L'alimentation du poulain est une étape cruciale qui conditionne sa bonne santé et sa croissance harmonieuse. De la réception du colostrum vital à la transition vers une alimentation solide, chaque phase nécessite une attention particulière. Cet article détaille les aspects essentiels du plan d'allaitement, en tenant compte des besoins spécifiques du poulain et de la jument.
L'Importance Primordiale du Colostrum
À la naissance, le poulain est dépourvu d'anticorps. Le colostrum, premier lait de la mère, est donc vital. Il lui apporte une grande quantité d'anticorps, essentiels pour le protéger contre les infections potentielles. Si le poulain n’a pas tété la mère à la naissance, il doit recevoir un colostrum de bonne qualité (>60g d'immunoglobulines/litre) évalué au préalable avec un colotest.
Idéalement, 3 biberons de 300-350 ml chacun sont distribués à 2 h d’intervalle pour des poulains de sang; pour des poulains de races lourdes cette quantité peut être portée à 400-450 ml. L'absorption du colostrum doit avoir lieu moins de 12h après la naissance. Ainsi, le passage des anticorps qu'il contient au poulain est assuré. L'idéal est de débuter la première tétée dès que le poulain présente un réflexe de succion, soit environ 2h après le poulinage.
Ce colostrum peut provenir d’une autre jument après congélation via une banque de colostrum. Le colostrum congelé doit être réchauffé à 40°, puis distribué à une température de 38°. Ne jamais le décongeler au micro-ondes qui détruirait les immunoglobulines. Il peut aussi être prélevé sur une autre jument venant de pouliner. Il existe également dans le commerce du colostrum équin de substitution fabriqué à partir d’immunoglobulines sériques.
L'Allaitement Naturel : Une Croissance Rapide
Le poulain grandit très vite. Dès sa naissance, il peut prendre jusqu’à 3 kg par jour, et son poids double le premier mois de sa vie. Il atteint trois fois son poids de naissance à 3 mois. Généralement, ses besoins alimentaires sont couverts par la jument pendant les premiers mois. Si le lait est riche et en quantité suffisante, les besoins du poulain sont satisfaits pendant les 2 premiers mois.
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Le poulain qui vit constamment avec sa mère tète 60 à 70 fois par jour à la naissance à raison de 2 à 3 min et de 160 à 220 g de lait par tétée. Ainsi, Il consomme journalièrement près d’un quart de son poids sous forme de lait. La composition du lait varie avec le stade de lactation. Dès le début de l’allaitement, les teneurs en matières grasses et en protéines diminuent tandis que la teneur en lactose augmente pour atteindre un plateau vers le 3ème mois de lactation.
Surveillance de l'Alimentation de la Jument
Il est très important de surveiller l’alimentation de la jument pour que le poulain grandisse de manière harmonieuse. Couvrir les besoins nutritionnels de la jument lorsqu’elle allaite, c’est s’assurer qu’elle produise un lait de qualité indispensable à la croissance du poulain. C’est aussi permettre à votre jument de reprendre son cycle ovarien sans retard pour sa mise à la reproduction.
Après avoir pouliné, la jument allaite son poulain pendant 6 à 7 mois. Elle produit en moyenne 2 à 3,5 kg de lait pour 100 kg de poids vif (PV) par jour, soit 10 à 20 l/j selon les races. Chez la ponette, la production de lait peut aller jusqu'à 4-5 kg pour 100 kg PV. La quantité de lait sécrété est élevée dès la première semaine après le poulinage. Le pic de production se situe entre le 2ème et 3ème mois. On observe sur les mois suivants une bonne persistance de la production de lait. Au sevrage, une jument produit encore 2kg de lait par 100kg de poids vif par jour.
Les besoins totaux de la jument allaitante sont la somme des besoins d’entretien, de lactation et de gestation (lorsque la jument est de nouveau fécondée après la mise bas). Ils sont particulièrement importants au moment du pic de lactation, les 2ème et 3ème mois (2 à 2,3 fois les besoins d’entretien). Puis ils se maintiennent à un niveau relativement élevé à partir du 4ème mois (1,6 fois les besoins d’entretien).
La ration de base de la jument allaitante est le fourrage de bonne valeur nutritive (herbe ou fourrage conservé). Selon la saison et la qualité du fourrage principal, le niveau élevé des besoins en énergie et en azote est atteint par l'ajout d'un aliment concentré :
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- Soit un mélange « fermier » comportant céréales, supplémentation azotée (luzerne ou soja) et complément minéral et vitaminique (CMV).
- Soit un aliment complémentaire du commerce pour jument allaitante, formulé pour couvrir l'ensemble de ses besoins en complément du fourrage.
Introduction Progressive à l'Alimentation Solide
A 3 mois, le poulain commence déjà à pâturer. Il va très rapidement imiter sa mère en grappillant un peu d’herbe ou en prenant des compléments tombés de la mangeoire de sa mère. L’alimentation lactée est complétée, dans la nature, par une alimentation herbivore. Le passage du régime lacté vers les concentrés doit se faire très progressivement afin d’habituer le poulain et protéger ainsi sa flore intestinale.
Cependant, en fonction de la qualité de la prairie et donc de la lactation de la jument, il pourra être nécessaire de donner un complément au poulain dès son plus jeune âge, à environ 3 mois.
Besoins Spécifiques en Minéraux et Vitamines
L’alimentation du poulain ne s’improvise pas et ce quelle que soit sa future discipline, ses origines ou sa valeur. Pour éviter de faire des erreurs, utilisez un fourrage de qualité. Il est impératif d’apporter un aliment bien adapté aux besoins du poulain et surtout de bien raisonner le rationnement en fonction de son âge et de son état d’avancement de croissance et de développement.
- Le cuivre : C’est un antianémique, il intervient également dans le système musculaire et osseux. Il participe à l’élaboration des poils et de phanères (poil, crin, corne).
- Le fer : Il permet le transport de l’oxygène dans le corps via les globules rouges. Une éventuelle carence en fer peut anémier le poulain mais cette carence est extrêmement rare.
- Le zinc : Il est nécessaire à l’ossification et au système immunitaire. Le poulain (comme le cheval) a des os longs et fins et il peut être exposé dans sa vie à du travail sur des sols durs pouvant abimer son squelette.
- La vitamine A : Elle est nécessaire pour le squelette et le tissu musculaire du poulain.
- La vitamine E : Elle participe à la croissance, elle est nécessaire au métabolisme des glucides et des lipides, au bon fonctionnement du système nerveux, à la cicatrisation des plaies et à la pousse des crins.
Le Sevrage : Une Transition Délicate
Le sevrage peut avoir lieu entre 6 et 12 mois (voire plus). Il est conseillé de rester sur le même concentré déjà utilisé sous la mère. Le sevrage du poulain doit être pensé dès sa naissance afin de permettre à l’intestin de s’adapter à l’alimentation solide et ne pas engendrer de complications au niveau de sa santé.
Un sevrage mal planifié peut provoquer des troubles digestifs ou une « crise de croissance », avec des effets durables sur le développement du poulain. Il est crucial de choisir une méthode adaptée (pré, fractionné, immédiat ou progressif) qui minimise le stress pour le poulain et la mère.
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Pour encourager l’arrêt de la production de lait, les apports alimentaires doivent être progressivement diminués avant la séparation mère-poulain. La restriction commencera 4 à 5 jours avant la séparation.
Allaitement Artificiel : Solutions et Protocoles
Le poulain peut être définitivement orphelin (mort de la mère au poulinage ou peu de temps après, refus d’allaiter) ou provisoirement (ictère hémolytique, mammite) ou encore partiellement (lactation faible). L’adoption permet de solutionner le premier cas, mais ne solutionne pas les deux autres, seul l’allaitement artificiel apporte une solution à l’ensemble des cas.
Le lait artificiel doit être distribué à l’aide d’un biberon en verre ou d’une bouteille à goulot étroit et d’une tétine en caoutchouc type « agneau ». En général, les seaux de poudre de lait artificiel contiennent une tétine appropriée. Bien s’assurer que le poulain déglutit et que le lait ne coule pas à la commissure des lèvres. Le réflexe de succion peut être vérifié en faisant sucer son doigt enduit de lait au poulain. Pour faire téter le poulain, mettre celui-ci en position debout et maintenir les naseaux au-dessus de la ligne des yeux. Si le poulain, après avoir manifesté des réflexes de succion et tété, s'affaitblit et refuse de boire le biberon suivant, appeler immédiatement le vétérinaire (entérotoxémies fréquentes chez le jeune).
Les biberons doivent être nettoyés avant chaque tétée, à défaut d’être stérilisés. Le lait ne doit pas être préparé à l’avance et tout lait non consommé doit être jeté.
Rythme d'alimentation artificiel :
- A la naissance : Le poulain tète en moyenne 7 à 10 fois par heure. Les quantités ingérées à chaque tétée sont faibles (150-200g). Par exemple : 2h, 6h, 10h, 14h, 18h, 22h.
- La troisième semaine : On abaissera le nombre de tétées à 5 en supprimant la tétée de nuit et en distribuant des quantités pouvant aller jusqu’à 1,5l.
- A un mois : On peut habituer le poulain à boire au seau en distribuant 4 repas de 3 litres chacun. Cette accoutumance au seau peut être beaucoup plus précoce, certains poulains s’y habituent dès les premiers jours. On fera sucer les doigts enduits de lait au poulain et l’on trempera doucement les doigts dans le seau, pendant que le poulain tète.
Evolution de l'alimentation artificielle :
- A 2 mois : On peut passer à 3 repas de 5l et commencer à distribuer un aliment spécifique pré-sevrage (comportant des protéines de lait) à raison de 500 g au début pour arriver à : 1,5 kg à 3 mois, 2- 2,5 kg à 4 mois et 3- 4 kg à 6 mois. En parallèle, on réduira les quantités de lait distribuées pour réaliser un sevrage précoce à 4 mois. On peut même commencer à faire manger au poulain de petites quantités d’aliment dès l’âge de 1 mois, en lui présentant à la main, car il n’aura pas l’exemple de la mère.
- A 3 mois : 3 repas de lait de 5 l chacun + 1,5 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
- A 105 jours : 3 repas de lait de 4 l chacun + 2 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
- A 110 jours : 2 repas de lait de 5 l chacun + 2,5 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
- A 115 jours : 1 repas de lait de 5 l +2,5 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
- A 120 jours : 0 repas de lait + 3 kg d’aliment complémentaire en 3 repas + foin
Il est possible également de distribuer du foin d’excellente qualité (récolté tôt et dans de bonnes conditions) à volonté à partir de 2 mois. Le foin de luzerne est intéressant pour sa bonne valeur en protéines et son apport en lysine (acide aminé indispensable). Maintenir de l’eau propre à la disposition du poulain, ainsi qu’une pierre de sel pur.
On peut fabriquer l’aliment complémentaire à partir de céréales aplaties (orge, avoine), de poudre de lait (pour poulain, chevreau, veau ou agneau en s’assurant que ces deux dernières soient exemptes d’antibiotiques) et d’un complément minéral vitaminé (CMV) de type 8(P)/19(Ca), en utilisant la formule suivante :
- Céréales : 77%
- Poudre de lait : 20%
- CMV : 3%
Croissance et Besoins Nutritionnels Spécifiques
Entre la naissance et 1 an le poulain va prendre plus du double de sa taille et de son poids. Pour prevenir ces erreurs, il convient de bien respecter les besoins nutritionnels du poulain lors de cette période en apportant une ration ou un concentré équilibré et adapté. En terme d’élevage et plus spécifiquement d’alimentation, les 18 premiers mois sont les plus critiques en raison du stade de développement du poulain (développement des tissus osseux et musculaires).
Lors de la rapide croissance du squelette, des minéraux sont déposés pour former les os. De plus, une alimentation équilibrée permet au poulain de développer une bonne flore intestinale, d’où une bonne défense immunitaire face à certaines maladies. Ce microbiote intestinal se met en place progressivement et nécessite une petite transition. Ainsi, pour préparer le poulain à une alimentation concentrée, pensez à lui distribuer de petites quantités avant la séparation avec sa mère.
Suivi de la croissance :
- A la naissance : Un poulain de selle pèse environ 50 kg.
- A 6 mois : Il fera environ 250 kg, soit 40 à 50% de son poids adulte.
- Gain moyen quotidien (GMQ) de 0 à 3 mois : 1.5 kg/jour en moyenne. Au cours du premier mois, le poulain double son poids, il peut atteindre un pic de croissance allant jusqu’à 3 kg par jour.
- Après le sevrage : Une fois la transition alimentaire stabilisée, le GMQ est d’environ 300 g/jour. Après 1 an de vie, le poulain atteint environ 90% de sa taille adulte.
Risques liés à une alimentation déséquilibrée
La carence énergétique affecte d’abord les graisses de réserve puis provoque une fonte musculaire à la mise à l’entraînement. A l’inverse, l’excès énergétique surcharge l’appareil ostéotendineux du poulain encore immature et fragile.
Une croissance trop rapide est un point à surveiller lorsqu'on allaite artificiellement. Un excès de calcium au détriment du phosphore a pour conséquence de créer un phénomène de compétition dans l'assimilation des minéraux. On peut donc créer des carences en apportant trop d'un nutriment qui va bloquer l'assimilation des autres. Le rapport des minéraux entre eux est en réalité très complexe et il existe un grand nombre d'interactions. Retenez simplement que les excès sont tout autant préjudiciables que les carences.
Il est par exemple démontré qu'un excès d’apport énergétique de 30 % par rapport aux besoins azotés augmentent le nombre de lésions ostéo-articulaires de façon significative.
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