Raphaël Enthoven est une figure intellectuelle française contemporaine, reconnue pour ses interventions dans les débats publics sur des sujets de société variés. Philosophe de formation, il est également connu pour ses activités de chroniqueur, d'animateur de télévision et de radio, et plus récemment, d'écrivain. Ses prises de position, souvent tranchées, suscitent régulièrement des controverses, faisant de lui un acteur important du paysage intellectuel français.
Fin de Vie : Un Enjeu de Laïcité
Enthoven s'est particulièrement investi dans le débat sur la fin de vie, sujet sur lequel il a exprimé des opinions claires et argumentées. Il considère que la question de l'euthanasie est avant tout un enjeu de laïcité, estimant que l'opposition à l'aide active à mourir est souvent motivée par un réflexe chrétien.
Selon lui, au principe du refus de l’euthanasie (comme de l’IVG), on trouve une sacralisation de la vie, aux dépens de la liberté. Il défend l'idée que le refus d'inscrire l'aide active à mourir dans la loi relève d'une absolutisation obsolète en république. Il ne s’agit pas d’extirper le fait religieux de la société, mais de l’empêcher de faire la loi. Enthoven estime que lorsqu'on hésite à accorder la liberté fondamentale de mourir comme on le souhaite, Dieu se prend encore pour un législateur.
Il nuance cependant son propos en reconnaissant l'importance de l'accompagnement et des soins palliatifs. Il souligne qu'aucune politique de santé ne peut se penser sans un investissement massif dans ce domaine, face au nombre de maladies incurables. Toutefois, il réfute l'argument selon lequel seule une défaillance des soins palliatifs serait à l'origine du souhait de mourir. Pour Enthoven, ce n'est pas toujours l'absence de soin ou de bienveillance qui porte à vouloir hâter le jour de sa mort.
Il invoque la notion de dignité, citant le Petit traité de dignité d'Éric Fiat, qui montre que ce concept peut être invoqué aussi bien par ceux qui souhaitent mettre fin à leurs jours que par ceux qui refusent de le faire. Il souligne que lorsqu'une personne en fin de vie, atteinte d'une maladie dégénérative, demande à mourir au nom de sa dignité, elle ne détourne pas le sens du mot.
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Enthoven prend l'exemple des pays du Benelux, où l'euthanasie est légalisée et encadrée, pour réfuter l'idée d'une rupture anthropologique majeure. Il affirme n'avoir pas constaté de charniers de personnes âgées ni l'avènement d'une société dystopique comme celle décrite dans Soleil vert.
Il considère que toute liberté comporte le risque d'un mauvais usage, mais que cela ne saurait justifier de la refuser. Il compare ainsi la liberté d'avorter, de conduire ou de fumer, qui peuvent entraîner des conséquences négatives, à la liberté de choisir sa fin de vie.
Accusations de Racisme et de Misogynie
Raphaël Enthoven a également été la cible d'accusations de racisme et de misogynie, notamment à la suite de prises de position controversées sur des questions liées à l'identité et au féminisme.
Dans une tribune publiée sur Le Monde.fr, il a été accusé, aux côtés d'autres intellectuels, de contribuer à un acharnement raciste contre Rokhaya Diallo. Enthoven a réfuté ces accusations avec véhémence, dénonçant le racisme consistant à déduire ses opinions de la couleur de sa peau. Il a également critiqué l'utilisation d'un lexique outrancier, assimilant ses courtoises invitations à discuter à du "lynchage" ou du "harcèlement".
Il a également été critiqué pour sa présence aux universités d'été du féminisme, certaines voix s'indignant de ses "prises de position à l'antenne" qu'elles considéraient comme des "claques dans la figure du féminisme". Enthoven a répondu en dénonçant la censure d'un discours par un autre qui se prétend plus tolérant. Il a réfuté les accusations de misogynie, soulignant que ses chroniques à Europe 1 portaient notamment sur les violences faites aux femmes.
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Enthoven a défendu son droit de critiquer certaines manifestations du féminisme contemporain, telles que l'écriture inclusive ou le manspreading, sans pour autant être considéré comme un adversaire de l'égalité hommes-femmes. Il a notamment qualifié l'écriture inclusive d'"agression de la syntaxe par l'égalitarisme", dénonçant une "tentation orwellienne d'instiller sournoisement la vertu d'égalité par une réforme verticale de l'orthographe".
Concernant le manspreading, il a reconnu qu'il s'agissait d'une "incivilité maximale typiquement masculine", tout en soulignant que le terme était essentialisant car il excluait le 1 % de femmes qui se livrent également à cette pratique.
Enfin, il a affirmé être résolument féministe et défendre les droits des femmes, tout en critiquant ceux qui, sous prétexte de les défendre, luttent contre l'IVG ou abandonnent les Iraniennes à leur sort. Il a revendiqué un féminisme et un antiracisme universalistes, qui n'auront plus de raison d'être le jour où le sexe et la couleur de la peau ne seront plus, dans la société, ni un avantage ni un handicap.
Le Temps Gagné : Autobiographie et Polémiques
Raphaël Enthoven a publié en 2019 un roman autobiographique intitulé Le Temps gagné, qui a suscité de vives réactions dans le milieu littéraire et médiatique. L'ouvrage, présenté comme un "puzzle de souvenirs", relate son enfance marquée par la violence de son beau-père, ses relations complexes avec ses parents, et ses amours tumultueuses.
Le livre a été perçu par certains comme un règlement de comptes avec son passé et ses proches. Son père, Jean-Paul Enthoven, a notamment exprimé sa douleur face aux révélations contenues dans l'ouvrage. Son ex-femme, Justine Lévy, a également réagi en publiant des messages ironiques sur les réseaux sociaux.
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Le roman a également été critiqué pour son impudeur et sa cruauté, notamment dans la description de l'avortement subi par Justine Lévy. La romancière Camille Laurens a ainsi qualifié le livre de "merdique" et de coincé "au stade anal".
Malgré les controverses, Le Temps gagné a connu un certain succès en librairie, contribuant à renforcer la notoriété de Raphaël Enthoven en tant qu'écrivain.
Engagement Politique et Vision du Libéralisme
Raphaël Enthoven s'est également exprimé sur des questions politiques, notamment lors de la convention de la Droite en 2019. Son discours, qualifié de "manifeste post-moderne", a suscité des réactions contrastées.
Il y a notamment déclaré que la conquête des "droits individuels" tels que la GPA était inéluctable et qu'aucun retour en arrière ne serait jamais possible. Il a également affirmé que l'opposition Gauche/Droite était caduque et que le libéralisme triompherait sur tous les plans.
Enthoven se présente comme un défenseur de la liberté, qu'il considère comme une valeur fondamentale. Il estime qu'il n'y a pas de liberté sans liberté d'expression et qu'on ne peut pas trier parmi les libertés. Il revendique un libéralisme qui garantit l'égalité des chances, condition nécessaire à la concurrence.
Il met en garde contre le danger de l'ennui en démocratie, soulignant que vivre dans un régime dont l'unique horizon est lui-même est extraordinairement difficile. Il estime que l'individu démocratique est rendu à lui-même et doit trouver du sens dans un espace dépourvu de causes à défendre ou de soutien religieux.
