L'infection à Cytomégalovirus (CMV) est la plus fréquente des infections materno-fœtales. En France, on estime qu'une femme sur deux en âge de procréer a déjà rencontré ce virus. Cet article vise à informer sur les risques liés à l'infection à CMV pendant la grossesse, le rôle de l'amniocentèse dans le diagnostic, et les mesures de prévention et de prise en charge possibles.

L'infection à CMV : un aperçu

Le cytomégalovirus (CMV) est un virus courant de la famille des herpès virus, qui peut infecter le bébé pendant la grossesse. Environ 40 % des femmes ne sont pas immunisées contre ce virus au début de leur grossesse. Le virus se transmet par contact direct avec les fluides corporels infectés, tels que la salive, l’urine, le sang, les larmes, le sperme et le lait maternel. Les infections à CMV peuvent passer inaperçues ou ressembler à un petit syndrome grippal.

Transmission et Prévention Primaire

Le virus se transmet par contact direct avec les sécrétions : salive, larmes, urine, etc. Les enfants de moins de 3 ans sont, le plus souvent, porteurs du virus dans leurs sécrétions, sans pour autant être malades. Il est recommandé aux femmes enceintes et aux conjoints, en contact familial ou professionnel avec des enfants de moins de 3 ans, d'adopter les mesures hygiéno-diététiques suivantes :

  • Ne pas sucer leur cuillère ou leur tétine, et de ne pas finir leur repas.
  • Ne pas partager leurs affaires de toilette (gant et serviette de toilette, brosse à dents).
  • Limiter le contact buccal avec les larmes et/ou la salive (ne pas les embrasser sur la bouche ou sur les yeux).
  • Se laver soigneusement les mains à l’eau et au savon après chaque change ou contact avec leurs urines et après chaque contact avec leur salive (mouchage, repas, jeu, etc…).

Dépistage et sérologie

Il est recommandé de réaliser un dépistage avant d’être enceinte, lors du désir de grossesse. Il s’agit de faire une sérologie « préconceptionnelle » : une prise de sang en laboratoire d’analyse. Si cette sérologie n’a pas pu être réalisée en « préconceptionnelle » et que le statut vis-à-vis du CMV est non connu : une sérologie au 1er trimestre de grossesse sera réalisée. Si la sérologie « préconceptionnelle » et/ou du 1er trimestre de grossesse est négative (= absence de contact avec le CMV), une nouvelle sérologie sera réalisée à 16 semaines d’aménorrhée environ (soit début du 4e mois de grossesse). Si cette dernière est négative, arrêt de la surveillance.

Risques pour le fœtus

Lorsqu'une femme enceinte est infectée par le virus, le risque de transmission au bébé est de 30 % à 40 %. Parmi les nouveau-nés infectés pendant la grossesse, 90 % d'entre eux n'ont aucun symptôme et 10 % ont des atteintes par le CMV. Le risque de séquelles chez le bébé est d'autant plus important que la première infection maternelle survient tôt au cours de la grossesse. En cas de contamination précoce lors de la grossesse, les atteintes possibles pour le bébé sont :

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  • Des atteintes auditives avec une surdité (5% hypoacousie)
  • Des anomalies oculaires
  • Un retard de croissance intra-utérin (c’est-à-dire pendant la grossesse)
  • Des atteintes neurologiques (retard psychomoteur, épilepsie, etc.).

Amniocentèse et diagnostic de l'infection fœtale à CMV

L'amniocentèse est un examen médical qui consiste à prélever du liquide amniotique autour du fœtus dans l'utérus de la mère. Cet examen est réalisé sous contrôle échographique, en insérant une aiguille fine à travers l'abdomen de la mère. L'amniocentèse permet de détecter la présence du CMV dans le liquide amniotique, ce qui prouve l'infection du fœtus. Cependant, la présence du CMV dans le liquide amniotique ne préjuge pas des anomalies de celui-ci.

Indications de l'amniocentèse en cas de suspicion d'infection à CMV

Une amniocentèse (prélèvement de liquide amniotique) permettant la recherche du virus dans le liquide amniotique est réalisée en cas d'anomalies à l'échographie. En France, chaque année, 4 000 à 5 000 femmes enceintes sont infectées par le cytomégalovirus [CMV] et un tiers de leurs fœtus est contaminé.

Interprétation des résultats

La présence de CMV dans le liquide amniotique, reflétant l’excrétion urinaire fœtale, prouve l’infection du fœtus, mais ne préjuge pas des anomalies de celui-ci.

Prise en charge et traitement

Prévention secondaire

Une sérologie positive à la recherche d'une infection récente à CMV confirme le diagnostic. Soit parce qu'elle est demandée en cas de symptômes évocateurs : chez le bébé : anomalies vues à l'échographie (retard de croissance, taille de la tête insuffisante, anomalies du cerveau, ect…), chez la mère : l'apparition d'un syndrome grippal avec fièvre, fatigue et maux de tête. Soit parce qu’elle est demandée dans le cadre du dépistage lors du 1er trimestre de grossesse. Si l’infection récente à CMV est confirmée, une surveillance de la grossesse dans un Centre de diagnostic anténatal, avec échographie tous les mois est mise en place.

Prévention tertiaire

Un traitement antiviral par Valaciclovir est proposée à la femme enceinte dès que l’infection est identifiée. Ce traitement diminue la transmission de 29% à 11% selon les études. De l’instauration rapide d’un traitement antiviral par valaciclovir, visant à diminuer le risque de transmission congénitale. Les modalités précises de suivi sont en cours d’élaboration par le CNGOF (collège nationale gynécologues obstétriciens de France).

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Suivi et accompagnement

Le suivi médical est essentiel pour évaluer l'impact de l'infection sur le fœtus et adapter la prise en charge. Les échographies régulières permettent de surveiller la croissance du fœtus et de détecter d'éventuelles anomalies. Dans certains cas, une IRM fœtale peut être réalisée pour évaluer plus précisément les atteintes neurologiques.

Témoignages et expériences

De nombreux parents ont partagé leur expérience face à l'infection à CMV pendant la grossesse. Ces témoignages soulignent l'importance du dépistage, de la prise en charge médicale et du soutien psychologique.

L'histoire d'Olivia et Noah

Olivia et Daniel sont les heureux parents d’Alice, elle a deux ans et demi quand Olivia tombe à nouveau enceinte en 2019. Alice va bien et fréquente la crèche. Cette grossesse se passe tout à fait normalement, hormis un petit syndrome grippal au premier trimestre. Mais à la naissance, Noah passe un test d’audition corrélé à la prise d’une goutte de sang (le test de Guthrie) et ce dernier révèle qu’une des deux oreilles entend « moyennement ». La fameuse petite grippe qu’Olivia a contractée au premier trimestre de la grossesse était bien le CMV. En plus de ses problèmes d’audition, Noah passe toute une batterie d’examen, IRM, tests vestibulaires… ces derniers mettent en lumière une atteinte vestibulaire totale, en plus d’une surdité. En revanche, l’audition continue à se dégrader et il devient sourd profond d’une oreille. Aucun traitement n’a pu être mis en place, car le CMV a été découvert trop tard.

L'histoire de Sarah et Charlotte

Sarah et Nicolas ont déjà un petit garçon de 3 ans, Peter, lorsque Sarah entame sa seconde grossesse. Leur sage-femme, teste automatiquement le CMV dès le début de la grossesse, vers 7 semaines d’aménorrhée, les résultats de la prise de sang montrent des IgM positifs et des IgG négatifs, ce qui signifie d’une part que Sarah n’est pas immunisée contre le CMV et d’autre part qu’une infection serait en cours, le test d’avidité, réalisé 15 jours plus tard, confirme cette hypothèse. Immédiatement, Sarah est prise en charge à l’Hôpital de Poissy et démarre un traitement par valaciclovir. A 18 semaines d’aménorrhée, l’amniocentèse confirme que le fœtus est infecté et que malgré le traitement, le virus a passé la barrière du placenta. L’IRM fœtale révèle la présence de kystes et de calcification dans le cerveau, signe que Charlotte aura sans doute des séquelles. Charlotte naît au début de l’été 2023 et si sa naissance est un moment heureux, Sarah et son mari se souviennent d’une longue errance. Charlotte est sourde profonde, l’atteinte est bilatérale (des deux oreilles).

L'histoire d'Edoardo et Gabriel

Edoardo et Raphaëlle, déjà parents de Victor âgé de deux ans, attendent leur second enfant lorsque tout commence. À peine enceinte d’un mois, ma femme a eu une forte fièvre, et notre sage-femme a immédiatement pensé au CMV. Rapidement, une prise de sang confirme une infection au premier trimestre. Raphaëlle subit une amniocentèse et une ponction fœtale (prélèvement de sang du cordon) qui confirment que notre futur enfant est bien contaminé. Un traitement par valaciclovir est mis en place dès le troisième mois de grossesse, toutes les 4 heures, mon épouse doit prendre de gros comprimés pour tenter de contenir la charge virale. Gabriel est né dans un contexte où angoisse et joie se mêlaient. Gabriel a cinq ans et demi désormais et dans six mois, nous aurions dû sortir de la période de surveillance étroite mais l’audition de notre fils continue de baisser.

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