Le liquide amniotique est un élément essentiel de la grossesse, jouant un rôle crucial dans le développement et la protection du fœtus. Il s'agit d'un liquide clair et stérile qui remplit la poche des eaux, une structure formée de deux membranes, l'amnios et le chorion, qui entoure le fœtus. Comprendre la composition, le rôle et les pathologies associées au liquide amniotique est primordial pour assurer le bon déroulement de la grossesse et la santé du bébé.
Composition du liquide amniotique
La composition du liquide amniotique évolue au cours de la grossesse, reflétant les besoins et le développement du fœtus.
Éléments constitutifs
Au début de la grossesse, le liquide amniotique est principalement produit par les membranes du sac amniotique. À partir du quatrième mois, le fœtus contribue activement à sa production et à son renouvellement. Le liquide amniotique est alors composé d'eau à 96%, de sels minéraux, d'acides aminés, de cellules fœtales et d'urine fœtale.
- Eau: Constitue la majeure partie du liquide amniotique.
- Sels minéraux: Essentiels pour l'équilibre électrolytique. Les anions et les cations varient peu au cours de la grossesse. L'ion sodium est responsable de 99 % de l'osmolalité.
- Acides aminés: Les plus abondants sont l'alanine, la glutamine, la lysine, la proline, la thréonine, la glycine et la valine, représentant 70% des acides aminés. Au cours de la première moitié de la grossesse, la composition en acides aminés du liquide amniotique est comparable à celle de l'urine et du sang fœtal.
- Cellules fœtales: Des cellules cutanées (à partir de la 16ème semaine), des cellules des muqueuses de la bouche, du vagin, de la vessie, de l'urètre, des cellules polynucléaires, des macrophages et des cellules anucléées. L'analyse de ces cellules permet de connaître la maturité cutanée du bébé in utéro, de déterminer son sexe et son groupe sanguin, d'étudier le caryotype et de pratiquer un dosage d'enzymes pour dépister certaines maladies métaboliques héréditaires.
- Urine fœtale: Le rein fœtal ayant un faible pouvoir de concentration, les urines fœtales sont hypo-osmolaires par rapport au plasma maternel et fœtal. Le fœtus absorbe entre 200 et 500 ml de liquide amniotique par jour, qui est ensuite éliminé par l'urine.
- Hormones: Les hormones hypophysaires sont toutes dosées. L'insuline et le glucagon proviennent uniquement des urines fœtales et sont détectées dès la 10ème semaine.
- Protéines: La concentration des protéines est très faible par rapport au secteur maternel. La sérum albumine représente la fraction la plus importante. L'alphafœtoprotéine est un marqueur fœtal en raison de sa fabrication exclusive par le foie fœtal et de son taux très élevé dans le sérum fœtal. Elle rentre dans le liquide amniotique via le rein fœtal et reproduit fidèlement l'évolution des taux sériques fœtaux.
- Enzymes: Les cholonestérases, dont l'acétylcholinestérase, sont normalement absentes dans le liquide amniotique. Les enzymes digestives, comme la GammaGlutamyl Transpeptidase (GGT), la leucine amniopeptidase et les isoenzymes de la phosphatase alcaline, dépendent de la physiologie digestive fœtale. À partir de 10-13 SA, date de l'ouverture de la membrane anale, les sécrétions accumulées dans le tube digestif inondent le liquide amniotique.
- Facteurs de croissance: Les facteurs de croissance épidermique comme EGF (Epidermal Growth Factor) et IGF (Insulin Growth Factor) augmentent progressivement au cours de la grossesse.
- Fibronectine: Présente en grande quantité dans le chorion et le liquide amniotique.
- Lécithines tensioactives: Le taux des lécithines tensioactives reflète la composition du surfactant pulmonaire. Elles augmentent progressivement au cours de la grossesse, principalement à compter de 35 SA.
Évolution de la quantité et de la texture
La quantité de liquide amniotique évolue au cours de la grossesse. De 20 ml à 2 mois, elle passe à 600 ml autour de 6 mois, pour atteindre près de 2 litres vers 8 mois et redescendre à moins d'un litre à terme. La texture change également. Pendant une partie de la grossesse, le liquide est très fluide, puis il se concentre et s'épaissit lors des deux derniers mois, servant de lubrifiant au moment de l'accouchement.
Rôles du liquide amniotique
Le liquide amniotique remplit plusieurs fonctions essentielles pour le développement et la protection du fœtus.
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Protection physique
Le liquide amniotique agit comme un coussin protecteur, amortissant les chocs externes et protégeant le fœtus des traumatismes. Il permet également au fœtus de bouger librement, favorisant le développement de sa motricité.
Maintien de la température
Le liquide amniotique maintient une température constante de 37 degrés Celsius, protégeant le fœtus du froid et des variations de température.
Protection contre les infections
Le liquide amniotique possède un rôle antibactérien, sécrétant un produit bactéricide capable d'arrêter la prolifération de certaines bactéries et même de les tuer. Les membranes de la poche des eaux fabriquent également des vitamines nécessaires au fœtus, notamment la vitamine D.
Développement pulmonaire
Le fœtus avale et urine du liquide amniotique, contribuant au développement de ses poumons. Les lécithines tensioactives présentes dans le liquide amniotique reflètent la composition du surfactant pulmonaire, essentiel pour la respiration du nouveau-né.
Indicateur de la santé fœtale
La couleur, l'aspect et l'odeur du liquide amniotique sont des informations importantes pour l'équipe médicale. Un liquide clair indique une vitalité normale du bébé, tandis qu'un liquide jaune peut signaler une incompatibilité rhésus, un liquide vert ou de couleur purée de pois peut indiquer la présence de méconium (selles du bébé) et une souffrance fœtale, et un liquide marron sombre peut traduire la mort du bébé.
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Pathologies associées au liquide amniotique
Les anomalies de la quantité de liquide amniotique peuvent indiquer des problèmes de santé chez la mère ou le fœtus.
Hydramnios
L'hydramnios est un excès de liquide amniotique. Il peut être causé par un diabète gestationnel, des malformations fœtales (souvent au niveau de l'intestin ou de l'œsophage), ou d'autres facteurs. Un hydramnios rapide peut s'accompagner de douleurs utérines et de contractions.
Oligoamnios
L'oligoamnios est une insuffisance de liquide amniotique. Il peut être lié à une rupture de la poche des eaux, un jumeau transfuseur, une post-maturité, une perte chronique de liquide amniotique, une malformation des reins du bébé, un bébé de faible poids in utéro ou une toxémie gravidique.
Examens du liquide amniotique
L'analyse du liquide amniotique permet de dépister différentes anomalies chromosomiques, métaboliques et nerveuses.
Amniocentèse
L'amniocentèse est un prélèvement de liquide amniotique réalisé à travers la paroi abdominale et utérine, sous contrôle échographique. Elle est indiquée en cas d'antécédent de malformation fœtale ou de maladie chromosomique parentale ou héréditaire liée au sexe, en cas de découverte d'une anomalie morphologique à l'échographie, et chaque fois que le dépistage sérique de la trisomie 21 indique un risque supérieur à 1/250, ou pour toutes les patientes au-delà de 37 ans et 11 mois au moment de la conception. L'amniocentèse permet de réaliser un caryotype, de doser l'alpha-foetoprotéine et l'acétylcholinestérase, de rechercher des anomalies de fermeture du tube neural, de doser la bilirubine dans les incompatibilités rhésus, et d'identifier par biologie moléculaire le gène D ou les gènes de l'hémoglobine du fœtus, ou la présence de toxoplasme ou de cytomégalovirus.
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Amnioscopie
L'amnioscopie est un examen visuel du liquide amniotique à travers le col utérin. Réalisée à la fin de la grossesse, elle permet d'apprécier l'aspect et la quantité du liquide amniotique pour détecter une éventuelle souffrance fœtale, et accessoirement vérifier la présentation.
Ponction amniotique
La ponction amniotique est une ponction par voie transabdominale d'un échantillon de liquide amniotique en vue d'examens biologiques. Elle est surtout destinée à l'analyse des composants du liquide amniotique : les cellules fœtales (pour la réalisation d'un caryotype), le dosage de protéines comme l'acétylcholinestérase ou l'alpha-fœtoprotéine (pour le diagnostic des malformations digestives ou neurologiques), le dosage de la bilirubine dans les iso-immunisations rhésus fœtomaternelles, l'identification par biologie moléculaire du toxoplasme ou des virus (le cytomégalovirus ou le parvovirus), l'identification des gènes de l'hémoglobine ou de l'antigène rhésus du fœtus.
Amniocentèse précoce
La ponction du liquide amniotique réalisée entre la 12ème et la 17ème semaine.
Amniocentèse itérative
Ponction de l’une puis l’autre poche amniotique en cas de grossesse gémellaire ou multiple. L'instillation d'un colorant non toxique, le rouge carmin, après la première ponction permet d'éviter une double ponction du même œuf.
Amniocentèse tardive
Ponction transabdomino-utérine de liquide amniotique réalisée au cours du troisième trimestre de la grossesse sous contrôle échographique. Elle permet d'évaluer la maturité pulmonaire fœtale par le dosage de la lécithine et de la sphingomyéline, ou du phosphatidyl glycérol, ou par méthode optique en lumière dépolarisée, l'anisotropie, toutes techniques qui apprécient la concentration amniotique en surfactant. Elle indique par le dosage optique de la bilirubine le degré de l’anémie fœtale dans les iso-immunisations rhésus.
Rupture de la poche des eaux
La rupture de la poche des eaux peut se produire avant le début du travail (rupture prématurée des membranes) ou pendant le travail.
Rupture prématurée des membranes
Pour un bon tiers des femmes, la poche des eaux se rompt avant d’être réellement en travail. Comme elles sont à terme, cela ne pose pas de problème particulier : il leur suffit de se rendre à la maternité dans les deux heures. Le plus souvent, le travail se met en route rapidement. Si ce n’est pas le cas, on le provoque dans un délai de 24 à 48 heures maximum : le risque d’infection augmente avec la durée d’ouverture des membranes.
Rupture pendant le travail
En début de travail, la poche des eaux contribue à la dilation du col. En effet, sous l’effet des contractions, elle se bombe tel un ballon de baudruche à l’avant de la tête du bébé et appuie sur le col. Si la dilatation du col ne progresse pas suffisamment, la sage-femme rompra peut-être elle-même la poche des eaux pour provoquer la descente du bébé. Avec un petit ustensile pointu, elle gratte tout doucement les membranes jusqu’à faire un petit trou. En procédant avec beaucoup de délicatesse, il n’existe aucun risque de toucher la tête du bébé.
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