Les bilans hormonaux, incluant les dosages de prolactine et de bêta-HCG, sont des outils essentiels pour explorer diverses conditions médicales, allant des troubles de la fertilité aux irrégularités menstruelles, en passant par les problèmes thyroïdiens. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble des normes de ces hormones et de leur importance clinique.

Introduction aux Bilans Hormonaux

En cas de problèmes hormonaux, un spécialiste peut prescrire un bilan hormonal ou endocrinien. Quand le faire ? Comment interpréter les résultats ? Faut-il être à jeun ? Un bilan hormonal est un examen permettant de doser des hormones dans le sang ou les urines. L'objectif est d'observer les taux de certaines hormones pour trouver la cause d'un trouble ou d'une maladie. Pour rappel, les glandes endocrines (thyroïde, ovaires etc…) sont commandées par l'hypophyse et sécrètent des hormones dans l'organisme via la circulation sanguine. "On fait faire un bilan hormonal uniquement s'il y a suspicion d'une anomalie", explique le Dr Emmanuelle Lecornet-Sokol, endocrinologue. D'autres maladies peuvent entraîner ce genre de symptômes et le bilan hormonal est donc utile pour vérifier s'il s'agit bien d'un trouble hormonal.

Le Dosage de la Prolactine

Rôle et Importance de la Prolactine

La prolactine est une hormone fabriquée par l'hypophyse et dont le rôle est de stimuler la glande mammaire. Avant tout bilan, il est important de vérifier que la patiente ne prend pas de traitement hyperprolactinémiant (agents pharmacologiques appartenant au groupe des estrogènes, des oestroprogestatifs, des psychotropes, les antihypertenseurs, les antiémétiques, des morphiniques…). Tout traitement devra être arrêté depuis plus de 48 heures. La prise de sang devra être réalisée à jeun et au repos (le stress et à degré moindre l’apport alimentaire stimulent la sécrétion de prolactine).

Normes de la Prolactine

L’hyperprolactinémie se définit par des taux de prolactine supérieurs ou égaux à 20 ng/ml. Elle est modérée pour des valeurs comprises entre 20 et 50 ng/ml. Elle est considérée comme moyenne entre 50 et 150 ng/ml et importante au dessus de 150 ng/ml. Dans ce dernier cas, le diagnostic d’adénome hypophysaire à prolactine est quasi certain et devra conduire à réaliser une tomodensitométrie (ou scanner) de la selle turcique. À l'inverse, certaines hyperprolactinémies discrètes sont parfois très difficiles à mettre en évidence en raison de la pulsatilité sécrétoire de cette hormone.

Interprétation des Résultats

L'interprétation des taux de prolactine doit tenir compte du contexte clinique. Une hyperprolactinémie peut être causée par divers facteurs, incluant :

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  • Médicaments : Certains médicaments peuvent augmenter les niveaux de prolactine.
  • Stress : Le stress et l'apport alimentaire peuvent stimuler la sécrétion de prolactine.
  • Adénome hypophysaire : Une tumeur bénigne de l'hypophyse peut entraîner une production excessive de prolactine.
  • Hypothyroïdie : Les affections du corps thyroïdien sont fréquentes chez la femme, ce qui justifie les indications larges de l’évaluation de la fonction thyroïdienne à la recherche d’une hyperthyroïdie ou d’une hypothyroïdie.

Le Dosage de la Bêta-HCG

Rôle et Importance de la Bêta-HCG

L’hCG est sécrétée par le trophoblaste dès le début de la grossesse et l’évolution des taux d’hCG est parallèle à celle du syncytiotrophoblaste. L'hCG a pour rôle de maintenir l'activité du corps jaune gravidique jusqu'à ce que le placenta prenne le relais. La recherche d’ hCG peut être effectuée par des dosages urinaires ou plasmatiques, qualitatifs ou quantitatifs.

Méthodes de Dosage

Le dosage qualitatif dans les urines fait appel à la méthode immunologique de Wide et Gemzell. Celle-ci permet de diagnostiquer la grossesse à partir de 10 à 15 jours de retard de règles. En fait, cette réaction apprécie la présence de l'ensemble hCG et LH hypophysaire en raison de la parenté de structure existant entre ces hormones. Le dosage quantitatif peut être réalisé dans les urines ; le taux d'hCG totale est généralement exprimé en Unités Internationales (ancien dosage des prolans). Le dosage quantitatif le plus utilisé, parce que le plus sensible et le plus spécifique, est le dosage plasmatique d’hCG qui permet d'obtenir le diagnostic biologique de la grossesse avec certitude avant même le retard des règles. Le dosage détecte la sous-unité β et non pas la sous-unité α, ni l'hCG totale car seule la sous-unité β est spécifique ; la sous-unité α étant commune à FSH, LH et TSH, ce qui peut donner des faux positifs.

Normes de la Bêta-HCG

Soulignons qu'un taux plasmatique d’hCG inférieur à 10 g/ml ou UI/l permet d'affirmer l'absence de grossesse, ce qui en fait un examen précieux pour écarter une grossesse extra-utérine. Les taux augmentent rapidement, classiquement ils doublent toutes les 48 heures. Les taux atteignent leurs valeurs maximales vers la 8 ème semaine d’aménorrhée puis ils diminuent progressivement jusqu’à être ininterprétables à partir du 4ème mois.

Interprétation des Résultats

La recherche d’hCG ne doit pas être systématique pour diagnostiquer une grossesse si elle peut l’être cliniquement ou par échographie. Le dosage quantitatif est licite chez les femmes ayant des facteurs de risques de GEU, salpingite, tabac, grossesse sous contraception (DIU), grossesse induite ou dans le cadre de la surveillance des IVG médicamenteuses. En cas de métrorragies ou douleurs pelviennes chez une femme, sans facteur de risque de GEU, un dosage quantitatif d’HCG doit être couplé à l’échographie et répété si la preuve d’une GIU n’est pas faite . En cas de GEU traitée de façon conservatrice (cœlioscopie, expectative, médical) ou de grossesse molaire, des dosages quantitatifs sont utiles au suivi. Dans le cadre du diagnostic anténatal par dosage des marqueurs sériques maternels (test d’évaluation du risque de trisomie 21 fœtale) la fraction libre de la sous-unité β de hCG est dosée au 1er trimestre de grossesse, couplée à la PAPP-A.

Autres Hormones et Leur Importance

Outre la prolactine et la bêta-HCG, d'autres hormones sont essentielles pour comprendre le fonctionnement du système endocrinien.

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Œstradiol

L'Oestradiol est une hormone oestrogénique, synthétisée par les ovaires et dont l'augmentation participe à l'ovulation.

  • Chiffres normaux dans le sang
    • Première partie du cycle (phase folliculaire) : 13-228 pg/ml.
    • Au moment de l'ovulation : 140-300 pg/ml.
    • Deuxième partie du cycle (phase lutéale) : 50-210 pg/ml.
    • Après la ménopause : 5-52 pg/ml.
    • Chez l'homme : 10-40 pg/ml.

FSH (Hormone Folliculo-Stimulante)

C'est une hormone secrétée par l'hypophyse qui stimule la maturation des follicules présents dans les ovaires, organes féminins chargés de la reproduction ainsi que la sécrétion d'estrogènes. Elle contribue à la régulation du cycle menstruel. Elle est constituée d'une glycoprotéine (d'une protéine et d'un sucre).

  • Taux normaux dans le sang
    • Première partie du cycle (phase folliculaire) : 1,3-5,9 mUI/ml.
    • Au moment de l'ovulation : 6,4-9,2 mUI/ml.
    • Deuxième partie du cycle (phase lutéale) : 1,1-2,8 mUI/ml.
    • Après la ménopause : 10-37 mUI/ml.
    • Chez l'homme : 1-5 mUI/ml.

LH (Hormone Lutéinisante)

La LH ou hormone lutéinisante est une hormone fabriquée par l'hypophyse (glande du cerveau) qui stimule les ovaires chez la femme pour provoquer l'ovulation. Elle a un rôle important dans le bon fonctionnement du cycle menstruel chez la femme .

  • Taux normaux dans le sang
    • Première partie du cycle (phase folliculaire) : 0,5-5,8 mUI/ml.
    • Au moment de l'ovulation : 16 -40 mUI/ml.
    • Deuxième partie du cycle (phase lutéale) : 0,5-5,8 mUI/ml.
    • Après la ménopause : 5-27 mUI/ml.
    • Chez l'homme : 0,8-4 mUI/ml.

Progestérone

La progestérone est une hormone stéroïde qui joue notamment un rôle important lors de l’installation puis l’évolution d’une grossesse. Elle est toutefois importante même en dehors des grossesses, pour le maintien de la fonction des organes génitaux. Elle est principalement produite par les ovaires et le placenta (dès le deuxième mois de grossesse, prenant le relais du corps jaune). Pendant la grossesse, elle permet la migration de l’œuf fécondé jusqu’à l’utérus, puis facilite sa nidation, entre autres.

  • Taux de progestérone et cycle menstruel

Le taux de progestérone dans le sang varie au cours du cycle menstruel. Il est bas pendant la phase folliculaire, augmente brusquement lors de la phase lutéale pour atteindre un maximum 5 à 10 jours après le pic de LH (l’hormone lutéinisante, qui déclenche l’ovulation). Les taux diminuent ensuite, sauf en cas de grossesse. À titre indicatif, les concentrations sanguines normales de progestérone en dehors de toute grossesse sont inférieures à 1,5 ng/mL pendant la phase folliculaire, comprises entre 0,7 et 4 ng/mL au moment du pic ovulatoire et entre 2 et 30 ng/mL pendant la phase lutéale (reflet de la présence du corps jaune).

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Situations Cliniques Spécifiques

SOPK (Syndrome des Ovaires Polykystiques)

Le SOPK provoque les mêmes symptômes que le SOPK. Vous recevez en consultation Mme D. pour absence de règles. Il s’agit d’une patiente de 24 ans ayant comme antécédents :- un indice de masse corporelle (IMC) à 30 kg/m2 ;- une acné sévère non traitée ;- une appendicectomie dans l’enfance. Elle est G0P0 et a eu ses premières règles à 14 ans. Ses cycles sont irréguliers. Elle vous rapporte un test urinaire de grossesse négatif, fait la veille. Cette lésion dermatologique sans gravité est pathognomonique de l’insulinorésistance. Vous prescrivez donc le bilan biologique de première intention.

Hyperandrogénie

L’hyperandrogénie est facile à évoquer lorsque les manifestations cutanées sont caractéristiques (hirsutisme, acné, séborrhée) mais lorsque elle est modérée, le diagnostic clinique n’est pas évident et le recours aux dosages plasmatiques est justifié. a une valeur d'orientation capitale bien que d'origine mixte, ovarienne et surrénalienne. Devant un hirsutisme, un taux de testostérone normal avec des cycles menstruels réguliers et ovulatoires est en faveur d'un hirsutisme idiopathique. Un taux légèrement élevé associé à des troubles du cycle est en faveur d'une dystrophie ovarienne. permet d'affirmer le diagnostic. Bien qu'elle soit elle aussi d'origine mixte, une élévation de la 4-androsténédione est plutôt en faveur d'une hyperandrogénie ovarienne car la voie 4 est la voie métabolique essentielle au niveau ovarien. Cette hormone est modérément augmentée dans les dystrophies ovariennes.

Aménorrhée

Dans les aménorrhées montrant une hypoestradiolémie par insuffisance gonadotrope ou ovarienne. A l’inverse, des taux d’estradiol ? L'exploration de l’activité gonadotrope repose sur les dosages plasmatiques de FSH et de LH. Ils ont supplanté les anciens dosages des gonatrophines urinaires. En pratique 1 ou 2 dosages isolés de LH ou de FSH ne permettent pas de tirer de conclusions fiables. Le taux de FSH est élevé dans les aménorrhées d'origine ovarienne comme par exemple en période post-ménopausique. Le taux de LH est plus particulièrement intéressant dans le cadre des dystrophies ovariennes. Ce dosage a pris une importance capitale dans l'exploration des aménorrhées et des dysovulations.

Interprétation Globale et Précautions

Les éléments anamnestiques et cliniques peuvent avoir une valeur d’orientation parfois bien supérieure à celle des dosages hormonaux. Les dosages hormonaux ne se limitent pas au seul intérêt diagnostique, ils sont aussi largement utilisés dans le monitorage des inducteurs de l’ovulation ou encore dans la surveillance des thérapeutiques de suppression hormonale. Ces dosages doivent être très souvent répétés : en effet, ils constituent un instantané de l'état hormonal à un moment donné. Il est possible de demander l'analyse de certaines hormones au médecin biologiste en laboratoire sans présenter d'ordonnance mais l'examen sera alors payant et le biologiste pourra refuser de le faire car l'interprétation des résultats pourrait être faussée par la suite si le bilan n'est pas vérifié par un médecin. Il est donc préférable de s'y rendre avec une ordonnance. Les bilans standards sont réalisés par prise de sang ou analyse des urines des 24 heures. "C'est l'association de plusieurs éléments qui permettent d'élaborer un diagnostic, pas uniquement un chiffre. D'autant plus que les normes écrites dans les laboratoires ne sont pas toujours adaptées. La plupart des examens sont effectués par prise de sang, à jeun le matin.

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