L'arrêt des interventions de procréation médicalement assistée (PMA), jugées non prioritaires au début du premier confinement en 2020, a entraîné un report des prises en charge, un allongement des délais d'attente et une angoisse accrue pour les patientes. Cet article explore les conséquences de cette crise sanitaire sur les couples infertiles en parcours de PMA, en mettant en lumière les bouleversements des pratiques médicales, les vécus des femmes face à l'incertitude et les inégalités d'accès aux soins.
Un Arrêt Brutal et une Reprise en Dents de Scie
Au printemps 2020, des dizaines de milliers de couples infertiles engagés dans un parcours de PMA ont vu leur désir d'enfant mis en suspens en raison de la crise sanitaire. Considérées comme non prioritaires, les interventions médicales liées à la PMA (insémination artificielle, fécondation in vitro, accueil d'embryon…) ont été stoppées net, pour une durée indéterminée. Les centres ont fermé, avec une seule exception : les opérations de préservation de la fertilité dans les situations d'urgence, comme les cancers, ont été globalement maintenues.
Selon la docteure Claire de Vienne, médecin référente en PMA et don de gamètes à l'Agence de biomédecine (ABM), il s'agissait d'un « jamais-vu » en France métropolitaine. Elle décrit un « arrêt brutal » lors du premier confinement, suivi d'une reprise en dents de scie à partir de la fin mai.
L'incertitude qu'entraîne la pandémie a été particulièrement difficile pour les couples, habitués à compter les cycles, les jours. Virginie Rio, cofondatrice du collectif BAMP !, une association de patients ayant recours à la PMA, de personnes infertiles et stériles, se souvient : « Pour beaucoup, cela a été très violent d'entendre que ces activités n'étaient pas prioritaires, d'autant que la communication du gouvernement sur la PMA était inexistante, au moins dans un premier temps. »
Bouleversement des Pratiques Médicales et Priorisation des Prises en Charge
La crise sanitaire et les différentes directives qui en ont découlé ont bouleversé et interrompu un processus de prise en charge en AMP déjà complexe, long et fortement incertain. Le 13 mars 2020, quatre jours avant l'annonce du confinement national, les centres d'AMP ont reçu la directive soudaine d'interrompre toutes les prises en charge. Dans un premier temps, seuls les rendez-vous prévus au cours de la semaine ont été annulés. Puis, en absence d'amélioration de la situation sanitaire, il en a été de même pour ceux des deux semaines suivantes avant que l'ensemble des prises en charge ne soient reportées pour une durée indéterminée.
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Par la suite, le 13 mai 2020, de nouvelles recommandations ont été publiées, énonçant les conditions d'une réouverture des services d'AMP dans le cadre d'une reprise « progressive, raisonnée et sécurisée » et avec une « nécessaire priorisation des prises en charge ». Cette priorisation devait être établie en fonction de l'identification de trois situations principales : une préservation de la fertilité urgente ; une réserve ovarienne très diminuée ; une annulation en cours de stimulation en mars 2020.
La réouverture impliquait la mise en place d'un ensemble de nouvelles pratiques diminuant fortement les capacités d'accueil : respect des gestes barrières, distanciation physique, dépistages à différents moments de la prise en charge, téléconsultations lorsque cela était possible et décontaminations régulières des surfaces des laboratoires. Au fil des années 2020 et 2021, les recommandations de l'ABM ont régulièrement été mises à jour en fonction de l'évolution de la crise sanitaire au niveau national et des directives gouvernementales. Les confinements suivants n'ont pas conduit à la fermeture des centres, mais certains d'entre eux ont ralenti leur activité et des rendez-vous ont parfois été annulés en fonction de l'évolution du risque épidémique régional.
L'Expérience des Femmes Face à l'Incertitude et à l'Allongement des Délais
Après la fermeture des centres en mars 2020, les femmes engagées dans un parcours de PMA n'avaient pas de visibilité sur la suite de leur prise en charge. En interrompant cette dernière, la crise sanitaire a amplifié l'incertitude inhérente aux parcours d'AMP et a étiré ces derniers dans le temps.
L'arrêt soudain des prises en charge, bien que surprenant et source de déception, a été compris par l'ensemble des femmes interrogées dans le cadre d'une étude menée de septembre 2020 à décembre 2021. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, c'est la reprise des parcours au fil du mois de mai 2020 qui a davantage été source de crispations et de malentendus. Tandis que lors du premier confinement les nombreuses inconnues justifient, aux yeux des interlocutrices, la fermeture des centres, les tâtonnements qui caractérisent la réouverture de ces derniers sont plus difficilement acceptés. La patience et la compréhension laissent alors place à l'agacement, voire au désarroi.
Deux difficultés principales se sont dessinées lors de la réouverture : les professionnel·les devaient sélectionner, parmi les personnes dont le parcours a été arrêté lors du premier confinement, celles qui pouvaient revenir au centre tout en gardant un lien avec les personnes écartées provisoirement du fait de leur état de santé. Certaines femmes ont exprimé la sensation d'avoir été oubliées, renforcée par le manque d'information concernant les conditions qui permettaient de recommencer les parcours. Elles s'interrogeaient sur la définition des critères qui permettaient d'être désignée comme prioritaire et craignaient que leurs situations (âge, pathologies spécifiques, IMC, etc.) entravent la reprise de leur tentative d'AMP. L'incertitude qui caractérise habituellement ces parcours a ainsi été exacerbée du fait de la pandémie.
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Inégalités d'Accès et Complications Accrues
Après s'être interrompues pendant le confinement, les activités des centres de PMA ont redémarré peu à peu, à partir de la mi-mai. Cependant, les inégalités d'accès et les complications sont restées nombreuses. Certains centres n'ont recommencé que début juin et en mode dégradé, certaines activités seulement, avec beaucoup moins de dossiers qu'habituellement.
Nadège, une responsable marketing qui craignait que le confinement ne l'empêche de devenir maman une deuxième fois, voyait dans ces précautions sanitaires une forme d'inégalité. En effet, les femmes qui sont dans leur 42e année risquaient de devoir payer plein pot si les centres de PMA ne rouvraient que dans plusieurs mois, car les FIV ne sont remboursées que jusqu'à 43 ans par la Sécurité sociale en France.
De plus, la fermeture des centres de PMA a particulièrement impacté les patientes devant bénéficier d'une préservation de la fertilité dans le cadre d'une prise en charge carcinologique. Selon Michaël Grynberg, chef de service de médecine de la reproduction dans les hôpitaux Antoine Béclère et Jean Verdier à Paris, quinze à vingt femmes se sont vu refuser la congélation de leurs ovocytes en Île-de-France depuis le début du confinement.
Impact Psychologique et Adaptation Nécessaire
La crise sanitaire a eu un impact psychologique important sur les couples en parcours de PMA. L'espoir qui naît et qui s'éloigne, l'attente, la déception, ils connaissent. Bien souvent, les couples ayant recours aux différentes techniques de PMA pour avoir un enfant sont confrontés à des parcours longs et chaotiques, à l'issue incertaine. Les piqûres d'hormones et les traitements qui transforment les corps des femmes, le découragement après chaque échec d'insémination ou de transfert d'embryon, les fausses couches… Ils ont l'habitude des épreuves.
Face à cette situation, les centres d'AMP ont dû faire preuve de résilience et d'adaptabilité pour répondre aux contraintes leur permettant une réouverture. De nombreux aménagements ont été réalisés pour diminuer les risques de contaminations et permettre de redémarrer une activité malgré la Covid-19. Des téléconsultations infirmières ont été également mises en place pour l'explication des injections. Afin d'éviter une présence trop importante en salle d'attente, les patientes ont des créneaux de rendez-vous fixes pour les échographies et les bilans réalisés en cours de stimulation.
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