La placentophagie, ou l'ingestion du placenta après l'accouchement, est une pratique qui suscite un intérêt croissant, mais aussi de nombreuses interrogations. Bien que marginale en France, elle gagne en popularité dans certains pays, notamment aux États-Unis, où des célébrités n'hésitent pas à en vanter les mérites. Cet article se propose d'examiner en détail les avantages et les inconvénients de cette pratique, en s'appuyant sur les données disponibles et les avis des professionnels de santé.

Qu'est-ce que la Placentophagie?

La placentophagie est le fait de manger son placenta, un organe qui connecte physiquement et biologiquement l’embryon en développement à la paroi utérine de la mère pendant la grossesse. Le placenta assure l'apport d'oxygène et de nutriments au fœtus, tout en éliminant les déchets. Après l'accouchement, le placenta est expulsé et peut être consommé par la mère.

Histoire et Traditions

Mis à part les dauphins et les baleines, les humains sont les seuls mammifères à ne pas ingérer leur placenta après la naissance. Si la placentophagie est innée chez les animaux, elle a également été pratiquée par de nombreuses civilisations anciennes sous diverses formes. Au Moyen-Âge, les femmes consommaient tout ou une partie de leur placenta pour améliorer leur fertilité. De la même manière, on prêtait à cet organe des vertus pour combattre l’impuissance masculine, à condition que l’homme en ingère à son insu. Chez les Inuits, selon une croyance toujours très ancrée, le placenta est la matrice de la fertilité maternelle. Pour pouvoir être à nouveau enceinte, une femme doit nécessairement manger son placenta après l’accouchement.

La Placentophagie Moderne: Un Phénomène de Mode?

Aujourd’hui, la placentophagie revient en force aux États-Unis et en Angleterre, et de façon plus timide en France. Des personnalités publiques, telles que Kim Kardashian, January Jones et Alicia Silverstone, ont contribué à populariser cette pratique. L'héroïne de la série Mad Men a accouché d'un petit garçon en septembre 2011. Son secret beauté pour retrouver la forme ? Kim Kardashian était prête à tout pour retrouver ses sublime courbes après la naissance de North. La sœur aînée de Kim Kardashian est elle aussi adepte de la placentophagie. Après son dernier accouchement, la star écrivait sur Instagram : "Pas de blague… Mais je serai triste lorsque je n'aurai plus de pilules de placenta. Elles ont changé ma vie! L'ex de Georges Clooney a eu une grossesse très saine. Elle n'a mangé que des aliments bio et fait beaucoup de sports. Ainsi, c'est tout naturellement qu'elle a consommé son placenta après la naissance de sa fille en Août 2014. Dans son livre sur la maternité, "Kind Mama", l'actrice américaine Alicia Silverstone, fait d'étonnantes révélations. Calvin Harris a surpris ses fans. Après la naissance de son fils Micah, le DJ britannique a dévoilé mardi 4 août sur Instragram avoir cuisiné le placenta de sa femme, Vick Hope. L’organe a été cuit à la vapeur, déshydraté, puis transformé en gélules.

Les Avantages Allégués

Bien qu’aucune étude scientifique ne prouve les bienfaits de l’ingestion du placenta, on attribue à cet organe de nombreux bénéfices pour les jeunes accouchées. Les éléments nutritifs qu’il contient permettraient une remise en forme plus rapide de la mère et favoriseraient la montée de lait. L’ingestion du placenta faciliterait également la sécrétion d’ocytocine, qui est l’hormone du maternage. Ainsi, les jeunes mamans seraient moins susceptibles de faire une dépression post-partum. Et l’attachement mère-enfant en serait renforcé. Les défenseurs de cette pratique avancent que le placenta contient hormones, vitamines et nutriments bénéfiques. Ils soulignent aussi que la majorité des mammifères consomment leur placenta, un argument pour justifier sa valeur supposée.

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Plus précisément, les avantages souvent cités incluent:

  • Récupération post-partum plus rapide: Le placenta est riche en fer et en protéines, ce qui pourrait aider à reconstituer les réserves de la mère après l'accouchement et à réduire la fatigue.
  • Amélioration de l'humeur: Le placenta contient des hormones telles que l'œstrogène et la progestérone, qui pourraient aider à stabiliser l'humeur et à prévenir la dépression post-partum. L’ingestion du placenta faciliterait également la sécrétion d’ocytocine, qui est l’hormone du maternage.
  • Augmentation de la production de lait maternel: Certaines femmes rapportent une augmentation de leur production de lait après avoir consommé leur placenta.
  • Équilibre hormonal.
  • Réduction de la douleur.
  • Allaitement facilité.
  • Gain d'énergie.

Les Formes de Consommation

Il n’est donc pas question de manger son placenta cru à la sortie de la maternité. Aux États-Unis, où la placentophagie est autorisée, les mères peuvent l’ingérer sous forme de granules homéopathiques ou de gélules. Dans le premier cas, le placenta est dilué plusieurs fois, puis des granules sont imprégnés avec cette dilution. Plus artisanale, la teinture-mère est une autre manière de traiter le placenta. Ce procédé artisanal s’est surtout développé dans les pays où la placentophagie est interdite. Dans ce cas, les parents n’ont alors pas d’autre choix que de confectionner eux-mêmes la teinture-mère de placenta, à partir des nombreux protocoles que l’on trouve en libre accès sur Internet. Le procédé est le suivant : le morceau de placenta doit être coupé et dilué plusieurs fois dans une solution hydro-alcoolique. La préparation récupérée ne contient plus de sang, mais les principes actifs du placenta ont été conservés.

La consommation de placenta, ou placentophagie, peut se faire de multiples façons : cru, rôti, en smoothie ou encapsulé. L’encapsulation (cuisson à la vapeur, déshydratation puis transformation en gélules) est aujourd’hui la méthode la plus répandue.

Aux petits légumes, en smoothie, ou en gélules : eh oui, le placenta est cuisiné à toutes les sauces ! On lui a prêté de telles vertus, que l’organe est devenu une « tendance » culinaire outre-Atlantique. Consommé en steak, tacos, smoothie… ou capsules, le placenta offrirait une récupération plus rapide après l’accouchement, une réduction du risque de baby blues, un regain d’énergie ou encore une « peau de bébé » selon ses adeptes.

Les Inconvénients et les Risques Potentiels

Toutefois, le regain d’intérêt pour le placenta ne convainc pas tous les professionnels. Une nouvelle étude américaine démontre que non. En France, cette pratique demeure interdite, les médecins alertant sur les dangers potentiels et l’inefficacité scientifique.

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  • Manque de preuves scientifiques: Malgré les témoignages anecdotiques, il n'existe aucune preuve scientifique solide que la placentophagie présente des avantages significatifs pour la santé humaine. Une étude de l’université américaine Northwestern, à Chicago, publiée dans la revue scientifique « Archives of Women’s Mental Health », montre en effet que la « placentophagie » n’apporte aucun bénéfice en ce qui concerne la production de lait maternel, l’énergie ou le lien tissé entre la mère et l’enfant. « Les femmes ne savent vraiment pas ce qu’elles ingèrent », déplore Louise Silverton, qui dirige l’École royale des Sages-femmes à Londres. L’American Journal of Obstetrics and Gynecology soulignait dès 2018 : « Il n’existe aucune preuve scientifique d’un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie humaine. Aucun nutriment ou hormone placentaire n’est conservé en quantité suffisante après encapsulation pour être utile à la mère. ». Les précédentes enquêtes menées jusqu'alors ne reposent ni sur des réalités scientifiques valables, ni sur un échantillon de personnes suffisant pour valider leurs résultats. Ils ont tout de même pris en compte une étude qui a porté sur 14 femmes seulement, mais qui répondait à certaines normes.
  • Risque d'infection: Le placenta agit comme un filtre pour protéger le fœtus du développement de toxines. Selon les scientifiques, ces bactéries, virus et polluants auxquels la mère peut être confrontée lors de sa grossesse pourraient rester dans les tissus du placenta après la naissance. L’encapsulation ne protège pas contre les infections, avertissent les chercheurs. En 2016, un nourrisson de l’Oregon a été hospitalisé après avoir contracté une infection due aux gélules de placenta contaminées que sa mère avait ingérées en allaitant. En juin 2017, les Centres de prévention et de contrôle des maladies ont émis un avertissement suite à un cas d’infection d’un nourrisson en septembre 2016. En France, certaines femmes choisissent de contourner la loi en accouchant à domicile, sans assistance médicale, souvent accompagnées d’une doula. Mais là encore, les experts mettent en garde : « Même si le risque d’hémorragie est de 1 %, il ne faut pas le prendre. Lors d’un saignement massif, c’est l’hôpital qui peut sauver la vie », alerte le professeur Damien Subtil.
  • Présence de toxines: Le placenta peut contenir des toxines et des métaux lourds accumulés pendant la grossesse, ce qui pourrait être nocif pour la mère et le bébé.
  • Préparation non réglementée: La préparation du placenta, en particulier l'encapsulation, n'est pas réglementée, ce qui soulève des préoccupations quant à la sécurité et à la qualité des produits. En 2015, la revue Archives of women’s mental health dénonçait déjà l’absence de règles concernant la conservation et la préparation du placenta. Le risque : que la chaîne du froid ne soit pas respectée et que le placenta devenu aliment ne s’avarie. Aujourd’hui, c’est au tour du CDC, le centre pour le contrôle et la prévention des maladies américain, de tirer la sonnette d’alarme. Dans sa ligne de mire, le processus d’encapsulation.
  • Statut juridique: Depuis une circulaire de 2012, le placenta est juridiquement considéré comme un déchet médical en France. Il ne peut être conservé qu’à des fins scientifiques ou thérapeutiques, et toujours après consentement écrit de la mère. « Même s’il sort de notre corps, il ne nous appartient pas », souligne le gynécologue. Le but : éviter les risques bactériologiques et prévenir toute dérive commerciale. Lorsqu’il est expulsé, le placenta passe par le vagin, qui abrite « des milliards de microbes ». En France, il est absolument interdit de récupérer son placenta après l’accouchement.

L'Opinion des Professionnels de Santé

La plupart des professionnels de santé se montrent sceptiques quant aux bienfaits de la placentophagie et mettent en garde contre les risques potentiels. « Sur le plan scientifique, on n’a pas d’éléments pour penser que l’absorption du placenta pourrait être bénéfique. Certes, il contient du fer et des protéines, comme la viande rouge, mais rien ne prouve des effets au-delà de la simple nutrition », affirme le professeur Damien Subtil, chef du pôle femme, mère et enfant au CHU de Lille (59). Selon les auteurs de l’étude, "la placentophagie, en augmentation aux Etats-Unis, est potentiellement nocive et n'apporte aucun bénéfice documenté. Les médecins devraient décourager cette pratique". L'un d'eux définit même le placenta comme un déchet et la pratique, du cannibalisme (le placenta étant un organe faisant partie du nouveau-né).

De nombreux médecins et professionnels de santé soulignent le besoin de recherches supplémentaires. Bref, les professionnels risquent d'être confrontés de plus en plus fréquemment aux questions des patientes qui considèrent la placentophagie comme une alternative ou un supplément possibles aux médicaments ou à d'autres formes de traitements pour la dépression post-partum notamment. Les auteurs soulignent l'importance de poursuivre la recherche sur la placentophagie humaine, ainsi que d'y sensibiliser les cliniciens afin qu'ils puissent en discuter avec leurs patientes. En plus de l’absence d’éléments scientifiques probants, la moitié des obstétriciens et gynécologues ne seraient pas formés aux risques que cette pratique.

Alternatives Saines et Sûres

Pour profiter des mêmes apports nutritionnels vantés par les adeptes de la placentophagie, « manger des poissons gras, des légumes verts, des fruits, des noix et des graines… Et surtout, dormir dès qu’on en a l’occasion. Si en France, c'est interdit, manger son placenta après son accouchement est devenu une mode aux Etats-Unis. Cette pratique, qui a fait de nombreuses adeptes au fil des années, est en effet réputée pour ses nombreux bienfaits (anti dépression post-partum, boost du corps et du moral, etc).

Il existe de nombreuses façons saines et sûres de favoriser la récupération post-partum, telles que:

  • Une alimentation équilibrée: Manger une alimentation riche en nutriments essentiels pour reconstituer les réserves de la mère et favoriser la production de lait maternel.
  • Un repos suffisant: Dormir suffisamment pour permettre au corps de récupérer et de se réparer.
  • Un soutien émotionnel: Rechercher un soutien émotionnel auprès de la famille, des amis ou d'un professionnel de la santé mentale pour prévenir la dépression post-partum.
  • Exercice physique léger: Faire de l'exercice physique léger pour améliorer l'humeur et l'énergie.

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