Une enquête menée dans la région de La Rochelle met en lumière les préoccupations grandissantes concernant l'impact des pesticides sur la santé des enfants. Des analyses de cheveux et d'urine réalisées sur des enfants vivant dans la plaine céréalière d'Aunis ont révélé la présence de diverses molécules issues de pesticides, dont certaines sont classées comme cancérigènes et interdites depuis plusieurs années. Ces découvertes ont ravivé les inquiétudes des familles et des associations locales, qui réclament une transition agricole et une réduction de l'utilisation des pesticides.
Contexte : Alerte et inquiétudes persistantes
L'histoire commence avec une alerte lancée en 2018 par le CHU de Poitiers concernant des cas de cancers pédiatriques dans la commune de Saint-Rogatien, près de La Rochelle. Le décès d'une adolescente de 15 ans, Pauline, en 2019, a exacerbé les craintes dans la région. Face à cette situation, l'association Avenir Santé Environnement a été créée dans le but d'alerter sur les risques liés à l'environnement et de promouvoir des solutions alternatives.
Dans ce contexte de peur et d'incertitude, l'association Avenir Santé Environnement a pris l'initiative de faire analyser les cheveux et les urines de 70 enfants âgés de 3 à 17 ans, issus de six communes de la plaine d'Aunis : Périgny, Saint-Rogatien, Montroy, Clavette, Bourgneuf et Dompierre-sur-Mer.
Résultats des analyses : une présence inquiétante de pesticides
Les analyses, effectuées par le laboratoire de toxicologie et de pharmacovigilance d'un CHU, ont révélé la présence de 14 molécules différentes dans les urines et de 45 molécules dans les cheveux de tous les enfants examinés. Parmi ces substances, certaines sont classées comme cancérigènes et interdites depuis plusieurs années, ce qui soulève des questions quant à leur origine et à leur persistance dans l'environnement.
Zafer Gulbol, père de Noé et Lana, deux enfants ayant participé à l'étude, exprime son inquiétude : "J'ai peur pour eux, j'ai peur pour les enfants des autres, j'ai peur pour tout le monde parce que je me dis que c'est une génération qu'on va peut-être sacrifier". Il s'alarme particulièrement de la présence de pesticides interdits, qui ne devraient pas se retrouver dans les organismes, à moins d'avoir été utilisés très récemment.
Lire aussi: Pesticides et Stress Oxydatif
Réactions et mobilisation locale
La publication de ces résultats a suscité une vive émotion et une forte mobilisation dans la région de La Rochelle. Une marche a été organisée à La Rochelle pour réclamer « une véritable transition agricole » et « un plan de sortie des pesticides de synthèse ». L'association Avenir Santé Environnement a également plaidé pour la tenue d'une grande réflexion nationale sur l'avenir de l'agriculture et la protection de la santé publique.
Frank Rinchet Girollet, porte-parole de l'association, souligne l'importance de cette mobilisation citoyenne : « Les citoyens ont fait de la santé publique un vrai sujet de société. Quand on a construit notre nouvelle mobilisation, on s’est dit : ‘‘Et si on avait le culot de proposer quelque chose ?’’ ». Il estime qu'une convention nationale permettrait « une montée des compétences » et des débats plus apaisés sur les enjeux agricoles et environnementaux.
Surveillance de la qualité de l'air : des mesures complémentaires
En parallèle de ces analyses biologiques, des mesures de la qualité de l'air sont également réalisées dans la région de La Rochelle. Deux capteurs de pesticides ont été installés à Saint-Vivien et à L'Houmeau, deux communes où un nombre anormalement élevé de cancers pédiatriques a été relevé. Ces capteurs, financés par la communauté d'agglomération de La Rochelle, mesurent la quantité de pesticides dans l'air, une dimension qui n'est pas prise en compte par la réglementation actuelle (qui se concentre sur l'eau et les aliments).
Ces mesures viennent compléter celles qui sont déjà effectuées à Montroy, où des taux record de prosulfocarbe, un herbicide, avaient été mesurés en 2021. Audrey Chataing, ingénieure d'études à ATMO Nouvelle-Aquitaine, explique que l'objectif est de « voir s'il y a vraiment une problématique avérée en termes de pesticides dans l'air sur ces deux communes-là ». Les analyses portent sur une centaine de molécules différentes, incluant des herbicides, des fongicides et des insecticides.
Enjeux et perspectives
Cette affaire met en lumière les enjeux complexes liés à l'utilisation des pesticides et à leur impact sur la santé, en particulier celle des enfants. Elle soulève des questions fondamentales sur le modèle agricole dominant, la nécessité d'une transition vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement et la protection des populations les plus vulnérables.
Lire aussi: Vie privée de Ladislas Chollat
La loi Duplomb, adoptée en juillet par l'Assemblée nationale, qui maintient un modèle agricole productiviste et conforte l'utilisation des pesticides, voire la réintroduction de certains, est perçue comme un coup dur par les associations environnementales. Cependant, elle a également servi de catalyseur pour une prise de conscience citoyenne et une mobilisation accrue en faveur d'une agriculture plus durable et respectueuse de la santé publique.
L'association Avenir Santé Environnement plaide pour des investissements massifs pour accompagner les agriculteurs dans cette transition. Selon le porte-parole, une convention permettrait « une montée des compétences » et des débats plus apaisés. « On a tous un avis sur l’agriculture d’aujourd’hui et de demain. Mais elle est telle qu’on l’a voulue à une certaine époque.
L'avenir de l'agriculture dans la région de La Rochelle, et plus largement en France, dépendra de la capacité des différents acteurs (agriculteurs, pouvoirs publics, citoyens) à engager un dialogue constructif et à mettre en œuvre des solutions innovantes pour concilier production agricole, protection de l'environnement et santé publique.
Lire aussi: Fabienne Chauvière : Portrait d'une Animatrice Discrète
tags: #pesticides #effets #santé #enfants #la #rochelle
