Introduction

La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet complexe qui suscite de nombreux débats éthiques, sociaux et religieux. L'évolution des techniques de PMA et des structures familiales a conduit à des changements législatifs et à des discussions passionnées sur les droits des femmes, la filiation et le rôle de la famille dans la société. Cet article examine les aspects légaux et psychologiques de la PMA, en mettant l'accent sur l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, ainsi que sur les réactions et les enjeux qui en découlent.

Évolution Légale et Débats Éthiques

L'Ouverture de la PMA aux Femmes Seules et aux Couples de Femmes

Le 25 septembre 2018, le Conseil Consultatif National d’Éthique (CCNE) français a rendu un avis favorable à l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, réitérant ainsi son avis de 2017. Cette décision marque une évolution significative dans la conception de la famille et de la filiation en France. Le projet de loi relatif à la bioéthique, rendu public le 24 juillet 2019, stipule que « tout couple formé d’un homme et d’une femme ou de deux femmes ou toute femme non mariée a accès à l’assistance médicale à la procréation après une évaluation médicale et psychologique ».

Cette ouverture de la PMA acte la dissociation entre le biologique et la filiation, une question qui ne fait pas l'unanimité. Elle s'inscrit dans une transformation plus large de la famille, où l'autorité hiérarchique cède la place à une exigence démocratique de liberté et d'égalité. La famille est de plus en plus perçue comme un espace privé, défini conjointement par ses membres, dont la vocation est de favoriser l'épanouissement personnel.

Réactions et Mobilisations

L'annonce de l'ouverture de la PMA a suscité des réactions vives et contrastées. L'archevêque de Paris, Michel Aupetit, a appelé les catholiques à se mobiliser contre cette ouverture, au nom du respect de la dignité humaine. Cette mobilisation s'inscrit dans un contexte de tensions entre un modèle familial traditionnel et un modèle contemporain de pluralisme familial.

Les débats sur la PMA se situent dans la lignée des controverses autour de la révision des lois de bioéthique de 1994 et du Pacte Civil de Solidarité (Pacs) de 1999. En 2012, l'opposition au « mariage pour tous » a réactivé les mobilisations, en particulier au sein de la communauté catholique. Toutefois, le magistère catholique a pris ses distances par rapport à des associations comme la Manif pour tous, signe d'un retour en politique du catholicisme.

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Malgré ces mobilisations, le projet de loi relatif à la bioéthique a été présenté et soumis au Conseil des ministres. Lors des auditions de la commission spéciale de l'Assemblée nationale, les représentants des religions ont été invités à s'exprimer, même s'ils ont regretté de ne pas avoir été suffisamment entendus.

Le Rôle des Religions

Les normes catholiques, dans un contexte de « catholicisme ostensible », continuent de s'imposer en matière de morale sexuelle, dans la lignée de la réprobation de la contraception et de l'avortement. Le discours du magistère emprunte à un argumentaire séculier, témoignant de la sécularisation du discours religieux et d'une instrumentalisation de cet argumentaire par les autorités catholiques pour légitimer des positions considérées comme dépassées par la majorité de la population.

Cependant, il est important de noter que les catholiques ne s'opposent pas tous à l'unanimité à l'extension de la PMA. Selon un sondage de l'IFOP et du quotidien La Croix, 35 % des catholiques pratiquants se déclarent favorables à l'ouverture de la PMA aux femmes en couple. Les lignes de rupture ne sont donc pas aussi tranchées qu'il n'y paraît.

La mobilisation catholique contre l'ouverture de la PMA s'inscrit dans le prolongement de la lutte contre le « mariage pour tous », une révolution sociale qui acte les transformations contemporaines de la famille. Faire famille aujourd'hui n'obéit plus aux règles défendues dans un modèle traditionnel, promu par certaines factions de la société regroupées au sein de la Manif pour tous.

Les Lois de Bioéthique et la Conception de la Filiation

Les premières lois de bioéthique de 1994 fixent les conditions d'accès légales à la PMA. Elles réservent la PMA aux couples hétérosexuels et interdisent le double don, préservant ainsi une filiation qui mime la filiation biologique. Les révisions de 2004 et 2011 réaffirment un credo : « Un père, une mère, pas un de plus, pas un de moins ».

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Le magistère romain cherche à montrer que ses prescriptions en matière familiale ne se fondent pas sur la foi, mais sur une juste compréhension des mécanismes de la nature. Les normes procréatives catholiques, édictées au sein de plusieurs encycliques, sont retraduites dans un argumentaire séculier.

Aspects Psychologiques et Bien-Être de l'Enfant

L'Argument du Bien-Être de l'Enfant

L'un des principaux arguments contre la libéralisation de la PMA est celui du bien-être des enfants. Les opposants affirment que les enfants souffriraient du fait de naître dans des familles homoparentales ou avec une mère seule. Une variante de cet argument tient aux droits de l'enfant, affirmant que la PMA bafouerait les droits des plus faibles, de ceux qui n'ont jamais voix au chapitre.

Cependant, cet argument est logiquement intenable. Arguer de la souffrance des enfants pour interdire la PMA revient à dire que cette souffrance serait si grande et insupportable qu'il vaudrait mieux que ces enfants ne naissent jamais. Or, le contexte sous-optimal de naissance de l'enfant est indissociable de son existence même.

La Réalité Empirique

Les études empiriques contredisent l'affirmation selon laquelle les enfants élevés dans des familles homoparentales ou avec une mère seule seraient moins bien lotis que les autres. Une méta-analyse de 47 études produite en 2014 a conclu à l'absence de différences significatives entre les enfants élevés par des parents de même sexe et ceux élevés par des parents hétérosexuels.

Concernant les femmes seules, il est essentiel de faire la distinction entre les mères seules qui ont subi une séparation et les mères qui font le choix d'élever un enfant sans partenaire. Une étude a montré que ces deux types de familles fonctionnent de manière similaire.

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Plutôt que la structure familiale, les éléments déterminants pour le bien-être d'un enfant semblent être la stabilité de la famille et l'amour et l'attention que son ou ses parent(s) lui porte(nt). Il est donc essentiel de ne pas se focaliser exclusivement sur les familles homoparentales ou avec des mères seules, mais de prendre en compte les difficultés que peuvent rencontrer les enfants dans les familles hétérosexuelles pauvres ou les familles traditionnelles avec un couple instable et conflictuel.

Le Droit à l'Enfant et la Liberté de Procréer

Les opposants à la libéralisation de la PMA affirment qu'il n'y a pas de droit à l'enfant. Cependant, ce que défendent ceux qui soutiennent une libéralisation de la PMA est bien différent : c'est la liberté négative de procréer sans interférence de l'État. La médecine en France procède depuis longtemps à des actes qui ne relèvent pas du pathologique.

L'opposition à l'ouverture de la PMA repose fondamentalement sur l'idée qu'étant contraire à la nature, elle ne peut qu'être détestable. Or, c'est tout l'objet de la science en général et de la médecine en particulier que de permettre à l'humanité de s'extraire des contraintes que nous impose la nature.

L'État n'a pas à imposer une bonne manière de procréer ou une bonne structure familiale : il doit rester neutre face aux choix que les individus prennent pour eux-mêmes.

Les Implications Psychanalytiques de la PMA

Les Inquiétudes Initiales Face à la Technique

Le développement des nouvelles techniques de procréation a suscité chez les psychanalystes des affects violents et parfois contradictoires. Dans les années 1980, les femmes infécondes venaient consulter un médecin, considérant que seul leur corps était concerné. Elles voulaient un enfant, et tout lien psychique était perçu comme absurde.

Les équipes médicales, effrayées devant ce nouveau pouvoir de fabriquer des bébés, souhaitaient partager cette responsabilité. Elles proposaient des consultations avec un analyste, souvent perçues comme une accusation : « votre corps n'a rien, c'est psychique, vous ne voulez pas cet enfant que vous prétendez désirer ardemment ».

L'Évolution des Structures Familiales et le Rôle du Père

Les bouleversements du couple et de la famille ont conduit à une multiparentalité de fait, en l'absence de statut juridique pour les acteurs qui ne sont pas les deux parents d'antan. La contraception a dissocié sexualité et reproduction, renversant le pouvoir dans le couple. C'est maintenant la femme qui contrôle la fécondité, et le droit à l'avortement a conforté ce pouvoir féminin.

L'engendrement in vitro ne choquait pas certains analystes, qui y voyaient une simple parenthèse médicale favorisant la conception. Cependant, une pulsion épistémophilique les conduisait à réfléchir aux cas de leurs patientes et à en parler à leurs collègues.

L'Inconception et la Force du Lien Mère-Enfant

Les expériences des psychanalystes ont permis une première hypothèse sur la force du lien archaïque mère-enfant et la carence du rôle séparateur du père. Ils ont décrit un fonctionnement psychique se rapprochant de celui des patientes psychosomatiques, avec une particularité tenant à la récursivité entre psychisme et soma.

Le terme d'inconception a été proposé pour désigner le versant psychique de la stérilité organique. Celui-ci rend compte de la peur de retrouver avec l'enfant les conflits préœdipiens vécus avec la mère. Le père reste déprécié, et l'Œdipe échoue à libérer la femme de sa mère.

Les Critiques et les Fantasmes

Dès lors, il est apparu essentiel d'en finir avec la stérilité psychogène supposée dépourvue de cause organique, car toutes les stérilités sont équivalentes et exigent la participation du psychisme comme du corps. Soigner seulement le corps faisait courir de grands risques de fausse couche, d'accouchement prématuré, de placenta praevia.

Les psychanalystes qui s'occupaient d'aider ces patientes infécondes ont été accusés d'être les complices et les alibis d'une « science sans conscience » ruinant l'avenir de l'espèce. Ces critiques ranimaient les propres angoisses des analystes, qui se sentaient solidaires de leurs patientes et des soignants dont ils faisaient partie.

Les fantasmes développés par les détracteurs de la PMA prédisaient des catastrophes pour les enfants « artificiels », qui, privés de l'abri mystérieux de l'utérus maternel, ne pourraient accéder à la scène primitive et seraient menacés de devenir psychotiques.

La Neutralité du Psychanalyste Face à la Bioéthique

Face à ces critiques, il est apparu nécessaire de s'interroger sur l'insoutenable neutralité du psychanalyste face à la bioéthique. Les conflits éthiques engendrés par la technique elle-même peuvent être douloureux. Une femme peut se trouver confrontée à des dilemmes difficiles, comme celui de décider que faire de ses derniers embryons congelés.

L'anonymat du don de sperme peut également poser des problèmes éthiques, notamment en ce qui concerne le droit de l'enfant à connaître ses origines. La multiparité et la réduction embryonnaire imposent à la femme enceinte de détruire un de ses fœtus, une situation traumatisante.

Si l'analyste ne s'occupe que de la réalité psychique douloureuse, il ne peut éviter de se sentir persécuté par la technique. Il est donc essentiel de réfléchir à la manière dont le contre-transfert peut interférer avec le travail analytique et à la possibilité de l'éviter.

Les Évolutions et les Nouveaux Défis

Aujourd'hui, les progrès de la technique ont permis de supprimer la plupart des complications initiales. Cependant, de nouveaux défis éthiques se posent, notamment en ce qui concerne le prêt d'utérus (GPA), interdit en France, et le don d'ovocyte.

Ces progrès médicaux s'accompagnent d'une évolution des mœurs, avec une recrudescence de l'individualisme aux dépens de la cohésion familiale et un fléchissement des diverses formes de patriarcat. L'autorisation accordée aux célibataires d'adopter un enfant a ébranlé à son tour le repère que constituait l'existence de deux parents.

Les dons offerts aux hommes stériles se sont multipliés, mais les inconvénients se dévoilent à partir du moment où le « miracle » se banalise. Le secret entourant le don de sperme peut être difficile à vivre pour les parents et pour l'enfant.

Il est donc essentiel de tenir compte des aspects psychologiques et éthiques de la PMA, afin d'accompagner au mieux les personnes qui y ont recours et de garantir le bien-être des enfants qui naissent grâce à ces techniques.

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