La question de savoir si un loup peut enlever un enfant est une préoccupation qui traverse les cultures et les générations, alimentée par des contes et des légendes. Cet article se propose d'examiner les faits et les mythes entourant cette peur ancestrale, en s'appuyant sur des données historiques, des études scientifiques et des témoignages.
La Peur du Loup : Un Mythe Tenace
L’Association Le Klan du Loup tient à rassurer les promeneurs : le loup n’a jamais mangé d’enfant se promenant seul dans la forêt. La peur du Grand Méchant Loup qui mange les grand-mères et les enfants n’est qu’un mythe. Les contes ne servent pas qu’à faire obéir les enfants. Ils ont aussi pour fonction d’exorciser les peurs les plus obscures des hommes.
Pourtant, cette peur demeure vivace, ancrée dans notre imaginaire collectif. Le féroce prédateur assoiffé de sang et hurlant à la lune pour effrayer les pauvres gens a la peau dure ! La haine du loup puise ses racines dans la terreur qu’il suscitait lorsqu’il était encore omniprésent dans nos campagnes. Il était alors le seul véritable prédateur pour l’homme et ses troupeaux et, à ce titre, était craint et détesté. Il était donc tout naturel de faire endosser au loup le rôle du méchant, du croquemitaine qui viendrait emporter les enfants pas sages !
Le Loup dans les Contes et Légendes : Un Symbole Ambivalent
Dans la mythologie européenne, comme partout ailleurs, les histoires de loup sont issues d’une transmission orale. Dans les contes et fables sur le loup, dès l’époque gréco-romaine, l’animal est dépeint comme sauvage, agressif, sanguinaire, mais aussi stupide ou calculateur.
Des histoires comme celle du loup du Gévaudan illustrent bien la répugnance de la population à considérer un homme capable de massacrer ses semblables, y compris des femmes et des enfants. Il est alors plus simple de lui substituer ou de lui adjoindre un auxiliaire féroce, j’ai nommé : le loup.
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Si l’on exclut Ysengrin, personnage du XIIe siècle, la plus ancienne histoire de grand méchant loup est celle du Petit Chaperon Rouge. Attribuée à Charles Perrault, cette fable est en fait la transcription d’une histoire racontée oralement depuis une époque indéterminée. Au XVIIe siècle, Jean de la Fontaine inclut le loup dans pas moins de 14 de ses fables : Le loup et l’agneau, Le loup, la mère et l’enfant, Le loup, la chèvre et le chevreau (qui se rapproche assez du conte Le loup et les sept chevreaux). Il est intéressant de noter que, dans ces histoires, le loup n’est pas systématiquement dépeint comme cruel et sauvage. Le loup et les sept chevreaux est un conte populaire allemand recueilli par les frères Grimm au début du XIXe siècle. Popularisé par Walt Disney dans une version édulcorée, Les trois petits cochons est un conte populaire datant du XVIIIe siècle. L’année 1936 voit la sortie du célèbre conte musical de Prokofiev, Pierre et le loup, dans lequel un jeune garçon intrépide brave l’interdit de son grand-père et sort du jardin. La majorité des légendes sur le loup le diabolisent ou le ridiculisent. C’est une profonde injustice, à des lieues du vrai tempérament de cet animal ! Le loup est fort intelligent, sociable, et non agressif.
Il est intéressant de noter que, dans d’autres cultures, l’image du loup est positive. Les Amérindiens, en particulier, le considèrent comme un symbole de courage, de liberté et de sagesse.
Le Loup : Un Prédateur Opportuniste, Pas un Mangeur d'Hommes
En réalité, le loup identifie l’Homme comme étant un danger et l’évite. Il lui préfère les petits rongeurs ou, s’il a de la chance, un chevreuil. Il y a tellement peu de probabilité d’attaque du loup sur l’Homme, que les bénévoles doubistes du Klan du Loup sont prêts à venir, accompagnés de leurs enfants, se promener dans la forêt avec vous.
"Les loups ne s'approchent pas des villages et sont invisibles la plupart du temps, assure l'ethnozoologue et spécialiste du prédateur Geneviève Carbone. Il y a eu quelques attaques sur l'homme, mais elles sont extrêmement rares et surviennent dans des situations très précises, comme en Inde, où des jeunes enfants avaient été touchés quand ils étaient seuls et surtout très faibles. Il existera toujours un risque, comme avec les chiens."
"On n'a pas le droit d'affirmer que le loup ne s'en prend jamais à l'homme, qu'il s'agit de légendes. Les cas d'attaques récentes existent. Mais elles ne surviennent que très rarement et dans des conditions très particulières", prévient Jean-Marc Moriceau, professeur d’histoire à l’université de Caen et membre de l’Institut universitaire de France.
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Aujourd'hui, les attaques sont sans commune mesure avec celles du passé, lorsque des enfants, chétifs ou malades, gardaient des troupeaux dispersés, près des forêts, dans un environnement où les loups étaient très nombreux. La vulnérabilité des hommes était alors bien plus grande."
Les Attaques Historiques : Rage et Prédation
Spécialiste de la relation entre le canidé et l'humain, l'historien a entrepris, depuis 2002, une vaste enquête de recension des attaques humaines causées par Canis Lupus en France. Basée sur des archives publiques - registres paroissiaux d'état civil, rapports administratifs et médicaux -, elle conclut à 10 000 victimes humaines de loups entre le Moyen-Age et le début du XXe siècle, jusqu'à l'éradication des derniers canidés.
"Il faut distinguer entre deux grands types de situations : les loups enragés [qui ont contracté la rage et peuvent la transmettre], responsables de 4 300 victimes, et les loups prédateurs, qui ont tué 5 300 personnes, essentiellement des enfants entre 5 et 15 ans, ainsi que des femmes qui travaillaient dans les champs et dans les prés", précise Jean-Marc Moriceau. "Ces attaques de prédation sont souvent le fait de loups "solitaires" et non de meutes entières, écrit-il dans son dernier ouvrage sur la question, Le loup en questions, fantasme et réalité. Occasionnellement, des animaux en dispersion ont profité de circonstances favorables pour devenir mangeurs d'hommes. Par rapport à la population totale des loups, ils étaient l'exception : de 1 % à 2 % des loups adultes et souvent moins."
Le Retour du Loup : Une Coexistence Possible ?
Depuis le retour de Canis Lupus dans les Alpes en 1992, et sa recolonisation d'un tiers du territoire à la faveur de textes protecteurs et d'une extension des forêts, aucune attaque d'homme n'a été recensée en France.
Ailleurs dans le monde, les cas d'attaques délibérées sont extrêmement rares au cours du XXe siècle. Si la bibliographie est faible en la matière, deux études publiées en 2002 ont tenté de documenter ces interactions entre grands carnivores et humains. Le premier, le rapport de Mark McNay, qui portait sur le Canada, a reconnu l'existence d'attaques de loups non enragés sur six enfants entre 1994 et 2000. La seconde enquête, internationale cette fois, menée par John Linnell, ne relève aucune attaque de loup ces vingt dernières années en Europe ou en Amérique du Nord. Elle dénombre en revanche 273 enfants tués en Inde, essentiellement en raison de loups enragés.
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"Actuellement, le risque d’une attaque de loups tant en Europe qu’en Amérique du Nord semble très faible malgré l’accroissement du nombre de loups (…) L’humain ne fait pas partie des proies naturelles du loup, conclut l'étude. Quand la fréquence des attaques de loups est comparée à celle des autres grands carnivores, il est évident que les loups sont parmi les moins dangereux. Toutefois, les cas où des humains ont été attaqués, blessés ou tués par des loups, ajoutés à notre peur culturelle de la vie sauvage, elle-même renforcée par les historiens et toute la mythologie, permet de mieux comprendre pourquoi les loups ont été perçus comme une menace pour le genre humain."
Dans les pays où il n’a jamais disparu - l’Espagne et l’Italie n’ont jamais éradiqué l’espèce, contrairement à la France - la cohabitation se passe plutôt bien. La raison est simple : nous avons perdu l’habitude de vivre aux côtés des loups. Nous ne savons plus comment trouver un équilibre avec les super prédateurs, le lynx et l’ours ayant aussi été décimés dans l’Hexagone.
Démystifier le Loup : Un Enjeu Éducatif
Pour démystifier le loup et lutter contre les préjugés dont il est encore victime, notamment chez les enfants, le Parc de Courzieu propose un sentier dédié aux maternelles. Dans cette « forêt aux p’tits loups », on aborde l’image de cet animal sous un angle neutre.
Le loup est encore trop souvent victime des préjugés culturels et de la mésinformation. L’image du loup est intimement liée aux croyances et à la culture du lieu. Le loup personnifie le mal à l’état pur, le chasseur sanguinaire et sans pitié.
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