L'étude des populations urbaines est un domaine complexe, marqué par une diversité de définitions et de seuils. Cet article explore les tendances démographiques urbaines à l'échelle mondiale et se penche plus particulièrement sur le cas de la France, en analysant l'évolution de sa population, la dynamique des migrations et les indicateurs clés tels que la fécondité et l'espérance de vie.

Définir les grands ensembles urbains : un défi terminologique

Les dénominations pour désigner les très grands établissements humains sont variées. Gabriel Dupuy, dans son article « Réseaux et mégapoles : les nouveaux défis », passe en revue certaines d’entre elles : métropole, métropolisation, mégapole, conurbation, auxquelles on pourrait ajouter mégalopoles, mégalopolis, ou même « métapolis ». Le seuil de population le plus souvent proposé est de 8 millions d’habitants (c’est celui adopté par les Nations unies), parfois 10 millions, parfois seulement 5 millions. Ces seuils, bien qu'utiles, restent artificiels et devraient être modulés en fonction de l'époque et de la région.

L'évolution démographique mondiale : un regard sur la mégapolisation

En 2015, la population mondiale était estimée à 7,2 milliards d’êtres humains, dont 3,9 milliards d’urbains. Le phénomène de "mégapolisation" est en progression constante. La proportion des populations des très grandes agglomérations par rapport aux populations totales a doublé entre 1975 et 2015, passant de 3 à 6,2 % pour les mégapoles de plus de 8 millions d’habitants. Si l’on considère les populations des très grandes agglomérations par rapport aux populations urbaines, les mégapoles de plus de 8 millions d’habitants représentaient plus de 12 % de la population urbaine des pays en développement (PVD) en 2015, et celles de plus de 5 millions d’habitants, près de 17 %.

Le déplacement du phénomène de "mégapolisation" du Nord vers le Sud

Jusque dans les années cinquante, les pays développés possédaient la majorité des très grandes agglomérations, dont la population tend aujourd’hui à plafonner, sinon à décroître. Par contre, à partir de cette même période, le nombre et la taille des mégapoles du Sud vont croître fortement.

Inflexion de la mégapolisation : l'exemple de Mexico

Le cas des très grandes villes du Nord tendrait à montrer que la "mégapolisation" connaît, au bout d’un certain temps, une inflexion. Un exemple souvent cité est celui de Mexico. Sa population ayant crû au rythme moyen annuel de 5,3 % de 1950 à 1975 (2,9 à 10,7 millions d’habitants), nombreux étaient ceux qui prédisaient qu’elle dépasserait largement les 20 millions d’habitants à la fin du siècle.

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Mégapolisation et croissance démographique : un lien complexe

L’accroissement des très grandes villes est la résultante du phénomène de « mégapolisation à population totale constante » et de la croissance démographique. Or, nous ne sommes plus aujourd’hui dans un contexte "d’explosion démographique", mais bien de réduction globale de la natalité et de la fécondité que compense de moins en moins l’accroissement de l’espérance de vie, y compris pour l’ensemble du monde en développement.

Focus sur la France : une croissance démographique ralentie

Au 1er janvier 2025, la France comptait 68,6 millions d’habitants, soit 169 000 de plus qu’un an auparavant. L’augmentation de la population n’a jamais été aussi faible depuis la Seconde Guerre mondiale. La croissance démographique française tient presque essentiellement à un solde migratoire positif, estimé à 152 000 personnes en 2024. Cette évolution est particulièrement marquée dans les espaces ruraux. En revanche, les espaces urbains bénéficient encore d’un solde naturel positif grâce à un nombre de naissances supérieur au nombre de décès.

Un solde naturel au plus bas

Le solde naturel français n’a jamais été aussi faible : en 2024, on ne compte plus que 0,2 naissance de plus que de décès pour mille habitants. Cette situation inédite depuis la guerre s’explique par une baisse continue du nombre de naissances, estimé à 661 000 en 2024 contre 833 000 en 2010. L’indice conjoncturel de fécondité s’établit à 1,62 enfant par femme, en recul de 0,04 point par rapport à 2023. La diminution touche particulièrement les âges de fécondité traditionnellement les plus élevés (25-34 ans) et concerne tous les types de territoires. La fréquence de l’infécondité définitive (femmes sans enfant à 50 ans) a augmenté depuis 2014.

La migration : principal moteur de la croissance démographique française

Avec un solde migratoire estimé à 152 000 personnes en 2024, les flux migratoires constituent désormais le principal moteur de la croissance démographique. En 2024, 343 000 premiers titres de séjour ont été délivrés, principalement à des étudiants (32 %) et pour rapprochement familial (26 %). Les titres pour motifs humanitaires ont bénéficié à 54 514 personnes, retrouvant leur niveau de 2019.

Attractivité territoriale : un avantage pour les espaces ruraux périurbains

Les espaces ruraux, où habite un tiers de la population, affichent un solde naturel négatif depuis 2015, du fait d’une composition par âges plus propice aux décès qu’aux naissances. Pourtant, les femmes y mettent au monde plus d’enfants en moyenne que celles habitant en ville à âge équivalent. La croissance démographique des espaces ruraux est uniquement attribuable à l’arrivée de nouveaux habitants.

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Les espaces urbains, qui concentrent les deux tiers de la population, bénéficient encore d’un solde naturel positif grâce à l’excès de naissances sur les décès. Toutefois, l’attractivité relative des grandes villes reste moindre que celle des communes rurales touristiques, des bourgs et des communes rurales périurbaines, une tendance portée principalement par les jeunes familles et les retraités. La fécondité des jeunes urbains déménageant vers un espace moins densément peuplé est plus élevée que chez les personnes sédentaires.

Évolution des unions et des interruptions de grossesse

Après la chute liée à l’épidémie de Covid-19, les officialisations d’unions rebondissent en 2024. Le nombre de mariages atteint son plus haut niveau depuis le début des années 2010 (247 000 en 2024), probablement par effet de rattrapage. Le nombre de pacs, privilégiés par les couples de même sexe, fléchit légèrement après le record de 2022 et reste inférieur à celui des mariages (204 000 en 2023).

En 2024, 252 000 interruptions volontaires de grossesse ont été pratiquées en France, soit 8 000 de plus qu’en 2023. Quatre IVG sur cinq sont médicamenteuses, une proportion qui ne cesse de croître. La part des IVG réalisées en cabinet médical plutôt qu’en établissement hospitalier est en augmentation, une tendance plus marquée en milieu urbain qu’en milieu rural. Près de 8000 interruptions médicales de grossesse ont été réalisées en 2024, un chiffre en baisse par rapport à 2023.

Progrès de l'espérance de vie : des disparités territoriales persistent

La reprise des progrès de l’espérance de vie à la naissance s’est confirmée en 2024 avec des durées de vie moyennes atteignant 80,0 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les femmes, mais les gains restent faibles après la reprise post-Covid (+0,1 an par rapport à 2023). Au sein de la France hexagonale, des écarts importants subsistent selon les territoires : les départements urbains disposent d’un avantage d’environ 2 ans par rapport aux départements ruraux. Cette position défavorable des zones rurales est relativement récente, car celles-ci ont bénéficié d’une espérance de vie plus élevée jusqu’au milieu des années 1990.

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