La situation à Rafah, dans la bande de Gaza, a atteint un point critique, avec des conséquences dévastatrices pour les enfants. Les récents événements, notamment les frappes aériennes et les bombardements, ont mis en lumière la vulnérabilité extrême de cette population innocente, déjà fragilisée par des années de conflit et de privations.

Un Massacre Atroce à Rafah

Le 27 mai 2024, la présidence palestinienne a dénoncé un "atroce massacre" à Rafah, suite à un bombardement israélien qui, selon le Hamas, a fait au moins 40 morts, en majorité des enfants. Le camp de déplacés pris pour cible était géré par une agence de l'ONU, soulignant la violation flagrante des zones de protection humanitaire.

Des témoignages poignants ont émergé du camp de Tel al-Sultan, où les déplacés ont décrit un bombardement soudain et terrifiant. Une Palestinienne, encore sous le choc, a raconté : "Nous avons tout à coup entendu un grand bruit et le feu a pris tout autour de nous, les enfants criaient, toutes les pièces étaient en feu".

L'armée israélienne affirme avoir visé un complexe du Hamas, où se cachaient deux hauts responsables du mouvement, justifiant ainsi la frappe comme étant conforme au droit international et basée sur des renseignements précis. Cependant, elle a également déclaré enquêter sur les blessés civils, reconnaissant implicitement la gravité de la situation.

Des Symboles de Martyre : Hind et Layan

Les noms de Hind Rajab, 6 ans, et Layan Hamada, 15 ans, résonnent comme des symboles du martyre des enfants gazaouis. Le 29 janvier, leur voiture, encerclée par les tanks de l’armée israélienne alors qu’elles tentaient de fuir Gaza City, est devenue le théâtre d’une tragédie.

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Layan, dans un appel désespéré au Croissant-Rouge palestinien, a crié : « Ils nous tirent dessus, le char est à côté de moi ! ». Une rafale a mis fin à sa vie, laissant Hind, seule survivante, implorer : « J’ai si peur, s’il vous plaît, venez ».

Douze jours plus tard, leurs corps ont été retrouvés, ainsi que l’ambulance venue les secourir, totalement explosée, et les corps des secouristes calcinés. Leur histoire est un rappel brutal du coût humain du conflit, en particulier pour les enfants.

Des Chiffres Alarmants et une Situation Catastrophique

Alors que le Hamas fait état de près de 29 000 morts depuis le début de la guerre le 7 octobre 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 70 % d’entre eux sont des femmes et des enfants, ces derniers étant les plus nombreux. Ces chiffres alarmants témoignent de l'impact disproportionné du conflit sur les populations les plus vulnérables.

L'UNICEF s'alarme également du fait que le manque de nourriture, la malnutrition et les maladies conduisent à une « explosion » de la mortalité infantile dans la bande de Gaza, « endroit le plus dangereux au monde » pour les enfants. Selon l'agence onusienne, 5 350 enfants ont été tués, 12 300 blessés par l’offensive israélienne, 17 000 séparés de leurs parents, et plus d’un million ont besoin d’un soutien psychosocial et en santé mentale.

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) rapporte également que 25 personnes sont mortes de malnutrition et de déshydratation dans le nord de la bande de Gaza, dont 21 enfants.

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La Faim, une Arme de Guerre

Un incident révélateur a mis en lumière la gravité de la situation humanitaire. Un médecin américain, s’apprêtant à se rendre à Gaza pour une mission médicale, s’est vu confisquer par la sécurité israélienne les boites de lait en poudre qu’il avait mises dans ses bagages. Ce produit manque terriblement à Gaza où une cinquantaine d’enfants sont morts de faim depuis le mois de mars.

Diana Nazzal, chirurgienne ophtalmologique palestino-allemande, a dénoncé cet acte, déclarant : « Quelle explication y voir, si ce n’est que la faim est utilisée comme une arme de guerre dans le génocide en cours à Gaza ? »

Le manque de lait infantile, en particulier celui spécialisé pour les prématurés ou celui sans lactose, est criant. Les mères, souvent en état de malnutrition, ne sont pas en mesure d’allaiter, exacerbant ainsi la crise.

Condamnations Internationales et Appels à un Cessez-le-Feu

La frappe israélienne sur le camp de déplacés de Rafah a suscité une vague de condamnations internationales. Le Qatar a prévenu que ces frappes pourraient "compliquer les efforts de médiation", appelant "la communauté internationale à agir de toute urgence pour empêcher un génocide et protéger les civils". L'Arabie saoudite a également condamné "dans les termes les plus fermes la poursuite des massacres", tandis que le Koweït a dénoncé des "crimes de guerre flagrants".

Le président français, Emmanuel Macron, s'est dit "indigné" et a appelé à un "cessez-le-feu immédiat", soulignant qu'il n'y a pas de zones sûres à Rafah pour les civils palestiniens.

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La Nécessité d'une Enquête Indépendante et Impartiale

Amnesty International a mené une enquête approfondie sur les frappes israéliennes à Rafah, révélant que les forces israéliennes n’ont pas pris toutes les précautions envisageables pour éviter ou limiter autant que possible de causer des dommages aux civil·e·s vivant dans des camps de personnes déplacées. L'organisation a conclu que ces attaques étaient probablement aveugles, et l’une d’elles était probablement disproportionnée, et doivent faire l’objet d’une enquête en tant que crimes de guerre.

L'utilisation de bombes à guidage GBU-39 de fabrication américaine, qui projettent des fragments meurtriers sur un large périmètre, contre un camp hébergeant des civil·e·s dans des abris temporaires surpeuplés, constitue probablement une attaque disproportionnée et aveugle, et doit faire l’objet d’une enquête en tant que crime de guerre.

De même, l’attaque du quartier d’Al Mawasi, désigné par l’armée israélienne comme faisant partie de la « zone humanitaire », au moyen d’obus de char sans guidage, était probablement aveugle et doit faire l’objet d’une enquête en tant que crime de guerre.

Amnesty International a souligné que la présence de combattants du Hamas et du Djihad islamique dans les camps ne saurait exonérer l’armée israélienne de son obligation de protéger les civil·e·s.

L'Impact Psychologique et le Traumatisme des Enfants

La guerre à Gaza est une guerre contre les enfants, une guerre contre leur enfance et leur avenir. Des milliers d’enfants ont été blessés et tués, d’autres perdent la vie à cause de la malnutrition et des maladies, des centaines de milliers ont été déplacés. Tous les enfants de Gaza sont exposés à une destruction généralisée, à des événements profondément pénibles et à des traumatismes.

L'UNICEF estime que 17.000 enfants sont actuellement non accompagnés ou séparés à Gaza, ce qui représente un pour cent de la population déplacée totale de 1,7 million de personnes. Ces enfants sont particulièrement vulnérables et ont besoin d'une protection et d'un soutien accrus.

L'Aide Humanitaire, un Impératif Urgent

L’OCHA souligne que les six premiers jours de mars ont vu une augmentation du nombre de camions entrant à Gaza, avec une moyenne de 155 camions par jour. Ce chiffre reste bien en deçà de la capacité opérationnelle des deux postes frontières et de l’objectif de 500 camions par jour.

Les camions de l’UNRWA ont eu du mal à entrer dans la bande de Gaza en raison de la guerre et de l’ouverture irrégulière des deux points de passage. Il est impératif de garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave à Gaza, afin de répondre aux besoins urgents de la population, en particulier des enfants.

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