Une analyse de l'enfance et du sentiment de l'enfance à l'époque contemporaine se doit d'éviter les généralisations hâtives. Il fut un temps où l'enfant était perçu davantage comme un garant de la continuité de la lignée que comme un individu en quête d'épanouissement personnel. Sa place au sein de la famille était souvent marginale, exacerbée par un taux élevé de mortalité infantile qui affectait les liens affectifs.
Selon la théorie classique de Philippe Ariès, la reconnaissance de la spécificité de l'enfance et de l'attention particulière qu'elle mérite est le fruit d'une longue évolution. Jean-Jacques Rousseau, avec son appel à « laisser mûrir l’enfance dans l’enfant », incarnerait le point culminant de ce cheminement intellectuel et sensible. Parallèlement à cette émergence du sentiment de l'enfance, la famille, valeur bourgeoise, tend à supplanter le lignage, concept aristocratique.
Bien qu'il soit aisé de trouver, à la fin du XVIIIe siècle, des expressions des conceptions traditionnelles, notamment dans les souvenirs d'enfance de figures de la noblesse telles que Mirabeau, le prince de Ligne, Talleyrand et Chateaubriand, l'évolution sociale et culturelle, lente et graduelle, s'est manifestée à des moments et à des degrés divers selon les lieux et les milieux. Elle a néanmoins existé et a fini par s'imposer. Le XIXe siècle finissant a résolument placé l'enfant au centre de la famille.
Les œuvres présentées dans cette exposition, ainsi que celles d'autres peintres de l'époque exposées dans divers musées et institutions en France et à l'étranger, et dans des collections privées, témoignent-elles de cette transformation ? Il convient d'être prudent : les tableaux, produits par une catégorie spécifique pour un public restreint, reflètent souvent des images culturellement construites et définies de l'enfant plutôt qu'une vision brute des mentalités et des pratiques de l'époque. Comme le dirait Pierre Vidal-Naquet, il ne faut pas chercher la société ou la culture du XIXe siècle dans une toile d'Ingres ou de Manet plus qu'on ne chercherait le cor de Roland à Roncevaux. Néanmoins, leur observation contribue à la compréhension d'une époque révolue.
La Représentation de l'Enfant à Travers l'Art
Depuis l'Antiquité, les artistes ont représenté des enfants. Au Moyen Âge, la peinture religieuse a diffusé l'image de l'Enfant-Jésus dans les campagnes les plus reculées. Le portrait, initialement réservé aux rois et aux puissants, immortalise rapidement les traits des fils de princes et des jeunes rois, comme Charles Orlant, dauphin de France (1494), par le Maître de Moulins. La peinture de genre accueille également les figures pittoresques des jeunes enfants, comme en témoignent les œuvres de Brueghel, Bosch et Le Nain.
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Les portraits officiels de princes et de rois semblent corroborer les thèses de Philippe Ariès. Ils gomment toute originalité de l'enfance : les jeunes Louis XIII et Louis XV sont représentés de manière similaire à leur âge mûr ou au vieux Louis XIV. L'accent est mis sur leur future destinée royale, et tout caractère enfantin est délibérément effacé. Les rois de France sont considérés comme majeurs dès l'âge de 13 ans, et même le fragile Charles II d'Espagne est réputé pour son esprit vif dès l'âge de 5 ans, car il doit régner dès son plus jeune âge.
Le sentiment moderne de l'enfance n'apparaît donc pas dans la peinture royale : il faut plutôt le rechercher, au XVIIIe siècle, chez Chardin, Greuze, Reynolds ou Goya. Le XIXe siècle, au sens large, marque sans doute son apogée. Carolus-Duran s'inscrit parfaitement dans ce mouvement général. L'évolution de la peinture moderne l'éloignera ensuite souvent du souci de représentation, bien que Pablo Picasso et quelques autres puissent facilement nous contredire avec génie. La représentation visuelle passe par d'autres formes d'expression artistique : le cinéma rend très vite compte de l'importance de l'enfant dans la vie familiale avec Le déjeuner de Bébé des frères Lumière. De Chaplin (The Kid) à Comencini (L’Incompris), en passant par Losey (Le Garçon aux cheveux verts) et Pialat (L’Enfance nue), la postérité de l'enfant en images sera prolifique.
L'Enfant au Coeur de la Famille Bourgeoise
Le XIXe siècle, à sa manière, fut un siècle de l'image. Baudelaire l'avait écrit : « Notre siècle a le culte des images ». La propension des artistes à moraliser et à présenter des leçons exemplaires à leurs contemporains peut favoriser une lecture de leurs œuvres qui privilégie les représentations intemporelles de l'enfance plutôt que les réalités sociales. L'enfant est avant tout l'enfant de la famille.
La Grande-Bretagne fut sans doute le premier pays à promouvoir les valeurs du bonheur familial. En 1820, George IV avait pu éprouver les difficultés provoquées par une mésentente affichée du couple royal. L'heureuse famille unie autour de la reine Victoria (1819-1837-1901) et du Prince Albert (1819-1861) rompt avec le modèle « Ancien Régime » des souverains entourés de maîtresses ou de favorites : la popularité de l'institution monarchique en sort grandement renforcée. En France, les monarchies « citoyennes » de Louis-Philippe et de Napoléon III essaient d'affirmer le même modèle. La diffusion massive de l'œuvre de Carpeaux, Le Prince impérial et son chien Néro, sert la propagande impériale, en dehors des qualités propres de l'œuvre, toujours très populaire après 1870 sous le nom de L’Enfant et son chien. Dans Son Excellence Eugène Rougon, Zola fait s'exprimer sans malice une brave bourgeoise de province à l'égard du couple impérial : « Ils ont l'air bien bon (…) de braves gens (…) on dirait deux têtes sur le même traversin ». La respectabilité familiale est de rigueur. L'enfant en est le meilleur garant.
La Vie de Famille et l'Émergence de la Sociabilité
La vie de famille permet le développement d'une sociabilité particulière, s'organisant au sein et autour de la maison. L'ameublement cossu et confortable, souvent marqué par le goût de l'accumulation et des bibelots, les repas, moments de cérémonie, en forment les principaux éléments. Être servi à table est le signe discriminant qui indique l'appartenance à la bourgeoisie. L'enfant bénéficie du climat d'affection et de tendresse décrit comme l'idéal de l'intimité familiale. Flaubert pourra bien moquer Bouvard et Pécuchet pour leur pédagogie moderne, le tutoiement progresse, le martinet et les sanctions corporelles régressent lentement, les chambres d'enfants, encore rares, font leur apparition.
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L'État encourage ces pratiques : il donne l'exemple, au moins dans les principes énoncés. Dès 1834, il est interdit de frapper les enfants dans les écoles publiques, prohibition rappelée avec force par les directives de Jules Ferry et, semble-t-il, ce refus des sanctions corporelles constitue souvent une différence marquante entre les deux écoles, privée et publique. Les lois de 1889 et 1898 interviennent au sein même de la famille pour protéger les enfants de mauvais traitements. L'idéal du bonheur familial se répand et s'étend à l'ensemble des milieux sociaux. Ainsi, au début du XXe siècle, la C.G.T., syndicaliste-révolutionnaire, revendique la journée de 8 heures au nom des intérêts de la famille ouvrière, de son droit au bonheur et à la détente, symbolisés par l'image de parents enfin disponibles pour s'occuper de l'éducation de leurs enfants.
L'École et le Travail des Enfants : Une Réalité Contrastée
Les grandes lois scolaires du XIXe siècle permettent la scolarisation massive des enfants, au moins des garçons, alors que dans les milieux bourgeois ou aristocratiques s'estompe le personnage du précepteur. Cette évolution correspond aussi à un renforcement de l'État au détriment du droit paternel, qui n'est pas toujours accepté ou souhaité. Catholiques et conservateurs dénoncent l'emprise de l'État, au nom des familles et des libertés privées. Le comte de Falloux, député royaliste de Segré et ministre de l'Instruction publique sous la IIe République, défenseur des droits de l'Église, reproche à l'Université de donner « plus d'instruction que d'éducation ». Le syndicalisme révolutionnaire du début du siècle, lui aussi méfiant à l'égard de l'État, s'oppose également à tout monopole de celui-ci au sein de l'enseignement.
En revanche, la politique républicaine s'identifie vite avec la cause de l'instruction, censée être la meilleure arme contre les misères sociales. « Ouvrir une école, c'est fermer une prison », le mot d'ordre de Victor Hugo illustre l'effort des héritiers des Lumières au XIXe siècle, de Guizot à Ferry. Les lois scolaires de 1880-1882 couronnent l'œuvre entreprise par Condorcet, Lakanal et les Conventionnels, continuée par Guizot sous Louis-Philippe et par Victor Duruy sous Napoléon III. L'analphabétisme recule : 50 % de la population masculine en 1830, 4 % en 1910 selon les statistiques établies au moment du service militaire. Savoir lire, écrire, compter, le mot d'ordre de Jules Ferry devient une réalité, au moins pour les garçons. La coupure essentielle dans la réalité sociale, au XIXe siècle, et sans doute encore après, demeure celle qui sépare les filles des garçons. La scolarisation des jeunes filles suit en effet avec retard celle des garçons.
L'école ne joue cependant que très imparfaitement son rôle de creuset social. Aux lycées de la bourgeoisie s'opposent les écoles primaires, et leurs cours complémentaires, apanages populaires. Très tôt, l'enfant du peuple découvre le travail comme apprenti ou jeune ouvrier. Il est même rare qu'il attende l'âge officiel de la fin de la scolarité (13 ans en 1882), surtout s'il s'agit d'une fille. Certes, des lois sociales sont votées pour interdire le travail des enfants : avant 8 ans en 1841, 10 ans en 1874, 13 ans en 1892. C'est précisément sur ce sujet, au nom de la défense des intérêts de la nation, que sont prises les premières lois sociales, ébréchant le dogme de la liberté complète des contrats de travail. Ainsi, c'est pour contrôler l'application de la loi sur le travail des enfants qu'est créée l'inspection du travail (1874). D'autres catégories sont ensuite concernées par ces dispositions sociales : ainsi, en 1900, la durée de la journée de travail est limitée à 10 heures pour les femmes comme pour les enfants. Néanmoins, si globalement le sort de l'enfance populaire tend à s'améliorer, il ne faut pas non plus oublier la distance qui peut séparer longtemps principes législatifs et applications concrètes, ni la situation tragique et intolérable des conditions de vie en milieu populaire à la fin de la « Belle Époque ».
L'Intervention de l'État et l'Amélioration des Conditions de Vie
L'État intervient aussi pour développer l'assistanat (loi de 1904) : politique sociale et souci national se mêlent. La lutte contre la dénatalité et l'affaiblissement physiologique de la « race » face au rival allemand est une obsession du temps. Le congé de maternité, d'une durée de un mois, avec garantie de l'emploi est ainsi institué en 1909. Les progrès de la médecine concernent aussi la généralisation des vaccinations, les progrès de l'hygiène et l'émergence de la pédiatrie avec le développement de la puériculture, illustré par le docteur Variot. Ces efforts, liés aux résultats de la croissance économique et aux améliorations sociales, ne restent pas sans effet, même si la lenteur des résultats peut paraître dramatique : le taux de mortalité infantile passe de 33 % en 1800 à 19 % en 1910.
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Le Gavroche : Symbole de l'Enfance Populaire et de la Misère Sociale
Ce n'est pas réduire le mérite de Charles Durand ou Carolus-Duran que d'évoquer quelques autres peintures d'enfants du XIXe siècle dues à ses contemporains. Au contraire, sa personnalité s'en dégagera d'autant plus aisément. Lillois, Carolus-Duran devait connaître les « caves » de Lille dont Hugo dénonça la misère. On peut y songer en voyant certains tableaux réalistes qui posent la question sociale. Ce fut notamment le cas juste avant et pendant la révolution de 1848, juste après la crise et la grande disette des années 1846-1847. Ainsi, Alexandre Antigna (1817-1878) dans L’Eclair (1848, musée d’Orsay) peint une famille populaire. Il s'agit même d'une famille misérable, où le père est absent, comme très souvent chez Antigna, blottie dans sa mansarde, à l'ombre d'un crucifix aujourd'hui à peine visible. Elle assiste à l'orage, dont les éclairs sont figurés par une curieuse lueur orangée et attend avec anxiété ses possibles conséquences. L'atmosphère de L’Eclair dérive encore du drame romantique, mais elle constitue aussi une scène de genre populaire, révélatrice de la misère urbaine.
Sous la IIIe République, des confrères de Carolus-Duran choisissent aussi leurs sujets « dans le peuple ». C'est le cas par exemple de l'élégante et sensible Marie Bashkirtseff (1858-1884) avec Un Meeting (musée d’Orsay) qui connaît un grand succès public au Salon de 1884. Ce groupe de « gamins » assistant à une démonstration renouvelle la scène de genre. Palissades et graffitis indiquent le caractère populaire du lieu. Les enfants reprennent le type du gamin de Paris, longtemps symbolisé par Gavroche, thème qui s'abîmera dans l'imagerie populaire avec les innombrables « Poulbots ». La mièvrerie est ici évitée par le choix chromatique gris-beige-bleu-rose et par la précision du réalisme ethnologique : la séparation des sexes, le mystère révélé par un grand à des petits, aux membres grêles et au teint pâle, aux galoches usées et à l'aspect rusé. Le polémiste Drumont, déjà célèbre par ses violentes campagnes antisémites, dénonce cet amour du laid, du banal et du vulgaire qu'on rencontre dans les faubourgs : « ces sujets qui parlent si peu à l'âme et à l'esprit, qui ne laissent rien subsister de la poésie de l'enfance » (La Liberté, 16 mai 1894). Il aurait pu cependant noter que ces enfants de la rue allaient à l'école.
Le symbolisme, qui dispute à la fin du siècle la primauté esthétique au réalisme, peut traiter des sujets analogues. Léon Frédéric (1856-1940) le démontre avec Les Âges de l’ouvrier (1895-1897, musée d’Orsay). Cette représentation de rues populaires et populeuses de Bruxelles annonce l'ère des masses, espérée par les défenseurs du prolétariat, redoutée aussi par tous ceux qui craignent l'avènement du pouvoir de la foule, comme le sociologue Gustave Lebon. Elle exprime en tout cas les principaux traits de la peur sociale du XIXe siècle. L'horizon de cette masse humaine est sombre : le ciel ne luit guère et l'arrière-plan du tableau est occupé par des bâtiments évocateurs de l'inéluctable destinée ouvrière : le palais de justice au fond du volet de droite…
Les Structures d'Accueil Collectif et la Puériculture Moderne
Les structures d'accueil collectif ont toutes en commun d'être des lieux d'éveil et de sociabilisation pour les enfants dès 2 mois et demi et jusqu'à 3 ans (jusqu'à 6 ans pour les jardins d'enfants pédagogiques). Ces lieux d'accueil fonctionnent à partir d'un projet d'établissement qui s'intègre dans une politique globale de la petite enfance et répond à des objectifs qualitatifs.
Les jardins d'enfants municipaux ont pour mission d'accueillir 60 enfants de 2 ans à 4 ans. Le jardin d'enfants est un lieu de vie où les enfants sont encadrés par des professionnel(le)s de la petite enfance tels que des éducateurs(trices) de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture, agents de service. La caractéristique du travail de cette équipe est l'observation de l'enfant dans ses différentes activités afin de mieux le comprendre et de l'accompagner dans la découverte de son environnement. La créativité est au cœur des activités proposées dans la structure sous forme de différents ateliers.
Les jardins d'enfants pédagogiques accueillent les enfants de 2 ans et demi à 6 ans. Les enfants sont répartis par groupe de 20. Le projet pédagogique a pour objectif de préparer les enfants aux apprentissages premiers et fondamentaux nécessaires à une bonne intégration à l'école élémentaire.
La halte-garderie est un lieu d'accueil à temps partiel, régulier ou occasionnel, par demi-journée, pour des enfants âgés de 2 mois et demi à 6 ans. Dans certains établissements, quelques places peuvent être réservées à la journée.
Les crèches associatives accueillent les enfants de 2 mois et demi à 3 ans. Elles sont liées à la Ville de Paris par une convention, leur projet d'établissement est soumis à l'agrément de la Ville de Paris et elles sont contrôlées par la PMI. Les crèches associatives sont ouvertes 11 heures par jour, dans une plage horaire comprise entre 7h30 et 19h. Elles accueillent les enfants généralement de 2 mois et demi à 3 ans, en général cinq jours par semaine. L'équipe d'encadrement se compose obligatoirement de deux adultes, dont au moins un(e) professionnel(le) qualifié(e) de la petite enfance. C'est lui ou elle qui coordonne la structure et assume la responsabilité éducative des enfants. Ces structures demandent une participation active des parents car ils sont impliqués dans l'organisation, la gestion et l'animation du lieu ainsi que dans la définition du projet pédagogique. L'association de parents détermine les conditions d'admission de l'enfant.
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