Introduction

La Procréation Médicalement Assistée (PMA) est un sujet éthiquement complexe qui suscite de vifs débats, notamment au sein de l'Église catholique. Cet article examine la position de l'Église sur la PMA, en tenant compte des évolutions récentes et des différents points de vue exprimés par les acteurs concernés. Nous aborderons l'avis éthique du Pape François sur la PMA, en nous appuyant sur les données fournies et en explorant les fondements de la doctrine catholique en matière de procréation.

Position de l'Église Catholique sur la PMA

La position de l'Église sur la PMA est formulée à partir de deux références éthiques fondamentales : la dignité de l'embryon, qui doit être respecté comme une personne, et la dignité de la procréation qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l'acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints. Ces références sont extrêmement restrictives en ce qui concerne l'assistance médicale à la procréation.

Concrètement, l'Église catholique interdit l'insémination artificielle même intraconjugale et toutes les formes de fécondations in vitro (FIV) même homologues, c'est-à-dire sans tiers donneur, d'une part à cause des atteintes à l'embryon lors du diagnostic préimplantatoire et de la destruction des embryons non implantés et, d'autre part, à cause de la dissociation entre l'acte conjugal et la fécondation, celle-ci devant être le « fruit de la donation sexuelle des époux ». En substituant un acte technique à l'étreinte des corps, on pervertit la relation à l'enfant : celui-ci n'est plus un don mais un dû.

Autre dissociation mise en cause par l'Église : celle de la parenté en cas d'insémination artificielle avec donneur (IAD) ou de FIV avec tiers donneur : les parents ne sont plus ceux qui ont engendré l'enfant. La parenté peut alors se diviser en différentes « parentalités » biologique, gestationnelle, affective, éducative, civile, etc. Selon l'instruction Donum vitae (1987) de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui parlait du « droit de l'enfant à être conçu et mis au monde dans et par le mariage », l'IAD « lèse les droits de l'enfant, le prive de la relation filiale à ses origines parentales, et peut faire obstacle à la maturation de son identité personnelle ».

Ces fortes restrictions à l'assistance médicale à la procréation, qui concernent déjà les couples hétérosexuels mariés, rendent d'autant plus incompatibles avec la doctrine de l'Église l'AMP pour les couples de femmes.

Lire aussi: Réactions à la position du Pape sur l'avortement

La Gestation Pour Autrui (GPA)

Les postulats de base qui dictent la position de l'Église sur l'AMP la conduisent logiquement à refuser le recours aux mères porteuses, appelé aussi gestation pour autrui. La maternité de substitution est « contraire à l'unité du mariage et à la dignité de la procréation de la personne humaine », explique Donum vitae, précisant qu'elle « représente un manquement objectif aux obligations de l'amour maternel, de la fidélité conjugale et de la maternité responsable ; elle offense la dignité de l'enfant et son droit à être conçu, porté, mis au monde et éduqué par ses propres parents ; elle instaure, au détriment des familles, une division entre les éléments physiques, psychiques et moraux qui les constituent ».

Le groupe de travail pour la bioéthique de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) a publié un « avis sur la gestation pour autrui », comparée par les évêques à « une forme de traite d'êtres humains ». Toutes les formes de gestation pour autrui constituent une atteinte grave à la dignité humaine de ceux qui sont impliqués dans cet échange, estime cet avis, mettant en cause « l'emprise sur le corps de la mère porteuse », voire son « aliénation », dans la mesure où il est très difficile de reconnaître « un consentement valide dans des situations de vulnérabilité ou d'extrême pauvreté ».

Les Défis Actuels et les Évolutions Possibles

Le prêtre qui se confie ainsi, en ce jour ensoleillé de septembre, est habitué à la prise de parole en chaire, sur les réseaux sociaux et parfois sur les plateaux télé. « Que peut-on dire sur le projet de loi actuel ? La vérité, c'est que l'Église est opposée à la PMA depuis ses origines, mais que nous n'avons jamais vraiment eu le courage de le dire. » D'où un sentiment de malaise. Ne réagir que maintenant, à l'heure où les femmes homosexuelles vont peut-être y avoir accès, risque à nouveau de réduire l'enseignement de l'Église à une charge contre ces personnes. Faut-il dès lors choisir de se taire et laisser les laïcs en première ligne ?

Comme pour bien des questions liées à la sexualité et à la procréation, l'encyclique prophétique Humanae vitae (1968), s'impose comme socle de toute réflexion. Dans ce texte si contesté, y compris au sein de la hiérarchie ecclésiastique, Paul VI - canonisé en 2018 par le pape François - avait proposé une réflexion sur la limitation artificielle des naissances. Rappelant « le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l'homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l'acte conjugal : union et procréation », Paul VI rappelait que « par sa structure intime, l'acte conjugal, en même temps qu'il unit profondément les époux, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon des lois inscrites dans l'être même de l'homme et de la femme. C'est en sauvegardant ces deux aspects essentiels, union et procréation que l'acte conjugal conserve intégralement le sens de mutuel et véritable amour et son ordination à la très haute vocation de l'homme à la paternité ».

Optimiste dans son texte, Paul VI pensait « que les hommes de (son) temps sont particulièrement en mesure de comprendre le caractère profondément raisonnable et humain de ce principe fondamental ». Plus de cinquante ans après sa publication, il semble pourtant que cette encyclique demeure souvent incomprise. Situation qui pourrait évoluer à observer la dimension prémonitoire d'Humanae vitae.

Lire aussi: Origines et jeunesse du Pape François

Il n'en reste pas moins que ce discours n'est pas facile à entendre, à commencer par les couples confrontés à l'infertilité qu'une PMA pourrait combler de prime abord. À rebours des caricatures, la Congrégation pour la doctrine de la foi rappelait explicitement dans l'instruction Donum vitae (1987) que « ces méthodes ne sont pas à rejeter parce qu'artificielles (…). Mais elles sont à évaluer moralement par référence à la dignité de la personne humaine, appelée à réaliser la vocation divine au don de l'amour et au don de la vie ». Autrement dit, les considérations restrictives de l'Église se fondent aussi sur le principe du respect dû à toute vie, à commencer par celle des embryons surnuméraires promis à la destruction dans le cadre des FIV, ou sur le rejet de la dérive eugéniste que porte intrinsèquement la sélection embryonnaire préimplantatoire.

Les approches exigeantes d'Humanae vitae, de Donum vitae et plus récemment encore de l'instruction de la Congrégation pour la doctrine de la foi Dignitas personae (2008), sont sous-tendues par une vision qui porte haut la personne humaine. « À la lumière des débats actuels, nous réalisons à quel point le lieu de la procréation et de la filiation est le lieu de la gratuité par excellence », analyse le père Brice de Malherbe, co-directeur du département éthique biomédicale au pôle de recherche du Collège des Bernardins. « Si on sépare la procréation de l'acte charnel et qu'on la confie à des laboratoires, on quitte la gratuité et l'amour et on passe de la procréation à la production.

L'Académie Pontificale pour la Vie et les Divergences Internes

L'Académie pontificale pour la vie a tout récemment promu un livre défendant une doctrine morale en contradiction avec l'enseignement de l'Église, sur la contraception notamment, sans réaction aucune de Rome, voire avec certains encouragements. Le 1er juillet 2022 a été édité le livre Etica teologica della vita aux bons soins de Mgr Paglia, actuel président de l'Académie Pontificale pour la Vie. Ce livre rassemble les actes d'un séminaire tenu du 30 octobre au 1er novembre 2021 à Rome et promu par cette même Académie.

Ce séminaire d'étude réfléchissait à partir d'un texte de base (TB) élaboré par un groupe de théologiens, pour la plupart nommés dernièrement par le pape François membres de l'Académie pontificale pour la vie : Carlo Casalone, Maurizio Chiodi, Roberto Dell' Oro, Pier Davide Guenzi, Anne-Marie Pelletier, Pierangelo Sequeri, Marie-Jo Thiel et Alain Thomasset. Mgr Bordeyne, président de l'Institut pontifical théologique Jean-Paul II pour les Sciences du mariage et de la famille depuis le 1er septembre 2021, apporte des observations finales.

Or, avant l'élaboration de ce texte de base, ces théologiens sont connus pour soutenir la licéité morale des actes sexuels contraceptifs, de la procréation médicalement assistée (PMA) homologue et des unions homosexuelles stables. Il n'est donc pas surprenant, même si c'est très grave, que ce texte de base justifie les actes sexuels contraceptifs en mettant sur le même plan le recours aux méthodes naturelles et les moyens contraceptifs : « Il existe des situations dans lesquelles deux conjoints, qui ont décidé ou décideront d'accueillir des enfants, peuvent faire un sage discernement dans le cas concret, qui sans contredire leur ouverture à la vie, à ce moment-là, ne la prévoit pas. Le choix sage sera fait en évaluant de manière appropriée toutes les techniques possibles en fonction de leur situation spécifique et en excluant évidemment celles abortives ».

Lire aussi: Justice sociale et environnement à Madagascar

Leur réflexion part d'une prémisse vraie - la paternité responsable -, et dont tient compte le Magistère authentique, pour aboutir à une conclusion fausse et rejetée par ce même Magistère : user des techniques contraceptives peut être un « choix sage en fonction d'une situation spécifique ». En effet, lorsque les époux ont de « sérieux motifs » (Humanae vitae 16) pour décider « d'éviter temporairement ou même pour un temps indéterminé une nouvelle naissance » (HV 10), leur intention de ne pas procréer est moralement droite. Pour autant, les époux ne peuvent user des moyens contraceptifs pour la raison que « l'homme ne peut rompre de son initiative le lien indissoluble que Dieu a voulu entre les deux significations de l'acte conjugal : union et procréation » (HV 12). Voilà le précepte clef de la morale sexuelle, précepte qui provient de l'intention du Créateur.

Mais ces théologiens ne tiennent compte que de l'intention du sujet et de l'appréciation des circonstances, et omettent de considérer la malice de l'objet de l'acte sexuel contraceptif, en l'occurrence la mise à l'écart volontaire de la dimension procréative inscrite par Dieu dans la nature de l'acte conjugal. Ainsi le « sage discernement » d'espacer les naissances devient le « choix sage » d'user éventuellement de la contraception, alors que Paul VI avait rappelé que des raisons « honnêtes et sérieuses » ne pouvaient jamais rendre licite « l'usage des moyens directement contraires à la fécondation » (HV 16). Pour réguler les naissances, s'unir charnellement aux seules périodes infertiles de la femme, donc renoncer à s'unir, par la maîtrise de soi, durant les périodes fertiles, est le seul moyen honnête.

Sans vergogne, ces théologiens s'opposent donc au Catéchisme de l'Église catholique selon lequel « est intrinsèquement mauvaise toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation » (CEC 2370), et à l'enseignement constant de l'Église concernant la malice de l'acte sexuel contraceptif.

La Bénédiction des Couples "Irréguliers" et Homosexuels

Le 18 décembre dernier, le Vatican publiait une déclaration doctrinale autorisant la bénédiction des unions "irrégulières" et homosexuelles hors liturgie. La décision divise, en suscitant critiques et réactions vives autour du monde. Cette déclaration est-elle un pas de plus vers un schisme culturel au sein de l'Eglise entre progressiste et conservateur autour des questions de genre et de sexualité ? François bouscule-t-il l'Eglise ? Les couples dits "irréguliers" et de même sexe auront peut-être la possibilité d'être bénis. Pourtant, est-ce le couple qui est béni ou ses membres ? Aussi, cet acte doctrinal marque-t-il une évolution du dogme ou est-ce simplement une ouverture pastorale ? La publication doctrinale du Vatican recèle encore ses parts d'ombre.

La nouveauté tient au fait que pour la première fois, un document du magistère évoque la bénédiction des couples homosexuels. La bénédiction des couples au lieu de simples personnes marque l'avancée. À noter que le couple est béni, pas l'union, cela reste une limite. Le texte repose tout de même sur une certaine ambiguïté. En bénissant le couple, on bénit un état de fait considéré comme un péché par la doctrine de l'Église. Finalement, ce texte s'inscrit dans la lignée de l'Église catholique sur l'homosexualité, une position de l'entre-deux, ambivalente.

“C’est un saut pastoral, pas vraiment doctrinal” explique Cyrille de Compiègne. “C’est ce que nous regrettons en réalité et c’est la limite de cette démarche. À l'heure actuelle, une modification de la doctrine sexuelle dans l'Église catholique reste compliquée, ce n'est pas à l'ordre du jour. C'est d'abord vraiment une démarche de nouvelle posture, d'abord pastorale, d'accueil, plus que de changement de la doctrine”. En ce sens, Christophe Dickès souligne que “pour la première fois dans un document du magistère, nous parlons de bénédiction de couples homosexuels. Avant, la bénédiction de personnes homosexuelles prisent séparément ne posait pas de problème. (…) Ce qui change ici, c'est véritablement le fait qu'il y ait une bénédiction du couple. L'union n'est pas bénie et c'est bien la limite du texte, il ne donne pas satisfaction au monde homosexuel pleinement dans la mesure où il y a une limite qui est que le texte distingue le couple de l'union”.

Sur l’ambiguïté, “c’est à la fois un texte qui est dans la ligne de position de l’Eglise catholique sur l’homosexualité qui est elle-même une position un peu ambivalente” précise Céline Béraud. “Tel que formulé au milieu des années 1970, le rapport de l’Eglise aux personnes homosexuelles est à la fois de condamner leur sexualité, qualifiée d’acte intrinsèquement désordonné, et à la fois de tendre la main aux personnes quel que soit leur état de vie, leur pratique, pour les accueillir”. Finalement, Hervé Giraud insiste sur “la nécessité de prendre beaucoup plus de recul, le Pape ne veut pas d’une église douane, d’une morale bureaucratique, et il dit de partout dans ses écrits qu’il veut avoir le style de Jésus. Il faut prendre en compte le fait que le Pape mesure le changement d’époque, nous avons toujours eu ce genre de questions mais aujourd’hui la vraie question est beaucoup plus profonde car elle est théologique”.

Les Enjeux Éthiques et Sociaux

Les représentants de l’Église catholique, pour s’opposer à l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, s’appuient sur une famille dite « traditionnelle ». Ils considèrent avoir une forme d’expertise en matière familiale, ou du moins un savoir en matière familiale qui s’appuie sur des normes morales. C’est la même inquiétude que celle qui s’était exprimée au moment du Mariage pour tous. Ainsi à l’occasion de la Conférence au collège des Bernardins qui rassemble le 16 septembre 2019 Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France (CEF), Michel Aupetit, archevêque de Paris et Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail de la CEF sur la bioéthique, ce dernier prend la parole en relatant un « rêve » dans lequel il met en garde nos concitoyens contre les dérives d’un projet. Ces dérives sont à chercher dans une non prise en compte de la dignité humaine, de la vulnérabilité et des contraintes écologiques qu’il convient de respecter.

Il convient de préciser que cette position est celle du magistère catholique et non pas des catholiques dans leur ensemble, qu’on ne saurait considérer comme un ensemble homogène. Un sondage réalisé par l’IFOP et La Croix et publié en janvier 2018, montrait que trente-cinq pour cent des catholiques pratiquants se déclarent favorables à l’ouverture de la PMA aux femmes en couple. Les clivages et les lignes de rupture ne sont pas aussi tranchés qu’il n’y pourrait paraître. Les lignes de tension entre normes religieuses et normes séculières se brouillent. Du côté de l’institution pourtant, le président de la Conférence des Évêques de France Éric de Moulins-Beaufort stipule que le désir d’enfant ne peut justifier « la manipulation » et le « bricolage de la filiation ». Il conteste ainsi ce désir d’enfant émanant de personnes qui selon lui dérogent au cadre naturel de la famille, s’en référant ainsi à une norme figée. En sorte que le magistère élabore sur ces questions une entreprise normative. Ces opposants à la PMA refusent à l’État la gestion de l’intime et la prise en charge de ce désir.

L’Église catholique a longtemps conservé en France une prérogative en matière de famille. De fait, ce que le magistère défend en matière de prescriptions familiales, ne relève pas de la foi mais plutôt d’une juste compréhension des mécanismes de la nature. Les normes procréatives catholiques, édictées au sein de plusieurs encycliques, Humanae Vitae (1968), Donum Vitae (1987), Dignitas Personae (1988), Evangelium Vitae (1995), dans lesquelles sont précisées les conditions d’entrée dans la parentalité, sont désormais retraduites, en contexte de sécularisation, dans un argumentaire séculier. Soulignons de nouveau la pluralité interne du catholicisme, les discours ne sont donc ni uniformes ni portés par l’ensemble des catholiques.

Lorsque s’ouvrent en 2018 les États généraux de la bioéthique, le cadre légal de la PMA propose encore un modèle de filiation biologisant : elle est, rappelons-le, réservée aux seuls couples hétérosexuels. La mobilisation catholique contre l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules doit se comprendre dans le prolongement de la lutte contre l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, indice de la politisation du religieux et véritable révolution sociale.

Lorsque l’article 1 du projet de loi déposé le 24 juillet 2019 au conseil des ministres élargit l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples lesbiens, le fondement de la famille n’est ainsi plus biologique. Le vote de cet article suscite une vive opposition parmi les détracteurs de la révision de la loi. Avant le dépôt de ce projet, à l’occasion des États généraux de la bioéthique, cette bipolarisation d’une représentation de la famille, entre famille traditionnelle biologique et diversité des formes familiales contemporaine est apparue très nettement comme une ligne de clivage entre deux camps irréconciliables. Ceux qui défendent un modèle « traditionnel de famille » déplorent une « anthropologie menacée ».

tags: #PMA #pape #François #avis #éthique

Articles populaires: