La recomposition familiale est un défi auquel bon nombre d’individus font face aujourd’hui. Après une séparation, il arrive un moment où l'on rencontre une nouvelle personne avec qui l'on désire s’installer. Cependant, quand on a des enfants, il est difficile de prendre la décision de refaire sa vie rapidement sans penser aux conséquences sur eux. La question de savoir quand et comment présenter son nouveau compagnon à son enfant se pose alors avec acuité. Cet article explore les différentes facettes de cette étape délicate, en offrant des conseils pratiques et des perspectives psychologiques pour faciliter cette transition.

L'importance du timing

Il n’est pas toujours évident de déterminer le bon moment pour présenter son nouveau compagnon ou sa nouvelle compagne à son enfant. Il n’y a pas une durée de relation idéale avant de procéder aux présentations. Mieux vaut s’assurer qu’avec cette personne, c’est du sérieux. La plupart des relations amoureuses se terminent avant 9 mois. Voir défiler les nouveaux conjoints n’est pas idéal pour l’enfant car il s’attache aux personnes. En cas de séparations répétées, l’enfant peut perdre ses repères et son sentiment de sécurité. Il s’agit aussi de se sentir prêt.e à franchir l’étape de la présentation.

Il faut également prendre en compte l'état émotionnel des enfants. Celui-ci dépend beaucoup de la manière dont la séparation des parents s’est passée, des relations qu’ils entretenaient avant, pendant et après la séparation, et de l’attitude qu’ils ont eue envers eux depuis qu’ils sont tout-petits. Les enfants sont très sensibles à la communication non verbale et même si vous les protégez de vos disputes, ils ressentiront facilement la tension qu’il peut y avoir entre vous, et même inconsciemment, elle influencera sur leurs émotions et leurs réactions.

Préparation et Communication

Présenter un nouveau conjoint ne se fait pas à l’improviste. Cela demande un minimum de préparation. On peut expliquer à l’enfant que l’on souhaite lui présenter une personne que l’on a rencontrée et que l’on apprécie beaucoup.

Conscients de l’onde de choc que leur progéniture doit encaisser, pères et mères s’interrogent sur le meilleur timing. On commence par leur dire simplement que l’on a rencontré quelqu’un d’important, sans aller plus avant dans la confidence. Les enfants ne doivent pas avoir fenêtre ouverte sur la vie intime de leurs parents, insiste la psychologue. On en dit davantage seulement lorsque le projet de vie commune se précise. Si un bon timing participe au confort émotionnel et au sentiment de sécurité de l’enfant, il ne faut pas oublier que cette notion est subjective.

Lire aussi: Comprendre les pleurs nocturnes de bébé

« La relation parent-enfant est vivante, elle ne fonctionne pas selon un quelconque mode d’emploi, on ne peut donc pas conseiller un moment idéal, assure Sylviane Giampino. Tout ce que l’on peut dire aux parents, c’est que tout changement intervenant dans la vie de leurs enfants doit être discuté, préparé et progressif. » Quant à la manière d’aborder le sujet, il n’existe pas non plus de mode d’emploi. « Il y a surtout deux écueils à éviter, prévient Alain Braconnier : la solennité, car elle est angoissante et inutilement dramatique, et la désinvolture, à cause de laquelle l’enfant risque de ne pas se sentir respecté. En outre, il pourrait percevoir l’anxiété de son parent derrière ce qui peut n’être qu’une décontraction de façade. »

Adapter l'approche à l'âge de l'enfant

L'âge de l'enfant est un facteur déterminant dans la manière d'aborder cette présentation.

  • Jeunes enfants : Quand les enfants sont encore jeunes, comprendre ce qu’est une relation amoureuse n’est pas forcément facile sans aborder aussi le sujet de la sexualité et de comment on forme une famille. Pour les enfants, « les parents » sont « leurs parents », et expliquer que chaque parent pourrait avoir un ou une autre partenaire est nécessaire. Vous pourrez dans un premier temps présenter votre nouveau conjoint en tant qu’ami, car les enfants comprennent bien la proximité avec un ami. Les enfants apprennent à connaître la nouvelle personne en douceur et sans précipiter l’acceptation du nouveau partenaire. Vers 3-4 ans, les enfants sont en plein complexe d'Œdipe et idéalisent leur père ou leur mère. Les parents doivent avant tout se faire confiance.
  • Adolescents : Pour un adolescent à l’inverse, présenter votre nouveau conjoint en tant qu’ami pourrait au contraire ne pas faciliter la relation avec leurs futurs beau-père ou belle-mère. En effet, votre ado percevrait votre mensonge comme une sorte de trahison et un manque de confiance. Un ado s’attend à ce qu’on soit honnête avec lui et non qu’on prenne la décision à sa place. Bien avant de le rencontrer, il appréciera que vous lui parliez de votre nouveau partenaire, de sa vie d’avant, de son tempérament et de ses goûts. Un adolescent a plus de chances de se sentir à l’aise avec son nouveau beau-père ou sa nouvelle belle-mère au moment du rendez-vous, d’avoir l’impression qu’il le ou la connaît déjà un peu. Parlez-lui de la raison pour laquelle vous avez pris la décision d’aller plus loin avec cette personne, montrez-lui des photos d’elle.

Le rôle des bons mots

Si le souci de ménager les enfants est présent chez la plupart des parents, il n’évite toutefois pas les dérapages par excès de zèle. Attention, donc, aux portraits trop flatteurs qui sont perçus par l’enfant comme une façon implicite de disqualifier l’autre parent. « Pour se construire, l’enfant a besoin d’avoir une bonne image de ses deux parents. C’est pourquoi il vaut mieux évoquer son nouveau partenaire avec pudeur et délicatesse. On gagne toujours à en dire moins que trop. D’accord pour dire son prénom et sa profession, mais on laisse les uns et les autres faire progressivement connaissance, sans exercer de pression pour forcer la sympathie », conseille Alain Braconnier, qui précise également que les projets de vie (cohabitation, déménagement, partage de chambre…) ne seront évoqués que s’ils sont bien avancés, afin de laisser l’enfant ou l’adolescent digérer l’information à son rythme. En revanche, certaines informations sont à communiquer rapidement, pour que l’enfant ne se sente pas mis au pied du mur. C’est le cas si l’on envisage une vie commune avec un partenaire qui a des enfants. « Ils ne doivent pas être noyés sous un flot d’informations, ce que font certains parents en croyant les rassurer, poursuit Alain Braconnier, mais ils doivent sentir qu’ils peuvent poser toutes les questions sans s’autocensurer. »

Choisir le bon lieu pour les présentations

Une autre question stratégique taraude les parents : où faire les présentations?? La plupart d’entre eux misent beaucoup sur le « bon lieu » afin d’aplanir les difficultés. En réalité, pour Sylviane Giampino, Maryse Vaillant et Alain Braconnier, l’essentiel est de laisser de l’espace à l’enfant.

Pour cette première rencontre, un lieu neutre, comme un parc, est recommandé, car les enfants sont très attachés à leur territoire. L’enfant peut percevoir comme une intrusion le fait d’accueillir d’emblée cet inconnu à son domicile, et se montrer jaloux. Mieux vaut aussi prévoir de faire une activité tous ensemble pour briser la glace plus facilement et permettre de s’apprivoiser. C’est pour l’enfant l’occasion de découvrir cette personne à travers une activité ludique, relaxante et de partager un moment agréable. Cette rencontre gagnera à être « la plus informelle possible », estime la médiatrice familiale. Cela évite de mettre la pression à tout le monde. On y va progressivement : une après-midi ensemble autour d’une activité par exemple. On ne se lance pas immédiatement dans un week-end entier ou des vacances tous ensemble.

Lire aussi: Risques et recommandations : Sushi et allaitement

Un repas au restaurant, un goûter dans le salon familial, une promenade en forêt, pourquoi pas ? Tout est envisageable, à condition que l’enfant puisse échapper quand il le désire au regard anxieux ou scrutateur des adultes. Les enfants, et peut-être plus encore les adolescents, disposent de véritables antennes pour détecter le faux naturel, la fausse gaieté ainsi que toutes les manœuvres de séduction pour se faire accepter. Certains parents attendent les vacances d’été, quand la maison familiale ouvre ses portes et que le va et vient des uns et des autres rend l’ambiance plus légère. On ne présente pas son nouveau conjoint à la table du petit déjeuner après avoir passé la nuit avec lui, et l’on n’impose pas sa présence pendant toute la durée des vacances sous prétexte de mieux faire connaissance.

Anticiper et gérer les résistances

Refus de faire la connaissance du « nouveau » ou de la « nouvelle », comportement agressif, chagrin chronique… Les psys et thérapeutes familiaux sont unanimes : ces réactions négatives, fréquentes, sont un moyen pour l’enfant de dire ce qu’il ne parvient pas à mettre en mots, voire ce dont il n’a pas conscience. Si ce défaut d’accueil doit être entendu, discuté avec l’enfant et pris en compte par le parent, ce dernier ne doit toutefois pas renoncer à son projet de vie. Reporter à plus tard les présentations, rassurer l’enfant, répondre à toutes ses questions sont des pistes pour calmer la crise. Mais le parent devra aussi dire clairement qu’il ne changera pas d’avis.

L’enfant peut également exprimer lui-même son refus catégorique de rencontrer la nouvelle compagne de son père ou son potentiel futur beau-père. Il n’est peut-être pas prêt à voir arriver une nouvelle personne dans son entourage. Cela vient conforter l’idée que ses parents sont bel et bien séparés, qu’ils ne s’aiment plus, que chacun est libre d’avoir un nouvel amoureux… Il s’agit quelque part de faire le deuil de ce qu’était le noyau familial, de son quotidien avec ses parents. Si l’un d’eux est particulièrement attristé par la séparation et peine à s’en remettre, l’enfant peut avoir l’impression de le trahir en acceptant de rencontrer cette personne. C’est ce que les psychologues appellent un conflit de loyauté. Quelque part, l’enfant peut avoir l’impression que celle-ci remplace son père ou sa mère dans la vie de son parent. Cela peut être douloureux à imaginer et vivre pour lui. On respecte la sensibilité de son enfant et on prend patience. Il n’y a aucune urgence à présenter la personne que l’on aime. Pour faire en sorte que cette rencontre démarre sous de bons auspices, mieux vaut laisser le temps à l’enfant de se faire à cette idée. Si l’on précipite les choses contre la volonté de l’enfant, il risque de se mettre en travers de la relation voire même de la faire exploser.

Si la première rencontre ne se passe pas comme prévu, que l’enfant rejette le nouveau compagnon ou la nouvelle compagne, on le respecte là encore. On recommande de faire une pause, pas dans son histoire d’amour mais dans sa volonté de faire rencontrer l’enfant à son amoureux.se. On retentera une nouvelle rencontre ultérieurement, sans presser les choses et à dose homéopathique. Si on force les rencontres, ce n’est pas idéal. L’enfant peut avoir l’impression que l’on ne tient pas compte de son ressenti et, contrarié par la situation, il peut demander à vivre chez l’autre parent.

La relation avec l'ex-conjoint

Autre conseil : prévenir l’autre parent de cette rencontre. Sinon, cela risque d’être un sujet tabou, un secret qui mettra l’enfant en porte-à-faux vis-à-vis de l’autre parent. Quand l’un des parents refait sa vie, trouve un nouveau partenaire, cela peut être difficile à accepter pour l’ex femme ou l’ex mari. Surtout si celui-ci n’a peut-être pas encore fait le deuil de son histoire, a de la rancœur etc. Le divorce n’est peut-être pas encore prononcé, des affaires sont peut-être encore en commun… L’ex peut alors évoquer divers prétextes pour retarder la présentation du nouveau partenaire. Il est important d’en discuter entre parents pour trouver un terrain d’entente, de montrer à l’ex conjoint que l’on entend ses réticences mais que cette histoire est importante à nos yeux et que l’enfant a le droit de savoir ce qui se passe dans la vie de ses parents.

Lire aussi: Conseils pour se rendre à la maternité

Certains parents estiment qu’il est de leur droit de faire la connaissance de la personne qui va vivre avec leur enfant au quotidien ou seulement un week-end sur deux. Un souhait qu’il est possible de satisfaire sans que cela comporte de risques pour l’enfant, « à condition que trois critères soient satisfaits », nuance toutefois la psychologue Maryse Vaillant.

  • La relation entre les ex-conjoints doit être apaisée, sinon le nouveau partenaire constituera un nouveau motif de conflit.
  • La rencontre ne s’impose vraiment que lorsque les deux adultes ont à se rencontrer dans des situations qui impliquent la présence de l’enfant (retour de week-end, de vacances, etc.). Sinon, l’enfant peut interpréter cette présentation comme un examen de passage, ce qui dévalorise le parent qui a refait sa vie.
  • Le parent ne doit jamais communiquer à son enfant l’impression que lui a faite le nouveau partenaire de son ex-conjoint. Cela afin que l’enfant puisse tisser une relation saine avec son beau-parent sans adopter le point de vue de son père ou de sa mère.

Famille recomposée : défis et harmonie

Dans la famille recomposée, comme dans chaque famille, il y a des bons comme des mauvais moments. Mais les sujets de discussion dans la famille recomposée concernent beaucoup les relations entre les « anciens » et les « nouveaux arrivés ». Les conflits entre les enfants et les beaux-parents sont fréquents du fait que les enfants acceptent moins d’être éduqués par une autre personne qui « joue » le rôle d’un nouveau parent. L’enfant peut percevoir le beau-père ou la belle-mère comme une personne intrusive et qui remplace le parent, une personne qui rompt le cercle, le noyau de la famille. Décider de vivre avec son nouveau conjoint est la suite logique d’une histoire d’amour. Il faut être conscient qu’elle ne l’est pas forcément pour les autres membres dans votre future famille recomposée - entre les beaux-enfants et les beaux-parents et entre les demi-frères et sœurs. L’attitude négative de l’enfant vers le beau-père ou la belle-mère peut être provoquée par la jalousie. Le sentiment de dépossession du parent se renforce, et le nouveau conjoint devient un « ennemi » avec qui l’enfant ou l’adolescent doit « partager » son parent. Les disputes s’enchaînent et les relations deviennent tendues. La relation entre le nouveau et l’ex-conjoint est toute aussi importante pour les enfants.

L’arrivée d’un nouveau frère ou d’une nouvelle sœur n’est pas toujours une bonne nouvelle. Partager la maison, la chambre, les affaires et les repas, peut être moins douloureux que de partager l’amour et l’attention de sa mère ou son père, qui n’était là que pour nous avant. Cela peut provoquer un sentiment de rejet ou d’abandon chez l’enfant, qui va se retourner contre son quasi-frère ou sa quasi-sœur avec qui il « partage » son parent. Si le nouvel arrivé n’est pas accueilli avec joie, il sera difficile pour lui de s’intégrer dans la famille. Le rôle du beau-père ou de la belle-mère est tout aussi important dans la relation entre enfants et beaux-enfants. Si les enfants sont encore jeunes, organiser des activités communes est une bonne idée, à condition de respecter la volonté de chacun. Vous pouvez leur demander de choisir ensemble l’activité, ou de vous proposer des idées de sorties ou de jeux pour passer le temps ensemble. Demander à deux adolescents à bien s’entendre quand ce n’est pas le cas est plus difficile, car ce sont des personnes plus autonomes. Il peut y avoir aussi la situation où un nouveau bébé arrive dans la famille. Il sera le seul enfant à vivre avec ses deux parents biologiques.

Vivre en harmonie quand on est une famille recomposée, c’est possible. Pour commencer, le nouveau couple de parents doit prendre la décision de vivre ensemble quand l’amour et la bonne entente entre eux est bien présente, et non pas sur un « coup de tête ». Chaque enfant a besoin de passer du temps seul avec son parent biologique. Évitez les disputes entre parent et beau-parent devant les enfants, qui sont déjà fragilisés par les conflits de leurs parents avant la séparation. Dites à vos enfants que votre propre bonheur est tout aussi important que le leur. Soyez clairs et exprimez ce que vous ressentez ou pensez avec les autres membres de la famille. Les relations évoluent, les enfants et les parents aussi. S’adapter à la situation actuelle est important, sans rester bloqué sur le passé. Écoutez plus votre cœur que les conseils des autres.

Le rôle du beau-parent

Désireux de faire bonne impression, il a parfois tendance à en faire trop. Mauvais calcul. Car, même si cette maladresse part toujours d’une bonne intention, les enfants, et plus encore les adolescents, disposent de vraies antennes pour détecter la gaieté forcée, le faux naturel, l’empathie exagérée. Le bon comportement à adopter ? Ni trop, ni trop peu. De questions, de familiarité, d’enthousiasme…

Le rôle du parent

Mieux vaut éviter de faire l’éloge de son nouveau partenaire, car l’enfant peut entendre ce discours comme une disqualification de son père ou de sa mère. Il suffit de lui donner le nom, la profession et la situation familiale (avec ou sans enfant) de son futur beau-parent.

Le rôle de l'enfant

Salon familial ou balade en forêt… Peu importe le lieu de la rencontre, à partir du moment où il peut, une fois les présentations faites, retrouver un espace qui échappe au regard anxieux ou scrutateur des adultes. Qu’il regagne sa chambre seul ou qu’il rejoigne des amis pour jouer, il a besoin d’évacuer sa tension émotionnelle à sa façon et loin des grands.

tags: #quand #presenter #son #nouveau #compagnon #a

Articles populaires: