L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit en France depuis la loi Veil de 1974, modifiée en 2001. Elle permet à une femme de mettre fin à une grossesse non désirée. La pilule abortive est une méthode d'IVG médicamenteuse autorisée en France, mais il est crucial de comprendre son fonctionnement, ses effets secondaires potentiels et les démarches à suivre.
Qu'est-ce que la pilule abortive ?
Il est essentiel de distinguer la pilule abortive de la contraception d'urgence ou de la pilule contraceptive classique. La pilule abortive, également appelée RU 486 (nom scientifique mifépristone, vendue sous le nom commercial Myfegyne®), n'est pas une méthode de contraception, mais un médicament destiné à interrompre une grossesse déjà existante. Elle est utilisée pour les IVG médicamenteuses survenant au premier trimestre de grossesse, jusqu'à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée.
Le nom RU 486 provient du laboratoire Roussel-Uclaf qui l'a mise sur le marché, et les chiffres correspondent aux numéros d'ordre de la synthèse de la molécule.
Comment fonctionne la pilule abortive ?
La mifépristone, substance active de la pilule abortive, agit comme une anti-hormone. Elle bloque l'action de la progestérone, l'hormone nécessaire au maintien de la grossesse, favorisant ainsi l'interruption du développement de l'œuf fécondé et son expulsion de l'utérus.
L'IVG médicamenteuse se déroule en deux étapes :
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- Prise de la mifépristone : Ce premier médicament est pris soit à domicile, soit lors d'une consultation avec un médecin ou une sage-femme. Il bloque l’action de la progestérone, favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. Dès cette première étape, des saignements et des douleurs peuvent survenir, mais la plupart du temps, les symptômes commencent après la prise du deuxième médicament.
- Prise du misoprostol : Entre 24 et 48 heures après la mifépristone, le misoprostol (GYMISO ou MISOONE) est administré. Ce médicament augmente les contractions utérines et provoque l'expulsion de la grossesse. Il peut être pris à domicile, lors d'une consultation ou au cours d'une courte hospitalisation. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires en raison du risque de douleurs abdomino-pelviennes plus fréquentes.
Où se procurer la pilule abortive ?
La pilule abortive n'est pas une contraception d'urgence et ne peut être achetée en pharmacie sans prescription médicale. Elle doit être prescrite par un médecin ou une sage-femme lors d'une consultation. Ces professionnels peuvent exercer en cabinet libéral, en centre de santé sexuelle, en centre de santé ou en établissement de santé (hôpital ou clinique). Une téléconsultation est également possible, auquel cas la prescription est transmise directement à la pharmacie.
La Haute Autorité de Santé (HAS) rappelle qu'une femme demandant une IVG doit obtenir un rendez-vous de consultation dans les 5 jours suivant son appel.
Attention : Il est important de se méfier des sites web (notamment polonais) qui proposent la pilule abortive à la vente en ligne. Il s'agit d'une escroquerie. Les cliniques Abortusklinieken Haarlem & Amsterdam ne vendent jamais de traitement pour IVG médicamenteuse en ligne.
Effets secondaires et complications possibles
L'IVG médicamenteuse peut entraîner divers effets secondaires, dont l'intensité varie d'une femme à l'autre.
Effets secondaires fréquents :
- Douleurs abdominales : Les contractions utérines provoquées par le misoprostol entraînent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes (douleurs pelviennes). Des anti-douleurs (antalgiques de la famille des anti-inflammatoires non stéroïdiens, éventuellement couplés avec des anti-douleurs de niveau 2 disponibles sur ordonnance) sont prescrits systématiquement et leur prise est recommandée en prévention de la douleur, 30 minutes avant la prise de misoprostol.
- Saignements : Des saignements, souvent assez abondants et accompagnés de caillots, sont systématiques et accompagnent l'évacuation de la grossesse. Ils surviennent le plus souvent dans les 3 à 4 heures suivant la prise du misoprostol, mais peuvent survenir dès la prise de la mifépristone dans 5% des cas. Les saignements peuvent durer de 10 à 20 jours, voire jusqu'à 3 semaines.
- Troubles gastro-intestinaux : Des nausées, des vomissements et des diarrhées sont fréquents. Si des vomissements surviennent dans les 30 minutes qui suivent la prise du misoprostol, il est nécessaire de contacter le médecin ou la sage-femme.
- Autres effets indésirables : Fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur peuvent également survenir.
Complications rares mais graves :
- Hémorragie : C'est le risque principal de l'IVG médicamenteuse. En cas de pertes de sang très abondantes (si vous devez changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite), il est impératif de contacter rapidement un professionnel de santé.
- Infection : Une infection peut survenir si la grossesse n'a pas été totalement expulsée.
- Grossesse extra-utérine (GEU) : La GEU est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse.
- Syndrome de choc toxique et choc septique : Des cas graves (incluant des cas fatals) ont été rapportés suite à des infections par des pathogènes atypiques (comme Clostridium sordellii ou Escherichia coli) après l’interruption médicamenteuse de grossesse réalisée avec 200 mg de mifépristone suivie par l'administration vaginale ou buccale non autorisée de comprimés de misoprostol.
- Effets indésirables cutanés sévères : Des effets indésirables cutanés sévères, y compris des cas de nécrolyse épidermique toxique et de pustulose exanthématique aiguë généralisée, ont été rapportés en association avec la mifépristone.
En cas de fièvre (supérieure à 38°C), de pertes de sang importantes ou de fortes douleurs abdominales dans les jours qui suivent l'IVG, il est recommandé de contacter rapidement le professionnel de santé qui vous suit ou de se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG.
Contre-indications :
Outre la grossesse extra-utérine, d'autres situations peuvent contre-indiquer l'IVG médicamenteuse :
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- Allergie à l'un des deux médicaments utilisés (mifépristone ou misoprostol).
- Insuffisance rénale chronique.
- Porphyrie héréditaire.
- Corticothérapies à long terme.
- Troubles de la coagulation.
- Insuffisance surrénale.
Suivi médical après l'IVG
Une consultation de suivi est indispensable 14 à 21 jours après la prise de mifépristone pour s'assurer de l'efficacité de la méthode et de l'absence de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie ou par une prise de sang pour doser les hormones de grossesse (Bêta HCG).
Si le taux de Bêta HCG est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG, cela signifie que l’avortement a fonctionné. Si le taux est supérieur au taux initial, la grossesse est évolutive et l’IVG par médicament n’a pas fonctionné.
Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place.
Risque d'échec
Il est important d'avoir conscience du risque d'échec de la pilule abortive, qui est de 2 à 5%. Si l'IVG médicamenteuse n'a pas fonctionné, il faut recourir à l'aspiration.
C'est pourquoi la consultation de contrôle est obligatoire, même en cas de saignements.
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Impact psychologique
Vivre un avortement peut être éprouvant. Certaines femmes peuvent ressentir de la culpabilité, de la tristesse ou de la colère après leur IVG. Il est important de ne pas hésiter à se confier à un proche, un professionnel de santé ou à une association si vous en ressentez le besoin. Des entretiens individuels peuvent être proposés pour partager ses sentiments.
Contrairement à certaines idées reçues, l'IVG médicamenteuse n'entraîne pas de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si la femme n'en avait pas avant.
Fertilité après une IVG médicamenteuse
Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n'entraîne pas de risque d'infertilité et n'a aucune conséquence sur la fertilité. La femme peut débuter une nouvelle grossesse dès que l’interruption de la grossesse a été réalisée.
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