La crèche provençale, bien plus qu'une simple représentation de la Nativité, est une plongée dans la culture et les traditions de la Provence. Chassée des églises par la Révolution, elle a trouvé refuge dans les foyers, devenant un symbole fort de l'identité régionale. Inspirée par le récit de l'Évangile de Luc, elle met en scène la naissance de Jésus, entouré de la Sainte Famille et des bergers, mais aussi de tout un peuple provençal, invité à célébrer cet événement unique.

La Nativité Provençale : Une Appropriation Culturelle

Contrairement aux crèches traditionnelles que l'on trouve dans de nombreux pays, qui se limitent souvent à la Sainte Famille, aux bergers et aux Rois Mages, la crèche provençale s'approprie l'événement en l'intégrant pleinement dans la culture populaire locale. C'est une véritable scène de village qui se déploie, avec ses habitants, ses métiers, ses traditions et ses paysages.

Un petit peuple chemine vers l'étable, composé de braves gens venus offrir des présents modestes au nouveau-né, à l'image des Rois Mages. Ces offrandes, issues de leur travail ou de leurs récoltes, accompagnent leur recueillement et leur prière aux pieds du Sauveur. Ils ont été informés par les bergers, qui ont répandu la bonne nouvelle annoncée par l'ange.

Les Santons : Petits Saints de Provence

De cette tradition sont nés les santons de Provence, ces "petits saints", ces humbles gens, souvent pauvres, parfois embourgeoisés. Les santonniers se sont inspirés des pastorales, ces récits écrits pour le théâtre populaire, qui situent la naissance de Jésus dans l'étable d'un village provençal et racontent les péripéties des villageois sur le chemin de l'étable.

Paysans, valets de ferme, rémouleurs, tous travaillent dur, mais sont aussi parfois portés sur la bouteille, poltrons ou acariâtres. Pourtant, ils ont tous un grand cœur, comme Honorine la poissonnière, toujours serviable et de bonne humeur. Ces personnages hauts en couleur ont inspiré les santonniers, qui les ont immortalisés dans l'argile.

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Ainsi, tout le monde est bienvenu à la crèche, même ceux qui font ripaille à l'auberge, les commères, les coquettes, le brigand ou le gitan qui a enlevé le fils de l'aveugle. La crèche provençale est un lieu de rassemblement et de partage, où chacun a sa place.

Les Éléments Symboliques de la Crèche

La crèche provençale est riche en symboles, qui renvoient à la fois à la nature, à la religion et à la culture locale.

  • L'eau : L'eau du ruisseau ou du puits rappelle que l'eau est source de vie pour la nature et pour l'humanité.
  • Le pont : Le pont qui ouvre l'accès à la crèche symbolise le passage du monde matériel au monde spirituel.
  • Le paysage : Le paysage est construit avec des éléments naturels : bois, liège, feuillage, ou des matériaux simples comme le carton et le papier. Le monde végétal est omniprésent : mousse, branches de pin, de thym, de romarin, de buis (symbole d'éternité). La crèche doit évoquer la nature, comme un hommage rendu par toute chose à son Créateur.
  • La lumière : La lumière est un élément essentiel de la crèche. Une veilleuse ou une petite lampe à huile éclairait autrefois la crèche pendant toute la période calendale, jusqu'au 2 février. Aujourd'hui, on lui préfère souvent un feu de camp, qui apporte lumière et chaleur aux bergers endormis.
  • L'étoile : L'étoile, bien visible au-dessus de l'étable, annonce la naissance de Jésus et guide les Rois Mages.
  • Le ciel : Le ciel, souvent un morceau de tissu bleu percé d'étoiles, représente le monde spirituel, opposé au monde terrestre.

Les Personnages Incontournables

Parmi les nombreux santons qui peuplent la crèche provençale, certains sont particulièrement importants :

  • Les bergers : Ils occupent une place de choix, car ils ont été choisis par l'ange comme messagers de la bonne nouvelle. Ils se mettent en route vers la crèche et réveillent les gens sur leur passage pour leur annoncer la naissance du Sauveur.
  • L'aveugle : Il incarne les maux de l'humaine condition. Dans la pastorale d'Yvan Audouard, il ne demande pas un miracle, mais la vie éternelle annoncée par le Sauveur.
  • Le ravi : Il est souvent associé à la figure du naïf, de l'idiot du village. En réalité, il est l'émerveillé, un être de lumière, qui ne voit que la beauté du monde et proclame qu'il n'a jamais rien connu de plus beau que la venue du Sauveur.
  • L'Ange Boufarèu: L’ange est un incontournable de la crèche, il est le messager de la naissance de Jésus. Le plus populaire est l’ange Boufareu, celui qui souffle, tient une trompette et guide la population vers l’étable.
  • Pistachié ou Bartoumièu: C'est le même personnage issu des deux pastorales (la pastorale Maurel pour Pistachié et La neissenço doù Christ, d'Audibert, pour Bartoumièu).Il ne faut jamais l'oublier dans une crèche. C'est une cervelle d'oiseau, un brave homme qui répond par le rire quand on lui parle. Un grand rire qui le secoue tout entier et qu'il entretient à coups de verres de vin. Il se laisse facilement berner.

Les Traditions de Noël en Provence

La période de la crèche est celle de la fête, du recueillement et de la prière. En Provence, la période calendale commence le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe. On met alors du blé à germer dans trois coupelles, qui seront déposées sur la table familiale le soir de Noël, entourées de trois bougies, en hommage à la Trinité.

  • Le 4 décembre : la Sainte Barbe: On met des grains de blé (ou lentilles, pois chiche…) à germer dans trois coupelles. Le chiffre 3 symbolise la Trinité (Père, Fils et Saint-Esprit) ou la Sainte Famille (Marie, Joseph et Jésus). Elles seront déposées sur la table de Noël, parfois une de plus pour la crèche. Il faut 3 semaines pour que les graines germées poussent. Les brins doivent être beaux et drus, présage de la prospérité. C'était aussi un moyen de vérifier la qualité du blé afin de savoir si la future récolte avait des chances d'être une réussite !
  • Le dernier dimanche avant Noël : la crèche: Il est temps de faire la crèche, "faire la capello" ou faire la chapelle !Le mot crèche vient du mot latin "cripia" qui signifie mangeoire, premier berceau de Jésus d'après l'évangile Saint Luc. Les félibres y ont mis quelques règles :- des collines provençales, - une verdure symbole d'espérance et de renouveau (solstice d'hiver, les jours rallongent) notamment du cyprès et du buis,- des végétaux morts- la présence de fleurs, symbole de prospérité qui sont blanches pour la pureté ou rouges pour le sang du Christ versé à sa mort : pyracantha ; olivier des Rameaux ; le laurier thym avec des baies bleues et une fleur blanche; hellébore symbole de pureté ; poinsettia ou étoile de Noël- la présence de l'eau qui rappelle le baptême et la purification- le vent qui est le souffle de vie et symbole de la présence de Dieu…Sans oublier l'étoile, un ange, le blé de la Sainte Barbe et une lumière !
  • La Veillée de Noël le 24 décembre: Tout d'abord, le "cacho-fio" qui signifie écraser le feu, mettre le feu.Cette cérémonie se retrouve dans d'autres régions et existe au moins depuis le 16ème siècle. Pour les chrétiens, c'est la mort du Christ, un lien avec la libation : répandre du vin ou un autre liquide pour une divinité.La bûche doit venir d'un fruitier donnant des fruits à noyaux, mort dans l'année. Il faut la couper en automne et la laisser sécher au soleil. Le plus jeune et le plus vieux de la famille portent cette bûche en faisant trois fois le tour de table ou de la maison puis la déposent dans la cheminée. Elle est arrosée de vin cuit et l'on formule : "Alègre, Alègre ! Mi bèus enfant, Dièu nous alègre ! Emé Calèndo, tout bèn ven, e si noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens". On ajoute les braises du cacho-fio de l'an passé. Le feu est allumé avec un rameau d'olivier béni. La bûche est rallumée un peu tous les soirs jusqu'au jour de l'an. Ses cendres sont conservées pour en mettre dans la maison et tout le domaine afin de se protéger des incendies. On les rallume en cas de danger. La table de Noël est dressée de 3 nappes blanches, symbole religieux du 3 mais aussi pour un aspect car on passait 3 jours à table (le 24 au soir, 25 midi et 26 midi pour le deuxième Noël). Le Gros Souper est le repas du 24 décembre, au soir, avec des plats maigres, sans viande. Il doit y en avoir beaucoup, signe d'abondance.
  • Entre Noël et la chandeleur: L'épiphanie le 6 janvier Célèbre l'arrivée des mages.le gâteau des rois est une couronne de pâte briochée parfumée à la fleur d'oranger, garnie et recouverte de fruits confits. Les pastorales au mois de janvier Du provençal "pastre" qui signifie berger.Premier acte : l'ange annonce la nouvelle aux bergers, puis s'en suit une présentation des différents personnages qui met en scène leurs caractères particuliers.Deuxième acte : met en scène la divulgation de la nouvelle de la naissance de l'enfant. Les bergers arrivent au village et réveillent Roustido un vieux garçon qui réveillera à son tour Jourdan le mari de Margarido et Margarido elle-même. Tous les trois réunis partiront vers l'étable sans oublier de répandre la nouvelle au hasard du chemin.Troisième acte : Tout ce petit monde se retrouve chez Benvengu. L'occasion de faire la fête autour d'un bon verre de vin. Après quelques agapes, la chute de Pistachié poussé par le boumian dans le puits et l'arrivée de l'ange qui confirme la nouvelle, tout ce petit monde se mettre en route vers la crèche.Quatrième acte : Chaque personnage se présente devant l'enfant Jésus et lui offre son présent. Des miracles s'accomplissent.
  • La Chandeleur en février: La chandeleur (candelouso en Provençal) est une fête traditionnelle Chrétienne ayant lieu 40 jours après Noël. Elle correspond à la présentation de Jésus au Temple et à sa reconnaissance par Syméon « lumière qui se révèle aux nations » et c’est l’une des 12 grandes fêtes Liturgiques de l’Église orthodoxe. Le terme Chandeleur vient du Latin « festa candelarum » qui signifie « fête des chandelles » en rapport avec les bougies allumées et pour mettre à l’honneur la lumière pendant cette fête. Aujourd’hui, la Chandeleur est célébrée dans une ambiance festive en mangeant des crêpes. Ces dernières sont attribuées au Pape Gélase Ier qui en aurait fait distribuer aux pèlerins arrivant à Rome. On dit aussi que les crêpes avec leur forme ronde et dorée font penser au soleil, le retour de la lumière et donc le Printemps. Dans la tradition Provençale, la Chandeleur clôture les fêtes Calendales (qui débutent le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe). La tradition voulait aussi que les familles Provençales fassent bénir une chandelle, de l’allumer et de rentrer dans les maisons avec. Si elle s’éteignait, c’était le présage d’une catastrophe. Si elle restait allumée, la famille faisait le signe de croix devant chaque portes et fenêtres de la maison pour la protéger de la foudre. En Provence, nous avons aussi la crèche blanche (tradition peu connue), cette dernière est visible la semaine suivant la Chandeleur. Pour 5 personnes600g de morue, 2kg d'épinards, 200g d'oignons, 3 c. à s. - Faire dessaler la morue durant 12 heures et la faire cuire dans un court-bouillon.- Faire fondre les épinards, les oignons dans l'huile d'olive. Ensuite, rajouter la morue émiettée et le laurier.- Faire tremper 150g de pain dans le lait et l'œuf. Battre les œufs et le sucre jusqu’à obtenir une mousse. Ajouter l’eau de fleur d’oranger, le zeste, l’huile d’olive. Mélanger. Ajouter progressivement la farine. Travailler la pâte pour obtenir une boule. Laisser reposer une heure. Préchauffer à 180 °C. L’étaler grossièrement et former des navettes: couper des bâtonnets, pincer les deux extrémités et fendre avec un couteau le centre. Enfourner à 180 °C pendant 20 minutes. Depuis quelques années j’avais le projet de réaliser une « crèche blanche ». Je viens de terminer cette année la sculpture de la façade du temple et des 6 santons requis pour cette crèche. C’est le 2 février, jour de la Chandeleur, que l’on installe cette crèche qui ne reste en place que ce jour. C’est donc la crèche d’une seule journée ! Elle ne comporte généralement que 6 personnages : Joseph portant 2 colombes, Marie qui porte parfois (mais très rarement) une lampe à huile, Jésus, le Grand-prêtre, le vieillard Siméon et la prophétesse Anne. Elle représente l’épisode de la présentation au Temple raconté dans l’Evangile de Luc 2, 22-32. Il s’agit aussi de la purification de la Vierge selon la loi juive qui doit avoir lieu 40 jours après la naissance d’un garçon. Deux traditions s’affrontent au sujet du nom de « crèche blanche » : Elle porterait son nom du fait des deux colombes portées par Joseph. Mais une autre tradition est également bien ancrée puisque l’on recouvrait la crèche de Noël d’un drap blanc (d’où le nom) pour éviter d’avoir à la démonter rapidement la veille de la cérémonie. Cette tradition est restée assez vivace en Vaucluse, mais elle est déjà signalée à Tourves vers 1862. Notons que depuis la réforme liturgique, la fin du temps de Noël n’est plus la Chandeleur, mais le Baptême du Seigneur le 8 janvier, car on considère que la présentation au Temple est plus liée à la Croix qu’à la Nativité (c’est le sens des paroles de Siméon à Marie). Lors de la cérémonie du 2 février on organise des processions aux flambeaux dès le Vème siècle, c’est la festum candelorum, la fête des chandelles : d’où vient le mot Chandeleur. Joseph porte deux colombes car c’est l’offrande prescrite pas la Loi Juive pour les pauvres gens, ce qui laisse supposer que la Sainte Famille ne roulait pas sur l’or… Les colombes sont blanches car c’est le symbole de la pureté. Marie ne porte pas toujours l’enfant Jésus dans ses bras qu’on préfère souvent faire porter par Siméon. Celui-ci représente le peuple d’Israël qui accueille le sauveur et l’accepte comme son Salut. C’est le sens des paroles de Siméon dans l’Evangile : « maintenant ô Maitre souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la Paix, car mes yeux ont vu le Salut que tu préparais à la face des peuples. ». Enfin le costume du grand prêtre est lui aussi très symbolique : il est pieds nus car l’Exode dit : « Quitte tes sandales, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte » (Ex3,5) . Son pectoral comporte 12 pierres précieuses représentant les 12 tribus d’Israël, c’est à dire l’ensemble des Nations selon la tradition catholique. Il porte un ephod (sorte de tunique courte) qui permet d’expier les péchés du peuple.

L'Histoire des Santons : De l'Italie à la Provence

La tradition des santons remonterait à Saint François d'Assise, qui aurait créé la première crèche vivante hors d'église, en 1223, à Gréccio, en Italie. Selon la légende, il aurait eu l'idée de fabriquer des figurines de la nativité avec de la farine, de l'eau et du sel, qu'il aurait appelées les "3 Santi Belli".

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À la fin du 18ème siècle, des frères franciscains venus d'Italie introduisirent les crèches en Provence. La Révolution française, en fermant les églises en 1793, a paradoxalement contribué à populariser la crèche domestique, avec des petits personnages que l'on pouvait cacher facilement.

En 1798, le sculpteur Louis Lagnel eut l'idée d'utiliser l'argile pour fabriquer des santons, grâce à un procédé de moulage qui permit une production de masse et une plus grande diffusion. Marseille devint alors la capitale santonnière, organisant des foires annuelles qui se tiennent encore aujourd'hui sur la Canebière.

La Crèche Aujourd'hui : Un Symbole de Paix et de Partage

Aujourd'hui, la crèche provençale demeure un symbole de paix et de partage. Même si elle perd parfois sa signification religieuse, elle reste présente dans de nombreuses familles, chrétiennes ou non. Elle évoque la vie paisible d'autrefois, perçue comme un paradis perdu, avec ses valeurs traditionnelles et sa vie en harmonie avec la nature.

Si les santons tournent parfois le dos à la crèche, davantage préoccupés par leur métier ou leur vie quotidienne, ils restent fidèles à leur rôle de porteurs d'espoir pour des jours meilleurs, faits de paix et de bonheur pour une humanité rassemblée.

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