La France a franchi une étape décisive dans la protection des droits des femmes en inscrivant la liberté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans sa Constitution. Cette décision historique, intervenue après un long processus législatif et de vifs débats, fait de la France le premier pays au monde à constitutionnaliser explicitement ce droit fondamental.

Contexte et Genèse de la Loi

Depuis la loi Veil du 17 janvier 1975, qui a dépénalisé l'avortement, l'IVG est un droit acquis en France. Cependant, face aux remises en question observées dans d'autres pays, notamment aux États-Unis avec la décision "Dobbs" de la Cour suprême en 2022, le président de la République, Emmanuel Macron, a exprimé le souhait de consolider ce droit en l'inscrivant dans la Constitution.

Plusieurs propositions de lois constitutionnelles ont été déposées, aboutissant au projet de loi constitutionnelle examiné par le Conseil d’État le 3 novembre 2023. Ce projet visait à modifier l’article 34 de la Constitution, en y insérant un alinéa stipulant que « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté de la femme, qui lui est garantie, d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ».

Un Parcours Législatif Déterminant

La modification de la Constitution nécessite une procédure spécifique, impliquant l'adoption d'une loi constitutionnelle par référendum ou par un vote à la majorité des trois cinquièmes du Congrès (Sénat et Assemblée nationale).

Le projet de loi a été adopté sans modification par l'Assemblée nationale le 30 janvier 2024, puis par le Sénat le 28 février 2024. Le 4 mars 2024, le Parlement réuni en Congrès a approuvé définitivement le texte.

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La Consécration Constitutionnelle

Le 8 mars 2024, Journée internationale des droits des femmes, la loi a été officiellement scellée dans la Constitution lors d'une cérémonie au ministère de la Justice. La loi constitutionnelle du 8 mars 2024 comporte un article unique qui a modifié l'article 34 de la Constitution.

L'alinéa ajouté à l'article 34 précise que "La loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse".

Portée et Implications de la Constitutionnalisation

L'inscription de l'IVG dans la Constitution a plusieurs implications majeures :

  • Protection renforcée : Elle empêche toute remise en cause de cette liberté par une loi ultérieure. Le Conseil constitutionnel, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) et la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) ne lui avaient pas conféré de valeur constitutionnelle en tant que telle auparavant.
  • Liberté fondamentale : Elle consacre la liberté d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse comme une liberté fondamentale, protégée par la Constitution et soumise au contrôle du Conseil constitutionnel.
  • Bénéficiaires : Cette liberté bénéficie à toute personne ayant débuté une grossesse, sans considération tenant à l’état civil, l’âge, la nationalité et la situation au regard du séjour en France.
  • Cadre juridique : La rédaction constitutionnelle laisse au législateur la possibilité de faire évoluer le cadre juridique dans lequel s’exerce cette liberté, en fixant les garanties et les limites et dans le respect des autres principes constitutionnels tels que la liberté de conscience, sous le contrôle du Conseil constitutionnel. Elle devrait pouvoir s’adapter aux évolutions de toute nature, notamment techniques, médicales ou scientifiques.
  • Pas de modification des lois existantes : Enfin, cette loi constitutionnelle n’impose aucune modification des dispositions législatives existantes, notamment celles relatives à la clause de conscience.

Réhabilitation des Femmes Condamnées Avant 1975

Parallèlement à la constitutionnalisation de l'IVG, le Parlement a adopté définitivement, le 18 décembre, une loi pour réhabiliter les femmes condamnées pour avortement avant la loi Veil de 1975. Le texte reconnaît que « l’application par l’Etat » des lois pénalisant l’avortement a constitué « une atteinte à la protection de la santé des femmes, à l’autonomie sexuelle et reproductive » ou encore « aux droits des femmes ». Ce texte mémoriel ajoute que ces lois d’avant 1975 ont conduit à « de nombreux décès » et engendrées des « souffrances physiques et morales ».

Cette loi prévoit également la création d’une commission de reconnaissance du préjudice subi par les femmes ayant avorté, chargée de contribuer au « recueil » et à la « transmission de la mémoire » des femmes contraintes aux avortements clandestins et de ceux qui les ont aidées.

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L'IVG en France : Un Droit Protégé et Accessible

Aujourd'hui, toutes les femmes, y compris les mineures (sans autorisation parentale), peuvent recourir à l'avortement jusqu'à 14 semaines de grossesse. L'IVG est un acte de soins pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie, sans avance de frais ni dépassement d'honoraires. Cet acte est protégé par le secret pour toutes les femmes, même mineures.

Pour lutter contre la désinformation et garantir à toutes une écoute et une information fiable sur leurs droits, deux dispositifs ont été créés : le site ivg.gouv.fr et le numéro vert national : 0800 08 11 11 (accessible par téléphone ou tchat).

Défis Restants et Perspectives d'Avenir

Bien que la constitutionnalisation de l'IVG représente une avancée majeure, des défis persistent pour garantir un accès effectif et équitable à l'IVG sur l'ensemble du territoire. Il est essentiel de renforcer ce droit fondamental et d'en assurer la pérennité face aux enjeux contemporains.

Le 17 janvier 2025, à l’occasion du 50e anniversaire de la loi Veil, une journée d’échange a été organisée pour dresser un état des lieux des avancées en matière d’accès à l’IVG en France et en Europe, tout en mettant en lumière les défis persistants.

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