces infections mènent rapidement à des métrites et leur lot de complications (retard des chaleurs, troubles de la fertilité, cétose…).

Symptômes de la Rétention Placentaire

Le signe le plus courant de rétention placentaire chez la vache est une membrane décolorée et en putréfaction visible à l’extérieur de la vache après le vêlage. Parfois, cette membrane reste à l’intérieur de la vache et peut être signalée par un écoulement nauséabond. Ces deux symptômes s’accompagnent généralement d’une baisse d’appétit et de la production de lait.

On peut également observer :

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  • Une rétention placentaire incomplète où une partie des enveloppes fœtales pendent de la vulve. Elles peuvent devenir grises à brunâtres et nauséabondes.
  • Une rétention placentaire complète où rien n’est visible extérieurement, sauf parfois des écoulements malodorants.

Causes de la Rétention Placentaire

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la rétention placentaire chez les vaches. Une bonne gestion des vaches taries est le meilleur moyen de prévenir les non-délivrances et les effets qui s’en suivent. Il s’agit notamment de fournir les bons nutriments, en particulier le magnésium, de maximiser l’ingestion de matière sèche, de maintenir une note d’état corporel correcte et de fournir un environnement propre et sec.

Voici les causes les plus courantes :

  • Fièvre vitulaire subclinique (Hypocalcémie): La fièvre de lait (aussi appelée fièvre vitulaire ou hypocalcémie puerpérale) est due à une forte augmentation de la demande en calcium suite au démarrage de la lactation. Elle touche principalement les vaches laitières hautes productrices et se rencontre peu chez les primipares ou en élevage allaitant. Le contrôle de la fièvre du lait sera le facteur le plus important pour réduire les rétentions placentaires.
  • Vache trop grasse: Les vaches trop grasses en fin de gestation sont de très bonnes candidates à la mobilisation intense de leurs graisses et à l’hypocalcémie larvée qui inhibent l’une et l’autre le désengrènement du placenta.
  • Carence en sélénium/vitamine E: Les carences en vitamine E et sélénium affectent l’immunité. L’augmentation des niveaux de sélénium et de vitamine E chez les animaux est donc recommandée.
  • Gémellité: La gémellité est un facteur de risque reconnu pour la rétention placentaire.
  • Vêlage difficile (Dystocie): Un vêlage difficile qui a endommagé les parois vaginales et ensemencé l’utérus peut entraîner une métrite aiguë puerpérale.
  • Naissance prématurée/avortement: La durée de gestation a un impact sur la rétention placentaire.
  • Système immunitaire faible: La rétention placentaire de la vache qui vêle à terme est considérée aujourd’hui comme relevant essentiellement d’un trouble de l’immunité relié à la conduite alimentaire en fin de gestation.

D'autres facteurs de risque incluent :

  • L’âge avancé de la vache.
  • Une durée de gestation légèrement raccourcie.
  • Le manque de vitamine A, de cuivre, de magnésium et l’excès de phosphore.

Problèmes Liés à la Rétention Placentaire

La rétention placentaire peut entraîner plusieurs complications graves, notamment :

  • Risque de cétose: La cétose est un trouble métabolique qui survient lorsque la vache ne peut pas répondre à ses besoins énergétiques après le vêlage.
  • Risque de métrite: La métrite est une infection de l’utérus qui suit le plus souvent une mise-bas difficile. Elle emboîte évidemment le pas de la rétention placentaire, mais elle débute aussi après un vêlage difficile qui a endommagé les parois vaginales et ensemencé l’utérus.
  • Risque de mammite: La mammite est une infection de la mamelle qui peut réduire la production de lait.
  • Baisse de fertilité: La rétention placentaire peut entraîner des retards des chaleurs et des troubles de la fertilité.
  • Augmentation des frais de vétérinaire et de médicaments.

Traitement de la Rétention Placentaire

La membrane retenue disparaît généralement au bout de 4 à 10 jours sans qu’il soit nécessaire de la traiter. L’extraction manuelle n’est recommandée que si le placenta est libre, car une extraction forcée pourrait provoquer des lésions dans l’utérus. L’administration d’antibiotiques réduit la charge bactérienne présente dans l’utérus et peut prévenir le développement d’une endométrite ou d’une métrite. Cependant, si des antibiotiques intra-utérins sont administrés alors que le placenta est encore retenu, cela prolongera le délai d’expulsion.

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Voici les options de traitement :

  1. Attendre l'expulsion naturelle: Dans de nombreux cas, le placenta sera expulsé naturellement dans les 4 à 10 jours suivant le vêlage. Il est important de surveiller attentivement la vache pour détecter tout signe d'infection.

  2. Extraction manuelle: La délivrance manuelle ne doit être entreprise que si elle est facile à réaliser, entre 24 et 72 heures post-partum. Elle n'a d'intérêt que si elle est réalisée proprement, sans traumatiser l’utérus et en 15 minutes. Lorsque ces conditions ne peuvent être réunies, éleveur et véto sont assez démunis face aux vaches en rétention placentaire. Il est important de prendre le temps d’effectuer un nettoyage de la vulve et de la région périnéale avant de délivrer, et de ne réaliser cette technique que lorsque les cotylédons se “désinsèrent” facilement. Dans environ 75 % des cas, il est possible de retirer complètement le placenta. La délivrance manuelle est déconseillée car potentiellement dangereuse. On peut parer (découper) éventuellement les tissus gênants à la sortie de la vulve pour éviter l’infection des voies génitales.

  3. Antibiothérapie: L’administration d’antibiotiques réduit la charge bactérienne présente dans l’utérus et peut prévenir le développement d’une endométrite ou d’une métrite. Une antibiothérapie par voie locale est administrée systématiquement, à l’aide d’oblets de tétracyclines ou d’amoxicilline renouvelables 24 à 36 heures plus tard (mais souvent non répétés en pratique), sans temps d’attente dans le lait après la délivrance manuelle, qu’elle soit complète ou non. Une antibiothérapie par voie générale est administrée en complément, uniquement lorsque des signes généraux sont observés, sous la forme d’une solution injectable dont l’effet s’étend sur trois à cinq jours. L’antibiotique doit posséder un spectre d’action adapté et un délai d’attente compatible avec la production laitière, se diffuser dans l’endomètre, et éviter de créer des antibiorésistances (les plus utilisés sont l’association pénicilline/streptomycine, le ceftiofur et l’oxytétracycline). Il n’y a pas de différence d’effet entre un antibiotique dans l’utérus ou par voie générale.

  4. Autres traitements médicaux: Pour éliminer ces enveloppes, plusieurs traitements médicaux peuvent être envisagés, comme l’association ergométrine/sérotonine, la prostaglandine PGF2α, le calcium, l’ocytocine. L’utilisation de l’ocytocine après un vêlage difficile permettrait de remettre les animaux plus rapidement à la reproduction.

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Prévention de la Rétention Placentaire

Comme pour la plupart des problèmes de santé, la prévention de la rétention placentaire est la meilleure option. Une bonne gestion des vaches taries est essentielle.

Voici les mesures préventives clés :

  • Gestion nutritionnelle adéquate: Fournir les bons nutriments, en particulier le magnésium, et maximiser l’ingestion de matière sèche. L’utilisation de mélanges spéciaux de minéraux secs pour vaches pendant la période précédant le vêlage aidera à prévenir la rétention placentaire chez les vaches, car ces mélanges sont conçus pour répondre aux besoins de la vache et du veau au moment du vêlage.
  • Maintien d'une note d'état corporel correcte: La note d’état corporel doit rester stable au long du tarissement.
  • Environnement propre et sec: Fournir un environnement propre et sec pour minimiser les risques d'infection.
  • Contrôle de la fièvre du lait: Le contrôle de la fièvre du lait sera le facteur le plus important pour réduire les rétentions placentaires.
  • Supplémentation en sélénium et vitamine E: Augmenter les niveaux de sélénium et de vitamine E chez les animaux. L’ajout de minéraux (sélénium, suivre, manganèse) et de vitamines (notamment E et A) dans la ration ou en cure, par voie injectable, est aussi recommandé.
  • Surveillance de la balance anions-cations (BACA): Le contrôle de la balance anions-cations (BACA) pendant le tarissement permet une réduction importante du nombre de cas de rétention. Pour une vache au tarissement, le pH urinaire doit être compris entre 7 et 7,4, ce qui correspond à une ration dont le Baca est compris entre -50 et 0 mEq/kg MS environ.
  • Éviter le stress: Veiller à mettre sa vache dans les meilleures conditions possibles, sans stress social, en évitant les risques d’infection, en gérant au mieux l’alimentation avant, pendant et après vêlage.

Rétention Placentaire et Immunité

La rétention placentaire est une maladie liée à la période de tarissement et non du post-partum, même si elle s’exprime après le vêlage. Elle est aussi un signe clinique de la bonne santé du troupeau. L’incidence des rétentions placentaires à l’échelle d’un troupeau (hors maladies infectieuses) est un marqueur de l’immunité des vaches et de la gestion du tarissement. Cette rétention est le reflet de l’impact global du déficit énergétique de fin de gestation et du stress oxydant sur le système immunitaire, en lien avec la régulation de l’inflammation. Autrement dit, la rétention placentaire est liée au non-déclenchement du processus de rejet immunitaire du veau et du placenta par la mère.

Le foetus est un corps étranger pour la mère, puisqu'il est porteur de gènes paternels. Il n’est pas rejeté par le système immunitaire car, pendant les six à sept premiers mois de gestation, le placenta fœtal n’exprime pas un certain nombre de gènes « du soi » (Complexe Majeur d’Histocompatibilité). Mais à partir du huitième mois, les protéines de ces gènes sont exprimées, déclenchant une réaction immunitaire puis inflammatoire de la part de la vache. Des globules blancs infiltrent alors massivement le placenta, et commence la maturation du placenta qui est indispensable à son expulsion après le vêlage. Au cours des deux derniers mois de gestation, le nombre de cellules placentaires diminue, phagocytées par les globules blancs, la matrice extracellulaire est digérée. Ainsi progressivement sur les 2 derniers mois de gestation, le placenta fœtal perd son attachement avec l’utérus.

Selon les vétérinaires, « la réaction immunitaire est donc le phénomène initial, qui commence dans les deux derniers mois de gestation, induisant la maturation placentaire » et permettant finalement l’expulsion du placenta. Les contractions de l’utérus avant, pendant et post-vêlage vont aider à évacuer le placenta fœtal mais elles ne sont pas le facteur limitant de l’expulsion. En effet, une rétention placentaire est due à un défaut de maturation du placenta - et donc de désengrènement du placenta foetal - et non à un défaut de contractions utérines. L’efficacité de la réaction immunitaire au cours des dernières semaines de gestation est donc cruciale pour la délivrance.

Ainsi une concentration sanguine en acides gras non estérifiés (AGNE), élevés avant vêlage (> 0,27 à 0,4 mmol/l) est associée à une augmentation du risque de rétention placentaire. De même, en cas d’hypocalcémie lors du vêlage, l’incidence de la rétention placentaire augmente, plus du fait de l’action positive du calcium sur l’immunité de la vache qu’en raison de l’absence de contractions utérines. Le calcium est par exemple impliqué dans la phagocytose exercée par les globules blancs et permettant la digestion du placenta.

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