La poliomyélite, une maladie infectieuse virale, a marqué l'histoire de la santé publique par ses conséquences invalidantes. Cet article explore en profondeur la définition de la poliomyélite, ses causes, ses symptômes, les méthodes de prévention, notamment la vaccination, et son évolution à travers le temps.
Définition de la Poliomyélite
La poliomyélite est une infection virale qui peut provoquer des paralysies. Le virus responsable de cette maladie est le poliovirus, dont il existe trois types (poliovirus de types 1, 2 et 3). Les poliovirus appartiennent au genre Enterovirus.
Causes et Transmission
Le réservoir du poliovirus est humain, constitué par les personnes infectées, souvent de manière inapparente. Après ingestion, les poliovirus se multiplient au niveau du tractus gastro-intestinal, gagnent le système lymphatique et peuvent passer dans le sang. Chez un petit nombre d’individus, les virus peuvent ensuite atteindre les tissus nerveux, notamment les cornes antérieures de la moelle épinière et le cerveau, provoquant des lésions irréversibles.
Symptômes et Gravité
L’infection par le poliovirus peut être pratiquement inapparente ou se manifester par une fièvre, une sensation de malaise, des céphalées, des troubles gastro-intestinaux, une raideur de la nuque et du dos, avec ou sans paralysie. Les paralysies sont d’extension très variable, atteignant un muscle, un membre, ou pouvant se généraliser, entraînant des troubles respiratoires pouvant mettre en jeu le pronostic vital ou être à l’origine de handicaps parfois très lourds et permanents.
La proportion des infections qui évoluent vers des formes paralytiques est de l’ordre de 1/1 000 chez le petit enfant et de 1/75 chez l’adulte, selon le type de virus en cause et les conditions socio-économiques. La durée d’incubation est de 7 à 10 jours (extrêmes de 4 à 35 jours). La période la plus contagieuse s’étend de sept à dix jours avant et après l’apparition des symptômes.
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Évolution Historique et Éradication
Le dernier cas de poliomyélite causé par un poliovirus de type 2 a été détecté dans le nord de l'Inde en 1999. Le dernier cas de poliomyélite causé par un poliovirus de type 3 a été détecté dans le nord du Nigéria en 2012. Par ailleurs, il existe des cas rares de poliomyélite causés par des souches de poliovirus dérivées du vaccin vivant atténué administré par voie orale. Il s'agit de souches vaccinales atténuées mais qui, dans des conditions particulières (immunité insuffisante de la population), subissent des mutations entrainant un retour vers la virulence.
Dans un communiqué publié le 25 août 2020, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a certifié que la région Afrique de l'OMS était exempte de poliomyélite causée par les poliovirus sauvages.
Les Différents Types de Vaccins contre la Poliomyélite
Le vaccin contre la poliomyélite peut contenir un ou plusieurs des trois types de virus de la poliomyélite. Il existe deux types principaux de vaccins :
Le vaccin vivant atténué (vaccin Sabin) : Il est administré par voie orale (VPO : vaccin antipoliomyélitique oral). Le vaccin poliomyélitique vivant atténué reste utilisé dans les pays où circule encore le virus de la polio car il est plus efficace sur le terrain, peut vacciner l'entourage et est facile à administrer (grâce à la voie orale), tout en étant peu coûteux.
Le vaccin inactivé (vaccin de Salk ou Lépine) : Il est administré par injection. Contrairement au vaccin inactivé, le vaccin vivant peut muter, retrouver une virulence et causer de véritables poliomyélites paralytiques. Depuis 1982, année durant laquelle plusieurs cas de poliomyélite liés à la vaccination orale ont été déclarés, le vaccin inactivé a remplacé le vaccin oral pour éviter les accidents paralytiques.
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La Vaccination en France : Obligations et Recommandations
Le décret n° 2018-42 du 25 janvier 2018 relatif à la vaccination obligatoire a abrogé l’obligation des rappels vaccinaux contre la poliomyélite de 6 ans et 11-13 ans. En effet, ce décret a modifié la section réglementaire du code de la santé publique (CSP) portant sur les vaccinations obligatoires. Dans ce cadre, les dispositions de l’article R. Il est désormais prévu que les vaccinations obligatoires (dont la vaccination antipoliomyélitique) soient pratiquées dans les dix-huit premiers mois de l'enfant, selon les âges fixés par le calendrier vaccinal et que, lorsque ces vaccinations n'ont pas été pratiquées dans ces conditions d'âge, elles le soient suivant des modalités spécifiques déterminées par ce même calendrier vaccinal. La suppression du caractère obligatoire des rappels antipoliomyélitiques de 6 ans et 11-13 ans résultant de la modification de l’article R.
Enfants nés à partir du 1er janvier 2018 : les vaccinations contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, les infections à Haemophilus influenzae b, l’hépatite B, le méningocoque C, le pneumocoque, la rougeole, les oreillons et la rubéole sont obligatoires (sauf contre-indication médicale reconnue) pour pouvoir être admis en crèche, chez un assistant maternel, à l'école, en garderie, en colonie de vacances ou toute autre collectivité d’enfants. La justification de la réalisation de ces vaccinations est exigée depuis le 1er juin 2018.
Enfants nés avant le 1er janvier 2018 : les vaccinations contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite sont obligatoires (sauf contre-indication médicale reconnue) pour pouvoir être admis en crèche, chez un assistant maternel, à l'école, en garderie, en colonie de vacances ou toute autre collectivité d’enfants.
Stratégie Vaccinale Simplifiée (Schéma 2+1)
Un schéma vaccinal simplifié a été mis en place en 2013. La primovaccination des nourrissons comporte désormais deux injections à l’âge de 2 et 4 mois, suivies d’un rappel à l’âge de 11 mois (« schéma 2+1 » contre « 3+1 » auparavant). Pour garantir l'efficacité de ce schéma vaccinal simplifié, l'intervalle entre les deux premières doses ne doit jamais être inférieur à deux mois, et l'intervalle entre la deuxième et la troisième dose ne doit jamais être inférieur à six mois. La primovaccination contre la poliomyélite est obligatoire depuis 1964. Cette obligation est stipulée dans l'article L3111-3 du code de la santé publique. Le décret d'application R3111-3 précise que cette vaccination doit être réalisée avant l'âge de 18 mois. La primovaccination contre la poliomyélite (P) est réalisée à l’aide de vaccins combinés, c’est-à-dire contenant des antigènes permettant d’obtenir simultanément une protection contre d’autres maladies : la diphtérie (D) et le tétanos (T), les infections à Haemophilus influenzae type b (Hib), l'hépatite B (HepB) et la coqueluche (Ca, pour coquelucheux acellulaire).
Rappels Vaccinaux
L'article R3111-3 du code de la santé publique, dans sa version antérieure, précisait que les rappels contre la poliomyélite étaient obligatoires et devaient être terminés avant l'âge de 13 ans : ces dispositions ont été modifiées et les rappels vaccinaux contre la poliomyélite de 6 ans et 11-13 ans ne sont plus obligatoires.
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Les rappels de l’adulte sont désormais recommandés aux âges fixes de 25 ans, 45 ans et 65 ans, puis à 75 ans, 85 ans, etc. (intervalle de dix ans à partir de 65 ans, compte tenu de l’immunosénescence), en utilisant un vaccin combiné dTP, tétanique, poliomyélitique et diphtérique à dose réduite d’anatoxine ; mais ce vaccin (Revaxis) n'est plus disponible depuis juillet 2024. En cas de doute sur le statut vaccinal, l’administration d’une dose de vaccin polio inactivé est recommandée. Cette stratégie vaccinale est recommandée quel que soit le type de poliovirus (poliovirus vaccinal ou poliovirus sauvage). Les rappels seront effectués aux mêmes âges fixes (25 ans, 45 ans et, en fonction de la poursuite des activités professionnelle, 65 ans), avec un vaccin contenant une dose réduite d’anatoxine diphtérique et d'antigène coquelucheux ( dTcaP : Boostrixtetra ou Repevax). Ces vaccinations sont obligatoires pour les professionnels de santé (article L.
Vaccination et Voyages
Le HCSP recommande que les voyageurs qui vont se rendre dans un pays infecté par la polio dont la dernière vaccination date de plus d'un an reçoivent avant leur départ une dose de vaccin contenant la valence polio idéalement dans le mois précédant leur départ. Le HCSP recommande que les personnes non à jour ou ignorant leur statut complètent leur vaccination avant le départ à l’aide d’un vaccin combiné contenant la valence polio.
En conséquence, une dose de rappel d'un vaccin contenant la valence polio est recommandée chez ces personnes. Aucun délai par rapport au départ de France n’est exigé. Dans la mesure du possible, la date d’administration de ce rappel sera programmée de telle sorte qu’au moment du retour l’administration de ce rappel date de plus de 4 semaines et de moins de 12 mois.
L’OMS a recommandé l’utilisation d'un vaccin vivant atténué oral bivalent (1 + 3) ou d'un vaccin inactivé pour les pays de la catégorie 1 (voir ci-dessous), et seulement du vaccin inactivé pour un séjour dans un pays de la catégorie 2. Pour un séjour dans un pays appartenant à la catégorie 1 ou à la catégorie 2, l’ECDC recommande l’utilisation de vaccins inactivés uniquement. Il est rappelé que les vaccins inactivés préviennent efficacement la survenue de cas de poliomyélite paralytique mais n’empêchent pas totalement l’infection et la circulation des virus polio sauvages (comme cela a été observé en Israël). Il est toutefois admis que les vaccins polio inactivés ont une certaine efficacité sur l’immunité intestinale durant l’année suivant son administration, bien que cette efficacité ne soit pas mesurable.
Le HCSP estime en conséquence qu’il n’y a pas lieu de réintroduire en France ces vaccins vivants atténués et que cette vaccination doit être effectuée en utilisant les vaccins polio inactivés contenus dans les divers vaccins combinés utilisés en France.
Statut Vaccinal des Réfugiés et Recherche de Poliovirus
Le contrôle du statut vaccinal des voyageurs à l’entrée sur le territoire n'est pas recommandé. Par contre, le statut vaccinal vis-à-vis de la polio des réfugiés en provenance des pays de circulation des virus polio doit être vérifié. Ceci s’applique en particulier au Pakistan et à l'Afghanistan, où la poliomyélite est endémique. Ces personnes ont vécu dans des conditions de précarité et de promiscuité favorisant la transmission des virus polio et comprennent des enfants, plus volontiers excréteurs de virus polio sauvages. Il est recommandé que les personnes non à jour ou ignorant leur statut vaccinal se voient proposer une mise à jour de leur vaccination adaptée à leur âge et selon le calendrier vaccinal en vigueur.
Par ailleurs, le HCSP recommande qu’une recherche de poliovirus dans les selles soit effectuée chez les enfants qui arrivent en France en provenance des pays de circulation des virus polio, dans le cadre de l’adoption internationale. Ces enfants ont vécu avant leur arrivée en France dans des conditions de précarité et de promiscuité favorisant la transmission des virus polio et ont également pu échapper aux programmes de vaccination. Ils sont en théorie à risque plus élevé d’excréter des virus polio. En outre, ils bénéficient déjà pour la plupart à leur arrivée en France d’examens de selles à la recherche de parasites.
Schéma Vaccinal et Vaccins Combinés
- Schéma vaccinal :
- À 6 ans : une dose de vaccin DTCaP (Tetravac-acellulaire ou Infanrixtetra).
- À 75 ans, 85 ans, etc.
- Attention, ces recommandations peuvent être adaptées en situation de pénurie.
L'OMS ne recommande plus la vaccination avec le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) uniquement : au moins une dose de vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI) doit être ajoutée.
La Poliomyélite : Impact sur les Médecines de Rééducation et Prise en Charge des Handicaps
L’importance de la poliomyélite pour l’élaboration des rééducations et plus largement pour les prises en charge des handicaps se perçoit d’abord au ras des faits. C’est un poliomyélitique, André Trannoy, qui est à l’origine d’une des associations les plus connues et les plus puissantes de personnes handicapées en France, l’Association des paralysés de France ; et la première chaire de médecine de rééducation eut pour titulaire André Grossiord, en 1968, qui était un spécialiste des traitements fonctionnels de la poliomyélite. Ce sont les caractéristiques très particulières des dommages causés par la poliomyélite qui expliquent avant toute autre chose cette coïncidence. Les liens très particuliers entre fonctionnel et organique que les soins de cette pathologie amènent à explorer, la longue durée des thérapies tandis que la poliomyélite touche en priorité de jeunes enfants, tout cela favorise une technicisation des médecines de rééducation et leur institutionnalisation. Elles se trouvent légitimées en tant que spécialité médicale, ainsi que les premières prises en compte strictement médicales des aspects psychosociaux des handicaps. Malgré tout, les rééducations médicales restèrent peu considérées, en tout cas jusqu’à la fin des années 1940. Il convient de le rappeler et d’y insister dans un premier temps, avant de voir ce qui les a fait, tardivement, sortir de l’ombre.
Les Séquelles de la Poliomyélite et le Traitement Fonctionnel
Les séquelles de la poliomyélite sont pourtant bien connues dès la fin du xixe siècle. En 1894, Charcot et Dutil décrivent la maladie dans ses trois phases typiques, avec les lésions que celle-ci provoque dans l’organisme qu’ils identifient précisément par autopsie. Après une phase aiguë d’une semaine avec douleurs et fièvre, il y a stabilisation, avec reflux de la maladie en quelques semaines (qui a longtemps fait croire à la réussite des essais de cure), avant la période des séquelles et de rétablissement. Signe de la connaissance ancienne et bien établie de la maladie, on trouve dès 1875 chez Raymond, et au moins dans une thèse de médecine en 1895, la description d’un symptôme tardif de la poliomyélite survenant des années après la maladie et même des années après la fixation des séquelles, symptôme qui ressemble étrangement au syndrome post-polio.
Au-delà de la description clinique, l’utilité d’un traitement fonctionnel et symptomatique est pourtant connue à la même époque, mais il ne suscite pas d’engouement. Kouindjy écrit par exemple dans un rapport en 1909 : avant tout il faut utiliser la force musculaire existante ; il faut se forcer de relever le tonus musculaire des fibres non dégénérées afin de créer une nouvelle source de cette force musculaire. Le massage méthodique est l’agent thérapeutique par excellence, qui permet d’obtenir dans la mesure du possible cette force musculaire nécessaire pour exécuter les exercices de la rééducation. Cette dernière s’adresse d’une part à la tonicité musculaire propre des muscles du membre atteint, et, d’autre part, à la tonicité musculaire des muscles suppléants.
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