L'accouchement est une expérience unique et personnelle, et le choix de la position joue un rôle crucial dans le déroulement du travail. De nombreuses maternités et maisons de naissance offrent aux femmes la possibilité de choisir la position d'accouchement qui leur convient le mieux, à condition qu'il n'y ait pas de complications. Parmi les différentes options, la position dite « grenouille » suscite des interrogations. Cet article vise à explorer les avantages et les inconvénients de cette position, en s'appuyant sur l'expertise de professionnels de la santé et sur les connaissances actuelles en matière d'obstétrique.

L'évolution des positions d'accouchement

Bernadette de Gasquet, médecin, professeure de yoga et auteure du livre Bien-être et maternité, s’est intéressée aux positions d’accouchement lors de son premier accouchement, en 1973. Elle a découvert que la position gynécologique préconisée dans la majorité des maternités n’avait rien d’inné. On lui doit l’introduction dans la sphère médicale française des positions chasse-neige, sur le côté et en suspension, ainsi que les ballons en salle d'accouchement pour bouger le bassin.

La position gynécologique classique et ses adaptations

Pour les futures mamans qui sont malgré tout confortables sur le dos, il est possible d’adapter cette position gynécologique classique pour qu’elle convienne mieux à la physiologie du corps. En effet, la position préconisée dans la plupart des cas -buste relevé, jambes en l'air, pieds dans les étriers - contracte grandement le périnée, oblige bébé à lutter contre l’apesanteur pour sortir du vagin une fois qu’il est descendu dans le bassin et fait gonfler les jambes. La position du chasse-neige, au contraire, est plus en accord avec le corps de la patiente. La future maman est installée sur le dos, le bassin surélevé par une galette sous les fesses, par exemple, les jambes relevées et les genoux fléchis vers l'intérieur. Cela permettra de mettre la femme directement dans le bon axe pour expulser bébé. Cette position est à privilégier dans la seconde phase du travail, une fois que le bébé est déjà bien engagé dans le bassin.

L'importance de l'écoute de son corps

Dans tous les cas, il est probable que la femme sente quelle position est à privilégier pour faciliter le travail et réduire la douleur de ses contractions. Il est ainsi nécessaire qu'elle reste à l'écoute de ses sensations ou qu'elle soit aidée par la sage-femme pour voir ce qui est le mieux adapté à sa situation. Le plus important, dans ce moment charnière, c’est que la femme enceinte se fasse confiance et soit à l’écoute de son corps. Par ailleurs, il ne faut pas qu’elle hésite à demander conseil à l'équipe médicale pour trouver l’option qui lui convient le mieux et qui sera applicable dans la maternité ou la maison de naissance dans laquelle elle va accoucher.

Comprendre les mécanismes du bassin et la progression du bébé

Pour mieux comprendre les positions d'accouchement, il est essentiel de connaître les mécanismes du bassin et la progression du bébé lors du travail.

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Le bassin : un ensemble mobile

Le bassin est un ensemble d'os, mais aussi de ligaments. Les têtes des fémurs (les os des cuisses) pivotent dans le bassin. Le bassin paraît fixe à première vue, mais en réalité il n'en est rien : la symphyse pubienne et la jonction sacro-iliaque sont des articulations : les os bougent autour de leurs ligaments.

La tête du bébé : une forme adaptable

La tête du bébé n'est pas une simple sphère, mais a une forme bien particulière. Selon la position de la tête du bébé, elle va présenter un plus ou moins grand périmètre. Le plus petit périmètre est celui qui passe par le front et l'arrière de la tête (le sous-occipito-bregmatique) : c'est ce diamètre que vous présentez lorsque vous rentrez le menton pour enfiler un pull. Le bébé va effectuer ce même mouvement de flexion afin d'engager le plus petit diamètre de sa tête dans le bassin de la mère. La tête du bébé peut parfois mal se fléchir, ce qui pourra l'empêcher de s'engager correctement. L'autre dimension intéressante est le bi-pariétal qui correspond à la largeur de la tête du bébé au niveau des oreilles. Lorsque le bébé fléchit bien sa tête, c'est à ce niveau que se trouve la plus grande largeur qui devra franchir le bassin. La tête du bébé n'est pas ronde : la longueur de la tête (du front à l'arrière) est bien plus importante que sa largeur (d'une oreille à l'autre). On peut également mesurer son périmètre crânien, qui correspond au tour de sa tête au niveau le plus large. Les os du crâne du bébé ne sont pas soudés entre eux, et peuvent se déformer dans une certaine mesure. Ainsi, le diamètre de la tête du bébé peut se réduire afin de favoriser son passage. La tête du bébé pourra se déformer en "pain de sucre" : elle paraîtra plus haute, et moins large.

Le chemin du bébé dans le bassin

Le chemin du bébé dans le bassin est complexe et se divise en plusieurs étapes :

  • Le détroit supérieur : Le bébé ne peut franchir ce détroit supérieur qu'en se positionnant en diagonale. L'autre possibilité fréquente est l'OIDP, ce qui signifie que le bébé a son Occiput dans l'os Iliaque droit, côté Postérieur, il a donc le dos vers le côté droit du dos de la mère. On notera que ces deux engagements, l'OIGA et l'OIDP, utilisent la même diagonale du bassin.
  • Le détroit médian : Le bébé doit effectuer une rotation pour se remettre dans l'axe du bassin : en effet le bassin, à ce niveau, est symétrique, et ne peut être franchi que si bébé a l'occiput vers la symphyse pubienne de la mère, ou vers sa colonne.
  • Le détroit inférieur : Le bébé doit s'enrouler autour de la symphyse pubienne.

Les mouvements du bassin : nutation et contre-nutation

La contre-nutation est ce qui se produit lorsque vous pivotez les cuisses vers l'extérieur (position de type "grenouille"): les ischions se rapprochent et les ailes du bassin s'écartent. A l'inverse, la nutation s'obtient lorsque vous vous positionnez "les pieds en dedans" : les ischions s'éloignent et les ailes du bassin se rapprochent. La position du bassin (cambré ou décambré) entre aussi en ligne de compte dans ce mouvement du bassin; pour dé-cambrer (rétroversion) le bassin il suffit de plier les cuisses contre votre torse, à l'inverse, tendre les jambes cambrera votre dos (anté-version). Lorsque vous rétroversez le bassin, la symphyse pubienne remonte (vous pouvez sentir ce déplacement), les ischions se rapprochent et les ailes du bassin s'écartent (contre-nutation). C'est l'inverse lorsque vous cambrez le dos. Le mouvement de contre-nutation a pour effet d'écarter la partie supérieure des os iliaques, et de rapprocher les os inférieurs. Le mouvement de nutation a pour effet d'écarter les ischions et les épines sciatiques (en refermant le détroit supérieur). Lorsque vous êtes cambrée, l'axe du bassin est incliné par rapport à l'axe de la tête du bébé, le diamètre disponible pour son passage lui semble donc plus petit. A l'inverse, lorsque vous dé-cambrez, le détroit supérieur du bassin tend à s'aligner avec l'axe de l'utérus.

La position « grenouille » : analyse

La position « grenouille », souvent utilisée lors des examens gynécologiques, consiste à écarter les jambes et à les fléchir. Si elle peut sembler pratique pour le praticien, elle n'est pas forcément la plus confortable ni la plus efficace pour la femme en travail.

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Inconvénients potentiels de la position « grenouille »

  • Inconfort et inefficacité : Cette position peut être inconfortable et inefficace pour la mère en travail. Elle ne favorise pas une bonne descente du bébé et peut même la gêner.
  • Compression du périnée et réduction de la mobilité du bassin : Cette position peut comprimer le périnée et réduire la mobilité du bassin, éléments pourtant essentiels pour une progression optimale du travail.
  • Difficulté de relaxation : La position grenouille ne permet pas une bonne relaxation des muscles du plancher pelvien, ce qui est pourtant crucial pour une expulsion plus aisée du bébé.

Alternatives à la position « grenouille »

Durant le travail, il est préférable d'explorer et de choisir une position qui offre un meilleur soutien du bassin et une plus grande liberté de mouvement, favorisant ainsi une descente plus efficace du bébé. Privilégier la mobilité et le confort de la mère est primordial pour un accouchement physiologique et moins douloureux.

Positions alternatives favorisant un travail efficace

Plusieurs postures favorisent un travail plus efficace et moins douloureux :

  • La position accroupie : utilise la gravité pour aider le bébé à descendre et élargit le diamètre du bassin, facilitant ainsi le passage. Cette position permet également une meilleure relaxation des muscles du plancher pelvien.
  • La position à quatre pattes : soulage la pression sur le dos et ouvre le bassin, favorisant la descente du bébé et diminuant la douleur. Elle est particulièrement utile en cas de dos douloureux.
  • La position latérale : soulage la pression sur le périnée et offre un bon soutien, réduisant la douleur et la fatigue. Elle est recommandée, notamment, après la rupture de la poche des eaux.
  • S'asseoir sur un ballon de grossesse : permet une meilleure mobilité du bassin et une plus grande liberté de mouvement, contribuant à un travail plus dynamique.
  • L'utilisation d'un support lombaire : aide à soulager la douleur dorsale et à maintenir une posture confortable.

Positions à éviter

Certaines positions sont à éviter pendant le travail, car elles peuvent entraver la progression et augmenter les risques de complications :

  • Position allongée sur le dos : Cette position comprime la veine cave inférieure, réduisant le flux sanguin vers le fœtus et diminuant l'efficacité des contractions.
  • Position fœtale postérieure : où le bébé se présente par le siège ou avec la tête tournée vers le haut, peut engendrer des complications lors de l'accouchement.
  • Éviter l'enroulement vers l'avant : une posture qui peut compromettre la respiration et le confort de la mère.

L'importance du support et de la mobilité du bassin

Durant le travail, le soutien et la mobilité du bassin jouent un rôle crucial dans la progression de l'accouchement. Un bon soutien du bassin permet de détendre les muscles et les ligaments pelviens, facilitant ainsi le passage du bébé à travers le canal vaginal. Des positions qui permettent une bonne mobilité du bassin, comme la position accroupie, à quatre pattes ou sur les côtés, sont généralement plus efficaces car elles offrent plus d'espace pour le bébé et permettent un meilleur alignement du fœtus avec le canal pelvien. A contrario, des positions qui limitent la mobilité du bassin, telles que la position allongée sur le dos, peuvent comprimer les structures pelviennes et gêner la descente du fœtus. Le manque de support peut également entraîner une fatigue excessive et une augmentation de la douleur ressentie par la mère.

La pelvimétrie : un outil d'évaluation du bassin ?

La pelvimétrie est une technique qui tente de mesurer les passages les plus étroits du bassin. Elle peut être réalisée par radio, scanner ou IRM. Cependant, son intérêt est limité et elle ne permet pas de prédire avec certitude la réussite d'un accouchement par voie basse. En effet, certaines femmes ont accouché par voie basse avec un indice de Magnin considéré comme très faible, tandis que pour d'autres, leur bébé ne s'est jamais engagé malgré un Magnin indiquant un bassin large. Les choses ne sont donc pas aussi binaires. L'impact des changements hormonaux, qui détendent les ligaments et augmentent donc la mobilité du bassin n'est, là non plus, pas évalué.

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