Introduction

L'étude de la paternité a connu un essor tardif en Occident, comparativement à d'autres domaines de l'histoire de la famille et de la parenté. Ce n'est qu'à partir de la fin des années 1980 et des années 1990 que les premières publications sur le sujet ont vu le jour en France. Depuis lors, de nombreux travaux historiques ont été menés, explorant divers aspects juridiques, éducatifs et sociaux de la paternité à travers les âges. Ce colloque vise à proposer une histoire plurielle de la paternité en Occident, en la considérant comme un objet de recherche se rapportant autant à la sphère privée qu’à la sphère publique.

L'Évolution Historique de la Paternité

Un intérêt tardif pour l'histoire des pères

L’histoire des pères et de la paternité s’est développée tardivement dans les pays occidentaux par rapport à d’autres champs de l’histoire de la famille et de la parenté, en plein essor à partir des années 1960-1970. En France, il faut attendre la fin des années 1980 et les années 1990 pour que soient publiés les premiers ouvrages sur le sujet. Depuis lors, de multiples travaux historiques ont été menés, privilégiant certains angles d’études (juridiques, éducatifs, etc.) ou certaines périodes, notamment le Moyen Âge. Dans d’autres pays européens, en particulier anglo-saxons, les travaux sur la question ont été plus nombreux, contribuant à renouveler les perspectives, notamment sous l’angle du genre.

Tendresse paternelle et implication dans les soins aux enfants à travers les siècles

Jusqu’à une époque très récente, le soin quotidien des enfants dans les premières années de leur existence relevait essentiellement des femmes, et en particulier des mères. Les pères passent pour avoir été traditionnellement peu impliqués dans la prise en charge des tout-petits, avant que n’émerge depuis les années 1970 le modèle des « nouveaux-pères », plus investis dans les premiers moments de la vie de leurs enfants. Il apparaît cependant que la réalité est plus complexe, les situations variées et l’évolution aucunement linéaire au cours des derniers siècles. Au Moyen âge, Didier Lett a déjà relevé de nombreux exemples de tendresse paternelle et d’implication des pères dans le soin de leurs enfants, bien avant l’âge de raison. Les écrits privés révèlent également qu’à l’époque moderne et au XIXe siècle, certains hommes s’investissaient concrètement pendant la grossesse et l’accouchement et dans les soins du jeune enfant, avant que cela ne devienne la norme - plus ou moins assumée d’ailleurs - dans le dernier tiers du XXe siècle.

Sentiments paternels : expression et manifestations

La question des sentiments des pères pour leurs enfants, et en particulier de l’amour paternel, a été abordée de manière pionnière par Daniel Roche dans son article « L’amour paternel à Paris au XVIIIe siècle ». Manon Pignot a pu montrer comment les lettres des pères à leurs enfants lors de la Grande Guerre ont permis l’« expression nouvelle d’une sensibilité, qui passe par l’expression de la tendresse physique », contribuant à « la révélation d’un sentiment paternel » jugé inédit. Certains moments particuliers de la vie de l’enfant suscitent également des émotions fortes et s’avèrent propices pour mesurer l’investissement sentimental des pères avec leur progéniture. Outre la naissance, évoquée précédemment, c’est notamment le cas des maladies et surtout de la mort de l’enfant. Il faut toutefois se garder d’idéaliser ces rapports père-enfants et aborder tout le registre des attitudes et des sentiments paternels, qui peuvent aussi prendre la forme de l’indifférence, de l’hostilité ou de la violence. Il conviendra également d’envisager l’influence de la place dans la fratrie et du sexe de l’enfant dans ces relations.

L'évolution du rôle éducatif du père

Si les relations père-enfants ont retenu l’attention des historiens, sociologues et anthropologues depuis déjà plusieurs années, celles-ci ont souvent été étudiées au prisme de la mission éducative et moralisante qui incombe au père de famille depuis des temps reculés. En charge de l’instruction spirituelle de ses héritiers ainsi que de la transmission de valeurs édifiantes, le père apparaît souvent comme un modèle d’autorité inculquant la discipline et/ou adepte de punitions corporelles. Réduire l’investissement paternel auprès de sa progéniture à ces seuls comportements a cependant tendance à figer la relation père/enfant dans la distance, dans la soumission ou dans le rejet. Il en ressort aussi une image stéréotypée, longtemps entretenue par l’historiographie. En explorant comment l’engagement paternel peut se manifester au travers d’activités du quotidien (travail, loisirs, etc.), nous ambitionnons de réévaluer la relation que les pères peuvent construire avec leur(s) enfant(s) en particulier dans le cadre domestique et professionnel. Il s’agirait notamment d’étudier les différentes formes de transmission paternelle : la passation de savoirs et de gestes nécessaires à l’apprentissage d’un métier par exemple, la délivrance de conseils utiles dans la vie sociale ou les manières dont les pères transmettent leur expérience de la paternité aux générations suivantes.

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Les Transformations Contemporaines de la Paternité

L'émergence du "nouveau père"

Les attentes de notre société contemporaine à l’égard de la paternité s’expriment à travers divers supports (traités d’éducation, fictions, médias, sondages, réseaux sociaux…) et participent, depuis les années 1970, à l’émergence du modèle du « nouveau père ». Plus impliqué, celui-ci s’investirait auprès de ses enfants dès leur plus jeune âge, assumerait les soins quotidiens avec la mère tout en continuant à pourvoir financièrement aux besoins de la famille. Ce modèle, dont l’émergence est consécutive à l’affirmation du principe d’égalité entre les hommes et les femmes, rompt avec les figures traditionnelles de la paternité, telle celle du pater familias ou celle du père effacé voire absent.

Paternité : une construction sociale et culturelle

Considérer la paternité comme une construction sociale et culturelle invite à s’intéresser à l’imaginaire entourant la figure paternelle et à ses différentes déclinaisons, positives autant que négatives. À partir des mythes du père idéal (et de ses contraires), plébiscités par le passé puis constamment renouvelés, il s’agira d’identifier les caractéristiques de ces archétypes circulant en Occident, d’appréhender les supports sur lesquels apparaissent ces images et les injonctions qui pèsent sur les hommes au moment où ils embrassent la paternité. L’enjeu ici est donc de cerner les rapports que les hommes en âge de procréer entretiennent avec ces références et comment chaque individu parvient à se construire en imitant plus ou moins celles-ci ou en s’en démarquant. Il s’agira notamment de se pencher sur l’évolution des rapports entre paternité et « l’injonction de virilité » depuis la première modernité jusqu’à nos jours. En outre, on se penchera sur la manière dont la paternité investit la sphère publique au point qu’être père devient progressivement un des éléments définitoires d’un individu. Ainsi, en se donnant à voir comme le fondateur d’une longue lignée, le chef de famille expose au reste de la société sa capacité à donner la vie, à éduquer, à assumer économiquement les siens et à assurer la pérennité de son nom. En conséquence, il en retire un surcroît de pouvoir.

La paternité en question : un sujet peu traité par les sciences sociales

La paternité est un sujet en fait assez peu traité par les sciences sociales, notamment en France. Il est assez significatif de constater, par exemple, l’absence dans notre pays de toute institution qui lui soit consacrée, à l’instar de la National Fatherhood Initiative américaine, du Fatherhood Institute britannique ou du Regroupement pour la valorisation de la paternité québécois. On trouve certes quelques associations cherchant à défendre les pères divorcés ou séparés, dont la plus connue est SOS PAPA, mais leur action est circonscrite à une situation de détresse très spécifique, sur laquelle nous reviendrons plus loin. La féminisation de la recherche menée sur la paternité est tout aussi significative. Ce traitement indigent illustre déjà bien à quel point la paternité est l’objet de peu de considération, si ce n’est même de déconsidération.

Le rôle du père : entre exclusion et autodépréciation

De nos jours, au moins dans cette partie du monde qui s’autoproclame « développé », l’apparition de nouveaux acteurs sur la grande scène de la vie se produit - à quelques exceptions près - dans un lieu appelé « maternité », par là-même consacré à un seul des deux parents - sans que l’autre s’offusque de son exclusion. Les « produits » de la maternité sont ensuite confiés aux bons soins d’une institution dénommée « protection maternelle et infantile ». On remarque là que seuls la mère et l’enfant - et dans cet ordre - auraient donc besoin d’être protégés. Vraisemblablement de celui qu’il n’a pas été jugé utile de protéger, le père, qui est donc déjà perçu - plus ou moins consciemment - comme un prédateur potentiel. L’entrée du petit homme sur la scène de la vie est donc placée sous le signe de la mère, dont l’omniprésence, l’omnipotence, impriment une marque pratiquement indélébile. À l’évidence, aucun rôle n’a été prévu pour le père dans la pièce à jouer. Mais si le père est de trop, c’est aussi parce qu’il le veut bien - quand bien même sa volonté aurait été influencée par le conditionnement qui vient d’être décrit. La suite de notre propos se bornera chronologiquement au siècle dernier, où peuvent être repérées quelques étapes symboliques de l’autodépréciation paternelle.

La perte de puissance maritale et paternelle

La première étape importante, nous semble-t-il, est la disparition progressive de la puissance maritale (la puissance du mari dans le mariage), amorcée par la loi du 18 février 1938 portant modifications des textes du code civil relatifs à la capacité de la femme mariée, promulguée sous la présidence d’Albert Lebrun. La loi n’instaurait pas pour autant l’égalité des sexes, ni dans la famille ni dans le mariage. L’époux conservait l’autorité sur les enfants (puissance paternelle) et le droit d’imposer le lieu de la résidence de la famille. L’œuvre fut achevée par la loi nº 65-570 du 13 juillet 1965 portant réforme des régimes matrimoniaux. La loi établit alors l’égalité des époux dans la gestion des biens, introduisit la communauté réduite aux acquêts (qui devient le régime légal en l’absence d’un contrat de mariage), et rendit effective la capacité juridique de la femme mariée. Une petite trentaine d’années auront donc suffi pour passer d’une époque où, grosso modo, la femme - plus précisément l’épouse - ne pouvait rien faire sans l’aval de son mari, à une situation d’égalité - au moins dans la loi. La deuxième grande étape, qui est d’ailleurs une conséquence assez logique de la première, est la suppression de la puissance paternelle par la loi nº 70-459 du 4 juin 1970 relative à l’autorité parentale. La puissance paternelle, qu’il faut bien distinguer de la puissance maritale évoquée supra, fut alors remplacée par l’autorité parentale conjointe, régime sous lequel nous vivons encor aujourd’hui. Pour l’enfant dit « légitime », c’est-à-dire conçu dans les liens du mariage, le législateur pose que « l’autorité appartient aux père et mère pour protéger l’enfant dans sa sécurité, sa santé et sa moralité.

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L'étatisation de la famille et de l'éducation

Le remplacement de la puissance paternelle par l’autorité parentale constitue en effet un changement de paradigme : la puissance est une chose, l’autorité une autre. Pour le dire le plus simplement possible : l’autorité, c’est le droit d’agir ; la puissance, c’est la capacité effective à agir. Chacun est à même de comprendre que l’une peut exister sans l’autre, avec des conséquences d’ailleurs souvent fâcheuses. Tout d’abord, cette nouvelle autorité parentale conjointe est dépourvue de la puissance nécessaire à son exercice, de sorte que tout problème en matière d’exercice de l’autorité parentale requiert l’intervention d’une autorité supérieure dotée, elle, de la puissance nécessaire. Dans le contexte général de l’État-providence moderne, et particulièrement avec l’état d’esprit civique afférent qui s’est développé après la deuxième guerre mondiale, le citoyen a une propension de plus en plus forte à solliciter la protection de l’État en tous domaines. Le juge est l’un des représentants symboliques de cet État-papa protégeant les individus. C’est ainsi que les couples en instance de divorce ou séparation, tels des enfants se disputant, font appel au juge qui, comme papa, dirimera le conflit et décidera pour eux. Le terrain avait en fait été préparé de longue date, puisque les parents avaient déjà abdiqué sans dire mot une de leurs responsabilités majeures au profit de l’État : l’éducation de leurs enfants. En effet, l’État français s’est officiellement arrogé le monopole de l’éducation de ses jeunes citoyens le 3 juin 1932, à l’occasion de la formation du troisième cabinet d’Édouard Herriot : le ministère de l’instruction publique prit alors le nom de ministère de l’éducation nationale. Il est important de remarquer ici encore que la prise en charge de l’éducation par l’État, quelle qu’en soit la forme, n’a pratiquement jamais rencontré d’opposition de la part des parents, la plupart étant probablement assez satisfaits d’être ainsi libérés à bon compte d’une de leurs responsabilités premières. Un militant de SOS PAPA Loiret, Jean-Paul Conan, avait modélisé en 2014 cette étatisation de la famille dans un schéma intitulé ANPE. Les initiales correspondent à quatre fonctions familiales fondamentales : Amour, Nourriture, Protection, Éducation. La maman est souvent la plus proche de l’enfant. C’est souvent elle qui semble fournir à l’enfant tout ce dont il a besoin.

La complexité de l'autorité parentale conjointe

Nous abordons maintenant la deuxième raison pour laquelle l’autorité parentale conjointe issue de la réforme législative du 4 juin 1970 est illusoire et inopérante : c’est tout simplement son caractère « conjoint ». Pour peu qu’on se donne la peine d’y réfléchir un tant soit peu, l’autorité ne peut s’exercer de façon conjointe. Par définition, l’autorité ne se partage pas. Elle peut être déléguée, mais son exercice est toujours, in fine, le fait d’une seule personne. Dans la pratique, on constate d’ailleurs qu’il en va ainsi dans tous les groupes sociaux, quelle que soit leur importance et leur nature. Prenons un exemple simple, qui permettra également de mieux comprendre l’utilité de l’autorité : dans une association, on prévoit toujours qu’un membre, généralement le président, aura une voix prépondérante ; de la sorte, lorsque les adhérents sont également divisés sur une décision à prendre, le titulaire de la voix prépondérante, une voix qui compte double, permet de surmonter la division afin qu’une décision puisse être prise. En fait, il en va de même dans un couple parental. L’exercice conjoint de l’autorité parentale ne pose évidemment pas de problème tant que les deux parents sont d’accord.

Les enjeux contemporains de la paternité

La dialectique entre modèles et pratiques

Ce travail s’inscrit dans une réflexion à la fois sur la construction étatique des représentations sociales du père et sur l’impact individuel de ce qui semble être une politique publique de soutien à la paternité. Je propose ainsi d’évaluer l’efficacité de dispositifs publics, le livret de paternité, le congé de paternité et la cérémonie de reconnaissance prénatale à travers les pratiques de ceux qui en sont les cibles. J’ai donc finalement décrit la dialectique existant entre le modèle de paternité se dégageant des mesures étudiées et les représentations et pratiques des pères eux-mêmes.

La paternité moderne : défis et opportunités

La paternité moderne est un sujet qui suscite de plus en plus d'intérêt dans notre société actuelle. Les rôles parentaux évoluent, et les attentes envers les pères se transforment. Aujourd'hui, être père ne se limite plus à fournir un soutien financier. le papa d'aujourd'hui n'est plus le père d'hier ! Leur rôle ne tourne plus uniquement autour de la question de l'autorité et de la finance, leur champ opérationnel est bien plus large ! Cette évolution de la paternité s'accompagne de défis tels que la gestion du temps, l'équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, et la nécessité de développer des compétences émotionnelles. Se préparer à devenir père est essentiel pour aborder cette nouvelle étape de la vie avec confiance.

Redéfinition des places et fragmentation des rôles

Si la place des mères se définit naturellement, on dit communément que la place du père ne l’est pas. C’est une construction séparatrice. Ce dernier socialise l’enfant en l’amenant à maîtriser ses pulsions afin de le séparer de sa fusion avec la mère. Il l’inscrit dans la filiation. Les hommes aussi sont soumis à de nouvelles tensions. Avec la maîtrise de la procréation, une mutation s’amorce selon laquelle ce n’est plus Dieu qui est à l’origine de la vie, mais le savant et les biotechnocrates. Le rêve de l’homme « enfanteur » car concepteur, devient réalité, ainsi que celui de l’homme instrumentalisant le corps de la femme pour enfanter. Le grand changement, c’est aussi la preuve de paternité, désormais possible depuis 1955, et la preuve post-mortem qu’on hésite à utiliser par respect de la volonté de l’homme de son vivant. Ainsi que la réforme du nom de l’enfant qui peut désormais porter le nom du père et de la mère. C’est aussi le problème de la redéfinition des places entre le père génétique et le père éducateur, entre le père biologique qui ne partage pas l’espace quotidien avec l’enfant et le compagnon de la mère, qui le partage. La question devient alors celle de la fragmentation des fonctions, des rôles, des responsabilités entre les hommes et la répartition de leur place respective autour de la femme, de l’enfant. Le clivage entre sexualité et procréation débouche sur des situations nouvelles, diversifiées, qui se caractérisent surtout par la recherche de repère, d’équilibre, de stabilité.

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Nouvelles configurations familiales et redéfinition des paternités

Les nouvelles places des pères varient en partie avec les sollicitations de l’homme par la femme autour de l’enfant, dans le cadre des configurations familiales contemporaines (séparation, monoparentalité, recomposition). Les paternités se redéfinissent en fonction de la nature du lien, de la spécificité de la relation avec l’enfant. Elles sont aujourd’hui dépendantes de la femme, y compris dans la manière dont le père va pouvoir prendre sa place, en même temps que se renforce aussi la détermination du père à prendre sa place quelle que soit la position de la mère. Avec la procréation assistée se pose la question de connaître l’identité du donneur ou non ; or des disparités existent entre les pays. En Suède, l’enfant né par insémination peut connaître le nom du donneur alors qu’il ne le peut pas en France.

Paternité : entre tradition et modernité

Dans la famille contemporaine de la société post-industrielle, le développement de nouvelles formes d’unions et de séparations déstabilise les prérogatives du père et sa cohérence de chef de famille. Dans le même temps, le contenu éducatif s’est transformé en faveur d’interventions plus spécifiques sur le mode féminin (communication, échanges). Le père est sollicité de manière ambivalente dans l’égalité et la différence, sa fonction est complexe. La naissance de la psychanalyse à la fin du xixe siècle rappelle l’extériorité du père à l’égard du duo mère-enfant, et son importance dans la résolution du complexe d’Œdipe est réitérée par Freud. Le remplacement en 1970 de la puissance paternelle par l’autorité parentale introduit les bases de la référence juridique à l’égalité dans le partage des responsabilités parentales - cette tendance se confirme avec la reconnaissance du principe conjoint de l’autorité parentale, en 1993.

Ambiguïtés et contradictions de la condition paternelle

La situation actuelle des pères révèle ambiguïtés et contradictions. Des comportements traditionnels inégalitaires cohabitent avec des conduites en changement. Ainsi, les salaires masculins, en général, demeurent plus élevés que ceux des femmes, sous-entendant que l’homme est le chef de famille chargé d’entretenir la femme et les enfants. Réalité qui perdure en même temps que s’impose un mode de vie incluant la référence à deux salaires ou à celui de la femme auquel peut s’ajouter une pension alimentaire, en cas de séparation. Il est clair que les difficultés d’alignement des salaires entre homme et femme ainsi que les différences de qualification, ou encore les difficultés à l’embauche au moment de la grossesse… participent d’un contexte favorable à des inégalités de conduites dans la sphère domestique. D’autant plus que l’affirmation par la réussite professionnelle continue dans les mentalités et les pratiques à caractériser toujours plus l’homme que la femme. Le nombre d’hommes qui diminuent leur temps de travail ou prennent des congés parentaux, ou encore qui s’absentent pour garder l’enfant à la maison, est tellement infime qu’il paraît totalement insignifiant.

Diversité des conduites paternelles

Si la condition paternelle n’est plus tant référée à un rôle institutionnel et à une autorité spécifique, par contre les conduites paternelles varient. On remarque des différences de comportement et de conceptions concernant le rôle du père. Ces différences contrastent avec l’unanimité existant autour de la conception du rôle de la mère pour lequel le débat tourne majoritairement autour du travail de la femme ou pas ; les relations de proximité mère-enfant n’étant pas mises en question, hormis dans leur dimension psychanalytique. La problématique de la mère dévorante, de la mère fusionnelle qui ne laisse pas d’autonomie à l’enfant et aucune place à son père, est très présente ainsi que celle de la mère abandonnante ou de la mère froide… C’est surtout par référence à la spécificité de la relation mère-enfant que les questions se posent, mais on ne met pas en doute l’importance de cette relation dans sa dimension pratique et réelle.

La place du père : un objet de controverses

Celle du père est renvoyée à sa dimension symbolique et séparatrice, comme si la référence à la séparation s’inscrivait à l’inverse de la relation de proximité. La place du père est l’objet de controverses afin de savoir s’il est nécessaire qu’il soit ou non présent, dans l’espace privé, auprès de l’enfant. L’important étant qu’il soit nommé, désigné ; que la place lui soit faite, qu’il la prenne. La controverse porte sur la manière dont il doit la prendre, mais aussi renvoie à une question de fond : quelle place la société lui fait-elle aujourd’hui ? On s’interroge donc sur le contenu du rôle paternel et sur la pertinence qu’il y a à occuper une place plus impliquée. Tout se passe comme si la référence à l’égalité et l’éloignement du conjugal et du parental, c’est-à-dire entre le rôle du père et l’institution familiale traditionnelle, engendraient de nombreuses contradictions.

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