La Procréation Médicalement Assistée (PMA) est un sujet complexe qui soulève de nombreuses questions éthiques, morales et religieuses. Les avancées de la médecine offrent aujourd'hui aux couples infertiles l'espoir de fonder une famille, mais ces techniques ne sont pas sans poser des problèmes, notamment en ce qui concerne leur compatibilité avec les valeurs et les doctrines des différentes religions. Cet article se propose d'analyser les positions des principales religions sur la PMA et les problèmes éthiques qui en découlent.
La PMA : Définition et Techniques
L'Assistance Médicale à la Procréation ou Procréation Médicalement Assistée (PMA) désigne les pratiques visant à la conception d’un enfant sans l’union sexuelle de l’homme et de la femme. Elle comprend différentes techniques, telles que :
- L’insémination artificielle avec le sperme du conjoint (IAC) : une technique qui se rapproche le plus du rapport sexuel puisqu’elle consiste à placer les spermatozoïdes préalablement sélectionnés dans l’utérus.
- L’insémination artificielle avec donneur (IAD).
- La fécondation in vitro avec transfert d’embryons (FIVETE), en cas de défaillance des spermatozoïdes ou de don d’ovule (FIVETE impliquant don de gamète masculin ou/et féminin).
La première naissance par FIV a été obtenue en Angleterre en 1978, et en 1982 en France. Dans la plupart des FIV, plusieurs embryons humains sont conçus. Ceux qui ne sont pas transférés dans l’utérus de la femme sont congelés. En 2015, ce dispositif a concerné 24 839 enfants, soit 3,1 % des naissances. Elle ne concerne donc que des couples homme/femme, vivants, en âge de procréer et porteurs d’un « projet parental ».
Les Positions des Principales Religions sur la PMA
Le Catholicisme
La position du Vatican est la plus nette en ce qui concerne la PMA. L’Église catholique interdit l’insémination artificielle même intraconjugale et toutes les formes de fécondations in vitro (FIV) même homologues, c’est-à-dire sans tiers donneur, d’une part à cause des atteintes à l’embryon lors du diagnostic préimplantatoire et de la destruction des embryons non implantés et, d’autre part, à cause de la dissociation entre l’acte conjugal et la fécondation, celle-ci devant être le « fruit de la donation sexuelle des époux ».
Pour l'Eglise, il faut en effet se poser la question de savoir si on se sent responsable d'avoir un enfant ou s'il s'agit juste du désir d'en avoir un : "La procréation ne doit pas être l'objet d'une volonté à tout prix mais le fruit du désir d'accueillir. Si elle doit être une action réfléchie et responsable du couple, la PMA n'est pas "mal vue" par la conférence des Évêques. En revanche, il est privilégié de faire une insémination artificielle avant une Fécondation In Vitro (FIV) : "ce qui est le plus proche de la nature est le plus à même de respecter la dignité de l'enfant".
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La Conférence des évêques de France recommande de privilégier l’insémination artificielle à la FIV, technique la plus proche de la nature et la plus à même de respecter la dignité de l’enfant, tout en excluant le recours au don de gamètes comme à la fertilisation in vitro car elle implique le diagnostic préimplantatoire, soit l’élimination volontaire d’un nombre conséquent d’embryons porteurs d’éventuelles anomalies sans oublier la difficile question du devenir des ovules fécondés surnuméraires. Leur destruction comme leur utilisation pour la recherche scientifique ne sont pas envisageables pour le catholicisme.
L’Église catholique s’oppose également à la GPA. Pour Monseigneur Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail bioéthique de la Conférence des Évêques de France, la première question qu’il faut se poser, c’est si la dignité de l’enfant est respectée dans le processus de la PMA.
Le Protestantisme
Le Protestantisme est visiblement la religion la plus ouverte en ce qui concerne la procréation médicalement assistée et considère que la responsabilité personnelle du croyant doit guider ses choix. Le croyant choisira donc lui-même la solution qui lui parait la plus acceptable éthiquement. La plupart des techniques sont autorisées y compris les dons de sperme, d’ovocytes et d’embryons. Si les différents courants de l’islam sont plus ou moins conservateurs envers les perspectives offertes par la PMA, la plupart des Églises protestantes laissent la liberté de choix entre les différentes techniques d’aide médicale à la procréation, certaines acceptant l’insémination artificielle avec donneur lorsque cela est nécessaire.
L'Orthodoxie
L’église orthodoxe autorise la FIV car elle estime qu’il ne lui revient pas de légiférer sur la vie privée de ses fidèles. L’Église orthodoxe rejette la plupart des techniques de PMA et n’autorise aucune manipulation sur l’embryon.
Le Judaïsme
La principale objection halakhique à la PMA réside dans la transgression majeure et incontournable qu’elle implique : celle dite de “l’émission de semence en vain”, c’est-à-dire le fait pour un homme d’éjaculer en dehors d’un rapport sexuel. Les gamètes mâles sont considérés par la Halakha comme sacrés parce que potentiellement créateurs de vie.
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Néanmoins, les décisionnaires contemporains majoritairement autorisent la PMA lorsqu’il n’y a pas d’autre alternative en prenant en considération la peine et le désespoir que fait régner cette attente au sein du couple, voire le risque de sa séparation. Certaines autorités rabbiniques s’appuient même sur des textes qui comparent celui qui n’a pas d’enfants à un mort ; la PMA devient alors un moyen de sauver une vie, ce qui dans la Loi juive est un impératif supérieur qui justifie la transgression de tous les commandements, à l’exception des trois péchés capitaux que sont l’idolâtrie, certaines transgressions sexuelles (inceste, adultère) et le meurtre.
Le judaïsme ne s’oppose pas au diagnostic préimplantatoire en vue de déceler d’éventuelles anomalies chromosomiques ou pathologies graves, l’embryon extra-utéro n’étant pas considéré comme un être vivant. Si la question des embryons surnuméraires n’est pas un problème pour leur devenir, l’autoconservation ovocytaire non plus : la loi israélienne l’autorise jusqu’à l’âge de 45 ans.
L'Islam
La loi musulmane s’apparente à la loi juive, exception faite de l’autorisation préalable d’un imam, non requise pour entreprendre une demande de PMA. Les trois religions monothéistes s’opposent au don de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes).
Problèmes Éthiques Liés à la PMA
La PMA soulève de nombreux problèmes éthiques, parmi lesquels :
- Le statut de l'embryon : La question du statut moral de l'embryon est au cœur des débats sur la PMA. Certaines religions, comme le catholicisme, considèrent que l'embryon est une personne dès la conception et qu'il doit être traité avec le même respect que tout être humain. D'autres religions ont une vision plus nuancée et considèrent que l'embryon n'acquiert le statut de personne qu'à un stade ultérieur de son développement. Le DPI ne peut donc être pratiqué puisqu’il peut aboutir à une destruction de l’embryon si il est atteint de la maladie recherchée.
- Le diagnostic préimplantatoire (DPI) : Le DPI est une technique qui permet de sélectionner les embryons avant leur implantation dans l'utérus, afin de détecter d'éventuelles anomalies génétiques. Cette pratique est controversée car elle implique la destruction des embryons qui ne sont pas sélectionnés. La Conférence des évêques de France recommande de privilégier l’insémination artificielle à la FIV, technique la plus proche de la nature est le plus à même de respecter la dignité de l’enfant tout en excluant le recours au don de gamètes comme à la fertilisation in vitro car elle implique le diagnostic préimplantatoire, soit l’élimination volontaire d’un nombre conséquent d’embryons porteurs d’éventuelles anomalies sans oublier la difficile question du devenir des ovules fécondés surnuméraires. Leur destruction comme leur utilisation pour la recherche scientifique ne sont pas envisageables pour le catholicisme.
- Le devenir des embryons surnuméraires : Lors d'une FIV, plusieurs embryons sont souvent créés, mais seuls un ou deux sont implantés dans l'utérus. Les embryons surnuméraires peuvent être congelés, donnés à la recherche ou détruits. Le devenir de ces embryons pose un problème éthique, car certaines personnes considèrent que leur destruction est un acte immoral. Lors d'une FIV, les embryons surnuméraires sont ceux fécondés en éprouvette, mais pas directement implantés, qui peuvent être congelés pour servir ultérieurement ou alors être détruits. Si la religion catholique n'est pas ouvertement pour congeler des embryons, c'est une étape existante et essentielle de la FIV, qui est donc tolérée.
- Le don de gamètes : Le don de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes) est une pratique courante dans le cadre de la PMA. Cependant, elle soulève des questions éthiques, notamment en ce qui concerne le droit de l'enfant à connaître ses origines et l'impact psychologique du don de gamètes sur les parents et l'enfant. Par le recours, dans certains cas, à un tiers-donneur de gamètes, l’enfant n’est plus le fruit du lien conjugal et de la donation conjugale.
- La gestation pour autrui (GPA) : La GPA est une pratique qui consiste pour une femme à porter un enfant pour le compte d'un autre couple. Cette pratique est très controversée car elle soulève des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne l'exploitation du corps de la femme et le droit de l'enfant à avoir une mère. L’Eglise catholique s’oppose à la GPA. Pour Monseigneur Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail bioéthique de la Conférence des Évêques de France, La première question qu’il faut se poser, c’est si la dignité de l’enfant est respectée dans le processus de la PMA.
- L'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules : Actuellement en cours de vote au Parlement, la loi de bioéthique a pour vocation d'élargir la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Le projet d’ouverture de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules écarte dès le principe la référence biologique et sociale à un père. Privé de père, par la loi. D’un point de vue psychique, le respect dû à l’enfant et à la construction de sa personnalité est gravement blessé. Du point de vue de la société où le rôle des parents est déjà bouleversé de multiples manières et où l’autorité est remise en question, cette absence planifiée de père est problématique.
PMA pour toutes : Arguments et Contre-Arguments
L’extension de la PMA à toutes les femmes, célibataires et en couple, est un sujet de débat intense.
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Arguments en faveur de la PMA pour toutes
- Égalité : Il est faux de dire qu’il y aurait une « inégalité de traitement » entre les femmes qui vivent en couple hétérosexuel et qui peuvent avoir accès à l’IAD pour des raisons d’infertilité, et les femmes fertiles seules ou en couple.
- Droit à l'enfant : La souffrance réelle que constitue l’absence d’enfant n’autorise pas à le transformer en droit qu’il serait licite de revendiquer devant la société.
Arguments contre la PMA pour toutes
- Absence de père : La suppression juridique de la généalogie paternelle porterait atteinte au bien de l’enfant qui serait privé de sa référence à une double filiation, quelles que soient ses capacités psychiques d’adaptation.
- Marchandisation du corps : La PMA pour toutes les femmes entraine la généralisation du don de gamètes, alors que les dons sont déjà insuffisants.
- Unité de la personne : La PMA élargie aux femmes seules et aux couples de femmes achève de disjoindre la fécondation biologique et la parenté sociale. Or, si l’être humain est un animal social, c’est aussi un corps vivant. Le scinder en deux, en séparant la relation de filiation de son ancrage biologique, est un acte de violence contre l’unité de la personne humaine.
- Droits de l’enfant : La Convention internationale des droits de l’enfant, signée et ratifiée par la France, pose le droit pour chaque enfant, dans la mesure du possible, « de connaître ses parents et d’être élevé par eux » (art. 7). Organiser délibérément l’effacement du père n’est pas compatible avec ce droit.
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