La grossesse extra-utérine (GEU), également appelée grossesse ectopique, se définit par l'implantation et le développement de l'embryon en dehors de la cavité utérine. L'utérus est le seul organe du corps humain capable de supporter et de s'adapter au processus de grossesse. Ainsi, lorsque le zygote se niche hors de l'endomètre, son développement normal est compromis. En France, on dénombre environ 13 000 grossesses extra-utérines chaque année. Ces grossesses, qui se déroulent en dehors de l'utérus, constituent une urgence médicale et/ou chirurgicale en raison du risque d'hémorragie interne grave.
Types de Grossesses Extra-Utérines
Il est important de noter que certaines grossesses ectopiques ne sont pas des grossesses extra-utérines au sens strict. Il s'agit de grossesses intra-utérines avec une implantation pathologique, bien que très rares (moins de 1% des grossesses ectopiques, soit 1 grossesse sur 20 000). On distingue plusieurs types de grossesses extra-utérines :
- Grossesses tubaires: Elles résultent d'une anomalie dans le transport de l'embryon vers l'utérus. Dans ce cas, le blastocyste s'implante dans la trompe de Fallope, souvent en raison de sa taille trop importante qui l'empêche de parcourir la trompe. L'état des trompes peut également gêner ce transport.
- Grossesses non-tubaires: Elles sont généralement dues à une anomalie de l'ovulation, où l'ovocyte n'est pas capturé par le pavillon de la trompe de Fallope.
- Grossesses cervicales: Les causes de ces grossesses sont mal connues, mais l'incapacité de l'endomètre à accueillir l'embryon et/ou un transport trop rapide de l'embryon dans la cavité utérine pourraient être en cause.
- Grossesses intramurales: Ces grossesses intra-utérines à implantation pathologique sont associées à la présence de cicatrices du myomètre communiquant avec la cavité utérine, souvent dues à des césariennes ou des curetages antérieurs.
Causes et Facteurs de Risque
Les causes exactes d'une grossesse extra-utérine ne sont pas toujours clairement identifiées, mais plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque. On constate une augmentation du nombre de GEU ces dernières décennies, possiblement liée à la hausse du recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Environ 5% des grossesses extra-utérines seraient liées aux techniques de PMA. Cependant, les femmes prises en charge en PMA présentent souvent des prédispositions à cette pathologie, telles que des infections ou malformations tubaires, l'endométriose, des malformations utérines ou une atrophie de l'endomètre.
Les principaux facteurs de risque incluent :
- Antécédents de grossesse extra-utérine: Les femmes ayant déjà eu une GEU ont un risque accru de récidive.
- Antécédents de chirurgie pelvienne: Les interventions chirurgicales dans la région pelvienne peuvent endommager les trompes de Fallope.
- Anomalies ou dommages aux trompes de Fallope: Inflammations, infections gynécologiques (salpingites), chirurgie antérieure, ou anomalies congénitales des trompes peuvent augmenter le risque. Le syndrome inflammatoire pelvien (SIP) et les infections transmissibles sexuellement (ITS) sont des causes fréquentes de grossesse extra-utérine tubaire.
- Tabagisme: Une femme qui fume a trois fois plus de risque de faire une grossesse extra-utérine qu'une non-fumeuse.
- Âge avancé de la mère: L'âge maternel avancé est un facteur de risque.
- Infertilité: Les femmes ayant des difficultés à concevoir sont plus susceptibles de développer une GEU.
- Présence d'un dispositif intra-utérin (DIU) au moment de la conception: Bien que rare, la présence d'un DIU peut augmenter le risque.
- Fécondation in vitro (FIV) et autres techniques de procréation assistée (PMA): Les techniques de PMA peuvent augmenter le risque de GEU.
- Antécédents d'infection des trompes (salpingite): Une infection antérieure des trompes peut augmenter le risque.
- Curettages (interruptions volontaires de grossesse ou IVG): Les curettages peuvent endommager les trompes.
- Infections de la sphère uro-génitale: Les infections dans cette zone peuvent augmenter le risque.
- Prise de certains médicaments in utero par les mères des femmes concernées (filles dites du Distilbène ou DES): L'exposition au DES in utero est un facteur de risque.
Symptômes
Les premiers symptômes d'une grossesse extra-utérine peuvent être similaires à ceux d'une grossesse normale, tels que :
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- Absence de règles
- Faibles douleurs abdominales
- Fatigue
- Nausées
Cependant, certains symptômes doivent alerter et nécessitent une consultation médicale rapide :
- Retard de règles associé à des pertes de sang brunâtre (couleur sépia): Ces pertes sont un signe d'alerte.
- Douleurs plus ou moins intenses, souvent violentes, dans le bas-ventre: La douleur est un symptôme fréquent.
- Saignement vaginal ou pertes vaginales légères: Des saignements anormaux doivent être surveillés.
Dans le cas d'une rupture de la structure où la grossesse extra-utérine est située, les symptômes peuvent être plus graves :
- Douleur soudaine, intense et constante dans la partie inférieure de l'abdomen: Une douleur aigüe est un signe de rupture.
- Évanouissement ou étourdissements: Ces symptômes peuvent indiquer une perte de sang sévère.
- Péritonite (inflammation de la membrane qui tapisse la cavité abdominale): L'inflammation abdominale est un signe de complication.
- Douleur à l'épaule droite: Cette douleur est due à l'activité réflexe des nerfs irrités par la rupture de la grossesse.
Il est crucial de consulter un médecin immédiatement en cas de suspicion de grossesse extra-utérine. Un diagnostic précoce et un traitement rapide peuvent sauver la vie de la femme et prévenir des complications graves.
Diagnostic
Le diagnostic d'une grossesse extra-utérine repose sur plusieurs éléments :
- Examen gynécologique: Il permet de déterminer si l'utérus est peu volumineux par rapport à l'âge de la grossesse et de localiser la douleur pelvienne du côté de la grossesse extra-utérine.
- Échographie abdomino-pelvienne: Réalisée par voie endovaginale, elle permet de visualiser l'absence de sac gestationnel dans l'utérus et de détecter une masse au niveau d'une trompe utérine. L'échographie peut également montrer le sang accumulé dans les cavités abdominale et pelvienne.
- Dosage sanguin de l'hormone bêta-hCG: Un taux élevé de bêta-hCG confirme la présence d'une grossesse. Un taux élevé de bêta-hCG associé à l'absence de sac gestationnel dans l'utérus à l'échographie est un indicateur fort de grossesse extra-utérine.
- Contrôle des niveaux sanguins de l'hormone de la grossesse (βhCG): Ce contrôle permet de mettre en évidence un risque de grossesse extra-utérine.
Traitements
Le traitement d'une grossesse extra-utérine vise à interrompre et à éliminer l'œuf mal implanté. Plusieurs options sont possibles :
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- Traitement médical: Il consiste en une injection (intramusculaire ou directement dans la trompe) de méthotrexate, un inhibiteur de l'acide folique qui bloque la réplication des cellules placentaires et entraîne l'arrêt de la grossesse. Ce traitement est envisagé en l'absence de contre-indication et dans le cadre d'un diagnostic précoce. Une surveillance clinique, échographique et par dosage des bêta-hCG est nécessaire après l'injection pour s'assurer de l'arrêt de la grossesse. Si le traitement médical échoue, une intervention chirurgicale est nécessaire. Selon Perrine Capmas, le traitement médical devrait être privilégié en cas de grossesse extra-utérine peu actives en raison d’une part de la préférence des patientes mais aussi des risques moindres notamment de par l’absence d’anesthésie et de chirurgie. Cependant, étant donné l’absence de différence pour la fertilité ultérieure, le traitement chirurgical doit être proposé en première intention aux femmes dont on craint qu’elles ne soient pas observantes (la surveillance après traitement médical pouvant être prolongée pendant plusieurs semaines).
- Traitement chirurgical: L'intervention est généralement réalisée par cœlioscopie. Elle peut consister à inciser la trompe utérine (salpingotomie) et à aspirer l'œuf qui y est implanté, ce qui est un traitement conservateur permettant de préserver la trompe utérine. Dans les cas de grossesse extra-utérine plus avancée ou en cas de rupture hémorragique, il peut être nécessaire de retirer la trompe (salpingectomie). Pour les cas les plus graves, notamment en cas de rupture hémorragique, une laparotomie (incision de l'abdomen) peut être réalisée pour retirer l'ensemble de l'organe endommagé.
Actuellement, environ 2/3 des GEU sont traitées par chirurgie et 1/3 par des traitements médicamenteux.
Complications Possibles
Une grossesse extra-utérine non traitée rapidement peut entraîner des complications graves :
- Rupture de la trompe de Fallope: C'est une urgence médicale pouvant provoquer des douleurs intenses, des saignements internes et un choc. Une femme qui a subi une rupture de la trompe de Fallope ressent une douleur intense qui survient subitement et la plupart du temps, elle s'évanouit en raison de l'importante hémorragie interne déclenchée dans l'abdomen.
- Infertilité: Une GEU peut endommager les trompes de Fallope et augmenter le risque de problèmes de fertilité ultérieurs. Cependant, dans les autres cas, il est tout à fait possible de tomber enceinte. Les grossesses extra-utérines n’affectent en aucune manière la fertilité de la patiente.
- Grossesse extra-utérine récidivante: Les femmes ayant eu une GEU ont un risque plus élevé d'en avoir une autre.
Impact sur la Fertilité
Les grossesses extra-utérines n'affectent pas directement la fertilité de la patiente. Cependant, il est important de noter que les femmes ayant des antécédents de grossesse extra-utérine ont plus de chances de récidive. Les chercheurs de l’Inserm ont comparé, pour la première fois dans un même essai thérapeutique, la fertilité des femmes deux ans après les différents traitements. Dans le premier groupe, les courbes de fertilité cumulatives qui sont le reflet du nombre de grossesse obtenue par les patientes au cours des deux ans de suivi n’étaient pas significativement différentes entre le traitement médical et la chirurgie conservatrice. Le taux de grossesse intrautérine deux ans après l’intervention était de 67 % après le traitement médical par méthotrexate et de 71 % après la chirurgie conservatrice dans la population des femmes en recherche de grossesse. Dans le second groupe, deux ans après le traitement, 70 % des femmes qui ont désiré une nouvelle grossesse ont pu obtenir une grossesse intra-utérine après le traitement chirurgical conservateur et 64 % après le traitement chirurgical radical.
Prévention
Bien qu'il soit impossible de prévenir toutes les formes de grossesse extra-utérine, il existe quelques moyens de réduire les risques de grossesse tubaire (le type le plus fréquent de GEU) :
- Prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) et des maladies inflammatoires pelviennes (MIP): Ces infections sont des causes fréquentes de grossesse extra-utérine tubaire.
- Arrêt du tabac: Le tabagisme augmente considérablement le risque de GEU.
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