La révision de la loi bioéthique a marqué un tournant décisif en France, ouvrant la voie à la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes. Cette évolution législative a non seulement redéfini les droits reproductifs, mais a également suscité une vague d'espoir et de demandes auprès des centres de PMA à travers le pays. Le CHU de Nantes s'est distingué comme l'un des pionniers dans la mise en œuvre de cette loi, et a été le théâtre de la première naissance d'un bébé conçu grâce à la "PMA pour toutes".

La Naissance de Zola: Un Symbole d'Espoir

Le 27 août, Zola a vu le jour au CHU de Nantes, un événement marquant qui symbolise l'aboutissement d'un long processus législatif et médical. Ce bébé, pesant 3,550 kg et mesurant 50,5 cm, est le premier enfant né d'une PMA ouverte aux couples de femmes et aux femmes célibataires, suite à l'adoption de la loi bioéthique révisée le 2 août.

Les mères de Zola, Cindy et Myrtille Meslet-Héricourt, ont pu bénéficier d'un don de sperme au centre de PMA du CHU de Nantes, quelques semaines seulement après la promulgation de la loi. Le couple de trentenaires a exprimé sa joie et son soulagement d'avoir mis au monde un bébé "en pleine santé". Avant d'avoir recours à la PMA en France, le couple avait entamé un parcours PMA en Espagne dès 2018, en étant parallèlement suivi médicalement par le CHU de Nantes. Après six échecs de l'autre côté des Pyrénées, le couple profite de l'adoption du projet de loi de bioéthique et l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires pour tenter une nouvelle fois le parcours, en France cette fois. La première sera la bonne.

Le docteur Thomas Fréour, chef du service d’aide médicale à la procréation du CHU de Nantes, s’est également réjoui de cette naissance, soulignant que le centre avait été parmi les premiers à démarrer l’activité après l’adoption de la loi, accordant la priorité à la prise en charge des nouveaux publics. Il a également noté la résonance particulière de cet événement, quarante ans après la naissance d’Amandine, le premier bébé français conçu par fécondation in vitro (FIV). Pour le docteur Fréour, cette naissance est une preuve que « la révision de la loi de bioéthique rééquilibre enfin les choses pour les femmes qui devaient auparavant se rendre à l’étranger ».

L'Afflux de Demandes et l'Organisation du CHU de Nantes

Depuis l'entrée en vigueur de la loi élargissant la PMA, les demandes ont considérablement augmenté. Selon les chiffres de l’Agence de biomédecine, entre le 1er janvier et le 31 mars, 5 126 demandes ont été enregistrées, dont 47% émanant de couples de femmes et 53% de femmes seules. Le nombre de consultations s’est également accru de 30 % entre le dernier trimestre et le premier trimestre.

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Face à cet afflux, le CHU de Nantes a dû s'organiser pour répondre aux besoins des nouveaux demandeurs. Jusqu'à juin , le service de PMA de Nantes a réalisé près de 45% de l'activité nationale, ayant démarré très tôt la PMA pour les femmes en couple homosexuel et les femmes célibataires. Les sept médecins cliniciens en poste ont désormais chacun trois nouveaux rendez-vous par semaine avec des couples lesbiens ou des femmes seules. « On a plus de consultations qu’avant la révision de la loi », atteste la médecin.

Entre juin et août , 450 tentatives de PMA ont eu lieu, selon ses informations. Mais toutes n’aboutissent pas. Depuis janvier , 730 inséminations intra-utérines ou de transfert embryonnaire ont pu être réalisées.

Le Parcours de PMA au CHU de Nantes: Étapes et Attentes

Pour accéder à la PMA, les femmes doivent suivre plusieurs étapes, notamment un premier rendez-vous pour s’inscrire à la procédure. Puis, une deuxième consultation a lieu quelques mois après pour réaliser un bilan de fertilité et discuter de la prise en charge la plus adéquate entre l’insémination intra-utérine ou la fécondation in vitro (Fiv), détaille Maeva Razafintsalama-Bourdet. Entre le premier rendez-vous et le début de la pratique de la PMA s’écoule en moyenne entre 9 et 12 mois, selon la professionnelle : « On essaye de rester à moins d’un an d’attente. » Pour chaque femme, le service peut faire jusqu’à six inséminations intra-utérines et jusqu’à quatre Fiv. « On essaye de faire plusieurs cycles d’insémination intra-utérine par exemple, car en répétant le geste, on augmente les chances que ça fonctionne », explique-t-elle.

Quand la première tentative en Fiv ou en insémination intra-utérine ne convient pas, les femmes peuvent aussi demander à changer de type de prise en charge. « Chaque dossier est rediscuté. On regarde si le moral va bien, s’il faut passer à une autre prise en charge, ça dépend de l’âge aussi », poursuit la médecin.

Enfin, quand le test de grossesse est positif, les soignants surveillent le dosage des hormones de grossesse, toutes les 48 heures, à trois voire quatre reprises. « Une fois qu’on atteint un certain seuil, on fixe un rendez-vous pour faire une écographie de début de grossesse. Ça arrive au bout de 6-8 semaines d’aménorrhée (sans les semaines de règles, N.D.L.R.) », détaille Maeva Razafintsalama-Bourdet. Si l’écographie est bonne, la future maman peut alors entamer un suivi normal de grossesse jusqu’à l’accouchement.

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Les Défis Persistants: Dons de Gamètes et Accès aux Origines

Malgré les avancées significatives, des défis subsistent. L'un des principaux est le manque de dons de gamètes. Aujourd’hui, le don de sperme et d’ovocytes est inférieur à la demande. Cette dernière a augmenté depuis l’entrée en vigueur de la loi, à l’inverse du don de gamètes qui lui reste stable, selon la professionnelle de santé. En revanche, pour les gamètes issues de personnes d’origine étrangère et notamment africaine, ces dernières sont beaucoup plus rares. De manière générale, les dons de sperme sont aussi plus nombreux que ceux d’ovocytes, car la ponction de ces derniers s’effectue en bloc opératoire et de ce fait, ce geste est plus complexe que le premier.

La révision de la loi donne de nouveaux droits pour les enfants nés d'une PMA. Un nouveau droit d'accès aux origines des enfants nés d'une PMA est posé par la révision de la loi bioéthique. Ces enfants peuvent, à leur majorité, accéder à des données non identifiantes du donneur (âge, caractères physiques…) ou à l'identité du donneur. Tout donneur doit consentir à la communication de ces données avant de procéder au don.

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