L'infection par le SARS-CoV-2 (le virus responsable de la COVID-19) pendant la grossesse suscite des inquiétudes quant aux risques potentiels pour la mère et le bébé. Plusieurs études se sont penchées sur l'impact de la COVID-19 sur la grossesse, en particulier en ce qui concerne la pré-éclampsie et d'autres complications. Cet article vise à faire le point sur les connaissances actuelles concernant les liens entre la pré-éclampsie, la COVID-19 et la vaccination pendant la grossesse.
Pré-éclampsie et COVID-19 : une association préoccupante
La pré-éclampsie est une complication de la grossesse caractérisée par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines. Elle peut entraîner des complications graves pour la mère et le bébé si elle n'est pas traitée rapidement.
Plusieurs études ont suggéré une association entre la COVID-19 et un risque accru de pré-éclampsie chez les femmes enceintes. Une étude rétrospective de cohorte nationale menée en France entre janvier et juin 2020 a révélé que les femmes enceintes infectées par la COVID-19 présentaient un risque significativement plus élevé de pré-éclampsie/éclampsie (OR = 2,0, [1,5-2,8]) par rapport aux femmes non infectées.
Une autre étude menée à Stockholm a également montré une fréquence plus élevée de pré-éclampsie chez les femmes exposées à la COVID-19 (7,7 % contre 4,3 %).
Ces observations ont conduit des chercheurs à explorer les similitudes potentielles entre la COVID-19 et la pré-éclampsie. Le Dr Maria Laura Costa do Nascimento, professeur d'obstétrique, souligne que les deux conditions peuvent impliquer un dysfonctionnement de plusieurs organes et une hypertension artérielle. Elle suggère que le risque de décès ou de maladie grave augmente lorsque les deux conditions sont présentes simultanément.
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Risques accrus de complications pendant la grossesse liés à la COVID-19
Outre la pré-éclampsie, plusieurs études ont révélé que les femmes enceintes atteintes de la COVID-19 présentent un risque plus élevé de développer d'autres complications pendant la grossesse, notamment :
- Naissance prématurée : Une étude française a montré que le risque d'accouchement prématuré était significativement augmenté dans le groupe COVID-19 (OR=2,5 [2,1-3,5]), y compris pour la grande prématurité (28-31 SA) et la très grande prématurité (22-27 SA).
- Accouchement par césarienne : Les risques de césarienne, quand la mère est infectée par le Covid-19, sont multipliés par 1,8.
- Hémorragies du péripartum : Durant une infection au Covid-19, le risque d'hémorragie du péripartum est multiplié par 2,94.
- Admission en soins intensifs : Les femmes enceintes atteintes de la COVID-19 sont plus propices à aller en soins intensifs.
Une étude publiée dans la revue Plos Medicine a révélé que les femmes enceintes atteintes du Covid-19 présentent un risque plus élevé de voir leur enfant naître prématurément, d'accoucher sous césarienne ou de voir le placenta se décoller trop tôt.
Il est important de noter que ces études établissent une tendance, mais pas un lien de causalité direct entre l'infection au Covid-19 et les risques accrus de complications durant la grossesse.
Impact de la COVID-19 sur le nouveau-né
Si les risques pour la mère sont bien documentés, l'impact de la COVID-19 sur le développement du nouveau-né fait l'objet d'études plus rassurantes. Une étude a révélé que le Covid-19 ne vient pas nuire au développement du cerveau de l'enfant. Même si un suivi des enfants est prévu jusqu'à leurs cinq ans, pour explorer d'éventuels effets à long-terme.
Cependant, il est important de noter que les nouveau-nés de mères atteintes de la COVID-19 peuvent être infectés par le virus après la naissance, par transmission horizontale. Un cas clinique rapporté en Belgique décrit la contamination d'un bébé prématuré par sa mère, malgré le port du masque par la mère dans l'unité de soins intensifs néonatals.
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La vaccination : une protection essentielle pour les femmes enceintes
Face aux risques accrus de complications liés à la COVID-19 pendant la grossesse, la vaccination apparaît comme une mesure de protection essentielle.
Une étude publiée dans The Lancet en janvier 2023 confirme que la vaccination permet de protéger les femmes enceintes vis-à-vis du surrisque de mortalité, et de morbidité maternelle et fœtale, en particulier lorsqu'elle est liée aux infections causées par le variant Omicron de la COVID-19.
L'étude a révélé que les femmes enceintes non vaccinées avaient 5 fois plus de risque de développer des formes graves de la COVID-19. Chez les patientes diagnostiquées positives au SARS-CoV2, une vaccination complète avec rappel récent par vaccin ARN messager est associée à une réduction de 94% des formes graves nécessitant une hospitalisation en soin intensif pour la mère et/ou l’enfant.
Les données de la littérature montrent que l’efficacité de la vaccination durant la grossesse est similaire à celle en population générale, avec un profil de sécurité rassurant, tant sur les réactions pour les femmes enceintes que sur l’évolution de la grossesse. La vaccination précoce n’augmente pas le risque de fausse couche.
Plusieurs études révèlent que les femmes enceintes présentent un risque plus élevé de développer une forme grave de COVID-19 avec un sur-risque de décès. Les femmes enceintes présentant des comorbidités (surpoids, hypertension, diabète etc.) semblent présenter un risque accru de développer des formes sévères de la COVID-19, notamment au cours du 3ème trimestre de grossesse. La COVID-19 pendant la grossesse est également associée à un risque accru de complications spécifiques à la grossesse : pré-éclampsie, naissance prématurée et mortalité périnatale.
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Il a été montré que le vaccin par ARNm est aussi efficace pour les femmes enceintes que pour la population générale. Les études chez l’animal n’ont pas mis en évidence d’effets délétères sur la gestation, le développement embryonnaire et fœtal. Chez la femme enceinte, une étude prospective publiée dans le New England Journal of Medicine, suivant une cohorte de femmes entre 16 et 54 ans, vaccinées et enceintes ou enceintes après la vaccination par un vaccin à ARNm n’a pas montré d’augmentation des effets indésirables locaux et systémiques dans cette population par rapport à la population générale. Dans une deuxième cohorte de 3958 femmes enceintes au moment de la vaccination par un vaccin à ARNm l’étude ne retrouve pas d’augmentation des complications de la grossesse (avortement spontané, naissance prématurée etc.) par rapport à ceux attendus dans cette population.
Ainsi, en France, la vaccination avec une dose de rappel est recommandée pour les femmes enceintes, quel que soit le terme de la grossesse avec un espacement des doses de 6 mois.
Malgré ces données, la couverture vaccinale est plus faible chez les femmes enceintes.
Vaccination pendant l’allaitement
L’allaitement peut être poursuivi après une vaccination par un vaccin à ARNm. On ne retrouve pas de passage du vaccin chez l’enfant.
En revanche, des anticorps de type A et IgG spécifiques anti SARS-CoV2 sont sécrétés dans le lait après la vaccination. Par analogie avec d’autres maladies infectieuses (comme la coqueluche ou la grippe), il est possible que les anticorps transmis de la mère à l’enfant dans le troisième trimestre de grossesse puis par le lait expliquent cette protection observée chez les nouveaux nés de femmes vaccinées.
Au vu de ces éléments, la HAS stipule désormais (en compléments des recommandations de février 2021) que la vaccination par un vaccin à ARNm est envisageable chez une femme qui allaite.
Protection des nouveaux nés grâce à la vaccination maternelle
Une étude norvégienne a montré un taux de contamination par le SARS-CoV2 (PCR positive) inférieur chez les nouveaux nés de mère vaccinée par vaccin à ARNm. Le nombre de doses de vaccins semblait corrélé à une plus grande diminution de la contamination. Ce résultat est important puisqu’il suggère un effet protecteur passif du nouveau-né par la vaccination maternelle, alors que ces enfants présentent des infections plus sévères que les enfants plus âgés et qu’il n’existe pas de vaccin pour les moins de 6 mois. Une autre étude américaine confirme ces données et les précise en montrant une diminution du nombre et de la gravité des infections COVID-19 (moins de recours aux soins intensifs) chez les nouveaux nés de mères vaccinées avec deux doses. La protection semble maximale lorsque la deuxième injection est réalisée le troisième trimestre. La transmission d’anticorps par le sang du cordon et le lait maternel ainsi que la baisse de transmission du coronavirus par les mères vaccinées, peuvent expliquer ce résultat.
Recommandations actuelles
Au vu des connaissances actuelles, les recommandations suivantes sont essentielles :
- Vaccination des femmes enceintes : La vaccination contre la COVID-19 est fortement recommandée pour toutes les femmes enceintes, quel que soit le terme de la grossesse. Un schéma vaccinal complet, incluant une dose de rappel, est essentiel pour une protection optimale.
- Respect des mesures de prévention : Les femmes enceintes doivent continuer à respecter les mesures de prévention contre la COVID-19, telles que le port du masque, la distanciation sociale et l'hygiène des mains.
- Surveillance médicale renforcée : Les femmes enceintes atteintes de la COVID-19 doivent bénéficier d'une surveillance médicale renforcée afin de détecter et de traiter rapidement toute complication potentielle.
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