La question de la procréation médicalement assistée (PMA) suscite de vifs débats en France, tant au sein de la société civile qu'au sein de la classe politique. L'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules est une question qui divise, traversant les clivages partisans traditionnels. Cet article examine les positions des principaux partis politiques français sur cette question complexe et délicate.
Le Rassemblement National (RN) : Une Opposition Nuancée
Le Rassemblement National (RN), sous la direction de Marine Le Pen, affiche une opposition au projet de loi bioéthique qui prévoit l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Marine Le Pen elle-même a déclaré être contre tout ce qui contribue à dissimuler la vérité biologique qu'un enfant a un père et une mère, estimant que cette vérité est utile pour la construction psychologique de l'enfant.
Cependant, le RN adopte une position nuancée sur la question. Certains élus du parti envisagent de s'abstenir lors du vote, afin de ne pas froisser une partie des Français et de ne pas apparaître comme étant à rebours de la société. Marine Le Pen, quant à elle, souhaite se distinguer de sa nièce, Marion Maréchal, et ne pas trop en faire sur ce sujet. Elle n'a d'ailleurs déposé aucun amendement à l'Assemblée nationale, et ses fidèles non plus.
Le RN ne fixera aucune consigne de vote sur la PMA, laissant à chaque élu la liberté de se déterminer en conscience. Le parti n'appellera pas non plus à manifester contre le projet de loi, même si certains députés européens du RN pourraient participer à des manifestations à titre individuel.
Sur la question du mariage pour tous, la position du RN a évolué. Si, en 2013, le parti promettait l'abrogation de la loi Taubira, aujourd'hui, certains élus, comme Jordan Bardella, considèrent que le mariage pour tous est désormais un acquis. Cependant, l'aile conservatrice du RN souhaite revenir sur cette loi et lui substituer un PACS amélioré, qui réglerait les droits fiscaux et patrimoniaux des couples homosexuels, mais sans s'engager sur le terrain de la filiation.
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La Majorité LREM-Modem : Un Soutien Massif à la PMA pour Toutes
La majorité présidentielle, composée de La République en Marche (LREM) et du Mouvement Démocrate (Modem), est largement favorable à l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Il s'agit d'un engagement d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, et la mesure est massivement soutenue chez les « marcheurs ».
Certains élus LREM souhaitent même aller plus loin que le gouvernement en proposant par exemple la PMA post-mortem (avec les gamètes d'un conjoint décédé). Cependant, d'autres parlementaires, comme Marie Tamarelle-Verhaeghe, Annie Vidal, Blandine Brocard et Cendra Motin, sont opposés à la PMA pour les femmes seules, plaidant pour un projet partagé entre deux personnes.
Au sein du Modem, la majorité des élus sont favorables à la mesure en l'état, en particulier leur chef de file Patrick Mignola. Cependant, certains ont exprimé leurs réticences, comme Jean-Louis Bourlanges, qui considère que la « sexuation » de la famille est absolument centrale et envisage donc de s'abstenir.
Les Républicains (LR) : Un Vote Contre Fort et Massif en Perspective
Les Républicains (LR) n'auront ni consigne de vote ni position de groupe sur la question de la PMA, leur patron Christian Jacob justifiant ce positionnement par le fait que le sujet « touche à l'intime ». Cependant, une écrasante majorité des parlementaires LR reste opposée à l'ouverture de la PMA.
Des députés comme Xavier Breton et Thibault Bazin dénoncent une « PMA sans père » et un « effet domino » inéluctable vers la légalisation de la gestation pour autrui (GPA). L'eurodéputé François-Xavier Bellamy, figure de l'aile conservatrice du parti, estime même que la PMA est une « malédiction ». Il sera d'ailleurs dans la rue le 6 octobre prochain pour un rassemblement organisé par la Manif pour tous.
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Quelques voix restent favorables à la PMA pour toutes, mais peinent à se faire entendre. Maxime Minot, député de l'Oise, a annoncé son soutien « avec quelques collègues » à une « évolution progressiste des mentalités ».
UDI/Agir et Libertés et Territoires : Des Groupes Divisés
L'Union des Démocrates et Indépendants (UDI) et Agir sont divisés sur la question de la PMA. Le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, est opposé à la PMA pour les couples de femmes homosexuelles, qui conduit selon lui « immédiatement » à l'autorisation de la GPA au profit des couples d'hommes.
La PMA pour toutes est plutôt bien accueillie par les députés Agir, dont Olivier Becht, qui se montre toutefois « très attentif » à la question de « l'accès aux origines ».
Le groupe Libertés et territoires, qui rassemble différentes sensibilités, devrait majoritairement voter pour la PMA, selon son président Philippe Vigier, qui n'exclut pas des votes contre ou des abstentions.
Les Socialistes (PS), la France Insoumise (LFI) et les Communistes (PCF) : Un Soutien Ferme à la PMA pour Toutes
Les députés du Parti socialiste (PS), de La France Insoumise (LFI) et du Parti communiste français (PCF) sont largement favorables à la PMA pour toutes. Il s'agissait d'une promesse de François Hollande sous le précédent quinquennat.
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Certains élus de LFI défendront même des amendements en faveur d'une extension aux transgenres. Les communistes ne voient pas l'ouverture de la PMA simplement comme une réponse à des « aspirations individuelles », mais comme un nouveau « droit collectif ». Ils s'interrogent néanmoins sur le « droit d'accès aux origines », facilité par le projet de loi.
Évolution des Positions Personnelles au Sein du Gouvernement
Il est intéressant de noter que certains membres du gouvernement actuel, issus de la droite, ont évolué sur la question de la PMA. Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu, qui s'étaient opposés ou avaient exprimé des réserves sur la PMA par le passé, défendent désormais le projet d'extension de la PMA à toutes les femmes.
Édouard Philippe, Premier ministre, s'était abstenu lors du vote sur le mariage pour tous en 2013 et s'opposait "résolument" à la PMA. En 2019, il justifie sa prise de position en expliquant qu'il a évolué, comme la société française, sur ces sujets. Il estime désormais qu'il est possible d'accorder ce droit sans enlever quoi que ce soit à quiconque et sans remettre en cause les équilibres fondamentaux sur lesquels reposent notre société.
Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, s'inquiétait en 2013 des "hésitations du gouvernement" sur le projet de société qu'il portait, tendant vers l'ouverture à la PMA. Aujourd'hui, il confie ne plus y être "totalement opposé" et estime que le débat politique peut le faire bouger.
Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, avait voté contre le mariage pour tous et avait même déposé un amendement pour interdire explicitement le recours à la PMA pour les couples de même sexe. Il en est même venu à regretter d'avoir voté contre le mariage pour tous et se déclare désormais "pour" la PMA pour toutes.
L'Opinion Publique Française : Une Évolution vers l'Acceptation
L'opinion publique française a évolué favorablement sur la question de la PMA. Selon un sondage, 65% des Français sont désormais favorables à la PMA pour toutes, soit 10% de plus qu'il y a cinq ans.
Cette évolution s'explique par une plus grande acceptation sociale de l'homosexualité, une reconnaissance accrue des modèles parentaux sortant de la norme hétérosexuelle et une plus grande représentation des familles homoparentales dans les médias.
Cependant, des poches de résistance subsistent dans les catégories de la population les plus âgées, les moins diplômées et les plus influencées par la religion. Sur le plan politique, c'est dans les rangs des sympathisants des partis de la droite classique que l'on trouve toujours le plus d'opposants à l'élargissement de la PMA.
La Gestation Pour Autrui (GPA) : Une Ligne Rouge pour la Plupart des Partis
Si l'ouverture de la PMA aux couples de femmes avait été un sujet très discuté lors de la précédente campagne présidentielle, la question de la gestation pour autrui (GPA) n'est pas vraiment une question clivante cette année, la plupart des candidats s'accordant pour refuser toute légalisation.
Emmanuel Macron semble décidé à refuser toute évolution de la législation sur la GPA, considérant qu'elle met en question la dignité du corps de la femme et sa marchandisation. Valérie Pécresse est « viscéralement » opposée à la GPA, estimant que le corps de la femme ne peut pas se louer ou s'acheter. Jean-Luc Mélenchon se dit favorable au statu quo, non à la GPA, oui à la reconnaissance en France des enfants nés d'une GPA à l'étranger. Marine Le Pen voit la GPA comme « une dérive mortelle pour notre société », où les êtres humains ne sont pas des objets de consommation. Éric Zemmour accuse Emmanuel Macron de préparer la GPA sans le dire, qualifiant la GPA d'« acheter un enfant dans un supermarché ».
Seul Yannick Jadot s'est publiquement déclaré en faveur de la GPA, souhaitant ouvrir un débat sur une GPA éthique et non marchande. Cependant, il n'a pas repris cette proposition dans son programme.
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