L'article explore la notion de "paternité de translation", en l'analysant à travers le prisme de la conversion religieuse dans la chrétienté médiévale. Cette dernière se concevant comme un système hiérarchisé de réseaux de parenté (charnelle, spirituelle et divine), la conversion religieuse est intrinsèquement liée à une conversion de parenté. L'étude examine comment le renoncement à la paternité charnelle au profit de l'affirmation de la paternité divine (et de la fraternité avec les autres chrétiens) se manifeste à travers l'histoire, depuis ses fondements évangéliques et patristiques jusqu'au cœur du Moyen Âge. Une attention particulière est accordée aux transformations du rôle de l'instance maternelle et aux degrés d'intensité des conflits entre les différents registres de la parenté. L'article prend comme cas d'étude la conversion de François d'Assise, en particulier à travers les fresques de Giotto à Assise, qui offrent une représentation géométrique du système médiéval de la parenté.

La Parenté Spirituelle au Cœur du Système Médiéval

L'importance accordée à la parenté spirituelle est l'un des traits les plus distinctifs du système de parenté qui se développe dans l'Occident médiéval. Il est essentiel d'en comprendre les enjeux et les modes de fonctionnement à travers le prisme particulier de la conversion et du processus de métamorphose qu'elle implique. Dans un monde où tout est perçu comme un réseau de parenté, le changement d'état radical qu'est la conversion entraîne une modification de la position de l'individu dans ce réseau. Elle est donc pensée comme un changement de parenté. La figure de François d'Assise, par sa radicalité, permet d'illustrer les formulations et les fluctuations de cette conversion dans l'ordre de la parenté, à travers diverses variations textuelles et iconographiques.

La Représentation de la Parenté dans l'Art

Les œuvres analysées ici mettent en évidence la capacité de l'art à exprimer non seulement la parenté en elle-même, mais aussi les rapports entre les différents registres de parenté, tels qu'ils sont reconnus dans la société médiévale. Ces œuvres, ancrées au cœur de l'institution ecclésiale, ne cherchent pas à s'opposer frontalement aux représentations qui structurent la chrétienté. Au contraire, elles en révèlent la logique essentielle avec une intensité exceptionnelle. Il est important de ne pas réduire les images à de simples reflets des représentations sociales d'une époque. L'étude des écarts et des variantes permet de mettre en lumière les tensions et les contradictions qui caractérisent ces représentations.

L'Usage Proliférant des Termes de Parenté

Dans l'Occident médiéval, les termes de parenté sont utilisés de manière extensive pour décrire les relations entre les humains (au-delà du cercle familial défini par le mariage et la consanguinité), ainsi que les liens entre les humains et les figures divines, et même entre les figures surnaturelles elles-mêmes. Au fondement de ce système se trouve l'institution évangélique d'une paternité en Dieu. L'expansion de ce principe conduit à l'élaboration d'une construction complexe, marquée par l'amplification des formes de la parenté spirituelle et par l'intensification de son rôle social. La notion de parenté spirituelle se réfère aux liens de parrainage et de compérage, dont l'importance s'accroît à partir du VIe siècle, mais aussi à la maternité de l'Église, à la paternité de Dieu et des clercs, et à la germanité généralisée de tous les chrétiens. L'Église et la société chrétienne dans son ensemble se conçoivent comme un réseau de parenté, où la parenté charnelle est subordonnée à la parenté spirituelle et divine.

Dualité ou Trinité: Analyser le Système de Parenté

Il est pertinent d'analyser ce système selon une logique duale, opposant parenté spirituelle et parenté charnelle, ou selon une logique ternaire, singularisant la parenté divine. Il est possible de combiner les deux approches, considérant la parenté spirituelle et la parenté divine comme des subdivisions d'un ensemble unifié. Les règles qui régissent la parenté divine présentent des traits spécifiques qui suggèrent de la différencier de la parenté spirituelle. Cette tripartition est une expression de la triade hiérarchisée corps/âme/Dieu.

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La Conversion et le Système de Parenté

La conversion, au sein de ce système de parenté, implique une combinaison entre l'institution évangélique d'une paternité divine et une dévalorisation de la parenté charnelle. L'acte de foi consiste en une conversion qui s'accompagne d'un rejet de la parenté charnelle. Jésus lui-même rejette sa mère et ses parents, affirmant que ses vrais parents sont ceux qui font la volonté de son Père céleste. La parenté spirituelle avec les compagnons de foi annule les relations de parenté charnelle. L'Église médiévale n'assume pas entièrement cette rupture, le rejet de Marie par son fils devenant de plus en plus inconvenant à mesure que le culte de la Vierge prend de l'importance.

La Conversion comme Choix de Parenté

Le choix chrétien est donc une conversion de parenté : il faut renoncer à la parenté charnelle pour vivre pleinement la paternité en Dieu et la fraternité spirituelle qui en découle. Les Pères de l'Église opposent radicalement parenté céleste et parenté terrestre. Tertullien affirme que les chrétiens sont les plus libres des hommes, car ils échappent aux contraintes de la nature et à la filiation charnelle, pouvant choisir Dieu pour Père. La parenté spirituelle est une réalité idéelle qui permet d'agir sur la parenté charnelle. Le baptême est l'agent de cette transmutation, une seconde naissance opérée dans la "matrice de la mère Église", faisant du nouveau fidèle un fils adoptif de Dieu. Le baptême métamorphose les juifs et les païens en chrétiens, opérant un changement de parenté.

La Revendication de Liberté et la Relation Filiale

La revendication de liberté est caractéristique des premiers siècles chrétiens, où le choix du Christ est vécu comme une rupture radicale avec la société romaine. Pélage exhorte à être appelés fils de Dieu, mais précise que "fils" ne signifie pas "enfant", préférant le statut d'"emancipatus a Deo". Il s'agit d'être un fils adulte, revendiquant d'être aussi parfait que le Père céleste.

Le Modèle de Conversion d'Augustin

Les Confessions d'Augustin offrent un modèle de conversion chrétienne, reprenant le schéma de parenté tout en introduisant des transformations. Augustin, enfant, sur le point de recevoir le baptême, affirme : "Ma mère désirait passionnément que vous me fussiez un père, mon Dieu, plutôt que lui, et ici vous l’aidiez à l’emporter sur son mari". La conversion apparaît comme un glissement de la paternité charnelle vers la paternité divine.

Le Rôle de la Mère dans la Conversion

Un trait nouveau est le rôle joué par Monique, la mère d'Augustin. La volonté de changement de paternité est un désir prêté à la mère, qui souhaite offrir à Augustin un père plus éminent. La conversion se réalise par adhésion au désir de la mère. On observe un rapport moins exclusif entre parenté charnelle et parenté divine, au moins en ce qui concerne la mère. Augustin associe sa mère à son père, finalement converti, dans sa prière. Dès lors que parents et enfants partagent la même foi, ils se trouvent unis par la fraternité spirituelle de tous les chrétiens, et la rupture est atténuée. Le lien de filiation se transmue en germanité spirituelle, mais ne disparaît plus.

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L'Aménagement des Relations de Parenté dans la Société Chrétienne

Dans la société chrétienne de la fin de l'Antiquité et du Moyen Âge, la relation entre les différents types de parenté s'aménage différemment, tout en reposant sur les mêmes principes essentiels. Le baptême n'est plus un choix individuel, mais un rituel d'intégration à la société. La parenté spirituelle s'incarne dans l'Église et définit le statut de ses membres. La participation à la communauté ecclésiale n'entraîne plus aussi nettement une négation de la parenté charnelle, mais plutôt une superposition hiérarchique des formes de parenté.

L'Hagiographie et le Conflit de Parenté

L'hagiographie offre de nombreux exemples de saints en conflit avec leur famille. La relation entre le saint, engagé dans un processus de conversion, et sa famille s'inscrit dans une contradiction entre l'appel prophétique au dépassement de toute institution terrestre et l'exigence normative d'obéissance et de soumission. Le conflit entre parenté charnelle et parenté spirituelle varie d'intensité selon les époques et les milieux. Il se manifeste avec acuité lors de l'affirmation du monachisme en Occident et lors des réformes monastiques. La réforme grégorienne fait de la distinction entre parenté charnelle et parenté spirituelle l'une de ses armes les plus tranchantes.

Le Droit d'Auteur et le Traducteur

Le droit d'auteur (DA) est souvent perçu comme protégeant l'auteur de l'œuvre originale, et non son traducteur. Bien que la Convention de Berne protège les traductions comme des œuvres originales, elle ne mentionne pas explicitement le traducteur. On peut se demander pourquoi les auteurs d'œuvres dérivées, comme les traducteurs, ne sont pas explicitement protégés "comme des auteurs d'œuvres originales". Le DA reconnaît les œuvres dérivées, mais n'inclut qu'indirectement le droit des auteurs d'œuvres dérivées.

La Prérogative de l'Auteur et la Qualité de la Traduction

Les défenseurs de la propriété littéraire affirment que la prérogative de l'auteur d'autoriser la traduction de son œuvre est une garantie pour préserver son droit moral et éviter que l'œuvre originale ne soit mutilée ou déformée. La seule manière de préserver l'intégrité de l'œuvre originale dans sa traduction serait d'accorder à l'auteur le droit absolu de contrôle sur la traduction de son œuvre. Le traducteur est considéré comme un acteur de second ordre qui n'est pas en mesure de porter seul la responsabilité de sa part de l'ouvrage.

L'Absence du Traducteur dans le Discours Social

Le traducteur est une figure absente dans les législations du DA et dans le discours social. Sa seule dignité réside dans son devoir d'exceller dans la fidélité, de briller dans l'effacement et de surenchérir dans l'instrumentalité. Le traducteur est oublié dans le monde des activités créatrices, et il suscite une indifférence au point de ne pas être pris en compte dans l'institution censée protéger ses droits.

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La Recommandation de l'UNESCO et la Charte du Traducteur

La Recommandation sur la protection juridique des traducteurs et des traductions et sur les moyens pratiques d’améliorer la condition des traducteurs, adoptée par l'UNESCO en 1976, reconnaît que l'application pratique des principes de protection des traducteurs n'est pas toujours adéquate. Cependant, les législations en question ne mentionnent pas spécifiquement le droit du traducteur, mais uniquement le droit de l'auteur de l'œuvre originale. La Charte du traducteur, adoptée par la Fédération internationale des traducteurs et traductrices (FIT) en 1963 et modifiée en 1994, concerne les traducteurs eux-mêmes et non les États.

Guillaume d'Ockham et le Nominalisme

Guillaume d'Ockham est associé au nominalisme, la thèse selon laquelle tout ce qui existe est une chose individuelle, et au "rasoir" qui serait le principe d'économie ontologique permettant d'éliminer les entités inutiles. La logique, la théorie de la connaissance et la métaphysique sont étroitement liées dans sa pensée. Ockham considère la logique comme l'instrument le plus approprié pour la science.

La Logique d'Ockham comme Science du Discours

Ockham fait de la logique une science du discours (scientia sermocinalis) à la manière des auteurs du XIIe siècle (comme Abélard) et non une science rationnelle (scientia rationalis), des actes de l'intellect, comme les commentaires arabes d'Aristote en avaient imposé l'idée au XIIIe siècle. Il développe l'idée que la pensée est un langage mental, inné, dont les langues conventionnelles reproduisent en gros la structure.

Les Termes Catégorématiques et Syncatégorématiques

Les termes se distinguent en termes catégorématiques, ou dotés d'une signification propre (noms, verbes, adjectifs), et termes syncatégorématiques, qui contribuent à la signification de la proposition sans en avoir en propre, comme c'est le cas des mots logiques (opérateurs, quantificateurs). La signification d'un terme est caractérisée de manière psychologique et délimitée de manière extensionnelle.

La Supposition des Termes

La supposition est la fonction référentielle des termes dans les phrases. Ockham distingue trois types de supposition : la supposition personnelle, pour tout ou partie de ce que le terme signifie, et les suppositions simple et matérielle qui sont des formes de référence au concept auquel le terme est subordonné, ou au terme conventionnel, oral ou écrit, qu'il est lui-même ou qui lui est associé. La supposition personnelle est le type de supposition le plus important. C'est la supposition significative, car le terme suppose alors pour ce qu'il signifie, à savoir les choses individuelles dont il peut être vérifié.

Propositions Simples et Moléculaires

Ockham distingue les propositions simples ou catégoriques, réduites à la réunion d'un sujet et d'un prédicat par une copule, sans que les composant puissent à leur tour être analysés en propositions catégoriques, et les propositions moléculaires ou hypothétiques, qui sont susceptibles d'une analyse (qu'Ockham appelle "exposition") en propositions simples.

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