Introduction

La procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA) sont des sujets de société complexes et délicats, suscitant des débats passionnés. L'évolution des mentalités et des technologies médicales a conduit à une remise en question des modèles familiaux traditionnels et à une ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes. Cependant, la GPA reste un sujet particulièrement controversé, notamment en raison des questions éthiques qu'elle soulève. Le traitement médiatique de ces questions est crucial pour informer le public et permettre un débat éclairé. Or, il semble que dans certains cas, un déséquilibre se manifeste, avec une promotion de la GPA sans présentation adéquate des enjeux et des arguments contradictoires.

La promotion de la GPA à travers le livre de Christophe Beaugrand

La publication du livre de Christophe Beaugrand, relatant son expérience de père grâce à une GPA réalisée aux États-Unis, a été l'occasion d'une forte présence médiatique. Plusieurs médias, tels que France Info, Le Parisien, Europe 1, C à dire ?! sur France 5 ou encore La Maison des Maternelles sur France 2, ont accueilli Christophe Beaugrand en pleine promotion de son livre sur l’accueil de son fils, né aux Etats-Unis d’une mère porteuse. Dans l’émission La Maison des Maternelles, une émission qui touche un public familial, la séquence dure plus de 18 minutes sans qu’aucun contradicteur ne vienne tempérer ses propos.

Cette médiatisation a suscité des réactions, notamment de la part de personnalités opposées à la GPA. Ludovine de la Rochère a dénoncé une apologie de la GPA et un manque d'équilibre dans le débat. Elle souligne que les présentations des journalistes font complètement l’impasse sur la réalité de la gestation par autrui, se rendant complices de ce qu’ils décrivent.

Le manque d'équilibre dans le débat médiatique

Selon Ludovine de la Rochère, les médias et le service public ont une obligation d’équilibre dans le débat. Or, elle constate que l'interdiction en France de la GPA est évoquée du bout des lèvres, et que l'argumentaire est complétement pro-GPA. Elle critique notamment l'émission La Maison des Maternelles, où un psychologue abonde dans le sens d'un journaliste qui avance que les enfants sont plus épanouis quand ils sont élevés par un couple homosexuel « parce qu’ils sont plus suivis par des psys ».

Elle dénonce une immense hypocrisie, un mensonge assumé qui masque l’indignité de la pratique qui consiste à priver délibérément un enfant de mère pour toujours. Christophe Beaugrand a beau préciser que son fils est entouré de présences féminines, sa grand-mère, une nounou,… reconnaissant par là même le besoin d’altérité, elles ne peuvent remplacer une mère.

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Les enjeux éthiques de la GPA

Ludovine de la Rochère estime que l'objectif de ces interventions est clairement militant. Il présente son histoire comme merveilleuse et il écarte les conditions sordides de la mise en œuvre : le contrat, l’argent, éventuellement l’emprunt, les questions d’avocat, d’assurance… Tout est masqué derrière un paravent sentimental. Elle rejette l'idée d'une GPA « éthique », considérant que ces femmes sont louées, c’est une forme d’esclavage. Il n’y a pas plus sexiste qu’une GPA. Les contrats qu’on leur impose sont liberticides. Invisibilisées, elles sont traitées comme des incubatrices, leur dignité, tout comme celle de l’enfant, est piétinée.

Elle rappelle que l’organisation internationale du travail qualifie la gestation par autrui de « travail forcé » et d’« exploitation sexuelle ». De même, dans son arrêt de juin 2021, la CEDH considère que la GPA pose des problèmes « éthiques et humains ». Elle considère que, quelle que soit sa forme, la GPA est en elle-même une dérive et comme telle relève de l’article 1 de la convention sur l’esclavage. Quand on loue une femme, on est dans l’esclavage.

Elle souligne que les argumentaires des agences de GPA qui recrutent les femmes font toujours miroiter l’argent qui est, in fine, le seul argument susceptible de conduire une femme à devenir mère porteuse. Là où la GPA n’est pas rémunérée, il y a moins de femmes candidates. Quelles que soient les formes d’exploitation, les victimes peuvent se dire « consentantes ». Elles n’en restent pas moins des victimes. Et du côté de l’enfant, les parents ne sont pas propriétaires de leurs enfants, ils ne peuvent pas les donner.

Les conséquences sur la filiation

Ludovine de la Rochère insiste sur l'importance du respect de l'autre, de son besoin de connaître d’où il vient, du lien fondamental qui le rattache à une mère. Elle dénonce la dissociation entre la donneuse d’ovocytes, sélectionnée sur catalogue, et la mère porteuse. Cette dissociation est intentionnelle : il faut éviter que la mère porteuse ne s’approprie l’enfant, mais elle ignore les liens épigénétiques qui sont tissés entre la mère porteuse et l’enfant tout au long de la grossesse.

Plus radicalement, c’est l’ascendance qui est brouillée parce qu’il faut ajouter le conjoint de la mère porteuse, la mère sociale, le vendeur de sperme… L’enfant né par GPA peut avoir jusqu’à six « parents » ! Autant dire, la GPA explose littéralement la filiation. Comment donner des repères à un enfant quand toute possibilité de savoir d’où il vient est annihilée ?

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L'appel à une information équilibrée

Ludovine de la Rochère appelle à une information plus équilibrée sur ces questions sensibles. Elle souhaite que sur ces questions extrêmement sensibles, les affirmations complices, stupéfiantes à force de manque d’objectivité, cessent, et qu’il y ait un contradictoire équilibré avec des temps de parole et un nombre d’intervenants équivalents. Il faut sortir d’une présentation marketing, bien lisse, et informer réellement les auditeurs qui, souvent, n’y connaissent rien.

Elle invite le public à réagir et à déposer une plainte auprès du CSA au sujet de l’émission du 11 octobre de la Maison des Maternelles de France 2. La promotion autour du livre de Christophe Beaugrand s’inscrit dans une tactique qui vise à faire évoluer la loi et on commence à prétendre que les Français sont majoritairement d’accord. De son côté, le CSA déclare régulièrement qu’il a reçu des plaintes et il est indispensable que le nombre d’alertes soit important pour qu’elles soient prises en compte. Sinon, les médias vont continuer à distiller leur propagande.

Le traitement médiatique de la PMA : des améliorations, mais des lacunes persistent

L’AJL (Association des Journalistes Lesbiennes, Gays, Bi et Trans) a également mené une veille sur le traitement médiatique de la PMA lors des débats sur la loi bioéthique. Si l’association salue l’évolution du traitement médiatique des droits LGBT par rapport à 2013, lors de l’ouverture du mariage à toustes, elle constate que des lacunes persistent.

Elle déplore notamment la rareté des interviews de personnes concernées et la recherche assidue d’une polarisation du débat par certains journalistes. En effet, le risque de désinformer, ou au moins de “mésinformer”, n’est pas loin : peu de prises de paroles sont remises en question par les intervieweurs, peu d’affirmations sont vérifiées. Elle souligne également une sur-représentation de la GPA dans les débats sur la PMA, alors que la GPA a été clairement exclue du projet de loi.

La nécessité d'une réflexion globale sur les politiques familiales

L’AJL regrette que le débat public soit phagocyté par la question de la PMA et de la GPA, au détriment d'une réflexion globale sur les politiques publiques en direction des familles et de l’enfance. Elle souligne que 1,5 million d’enfants vivent avec des adultes qui ne sont pas leurs géniteurs, et que l’adaptation du droit sur ce point précis est paralysée par la crainte de reconnaître l’homoparentalité.

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Elle insiste sur l'urgence de voter une disposition législative qui consacre les responsabilités des tiers à l’égard d’enfants qu’ils élèvent sans pour autant déposséder les parents biologiques et juridiques. Elle déplore également le manque d'attention portée à d'autres problématiques, telles que l’accès des enfants à la connaissance de leur origine, la reconnaissance des différentes affiliations de l’enfant, le droit des enfants de pouvoir faire la preuve de leur identité, etc.

La GPA : une forme de traite des êtres humains ?

Aude Mirkovic dénonce l'encouragement à contourner la loi, avec le tapis rouge déroulé par les médias aux stars qui recourent à la GPA, la complaisance des journaux qui font du profit avec ces histoires, la fausse indignation des politiques qui cherchent à exister en poussant des cris d’orfraies, les juges eux-mêmes qui ferment les yeux sur la GPA subie par l’enfant, les parlementaires qui refusent de compléter le Code pénal pour sanctionner la GPA commise à l’étranger.

Elle rappelle que le Parlement européen reconnaît la GPA comme une forme de traite des êtres humains. Elle explique que la GPA relève de la traite en ce qu’elle organise l’utilisation de la femme. Elle considère que, à titre rémunéré ou non, peu importe, l’enfant fait l’objet d’un acte de disposition, prérogative par excellence du propriétaire. Les contractants à la GPA s’en défendent, mais cela ne change pas la réalité qu’ils se comportent comme des propriétaires, que ce soit la mère qui remet l’enfant ou les commanditaires qui le reçoivent. La promotion par les stars et les médias participe à banaliser cette pratique.

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