Introduction
L'association SOS Méditerranée se retrouve au cœur d'une polémique suite à une opération de sauvetage en mer Méditerranée centrale. Après avoir porté secours à 128 migrants, l'association a été sanctionnée par les autorités italiennes, suscitant des interrogations sur le respect du droit maritime international et l'impact de ces mesures sur les opérations de sauvetage. Cet article se penche sur les faits, les arguments des différentes parties et les conséquences de cette affaire.
Les faits : Sauvetage et instructions contradictoires
Dans la nuit du 11 au 12 novembre, l'Ocean Viking, navire de sauvetage de SOS Méditerranée, intervient auprès de trois embarcations en détresse en mer Méditerranée centrale. Au total, 128 migrants sont secourus et accueillis à bord. Lors d'un premier sauvetage, les équipes de SOS Méditerranée secourent 33 personnes dans la zone de recherche placée sous autorité libyenne. Les autorités italiennes leur donnent alors l'instruction de rejoindre le port d'Ortona, situé dans les Abruzzes.
Cependant, au cours de la même nuit, l'Ocean Viking reçoit une nouvelle alerte concernant un bateau avec 34 naufragés à bord, non loin de la zone du premier sauvetage. Le centre de coordination et de sauvetage italien redirige l'équipage de SOS Méditerranée vers les autorités libyennes pour obtenir des instructions.
Selon Sophie Beau, co-fondatrice de SOS Méditerranée et directrice générale de l'association, la communication avec les autorités libyennes s'avère difficile : "Au début, nous n'avons pas eu de réponse. Ensuite, nous avons été mis en relation avec une personne qui ne parlait pas l'anglais alors que cela fait partie des critères obligatoires pour gérer un poste de secours. Nous n'avons reçu aucune instruction".
Face à cette situation et considérant l'urgence de la situation - le navire naufragé dégageant des émanations d'essence et mettant en danger la vie de ses passagers - SOS Méditerranée décide de procéder au sauvetage. "Le droit international ne laisse aucune place au doute : abandonner ces 34 naufragés à leur sort au milieu de la mer aurait été illégal et moralement répréhensible", justifie l'association dans un communiqué. L'un des hommes secourus de cette embarcation s'est évanoui en raison d'une importante inhalation de carburant et a dû subir une oxygénothérapie continue ainsi qu’une réanimation par fluides. S'il n'avait pas été secouru, il aurait pu souffrir d'une grave détresse respiratoire ou mourir.
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Plus tard dans la nuit, alors que l'Ocean Viking se dirige vers Ortona, l'équipage reçoit un message de détresse et procède à un troisième sauvetage.
Les griefs des autorités italiennes et le décret Piantedosi
Les autorités italiennes reprochent à SOS Méditerranée de ne pas avoir respecté un décret les obligeant à diriger leurs navires de sauvetage vers le port qui leur a été désigné dès la fin d'une opération. Ce décret, souvent appelé décret Piantedosi, impose aux ONG de se rendre directement au port indiqué après un premier sauvetage, même si d'autres situations de détresse se présentent en mer.
Pour les autorités italiennes, SOS Méditerranée aurait dû rejoindre l'Italie dès sa première intervention, sans procéder aux sauvetages suivants.
La défense de SOS Méditerranée : Respect du droit international et impératif humanitaire
SOS Méditerranée se défend en arguant qu'elle a agi dans le respect du droit maritime international et de son devoir d'assistance aux personnes en danger en mer. L'association souligne que les interventions ont toutes eu lieu sur le trajet vers le port d'Ortona. "Dès le premier sauvetage, nous nous sommes dirigés vers le port d'Ortona", précise Sophie Beau.
Elle estime que le décret Piantedosi met l'association "en porte-à-faux sur le droit maritime international" et qu'il est "juste pas concevable de ne pas respecter le droit international, qui est cette obligation d'assistance. Les conventions internationales sont claires."
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L'association considère qu'abandonner les naufragés à leur sort aurait été illégal et moralement répréhensible, compte tenu de la situation d'urgence et du risque vital encouru par les personnes à bord des embarcations en détresse.
Les conséquences de l'immobilisation et son coût
À la suite de ces événements, l'Ocean Viking a été immobilisé pendant 20 jours dans le port d'Ortona. Pour SOS Méditerranée, c'est la première immobilisation à la suite du décret Piantedosi. Mais depuis janvier 2023, les navires des ONG opérant en Méditerranée centrale ont subi douze immobilisations.
Cette immobilisation a un coût important pour l'association, tant sur le plan financier qu'opérationnel. "L'immobilisation a un coût", explique Sophie Beau.
Par ailleurs, le port d'Ortona est un port loin de la zone d'intervention de l'Ocean Viking, il a fallu au navire quatre jours de trajet pour le rejoindre. "C'est une autre manière de vider la mer des navires de sauvetage", selon Sophie Beau. "Depuis le début de l’année l’Ocean Viking a dû parcourir 21 000 km supplémentaires du fait de la désignation d’un port lointain, ce qui équivaut à 2 mois de navigation, c’est un demi-million d’euros de fioul en plus. Cet argent qui part, on pourrait le mettre dans d’autres moyens de sauvetage direct."
Cette immobilisation signifie "20 jours d'absence de la zone de sauvetage dans une période avec énormément de traversées et de morts", déplore Sophie Beau.
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Un contexte de mortalité accrue en Méditerranée centrale
Cette affaire intervient dans un contexte de mortalité accrue en Méditerranée centrale. Au moins 2188 personnes sont mortes à ce jour, selon l'Organisation internationale des migrations. C'est 50% de plus que l'année dernière. Cette situation rend d'autant plus crucial le rôle des ONG dans les opérations de sauvetage en mer.
L'avenir : Recours possibles et perspectives
SOS Méditerranée envisage différentes options, y compris un recours juridique contre son immobilisation. "On ne s'interdit aucune option", répond Sophie Beau.
L'affaire de l'Ocean Viking à Ortona met en lumière les tensions entre les impératifs humanitaires et les politiques migratoires restrictives. Elle soulève des questions fondamentales sur la responsabilité des États en matière de sauvetage en mer, le respect du droit international et la place des ONG dans la gestion des flux migratoires en Méditerranée.
Les migrants à bord de l'Ocean Viking
Il est important de souligner que les 128 migrants qui se trouvaient à bord de l'Ocean Viking, et qui sont arrivés sains et saufs à Ortona, sont en grande majorité de Syriens, mais aussi de Bangladais, de Soudanais et d'Egyptiens. Ces personnes ont risqué leur vie en mer dans l'espoir d'un avenir meilleur.
