L'épidémie de Covid-19 a engendré une crise sanitaire sans précédent, obligeant les institutions et les professionnels à s'adapter rapidement pour assurer la continuité des services, notamment ceux liés à la protection de l'enfance et à la petite enfance. À Nantes et dans la Loire-Atlantique, des mesures spécifiques ont été mises en place par le service de Protection Maternelle et Infantile (PMI) et d'autres acteurs pour répondre aux défis posés par la pandémie. Cet article se propose d'examiner ces mesures, leurs impacts, et les enseignements tirés de cette période.
Surveillance et Adaptation des Services de Protection de l'Enfance
La protection de l'enfance a été une préoccupation majeure pendant la crise sanitaire. Au niveau national, une augmentation de 40% des appels au 119, le numéro dédié à l'enfance en danger, a suscité une vive inquiétude. Cependant, en Loire-Atlantique, les chiffres ont montré une légère baisse du nombre d'appels. En avril, 34 « situations » ont été détectées, contre 36 en février. Cette bonne nouvelle doit être nuancée, car pendant le confinement, l'Éducation Nationale, canal habituel de transmission des informations préoccupantes (IP), était moins accessible.
La Loire-Atlantique a une spécificité : une collaboration étroite avec les médecins libéraux. Or, ces derniers ont constaté une baisse de la fréquentation de leurs cabinets pendant le confinement, rendant difficile l'évaluation précise de l'impact de la crise sur les enfants en danger.
Un enseignement important est que 36% des appels supplémentaires au niveau national provenaient des mineurs eux-mêmes. Cette tendance a également été observée localement, avec une augmentation des signalements par les enfants, les familles élargies et les voisins. Le confinement a donc permis une prise de conscience plus large des problématiques souvent cachées.
Concernant la gestion des informations préoccupantes, la Loire-Atlantique a adapté ses pratiques. Au lieu d'envoyer des lettres recommandées, les familles ont été contactées directement par téléphone. Des travailleurs sociaux, équipés de matériel de protection, se rendaient au domicile si la situation l'exigeait. Cette approche a permis une réactivité et une efficacité accrues. Les placements d'urgence ont été maintenus, et trois lieux d'accueil supplémentaires ont été ouverts.
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Mise en Place d'un Internat Éphémère
Une situation inédite a nécessité une réponse spécifique : celle des enfants suivis en milieu ouvert, dont les visites des éducateurs étaient suspendues. Pour éviter de surcharger les foyers ou de laisser les enfants prendre des risques, un internat éphémère a été ouvert le 10 avril. Ce lieu de répit, d'une durée de 7 jours renouvelables, pouvait accueillir jusqu'à 20 enfants de tout âge.
L'association Linkiaa, spécialisée dans la protection de l'enfance, a été chargée de piloter ce dispositif. Cyril Durand, directeur de Linkiaa, souligne l'importance du diagnostic initial face à la crise sanitaire. L'internat a accueilli une trentaine d'enfants de 5 à 17 ans, pour une durée moyenne de 6 jours, témoignant d'un réel besoin. Plus de vingt professionnels ont été mobilisés, assurant la continuité pédagogique et proposant des activités ludiques et sportives.
Ce dispositif a permis aux parents de bénéficier d'un répit, contribuant à apaiser les tensions familiales. Cyril Durand insiste sur la nécessité de développer ce type d'alternative pour les enfants suivis en milieu ouvert.
L'internat éphémère a fermé ses portes le 13 mai, avec le début du déconfinement. Un bilan a été réalisé par le département et les associations. Son succès pourrait conduire à sa pérennisation. Fabienne Padovani, vice-présidente du Conseil départemental, se montre favorable à un partage des expériences acquises pendant cette période avec l'ensemble des acteurs de la protection de l'enfance.
Cyril Durand soulève également la question des droits de visite et d'hébergement, qui ont été suspendus pendant le confinement, réduisant les allers-retours des enfants et stabilisant leur environnement.
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Mesures Concernant les Assistant(e)s Maternel(le)s et les Structures d'Accueil de la Petite Enfance
Le service de PMI de Loire-Atlantique a informé les assistant(e)s maternel(le)s, les Maisons d'Assistantes Maternelles (MAM) et les crèches des évolutions des décisions nationales. Un document de questions/réponses de la Direction Générale de la Cohésion Sociale (DGCS) sur le COVID-19 a été mis en ligne le 18 mars 2020, mais certaines questions sont restées sans réponse et des incohérences ont été relevées. Des discussions régulières ont eu lieu entre les services de l'État et du Département pour ajuster les propositions.
L'accueil chez les assistant(e)s maternel(le)s a été maintenu, avec une limite de 6 enfants de moins de 3 ans (y compris les enfants de l'assistant(e) maternel(le) et dans la limite de 10 enfants au domicile). La priorité a été donnée aux enfants des professionnels « prioritaires ». Pour les micro-crèches, un maximum de 10 enfants pouvaient être accueillis simultanément. Il était conseillé aux MAM et micro-crèches de se rapprocher des services petite enfance de leurs communes pour adapter au mieux l'ouverture des structures aux besoins des familles prioritaires. Une plateforme de recensement a été mise en ligne sur le site monenfant.fr. Des dérogations pouvaient être accordées dans la limite de 6 enfants de moins de 3 ans présents simultanément au domicile. Les MAM de plus de 10 enfants ont dû fermer.
Défis Rencontrés par les Structures Privées
Certaines structures privées ont rencontré des difficultés pour obtenir des informations et du matériel de protection. Par exemple, une directrice de micro-crèche à Melrand (Morbihan) n'a reçu aucune consigne ni masque pour se protéger du virus. Élodie Pantzer, qui a ouvert une micro-crèche en janvier, a choisi de laisser la structure ouverte pour accueillir les enfants de parents qui continuaient à travailler. Malgré le confinement, elle avait le droit de rester ouverte en accueillant moins de dix enfants, mais elle a dû improviser face au manque d'informations de la PMI. Elle a finalement trouvé des couturières locales pour lui fournir des masques.
Ressources et Informations Complémentaires
La Caisse Nationale des Allocations Familiales (CNAF) a mis en place une foire aux questions sur le COVID-19, régulièrement mise à jour. Des informations spécifiques concernent la garde d'enfants des professionnels de santé et des Établissements et Services Sociaux et Médico-sociaux (ESSMS). Le ministère du Travail a également publié des fiches de consignes métiers pour aider les salariés et les employeurs à mettre en œuvre les mesures de protection contre le COVID-19 sur les lieux de travail.
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