Quand le froid s'installe ou que la fatigue se fait sentir, la tentation de prolonger son séjour au lit est forte. Certains y trouvent un tel confort qu'ils y passent des journées entières. Cependant, cette habitude apparemment inoffensive peut avoir des conséquences néfastes sur la santé, tant physique que mentale. Cet article explore les différentes facettes de ce phénomène, souvent désigné par le terme de "bed rotting", et met en lumière les risques associés à un temps excessif passé au lit.
L'attrait du "Bed Rotting" : Une tendance à nuancer
Avec le retour de l'automne et ses journées plus courtes, la tentation de s'accorder des journées "off" au lit se fait sentir. On peut alors passer le temps en jouant à des jeux vidéo, en dessinant, en écoutant de la musique ou en regardant des films et des séries. Cette pratique, popularisée sur les réseaux sociaux comme TikTok sous le nom de "bed rotting" (littéralement "pourrir au lit"), peut sembler bénéfique et reposante au premier abord. Après une semaine éprouvante, s'écouter et rester au lit plus longtemps que d'habitude peut être tentant, d'autant plus que le repos est important pour se libérer du stress et éviter le burn-out.
Cependant, il est essentiel de ne pas en faire un mot d'ordre. Comme le souligne Saverio Tomasella, docteur en psychologie et psychanalyste, "trouver un équilibre c'est mieux". Si le repos et un sommeil de qualité sont essentiels pour la santé, passer tous ses week-ends au lit n'est pas forcément bénéfique, tant sur le plan physique que moral.
Conséquences sur la santé mentale
Isolement social et risque de dépression
Passer beaucoup de temps seul au lit peut entraîner un isolement social, en éloignant la personne de ses proches. Chantal Pironi, psychanalyste, souligne que le "bed rotting" peut être associé à un état dépressif, surtout s'il s'accompagne d'une perte d'intérêt pour les activités habituellement agréables. Dans ce cas, ce qui peut sembler être un simple repli sur soi peut masquer un mal-être plus profond.
Perturbation du rythme circadien et troubles du sommeil
Rester au lit toute la journée peut perturber les rythmes circadiens, l'horloge interne du corps humain qui régule le sommeil. L'organisme ne sait plus quand il doit être en activité ou quand il doit produire de la mélatonine pour s'endormir. Le Pr Pierre Philip, chef du service universitaire de sommeil du CHU de Bordeaux, explique qu'il faut entraîner les rythmes circadiens avec une période d'activité sans dormir pour avoir une pression de sommeil suffisante le soir venu. Le "bed rotting" peut donc entraîner de la fatigue et nuire à la qualité du sommeil. D'après la Dr Sylvie Royant-Parola, spécialiste du sommeil, ce mode de vie perturbe notamment le pic de cortisol du matin, hormone clé pour l’éveil. Résultat : fatigue persistante en journée, difficultés à s’endormir la nuit et qualité de sommeil altérée.
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Impact sur l'humeur et risque accru de troubles
Passer la journée devant des écrans peut renforcer la sédentarité et exposer à une surcharge cognitive, amplifiant ainsi le stress et l'anxiété. Des études ont également mis en évidence un lien entre le temps excessif passé au lit, notamment devant des contenus numériques, et un risque plus élevé de dépression ou de démence.
Conséquences sur la santé physique
Sédentarité et risques cardiovasculaires
La sédentarité, c'est-à-dire le manque d'activité physique, est néfaste pour la santé. L'exercice physique, idéalement en plein air, est essentiel. Marcher quotidiennement est bénéfique pour la santé, tant sur le plan cognitif que corporel. Une étude a montré qu'effectuer au moins 4 000 pas par jour réduit de façon significative les risques de décès précoce.
Une étude épidémiologique réalisée sur des femmes ménopausées a révélé que plus les femmes de 50 à 79 ans sont sédentaires pendant la journée, plus leur risque d’être hospitalisées pour insuffisance cardiaque est élevé. Il est donc important d'éviter de rester trop longtemps assise ou allongée pendant la journée et de se lever et bouger toutes les deux heures, surtout si le travail est sédentaire.
Inertie et cercle vicieux de la fatigue
Rester au lit toute la journée peut entraîner un cercle vicieux. Le corps qui n'est pas en mouvement devient léthargique, créant une fausse impression de fatigue, une espèce de pesanteur et d'apathie. L'inertie et le repli sur soi ne sont pas bons pour le moral. Rester au lit pour rester au lit n'a aucun intérêt, car cela renforce le repli et entretient insidieusement la déprime.
Clinophilie : Quand rester au lit devient pathologique
La clinophilie, aussi appelée clinomanie, est un trouble psychiatrique qui se manifeste par une envie irrésistible de rester couché. Une personne clinophile reste allongée dans son lit toute la journée parce que c’est l’endroit où elle se sent le mieux et le plus en sécurité. Rester couché devient comme une obsession ou une addiction. Dans une certaine mesure, la clinophilie désigne également la tendance à vouloir rester chez soi, là encore pour des raisons de bien-être et de sécurité.
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La clinophilie n’est pas une maladie à proprement parler mais ce n’est pas non plus un caprice ou un simple trait de caractère. C’est un symptôme présent dans plusieurs maladies psychiatriques. Elle peut toucher tout le monde, mais certains groupes d'individus sont plus à risque, notamment les adolescents et les personnes âgées.
Causes et conséquences de la clinophilie
La clinophilie est très souvent associée à une pathologie psychiatrique, il s’agit alors d’une clinophilie dite secondaire. La dépression est la principale source de clinophilie. La schizophrénie et le syndrome de glissement chez la personne âgée peuvent également être à l'origine de ce trouble. La clinophilie primitive, c’est-à-dire sans pathologie sous-jacente, existe mais elle est beaucoup plus rare.
À plus ou moins long terme, le fait de rester allongé toute la journée peut avoir de nombreuses conséquences sur la santé : fatigue, perte de poids, fonte musculaire, escarres, constipation.
Diagnostic et traitement de la clinophilie
Diagnostiquer la clinophilie chez un patient est relativement aisé pour un médecin. En revanche, le plus important est de trouver la maladie psychiatrique ayant provoqué la clinophilie. Ce n’est pas toujours facile.
La clinophilie est un trouble psychiatrique qui se soigne très bien du moment que l’on a réussi à en identifier la cause. Le patient est encouragé à parler de ses difficultés quotidiennes à un ou plusieurs professionnels de santé et à suivre une thérapie. En complément, il peut se voir prescrire un ou plusieurs médicaments pour l’aider à aller mieux.
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L’entourage joue un rôle majeur dans la prise en charge de la clinophilie. C’est parfois lui qui donne l’alerte permettant ainsi à la personne clinophile d’entrer dans un parcours de soins et de bénéficier d’un traitement adapté. De plus, les proches doivent rester bienveillants envers la personne clinophile et surtout ne pas chercher à la faire culpabiliser.
Conseils pour un équilibre sain
S'accorder un jour "off" dans son lit de temps en temps n'a rien d'alarmant. Mais lorsque rester allongé devient une routine, les effets sur le mental peuvent s’avérer plus insidieux qu’on ne le croit. Voici quelques conseils pour préserver sa santé physique et mentale :
- Maintenir une vie sociale active : Éviter l'isolement en entretenant des liens avec ses proches et en participant à des activités sociales.
- Respecter son rythme circadien : Se lever et se coucher à des heures régulières, s'exposer à la lumière naturelle le matin et limiter l'utilisation des écrans le soir.
- Pratiquer une activité physique régulière : Bouger quotidiennement, même de manière modérée, pour lutter contre la sédentarité et stimuler le corps et l'esprit.
- Réserver le lit au sommeil : Éviter d'utiliser le lit pour d'autres activités que le repos nocturne, afin de ne pas perturber les repères du cerveau.
- Consulter un professionnel de santé en cas de besoin : Si l'envie de rester au lit devient envahissante et s'accompagne d'autres symptômes tels que la tristesse, la perte d'intérêt ou la fatigue persistante, il est important de consulter un médecin ou un psychologue.
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