La situation à Rafah, comme dans l'ensemble de la bande de Gaza, a des conséquences psychologiques dévastatrices, en particulier pour les enfants. Les traumatismes vécus, exacerbés par des années de conflit, laissent des cicatrices profondes qui affectent leur bien-être mental et émotionnel. Cet article explore les dimensions de ces conséquences psychologiques et les défis auxquels sont confrontés les enfants de Rafah.
Un Contexte de Violence et de Déplacement
Depuis des mois, les Gazaouis sont exposés à la violence et au stress des déplacements forcés. L'hôpital européen de Gaza, où interviennent des équipes du CICR, abrite "depuis des mois" des familles "déplacées à de multiples reprises". "Ce n'est pas un environnement sain, entourés d'urgences médicales, de sirènes, de bruits d'explosions, déplore l'organisation auprès de franceinfo. Les enfants, en particulier, "ont perdu tout sentiment de sécurité", constate Alexandra Saieh, directrice du plaidoyer chez Save the Children.
En Cisjordanie, plus de 200 enfants palestiniens et trois enfants israéliens ont été tués depuis octobre 2023, le chiffre le plus élevé jamais enregistré sur une période aussi courte au cours des deux dernières décennies. À Jénine et dans le nord de la Cisjordanie, plus de 35 000 personnes ont été contraintes de quitter leur foyer pour trouver refuge ailleurs dans les territoires occupés de Palestine.
L'Impact Psychologique sur les Enfants
Les enfants de Gaza sont confrontés à des réalités que nul enfant ne devrait jamais connaître. Ils sont témoins de la mort, de la destruction et de la souffrance, ce qui provoque des traumatismes profonds et durables.
Troubles de Stress Post-Traumatique (TSPT)
Les TSPT sont fréquemment observés chez les personnes ayant vécu des événements traumatisants. Les Gazaouis, et en particulier les enfants, présentent des symptômes similaires à ceux des soldats de retour du front, réagissant à des bruits forts qui leur rappellent les explosions. La menace est bien réelle, contrairement aux soldats où la menace est imaginaire.
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Dépression et Anxiété
En 2022, l'ONG Save the Children a publié un rapport révélant que quatre mineurs sur cinq dans l'enclave palestinienne souffraient de dépression, de troubles du sommeil ou de stress, après quinze ans de blocus et d'épisodes répétés de violences. Depuis octobre, la situation s'est encore dégradée.
Perte de Sentiment de Sécurité et d'Avenir
Les enfants ont perdu tout sentiment de sécurité. L'ONG évoque des enfants qui sont "trop traumatisés" pour "parler ou manger", ou sont assaillis par les cauchemars. "Leurs parents nous disent qu'ils ne peuvent plus se projeter dans l'avenir : un adolescent qui voulait devenir ingénieur, comme son père, espère désormais juste trouver un métier pour se nourrir, poursuit Alexandra Saieh.
Impact sur le Développement
La guerre a des conséquences "sur les relations entre les gens, leurs systèmes de croyances et de valeurs, leur vision du reste du monde, liste-t-elle. Fin mai, nous avons même vu des images d'un bébé décapité" après une frappe israélienne qui a fait une quarantaine de morts dans un camp de déplacés à Rafah, abonde Alexandra Saieh.
Les Défis de l'Aide Psychologique
Les soins psychologiques sont presque impossibles à prodiguer en ce moment. "De nombreux centres ont subi des dégâts, et sont inutilisables, détaille le CICR. "Il n'y a aucun endroit à Gaza où l'on est en sécurité.
Pénurie de Ressources
Depuis la décision israélienne de bloquer l'acheminement de l'aide humanitaire dans l'enclave palestinienne, environ un million d'enfants sont à nouveau privés de produits de première nécessité dont ils ont besoin pour survivre. Plus de 180.000 doses de vaccins essentiels pour protéger 60.000 enfants de moins de 2 ans, ainsi que 20 respirateurs artificiels vitaux pour les unités hospitalières de soins intensifs néonatals, sont bloqués à quelques dizaines de kilomètres de la bande de Gaza.
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Stress des Soignants
"Les soignants eux-mêmes sont affectés", rappelle Samah Jabr. Avant cette guerre, le territoire palestinien a déjà connu plusieurs conflits. La psychiatre avait alors accompagné plusieurs médecins urgentistes travaillant sur place. Ceux qui ont pu fuir Gaza ne vont pas mieux. "Depuis que je suis arrivée en France, je vois un psychiatre. On me l'a conseillé car je suis une maman déracinée", raconte Raja Abu Mahadi, une veuve de 46 ans réfugiée près de Paris.
Des Témoignages Poignants
Khitam al-Kurd résume les conséquences psychologiques de huit mois de guerre sur les habitants de la bande de Gaza : "Mentalement, nous sommes détruits."
Bisan, 20 ans, rapporte une scène poignante : « C’est un aéroport ? Je ne veux pas voyager ! », répétait l’enfant âgée de 2 ans et demi. Sa mère lui a alors calmement demandé pourquoi. La fillette a continué à crier : « Je ne veux pas aller à Gaza. Gaza est pleine de sang. Il y a des bombes.
Raja Abu Mahadi raconte que son fils Asef, qui a subi une amputation de la jambe droite, "revoit le moment où j'ai perdu ma jambe" dans une frappe israélienne.
L'Importance d'une Réponse Globale
Si la fin du conflit dans la bande de Gaza semble encore loin de se dessiner, elle devra s'accompagner "d'une réponse globale", incluant du soutien psychologique et des activités psychosociales, estime Alexandra Saieh.
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Soutien Psychologique et Activités Psychosociales
Grâce à des centaines de conseillers scolaires et d'assistants, les enfants bénéficient également d'une aide psychologique d'urgence et d'activités récréatives.
Justice et Responsabilité
Un autre pilier de la reconstruction des Gazaouis sera "la justice", assure la psychiatre palestinienne. "Il faut qu'Israël soit tenu pour responsable, tout comme la communauté internationale qui est restée silencieuse", martèle-t-elle. "Si on ne reconstruit pas la confiance [des Palestiniens] envers le reste du monde et le droit international, si on ne leur redonne pas un sentiment de solidarité internationale, cela entraînera encore plus de désespoir, avertit Samah Jabr.
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