La pilule abortive, souvent appelée RU-486 (mifépristone), est un médicament utilisé pour provoquer un avortement médicamenteux. Contrairement à la confusion fréquente, elle n'est pas une méthode de contraception ni une contraception d'urgence. Cet article explore en détail le mode d'action de la pilule abortive, son utilisation, ainsi que d'autres aspects pertinents.
Distinction entre Pilule Abortive et Contraception
Il est crucial de comprendre que la pilule abortive n'a rien à voir avec la pilule contraceptive. La pilule contraceptive est une méthode de prévention de la grossesse, tandis que la pilule abortive est utilisée pour interrompre une grossesse déjà établie. La gynécologue-obstétricienne Dr. Marie-Laure Brival souligne l'importance de cette distinction, car la confusion est très souvent faite. Le terme "pilule" est utilisé de manière générique pour parler de la contraception, et l'utilisation du terme "pilule abortive" est inappropriée, car il s'agit d'un comprimé, mais pas d'un mode de contraception.
Autorisation et Nom Scientifique
La pilule abortive est autorisée en France pour les avortements survenant au premier trimestre de grossesse. Elle est vendue sous le nom commercial Myfegyne®, mais son nom scientifique est RU-486. L'acronyme RU provient du laboratoire Roussel-Uclaf qui l'a mise sur le marché, et les chiffres 4-8-6 correspondent aux numéros d'ordre de la synthèse de la molécule.
Le Mode d'Action de la Mifépristone
La substance active de la pilule abortive, la mifépristone, agit comme une antihormone. Plus précisément, elle bloque l'action de la progestérone, l'hormone de la grossesse qui favorise l'implantation de l'œuf fécondé et son développement dans l'utérus. La progestérone est sécrétée par les ovaires.
Au niveau cellulaire, la progestérone agit en se fixant sur son récepteur (PR). En l'absence de progestérone, ce récepteur est situé dans le cytoplasme des cellules et est associé à des protéines HSP (Heat Shock Proteins) ; il est ainsi inactif. La fixation de la progestérone sur son récepteur est concomitante au départ de ces HSP. Le complexe récepteur - ligand pénètre alors dans le noyau de la cellule, où il se dimérise. Plus précisément, le dimère de PR-progestérone se fixe sur des segments spécifiques de l’ADN, nommés PRE (Progesterone Responsive Elements : éléments de réponse à la progestérone). La fixation sur l’ADN du dimère PR-progestérone permet le recrutement des coactivateurs de transcription, et de la machinerie transcriptionnelle.
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Le RU-486 est un antagoniste de la progestérone, et a donc des effets antiprogestatifs : sa fixation sur le récepteur ne l’active pas, mais empêche la progestérone endogène de s’y lier. Il inhibe donc les effets de la progestérone.
Déroulement de l'IVG Médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse consiste à prendre deux types de comprimés différents, à 48 heures d'intervalle. La femme prend un premier rendez-vous avec un médecin qui réalise les IVG médicamenteuses (en ville ou à l'hôpital). Toute femme demandant une IVG doit obtenir un rendez-vous de consultation dans les 5 jours suivant son appel, rappelle la HAS en avril 2021.
Mifépristone (RU 486) : Le mifépristone est pris par voie orale en présence du médecin ou de la sage-femme, au cours d'une consultation. Ce premier médicament interrompt la grossesse en bloquant l’action de l’hormone nécessaire à son maintien (la progestérone) et en favorisant les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. À l’issue de cette première étape, des saignements plus ou moins importants peuvent survenir. Ils ne signifient cependant pas que la grossesse est arrêtée.
Misoprostol : La prise du misoprostol (un analogue de la prostaglandine) par voie orale, peut s’effectuer à l’hôpital ou à votre domicile. Ce second médicament augmente les contractions et provoque l’expulsion de la grossesse. Des saignements peuvent parfois se produire très vite après la prise du misoprostol, parfois plus tardivement. Ils durent généralement une dizaine de jours. Un traitement préventif de la douleur vous sera systématiquement proposé. Les métrorragies (saignements), témoins de l'effet du traitement médical, surviennent dans les 3 à 4 heures suivant la prise de prostaglandine (après la mifépristone), mais ne sont pas une preuve d'expulsion complète.
Efficacité et Risques
L'inconvénient principal est le risque d'échec "pas assez entendu" selon le Dr. Brival : "La pilule abortive n'est pas efficace à 100% puisqu'il y a 2 à 5% d'échec or la femme ne se dit pas que ça peut échouer. Il faut entendre cet échec car en cas d'échec, ça rallonge le délai de la finalité de l'avortement puisque la grossesse continue d'évoluer."
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Il est aussi important d'avoir conscience du risque d'échec pour bien suivre la procédure de prise de cette pilule : "Il y a une consultation obligatoire de contrôle deux semaines après la prise, certaines femmes ne la font pas. Comme elles ont saigné, elles se disent que ça a marché mais elles peuvent se retrouver dans des situations très délicates" prévient le Dr Brival. Si l'IVG médicamenteuse n'a pas marché, il faut passer par l'aspiration.
"La fréquence des complications de l'IVG à domicile (hémorragies sévères) est comparable à celle des IVG réalisées en milieu hospitalier" souligne la Haute Autorité de Santé. "En cas d'hémorragie, ce qui est exceptionnel, les femmes ont un numéro d'urgence donné par le médecin lors des rendez-vous" informe le Dr Brival. Les douleurs abdomino-pelviennes induites par les contractions utérines sont quasiment systématiques.
Où Acheter la Pilule Abortive ?
La pilule abortive n'est pas une contraception d'urgence. La pilule d'urgence (pilule du lendemain) est aussi une technique préventive de grossesse mais réservée aux urgences : "C'est une contraception prise après un rapport non protégé pour empêcher l'ovulation donc la conception, elle se prend ponctuellement, en cas d'oubli de la pilule contraceptive, de rapport inopiné… mais en aucun cas sur le long terme" rappelle la gynécologue.
IVG Chirurgicale
L’IVG chirurgicale (par aspiration - curetage) est une intervention chirurgicale qui dure une dizaine de minutes et se déroule dans un bloc opératoire sous anesthésie locale (seul le col est endormi) ou généralement lors d’une hospitalisation de jour.
Accompagnement Psycho-Social
A la suite de l’interruption de grossesse, que vous soyez majeure ou mineure, le médecin ou la sage-femme vous proposera un entretien psycho-social. Cet entretien n’est pas obligatoire. Au centre hospitalier des quatre villes, un accompagnement psycho-social peut être sollicité par la patiente (ou le couple) lorsque celle-ci hésite quant à son choix de recourir ou non à une IVG.
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Prise en Charge Financière
L’IVG ne peut être prise en charge que si vous bénéficiez d’une couverture maladie (Régime général, CMU-C, AME, Protection maladie universelle).
Contraception d'Urgence
On définit une contraception d’urgence comme « tout moyen, physique ou par l’intermédiaire de molécules biologiquement actives, utilisé pour prévenir une grossesse après un rapport sexuel non protégé ». Comme son nom l’indique, la contraception d’urgence est réalisée le plus tôt possible après le rapport sexuel, habituellement dans les 72 heures qui suivent. Son but est d’éviter une éventuelle fécondation, qui pourrait survenir si la femme se trouvait dans sa période de fécondité, voire d’empêcher l’implantation d’un ovule fécondé.
L’efficacité des méthodes de contraception d’urgence employées de nos jours est prouvée jusqu’à 72 heures après un rapport sexuel non protégé (cette efficacité chute rapidement passée cette limite), c’est-à-dire potentiellement jusqu’à 48 heures (au maximum) après l’ovulation : l’inhibition de l’implantation est donc très probablement un mode d’action effectif de ces méthodes de contraception d’urgence.
Cependant les moyens contraceptifs d’urgence agissent essentiellement en bloquant l’ovulation. Une contraception d’urgence physique peut être réalisée par la pose d’un dispositif intra-utérin (stérilet), dans les heures qui suivent le rapport à risque. Les contraceptions d’urgence actuelles utilisent des composés hormonaux : ces molécules, délivrées en général par l’ingestion de pilules, interfèrent avec les processus hormonaux, et conduisent ainsi à un blocage de l’ovulation, à son retard, ou à une inhibition de l’implantation.
Molécules Utilisées
La « pilule du lendemain » la plus courante en France ne comprend que ce seul progestatif (le lévonorgestrel). Là aussi, l’administration se fait sous la forme de deux pilules, prises à 12 heures d’intervalle. Une autre molécule, le RU-486 (ou mifépristone), a aussi fait la preuve de son efficacité comme contraceptif d’urgence. Cette molécule présenterait l’intérêt de ne nécessiter qu’une unique prise, et d’induire encore moins d’effets secondaires désagréables.
Mécanismes d’Action de la Contraception d'Urgence
Les mécanismes d’action présomptifs sont en cours d’exploration : les scientifiques sont encore loin d’avoir complètement élucidé le mode d’action de la contraception d’urgence. Une fois que l’ovulation a eu lieu, le lévonorgestrel semble avoir un effet essentiellement sur le mucus cervical et le fluide utérin : le transport des spermatozoïdes est bloqué, ce qui diminue fortement la probabilité de fécondation.
RU-486 et Contraception d'Urgence
Le RU-486 (mifépristone) est un analogue structural de la progestérone, capable de se fixer sur son récepteur. Les modes d’action du RU-486 dans le cadre de la contraception d’urgence sont encore très hypothétiques, et n’ont pas été démontrés de manière rigoureuse. Comme pour le lévonorgestrel, il est possible de distinguer les effets dus à une administration de RU-486 avant ou après l’ovulation.
- Avant l'ovulation : Inhiber le rétrocontrôle positif à l’origine du pic de LH ; avec pour conséquence l’inhibition ou le délai significatif de l’ovulation.
- Après l'ovulation : Interférer avec la maturation de l’endomètre et modifier l’expression de facteurs indispensables à la nidation (des intégrines, des cyclooxygénases, le Leukemia Inhibitory Factor (?), etc.).
Le RU-486 : Agoniste ou Antagoniste ?
Le RU-486 est, au niveau moléculaire, un agoniste - antagoniste de la progestérone : ceci signifie que cette molécule peut présenter, selon les cas, des activités anti-progestatives, ou bien des activités progestatives.
Historique
La pilule abortive a été inventée par le Pr Etienne-Emile Baulieu en 1982. C'est un médecin, biochimiste, endocrinologue mondialement connu.
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