L'Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne l'importance cruciale du lait maternel pour le nourrisson, recommandant un allaitement exclusif pendant les six premiers mois de la vie de bébé. Cette pratique assure une croissance, un développement et une santé optimaux. Le lait maternel est un aliment dynamique, évoluant constamment au fil du temps, pendant l'allaitement et même au cours d'une même tétée, afin de répondre précisément aux besoins nutritionnels de l'enfant.
Composition du lait maternel : un véritable alicament
Le lait maternel est bien plus qu'une simple source de nutriments. Il est composé d'une multitude d'éléments bénéfiques pour le bébé :
- Cellules vivantes : Elles renforcent le système immunitaire de l'enfant et favorisent le développement et la guérison des organes.
- Protéines et acides aminés : Plus de 1 000 protéines et acides aminés essentiels contribuent à la croissance et au développement du bébé. Ces protéines jouent un rôle clé dans l'activation du système immunitaire et la protection des cellules cérébrales en pleine construction.
- Enzymes : Plus de 40 enzymes facilitent la digestion et le développement du système immunitaire du bébé.
- Anticorps : Ils protègent le bébé contre les maladies et les infections en neutralisant les bactéries et les virus.
- Sucres complexes : Plus de 200 sucres complexes alimentent les "bonnes bactéries" de la flore intestinale et préviennent les infections. Le lactose, le sucre le plus connu et le mieux assimilé par le nouveau-né, est le principal sucre.
- Facteurs de croissance : Ils favorisent un développement sain du bébé.
- Hormones : De nombreuses hormones garantissent le bon fonctionnement des tissus et des organes.
Le colostrum : l'or liquide des premiers jours
Les premiers jours après la naissance, le lait maternel est appelé colostrum. Ce "or liquide" nourrit et protège le bébé, tout en étant adapté à sa capacité de digestion. Il agit comme un véritable boost immunitaire, une sorte de vaccin. De plus, il facilite l'élimination des premières selles du bébé (méconium) grâce à son effet laxatif.
Évolution du lait maternel
Au fil des semaines, la quantité de lait augmente et sa composition s'enrichit en matières grasses pour favoriser la croissance du bébé. Vers le 15ème-20ème jour, le lait maternel atteint sa maturité, contenant tous les éléments nécessaires à la croissance de l'enfant : protéines, sucres, vitamines, minéraux, hormones, facteurs de croissance, enzymes et cellules vivantes. La nature des micronutriments continue d'évoluer pour répondre aux besoins changeants du bébé.
Bienfaits de l'allaitement maternel pour le bébé
Le lait maternel est un véritable "alicament" grâce à ses nombreuses propriétés. Il renforce les défenses immunitaires du bébé, le rendant moins vulnérable aux maladies infantiles courantes, comme l'otite. L'allaitement contribue également au bien-être psychologique du bébé, favorisant un moment d'échange privilégié entre la mère et l'enfant.
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Une étude parue dans le journal scientifique Pediatric Research, met en évidence que le lait maternel joue un rôle important sur le sommeil de bébé ! En effet, il existe une version jour et une version nuit du lait. Sa composition est donc différente selon l’heure de la journée. Le matin, le lait contient du cortisol qui aura l’effet d’une tasse de café sur votre bébé, lui apportant une dose d’énergie importante.
Rôle des hormones dans l'allaitement maternel
L'allaitement maternel est un processus complexe régulé par un ensemble d'hormones, notamment la prolactine et l'ocytocine.
La prolactine : l'hormone de la production de lait
La prolactine est une hormone sécrétée par l'hypophyse, une glande située à la base du cerveau. Sa principale fonction est de stimuler la production de lait maternel. Elle agit en permettant aux lactocytes (cellules productrices de lait) de synthétiser le lait. Cependant, elle n'a pas d'influence directe sur la quantité de lait produite, qui est principalement régulée par la demande du bébé et la quantité de lait extraite.
Le taux de prolactine est naturellement élevé pendant la grossesse, favorisant le développement de la glande mammaire. Après l'accouchement, la chute de la progestérone (due à l'expulsion du placenta) entraîne une augmentation significative du taux de prolactine, déclenchant la production de lait. Bien que le taux de base diminue au cours des premières semaines, un pic de prolactine est observé à chaque tétée, stimulant ainsi la production de lait.
La prolifération des récepteurs à la prolactine, stimulée par les tétées fréquentes en post-partum, est essentielle pour une bonne réponse à la stimulation, même lorsque le taux de prolactine diminue. C'est pourquoi il est important de respecter le principe de l'allaitement à la demande, en favorisant une proximité étroite entre la mère et son bébé.
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L'ocytocine : l'hormone de l'éjection du lait et du bien-être
L'ocytocine est une hormone qui permet le réflexe d'éjection du lait, c'est-à-dire l'expulsion du lait hors du sein à travers les canaux lactifères. Lorsque le bébé commence à téter, un signal est envoyé au cerveau de la mère, qui répond en sécrétant de l'ocytocine. Plusieurs pics d'ocytocine peuvent survenir au cours d'une même tétée, entraînant plusieurs réflexes d'éjection.
L'ocytocine, souvent surnommée "hormone de l'amour", favorise également un climat de détente et d'apaisement, propice au repos et à la somnolence. La somnolence ressentie par la mère pendant l'allaitement n'est pas un signe de fatigue, mais plutôt un état normal qui favorise une meilleure récupération et un sommeil de meilleure qualité.
Autres hormones
De nombreuses autres hormones, telles que les hormones thyroïdiennes, l'œstrogène, la progestérone, l'insuline et les glucocorticoïdes, interviennent dans la régulation hormonale de la lactation, interagissant entre elles pour assurer un équilibre optimal.
Régulation de la production lactée
La production de lait est un processus complexe qui se met en place progressivement et s'adapte aux besoins du bébé.
Mise en place de la lactation
Le corps de la femme se prépare à l'allaitement dès la formation de la glande mammaire pendant la croissance fœtale. Ce développement se poursuit pendant l'enfance et s'accélère à la puberté. À chaque cycle menstruel, les canaux lactifères prolifèrent, puis régressent en l'absence de fécondation.
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Pendant la grossesse, la glande mammaire se développe et se remplit, ce qui explique l'augmentation du volume des seins. La production de colostrum commence dès le 4ème-6ème mois de grossesse.
Lors de l'accouchement, un ensemble de changements hormonaux se produit, permettant la mise en place de l'allaitement. La délivrance du placenta entraîne une chute de la progestérone, déclenchant la production de colostrum, puis la montée de lait.
Poursuite de la lactation
Au cours des premières semaines, la production de lait s'ajuste aux besoins du bébé. Il est donc important de laisser le bébé téter à la demande, en particulier pendant les 4 à 6 premières semaines. Il est conseillé d'éviter de tirer son lait (sauf en cas de nécessité) et de ne pas introduire d'allaitement mixte pendant cette période afin de ne pas perturber la production lactée.
Par la suite, la production de lait dépend des hormones (ocytocine et prolactine) et de la stimulation régulière et efficace du bébé ou du tire-lait. Au fil du temps, la lactation passe progressivement d'un contrôle hormonal (endocrine) à un contrôle local (autocrine), assurant une production ajustée aux besoins du bébé.
Contrôle hormonal (endocrine) vs. contrôle local (autocrine)
Initialement, la lactation est principalement sous contrôle hormonal (endocrine). Cependant, très rapidement, au cours des premiers jours, le contrôle local (autocrine) prend le relais. Le contrôle hormonal est assuré par les hormones produites par le corps, tandis que le contrôle local se fait au niveau du sein, en fonction de la demande du bébé.
Le contrôle local permet de détecter la quantité de lait extraite par le bébé et de répondre en produisant la même quantité. Lorsque les alvéoles (petites poches où le lait est stocké) se remplissent, elles finissent par saturer et ne peuvent plus se distendre. Le lait contenu dans ces alvéoles contient un "inhibiteur rétroactif de la lactation" (FIL). Plus le lait s'accumule, plus la quantité de FIL augmente, ce qui envoie un message aux lactocytes de diminuer, puis d'arrêter la production de lait jusqu'à la prochaine tétée.
Lors de la tétée, les alvéoles se vident, entraînant une diminution du FIL et stimulant la reprise de la production de lait par les lactocytes. La vitesse de production varie en fonction du degré de remplissage du sein : elle est maximale lorsque le sein est presque vide et minimale lorsqu'il est plein.
Importance de la stimulation régulière
Des tétées fréquentes et régulières permettent d'entretenir la production de lait, car le lait est produit plus vite et plus souvent. Respecter les signes du bébé et lui donner le sein à la demande est la meilleure façon de réguler la production de lait.
Un temps trop long entre deux tirages de lait, par exemple lors de la reprise du travail, peut diminuer la production de lait. Le tirage après la tétée peut être nécessaire dans certains cas (relancer une lactation, aider un bébé qui n'arrive pas à téter efficacement, etc.) car il permet de drainer au maximum les alvéoles, stimulant ainsi une production de lait rapide plus souvent dans la journée.
Lors d'un engorgement ou d'une mastite, le lait stagne longtemps, la production ralentit et le sein enregistre qu'il doit produire moins.
Hydratation et production de lait
Il est important de noter que boire plus d'eau n'augmente pas la quantité de lait produite. Une femme allaitante a besoin de boire un peu plus que la moyenne, mais la glande mammaire puise l'eau nécessaire à la production de lait dans le corps, en fonction de la demande du bébé et non de la quantité d'eau disponible. De même, boire moins d'eau ne diminue pas la quantité de lait produite et n'entraîne pas un sevrage plus rapide.
Bienfaits de l'allaitement pour la mère
L’allaitement présente de nombreuses vertus pour votre bébé. Si Dame Nature nous a donné l’essentiel pour nourrir et protéger nos enfants, n’oublions pas que cette pratique naturelle est aussi source de bienfaits pour les mamans.
- Il a été prouvé qu’allaiter diminue les risques de développer un cancer du sein. Plusieurs études se sont en effet intéressées à cette question et les résultats s’accordent sur le résultat suivant : plus la durée totale d’allaitement dans la vie d’une femme est longue, plus le risque de développer un cancer du sein diminue. Cela s’explique par le fait que la sécrétion hormonale est modifiée pendant la grossesse puis après l’accouchement lorsque les femmes allaitent. La production de prolactine, l’hormone permettant l’allaitement, provoque une baisse du taux d’oestrogènes pendant toute la durée où la mère allaite. C’est cette baisse du taux d’œstrogènes qui permet de réduire les risques.
- Toutes les mamans qui ont allaité pourront vous le dire, allaiter son enfant apporte des sentiments particuliers : de la fierté, du bien-être, de la plénitude… Mais surtout, cela favorise le développement du lien d’attachement avec son enfant.
- Plusieurs études ont démontré que les femmes qui allaitent sont moins sujettes au stress que les autres et lorsqu’elles en subissent un sont mieux à mêmes de le gérer.
- Contrairement à de nombreuses idées préconçues, allaiter n’est pas synonyme de mauvais sommeil. En effet, les femmes qui allaitent sécrètent deux hormones qui jouent un rôle positif sur la qualité du sommeil des mamans : il s’agit de la prolactine et de l’ocytocine (encore elle !).
- Même si généralement on les déteste, nous devrions être plus indulgentes et apprendre à accepter les kilos pris pendant la grossesse. Car ces kilos supplémentaires ont permis de stocker l’énergie nécessaire pour nous et notre bébé et ils servent aussi à préparer des réserves pour l’allaitement.
- L’allaitement peut, dans certaines conditions spécifiques, être une méthode de contraception naturelle nommée MAMA, c’est-à-dire « Méthode de l’Allaitement Maternel et de l’Aménorrhée ».
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