Introduction
L'utilisation des plantes à des fins médicinales, y compris pour induire des convulsions ou des avortements, est une pratique ancienne et répandue. Cependant, il est crucial de comprendre les risques associés à ces pratiques, car certaines plantes peuvent être toxiques et avoir des effets graves sur la santé. Cet article examine une liste de plantes connues pour leurs propriétés convulsives et abortives, en s'appuyant sur des sources historiques, médicales et pharmacologiques.
Plantes et Avortement : Perspectives Historiques
L'Égypte Ancienne
Dans l'Égypte ancienne, l'avortement était une pratique connue, comme en témoignent certains papyrus médicaux. Richard-Alain JEAN et Anne Marie LOYRETTE, dans leur étude sur l'avortement en Égypte ancienne, analysent des textes tels que le pEbers 797. Ils notent que certaines expressions comme "rdj r t3" (mettre à terre) pourraient se référer à l'expulsion du fœtus ou du placenta. L'utilisation de plantes pour faciliter cette expulsion est également évoquée.
Le mot "terre" pourrait être lié à l'idée d'enterrer le placenta ou de "chasser" ce qui doit être rendu à la terre lors d'un avortement programmé. Cependant, les textes restent ambigus, et il est difficile de déterminer avec certitude si ces préparations étaient destinées à faciliter la délivrance du placenta ou à provoquer un avortement.
Les Égyptiens utilisaient les termes "ms.t" et "sfḫ" pour désigner l'accouchement chez les vaches, pratiqué par des bouviers expérimentés. D'autres expressions comme "h3j m ẖt" (sortir du ventre) existaient pour désigner la naissance. L'expression démotique "rdj r t3" était également utilisée pour la "mise au monde".
La Grèce Antique
Dioscoride, dans son ouvrage "De Materia Medica", mentionne des plantes aux propriétés anticonceptionnelles et abortives. Il décrit une menthe (ἡδύοσμον) réputée anticonceptionnelle et une autre labiée (καλαμίνθη ou Pouliot sauvage) dont les feuilles broyées, appliquées comme pessaire, étaient considérées comme emménagogues et abortives. Il note que le mot μίνθη était utilisé pour désigner ἡδύοσμον.
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L'étymologie du grec μίνθα, provenant de μινύθω (rendre stérile), rappelle l'action anaphrodisiaque attribuée à la menthe par Hippocrate et Aristote.
Traditions Arabes
Ibn al-Baytar mentionne que le suc de nacnac (une forme de menthe) dans du vin cuit était utilisé pour faciliter les accouchements difficiles. Abdelrazzaq Muhammad Ibn Hamadush rapporte que la même plante aidait à la copulation et, si portée dans le vagin avant le coït, empêchait la conception.
Il est également noté que les menthes partageaient certaines propriétés avec la rue (Ruta graveolens L.), une plante expressément désignée comme emménagogue et abortive. Les Juifs faisaient un grand usage de la rue.
La Menthe : Propriétés et Utilisations
Indications Historiques
Dans les textes médicaux égyptiens, la menthe est indiquée pour améliorer la statique pelvienne en cas de prolapsus génital féminin. Dans certains cas, elle est utilisée seule, ce qui suggère qu'elle était considérée comme ayant de fortes propriétés. En gynécologie, elle semble pouvoir "rassembler/retenir" l'utérus ou, au contraire, "chasser" le contenu de la matrice.
La menthe est également utilisée pour "tuer" ou "écarter" les vers, "chasser" un coryza, ou "éloigner" la toux. Dans le pBerlin, elle est requise pour chasser les miasmes et prévenir les épidémies.
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Pharmacodynamie
Les feuilles de menthe contiennent des triterpènes, des caroténoïdes, des acides phénols et des flavonoïdes. L'huile essentielle est principalement constituée de menthol (30 à 40 %) et de menthone (15 à 25 %), ainsi que d'autres monoterpènes.
Jean Bruneton souligne que, malgré sa popularité, la pharmacologie de la menthe a été peu explorée. L'huile essentielle a une action spasmolytique intestinale et serait cholérétique. Contrairement à certaines croyances, le menthol n'est pas un décongestionnant nasal, mais crée une impression subjective de fraîcheur. Les vapeurs de menthol peuvent même inhiber la respiration et sont contre-indiquées chez les très jeunes enfants. Le menthol peut provoquer une douleur vive sur les muqueuses ou la peau dénudée et causer une ischémie par vasoconstriction. Il serait anti-bronchoconstrictif et antitussif. Les tisanes chaudes perdent une grande partie des substances volatiles.
En France et en Allemagne, la feuille et la sommité fleurie de la menthe poivrée, de la menthe pouliot et de la menthe verte sont en vente libre, mais les effets indésirables ne sont pas nuls. Le menthol et les préparations qui en contiennent ne doivent pas être instillés dans les narines des nourrissons en raison du risque de convulsions, de dyspnées, de détresses respiratoires aiguës et de comas. Des cas d'ictère ont été signalés. Il faut également se méfier des applications cutanées comme les pommades révulsives.
La menthe pouliot (Mentha pulegium L.) est traditionnellement utilisée pour éloigner les insectes et son infusé est réputé carminatif, spasmolytique et emménagogue. Cependant, d'autres composés des menthes et certaines de leurs préparations concentrées peuvent être toxiques. Les huiles essentielles contiennent de la pulégone, qui peut entraîner des troubles histopathologiques encéphaliques. La ment Hone semble mutagène. L'utilisation aromatique alimentaire est donc très réglementée. Plusieurs cas d'intoxications chez des femmes ayant consommé de l'huile de menthe pouliot pour avorter ont été publiés.
La pulégone contenue dans "l'essence de Pennyroyal" peut entraîner des avortements, des nécroses hépatiques massives, des insuffisances rénales et des dégâts pulmonaires et cérébraux chez l'homme. Ce phénomène a également été relevé après un usage externe de cette huile essentielle sur un chien. L'utilisation de l'huile essentielle de menthe doit être proscrite chez l'enfant en raison du risque de bronchospasme et de spasme laryngé. À doses excessives, elle peut provoquer des nausées, une anorexie, des troubles cardiaques, une ataxie et des atteintes du système nerveux central. Même les simples tisanes de menthe pouliot ne sont pas recommandées en raison de l'hépatotoxicité.
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Accidents Convulsifs
Les accidents convulsifs dus à la calaminthe (Calamintha officinalis L.) étaient connus. Pietro Andrea Mattioli souligne que la plante fraîche provoque des ulcères sur la peau et "tue le fruit dans le ventre de la mère et le fait sortir".
Autres Plantes Incriminées
Difficultés d'Identification
L'identification précise des plantes utilisées à des fins abortives est souvent difficile, même dans les époques anciennes. Les textes hippocratiques mentionnent des breuvages et des pessaires capables d'expulser le chorion et de provoquer les règles, mais il est impossible de déterminer si ces préparations étaient destinées à faciliter l'expulsion d'un fœtus mort ou à provoquer un avortement.
Le thym, l'aristoloche et la sauge sont considérés comme favorisant les règles, tandis que la rue et le persil sont classiquement considérés comme abortifs.
Plantes Abortives dans les Pharmacopées Traditionnelles
De nos jours, dans les pharmacopées traditionnelles du nord-est de l'Afrique et sur le continent en général, plusieurs plantes sont réputées pour leurs propriétés contraceptives et abortives. Elles sont souvent décrites dans la littérature à propos de méthodes destinées à "faire venir les règles" et non pour avorter. Elles sont achetées sur les marchés ou prescrites par des tradipraticiens et utilisées sous forme de breuvages, de lavements, d'ovules végétaux ou de pessaires.
Plantes Toxiques pour les Chevaux : Un Parallèle Pertinent
Bien que cet article se concentre sur les plantes convulsives et abortives, il est pertinent de noter que certaines plantes toxiques pour les animaux, notamment les chevaux, peuvent également avoir des effets similaires chez l'homme. Les chevaux, incapables de vomir, sont particulièrement vulnérables aux effets des plantes toxiques.
Plantes Faiblement Toxiques
Parmi les plantes faiblement toxiques pour les chevaux, certaines peuvent provoquer des coliques ou des diarrhées passagères. C'est le cas de la nielle des blés. D'autres, comme l'écorce de robinier, peuvent entraîner des effets secondaires sur le système cardiaque et nerveux. Le cytise peut causer des troubles de la motricité. La gesse et le trèfle des foins peuvent favoriser l'apparition de maladies invalidantes.
Plantes Très Toxiques
L'absinthe est une plante toxique à prendre très au sérieux. Quelques grammes peuvent causer un avortement chez une jument pleine. D'autres plantes, comme le semen-contra, peuvent provoquer des convulsions. Les hellébores peuvent entraîner un décès après l'apparition de crampes et de paralysies. Les digitales, surtout les feuilles séchées, peuvent provoquer des diarrhées sanglantes, des vertiges et un arrêt cardiaque fatal. La belladone peut causer une paralysie progressive des muscles. La jusquiame est également à proscrire.
La morelle noire contient des alcaloïdes qui irritent les muqueuses et provoquent des diarrhées. Le tabac peut être addictif et dangereux pour les chevaux. La cigüe peut provoquer des convulsions et des spasmes. Le coquelicot, en trop grande quantité, peut perturber le système digestif de l'animal. Le colchique peut provoquer un avortement chez une jument pleine et la mort chez un poulain intoxiqué. Le laurier-rose fait chuter la température du cheval et peut causer une paralysie du cœur.
Plantes à Fourrage
Il est crucial de choisir avec soin les plantes qui composeront le fourrage. L'ivraie enivrante est toxique même en faible quantité. La prêle des marais et les fougères mâles doivent être manipulées avec précaution. La vesce est toxique lorsqu'elle est verte.
Intoxications Accidentelles
Le datura Stramoine peut être ingurgité lors d'une randonnée et provoquer des coliques et une tachycardie. Le vérâtre commun peut entraîner des perturbations du rythme cardiaque. Le genévrier sabine peut provoquer des diarrhées, des tremblements, des douleurs au ventre, de la fébrilité et une paralysie.
Arbres et Champignons Toxiques
Les fruits et les feuilles de l'érable sycomore et les baies de l'if peuvent causer une mort foudroyante. L'ergot du seigle peut entraîner une ivresse chez l'animal.
Autres Plantes Toxiques
La famille des renonculacées, le rhododendron et le séneçon jacobée sont également toxiques pour les chevaux.
Aromathérapie et Grossesse : Risques et Précautions
L'aromathérapie, bien que naturelle, comporte des risques majeurs pour la femme enceinte et son bébé. De nombreuses huiles essentielles sont interdites, et la prudence reste la règle, même pour les huiles autorisées.
Huiles Essentielles Interdites
Certaines huiles essentielles sont unanimement proscrites pendant toute la grossesse, quelle que soit la voie d'administration. Leur toxicité, leur pouvoir abortif ou leurs effets neurotoxiques sont démontrés par la littérature scientifique et les recommandations officielles.
- Sauge officinale (Salvia officinalis) : Contient des cétones (thuyone) et est abortive et neurotoxique.
- Menthe poivrée (Mentha x piperita) : Contient du menthol et de la menthone, et est neurotoxique et peut provoquer une fausse couche.
- Romarin à camphre (Rosmarinus officinalis camphora) : Contient du camphre, et est neurotoxique et abortive.
- Thuya (Thuja occidentalis) : Contient de la thuyone, et est abortive et neurotoxique.
- Armoise (Artemisia vulgaris, absinthium, dracunculus) : Contient des cétones et de la thuyone, et est abortive et neurotoxique.
- Clou de girofle (Eugenia caryophyllus) : Contient de l'eugénol, et peut provoquer des contractions et une toxicité hépatique.
- Cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum) : Contient du cinnamaldéhyde, et est abortive et dermocaustique.
- Basilic exotique (Ocimum basilicum) : Contient du méthylchavicol, et est abortive et neurotoxique.
- Fenouil doux (Foeniculum vulgare) : Contient de l'anéthole, et a un effet oestrogène-like et perturbe les hormones.
- **Cèdre (Cedrus atlantica, C. de l’Himalaya, C.
Cette liste n’est pas exhaustive : d’autres huiles (anis étoilé, estragon, hysope, cyprès…) sont également à proscrire. La majorité des experts recommande d’éviter toute huile essentielle avant le second trimestre, voire durant toute la grossesse.
Précautions d'Utilisation
Même pour les huiles autorisées, chaque cas est unique. Les dangers varient selon l’huile, la dose, la voie d’administration et la période de la grossesse. Il faut également prendre en compte les interactions potentielles avec certains traitements médicaux (anticoagulants, antiépileptiques, etc.).
La diffusion d’huiles essentielles autorisées (lavande vraie) dans une pièce bien ventilée, à raison de 10 minutes maximum, est généralement bien tolérée par la majorité des femmes enceintes.
Aromathérapie et Allaitement
La plupart des huiles essentielles sont à éviter pendant l'allaitement, car elles peuvent passer dans le lait maternel.
Dimension Psychologique
L’aromathérapie peut avoir un impact psychologique important pendant la grossesse. Certaines femmes utilisent des galets parfumés à la lavande vraie pour gérer leur anxiété liée à l’accouchement, tandis que d’autres peuvent développer une aversion pour certaines odeurs.
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