Introduction

L'Antiquité tardive, période de transition marquée par l'essor du christianisme, offre un contexte particulier pour explorer les attitudes envers la maternité et le statut des enfants, en particulier ceux qui ne survivent pas à la naissance. Cette époque voit l'émergence de nouvelles normes sociales et religieuses qui influencent les choix de vie des femmes et la perception de l'enfance.

Le Contexte Social et Religieux de l'Antiquité Tardive

L’Antiquité tardive est une période où des femmes ont pu faire le choix d’une non-maternité volontaire. En effet, dans les premiers siècles de l’Empire, si les femmes avaient une possibilité de contrôler le nombre d’enfants à qui elles donnaient le jour, bien qu’elles dussent avoir pour cela l’accord de leur mari, le rôle des femmes était d’abord d’être mère. Le christianisme, qui prend son essor au IIIe siècle et devient une religion officielle au IVe siècle, propose de nouvelles normes à la société romaine. En effet, son souci n’est plus la perpétuation des lignées, mais le salut individuel après la mort.

La Montée de l'Ascétisme et la Redéfinition du Rôle Féminin

Tout un mouvement ascétique va encourager les femmes à renoncer au mariage au profit d’une vie de virginité et de prière, ou si elles sont mariées, à envisager la continence. En parallèle, l’avortement est de plus en plus désapprouvé socialement. La législation va être modifiée par l’empereur Constantin : désormais, l’état de célibat n’est plus pénalisé. Ce choix de non-maternité, dans le couple ou hors du couple, s’accompagne donc d’un choix de non-sexualité. Pour autant transparaît dans les sources antiques l’existence de femmes qui, tout en profitant de cette latitude de choix de non-maternité, ne s’inscrivent pourtant pas dans une perspective d’obéissance aux normes religieuses d’abandon de leur sexualité. Elles profitent de cet espace interstitiel qui leur est octroyé pour vivre une vie de femme sans maternité.

Le christianisme naissant valorisait la virginité et la continence comme voies spirituelles supérieures, offrant aux femmes une alternative au mariage et à la maternité. Cette nouvelle perspective remettait en question les normes sociales romaines traditionnelles, où le rôle principal des femmes était de se marier et de donner naissance à des héritiers pour assurer la continuité de la famille.

Attitudes envers la Sexualité et la Procréation

L'essor du christianisme s'accompagne d'une vision plus restrictive de la sexualité, même au sein du mariage. Des figures influentes comme Augustin d'Hippone prônaient la continence, même pour les couples mariés, considérant la procréation comme la seule justification légitime des relations sexuelles. Cette vision a contribué à une évolution des attitudes envers la contraception et l'avortement, qui étaient autrefois plus largement acceptés dans la société romaine.

Lire aussi: Surmonter le Deuil Périnatal

La Non-Maternité Volontaire: Un Choix Possible?

L'Antiquité tardive offre aux femmes une certaine latitude en matière de non-maternité, bien que ce choix soit souvent contraint par des normes sociales et religieuses.

La Contraception et l'Avortement

Bien que de plus en plus désapprouvés socialement, la contraception et l'avortement restaient des pratiques utilisées par les femmes pour contrôler leur fertilité. Des textes médicaux de l'époque, comme ceux de Soranos d'Éphèse, décrivent diverses méthodes contraceptives et abortives, témoignant d'une connaissance empirique en matière de contrôle des naissances. Cependant, l'efficacité de ces méthodes était variable, et leur utilisation pouvait être risquée pour la santé des femmes.

Le Célibat et la Virginité

Le célibat et la virginité, encouragés par le christianisme, offraient aux femmes une voie alternative à la maternité. Des femmes choisissaient de consacrer leur vie à la prière et au service religieux, renonçant au mariage et à la procréation. Ces femmes bénéficiaient d'un certain prestige social et d'une autonomie relative, leur permettant d'échapper aux contraintes du mariage et de la maternité.

Le Statut des Enfants Morts-Nés: Entre Désespoir et Espoir de Salut

La mort d'un enfant avant ou peu après la naissance était une tragédie particulièrement poignante dans l'Antiquité tardive, marquée par des croyances religieuses spécifiques concernant le salut de l'âme.

L'Absence de Baptême et le Limbe des Enfants

L’enfant nouveau-né est le symbole de l’innocence et de la fragilité et la naissance d’un enfant mort-né a toujours été un drame : le fruit mort avant d’avoir vécu, la désespérance des parents, le sentiment d’avoir commis quelque erreur, la culpabilisation… Or, l’arrivée d’un enfant mort, alors qu’on attendait de lui le prolongement du couple et de la lignée, était sans doute encore plus vivement ressentie aux siècles passés, au temps du catholicisme triomphant. Loin d’être insensibles à un tel drame, les parents redoutaient en effet le sort qui attendait l’enfant mort sans baptême, puisque l’absence du sacrement qui sauvait à la vie éternelle vouait l’innocent au Limbe des en fants, le « Limbus puerorum », cet espace de souffrance où le magistère religieux voulait depuis le XIIIe siècle qu’il soit privé de la vision de Dieu : la peine du Dam. Son âme était destinée à errer pour l’éternité et à venir importuner les vivants. Quant à son corps, interdit de sépulture dans l’espace communautaire, il était enterré dans un jardin, un champ ou un pré, comme une bête… Telles étaient alors les « justices de l’au-delà ». On peut comprendre que les parents aient tout fait pour que l’enfant échappe alors à sa triste destinée.

Lire aussi: Informations: deuil périnatal

Dans la croyance chrétienne, le baptême était essentiel pour assurer le salut de l'âme et son entrée au paradis. Les enfants morts avant d'avoir pu être baptisés étaient considérés comme exclus du royaume des cieux, condamnés à errer dans un lieu liminal appelé le "Limbe des enfants". Cette croyance suscitait une grande angoisse chez les parents, qui cherchaient par tous les moyens à assurer le salut de leur enfant.

Les Sanctuaires à Répit: L'Espoir d'un Miracle

Restait en effet une issue : exposer le petit cadavre devant une « image » miraculeuse. Si cette naissance ratée ébranle toute la famille, elle est ressentie par la mère comme une frustration, comme une dépossession affective, d’autant plus que l’entourage lui refuse fréquemment de voir l’enfant mort qu’elle vient de mettre au monde. Entre les pleurs et les prières à la Vierge et aux saints, elle insiste à nouveau pour qu’on lui présente le nouveau-né dont on lui avait d’abord caché la triste destinée… Sous prétexte de ne pas raviver sa douleur, on cesse même de lui en parler. Comme si la mère pouvait oublier ce qu’elle ressent comme un grave échec. Ce corps soustrait la met dans l’incapacité d’assumer correctement le deuil de son enfant. La femme se sent en effet investie d’un rôle essentiel dans la transmission de l’espèce et l’on comprend qu’elle mette tant d’insistance à ce que l’enfant soit sauvé. Il y va en effet de son honneur d’assurer la réinsertion d’un enfant perdu dans l’univers symbolique des hommes, dans le corps commun de la lignée. Or, voilà qu’à l’angoisse de laisser perdre une âme se mêle maintenant une crainte : et si l’innocent n’était pas vraiment mort…. ? On en raconte tant de ces histoires qui font état de macabres découvertes longtemps après l’ensevelissement… La peur de l’enterré-vif lui fait redouter le pire. Imaginer qu’on ait pu porter en terre un petit innocent qui ne demandait qu’à vivre lui est insupportable !

Pour tenter d'éviter ce sort funeste, les parents recouraient à des pratiques religieuses spécifiques, notamment l'exposition du corps de l'enfant mort-né devant une image miraculeuse, souvent une statue de la Vierge Marie. L'espoir était qu'un miracle se produise et que l'enfant revienne à la vie, ne serait-ce que momentanément, pour pouvoir être baptisé et ainsi accéder au salut éternel. Ces lieux de dévotion étaient connus sous le nom de "sanctuaires à répit".

Les "Signes de Vie" et l'Interprétation du Miracle

Un cas daté de 1428, rapporté en 1651 par un homme d’Église, témoigne de cette fascination pour tous ces innocents qui ont séjourné dans les entrailles de la terre avant de donner des « signes de vie ». Cette année-là, une femme d’une paroisse proche de Cambrai accouche d’un enfant mort. Elle en est très affectée, mais l’enfant est enterré. Il y a maintenant quinze jours qu’il est sous trois pieds de terre quand alternant prières et protestations, elle finit par venir à bout des réticences de son époux. L’enfant est déterré, et c’est alors que l’on constate, à la stupéfaction générale, que le corps loin d’avoir été miné par la décomposition est en parfait état : « Ils trouvèrent ce petit poupon beau, d’une couleur naturelle, vive et vermeil e comme une rose. Il n’y avoit aucune marque de mort en tout son corps, ny aucune foulure ny blessure, sauf en une des machoires qui sembloit estre un peu froissée de terre. Jamais personne ne fut plus estonné que furent ces bonnes gens à ce spectacle ; il ne savoient s’ils devoient rire ou pleurer, dans leur estonnement, ny croire ce qu’ils voioient ». Il faut bien entendu faire la part de l’hagiographie à la lecture d’un tel témoignage, mais nul doute que de nombreux enfants furent ainsi enterrés puis déterrés. Il arrive que le petit cadavre ne soit pas accepté dans l’église et qu’on l’expose dans une niche spécialement aménagée à l’extérieur du sanctuaire, mais en général, après avoir poussé la porte du lieu saint, les pèlerins se dirigent vers la chapelle où est installée la statue de la Vierge miraculeuse. Ils déposent le corps sur l’autel, le plus souvent sur le marchepied de l’autel, parfois sur une table installée à proximité. La rigidité du cadavre empêche parfois de procéder à une présentation correcte du corps : impossible d’allonger les jambes et de joindre les mains de l’enfant… Autour de sa dépouille, les pèlerins, accompagnés maintenant de personnes pieuses du lieu assemblées à son de cloche, commencent à implorer la Vierge. Tous sont conscients de la gravité du moment. L’attente commence… On prie, on allume des cierges, on fait dire des messes, on chante les litanies de la Vierge tout en surveillant attentivement le petit cadavre. Mieux faudrait d’ailleurs dire les petits cadavres lorsqu’il s’agit d’un sanctuaire très fréquenté : ainsi, à Moustiers-Sainte-Marie, voit-on couramment deux, trois, voire quatre enfants alignés autour desquels s’affairent les pèlerins. Tous détaillent des yeux ces corps dont on espère qu’ils vont revenir à la vie… Lequel sera le premier à bénéficier d’une grâce ? Il arrive souvent que le curé intervienne pour faire retirer l’un des cadavres qui entre décidément en putréfaction et incommode l’assistance. Les personnes qui ont amené les autres enfants s’en trouvent confortées dans leur espoir de réussir puisque les autres petits corps sont toujours intacts… Et voici que l’un des fidèles, plus attentif sans doute que les autres, commence à observer le début d’un changement sur le cadavre d’un innocent. Il s’empresse d’annoncer à tous la nouvelle, car il y a une grande fierté à être le premier à pressentir le retour de la vie dans un corps inerte. La tension en effet n’a cessé de croître dans ce huis clos paradoxal, réunissant autour du cadavre d’un enfant, des hommes et des femmes venus d’horizons divers que le hasard a assemblés là. Après des heures, des jours et des nuits d’attente patiente ou fébrile, leur requête a enfin été entendue !

Les pèlerins surveillaient attentivement le corps de l'enfant, à l'affût du moindre signe de vie. Ces signes pouvaient inclure un changement de couleur de la peau, une sensation de chaleur, un mouvement des yeux ou des membres, ou même un soupir. L'interprétation de ces signes comme des manifestations du miracle était souvent subjective et influencée par la ferveur religieuse des participants.

Lire aussi: Définitions: Prénatal et Périnatale

Le 3 janvier 1708, on apporte au sanctuaire de Moha, dans la vallée de la Meuse en Belgique, le cadavre d’un enfant mort-né dont la mère a accouché la veille. Il est exposé devant l’image de la Vierge du Rosaire fort réputée dans la région pour les miracles qu’elle accomplit. Deux semaines passent sans que l’on note le moindre changement sur le corps qui est toujours « froid et roide ». Mais ce jour-là, sur les quatre heures du soir, le curé qui encourageait l’exposition du corps des enfants mort-nés dans son sanctuaire remarque, en arrivant à l’église, que « tout le corps changeoit en coulleur vermeille ». Lui posant la main sur le ventre, il lui trouve une chaleur modérée et quelques minutes plus tard, il l’estime « chaud et en sueur ». L’enfant à qui on avait croisé les mains sur l’estomac les détache : elles glissent le long du corps et tombent sur la table. Et voilà que la plume que l’on avait posée sur ses lèvres se met à bouger, « haussant et se baissant plusieurs fois (..), de quoi il fut jugé que l’enfant soupiroit ». C’est alors que la créature remet ses mains sur son estomac, avant de les laisser pendre à nouveau le long de son corps. Le curé qui relate les faits rapporte ensuite qu’il « vit l’enfant pousser trois soupirs et la poitrine s’eslever et la veine qui traverse le front d’une couleur rouge et battante ». Ne doutant plus décidément de la réalité des signes de vie, le curé « baptisat sous condition ledit enfant ». Il ne s’agit pas de se prononcer sur la réalité du miracle ou de s’interroger sur une éventuelle manipulation, mais de prendre en considération une pratique populaire largement diffusée et aujourd’hui totalement oubliée.

Les Explications Médicales des "Signes de Vie"

Examinons de plus près ce rituel du désespoir. Exposer un corps mort devant une image miraculeuse n’est pas un geste exceptionnel en ces temps de foi. Les annales des sanctuaires relatent des cas de retour durable à la vie de personnes que l’on avait cru mortes des suites d’un accident. Et les textes hagiographiques reprennent constamment, en citant les miracles du Christ et des saints, des cas de retours définitifs à la vie, les plus emblématiques étant sans doute ceux du Lazare sortant de son tombeau et de la fille de Jaïre se redressant sur la couche où on l’avait vue morte. Et puisque ces retours en arrière, de la mort à la vie, sont jugés possibles, à l’image du modèle évangélique, pourquoi le retour temporaire à la vie d’un enfant mort-né ne le serait-il pas ? Des « signes de vie » ? Les « signes de vie » s’inscrivent d’abord dans une géographie du corps de l’enfant, mais si toutes les parties sont affectées, elles réagissent différemment selon l’âge du fœtus à la naissance : enfant à terme ou avorton de quelques mois de conception. L’apparition de ces signes obéit également à des facteurs externes : température ambiante et temps écoulé depuis l’accouchement.

La morphologie des « signes de vie » qui se manifestent au sanctuaire à répit est aujourd’hui bien connue. Pour l’assistance, il ne fait aucun doute que le principe vital réside dans la tête et la poitrine ; ce sont donc les parties du corps que l’on surveille et que l’on touche fréquemment. C’est habituellement le changement de couleur à la face, au ventre ou à la poitrine qui annonce la mutation de l’état du corps. Il s’agit toujours d’une couleur vive qui tranche avec la teinte cadavéreuse que l’enfant présentait à son arrivée au sanctuaire : « De pâle bleu que ses lèvres étaient, lui sont devenues entièrement vermeilles et rouges comme du sang ». Ce premier signe s’accompagne fréquemment de chaleur. Puis d’autres manifestations apparaissent. Les assistants « sentent le corps et principalement la tête dudit enfant être chaude et la veine de la tempe battre ». Ils se persuadent alors que la vie interne reprend son cours puisque le pouls se rétablit… Et voilà que la respiration semble réapparaître : on sent « les souffles sensibles de son haleine… Des épanchements aqueux accompagnent ces manifestations : salive, larmes, sueur abondante. Du sang coule par les narines, l’oreille ou le nombril. Or, plus que tout autre signe, le sang est aux yeux des assistants le symbole de la vie. Et puis il y a les mouvements qui agitent le corps ; les bras et les jambes qui changent de place, et surtout l’ouverture des paupières… Ces hommes et ces femmes harassés de fatigue, après des jours et des jours passés à veiller le corps ont beau se rendre compte qu’ils ne parviennent pas à croiser le regard vide de l’enfant, ils ne veulent retenir de cet instant que le sentiment exquis d’avoir enfin atteint le but : leur foi persévérante a triomphé de l’adversité… De cet enfant sans âme, on a fait un « enfant du Ciel » puisqu’il est sauvé ! Comment devant ces « preuves » éclatantes, plus « évidentes » les unes que les autres, les assistants pourraient-ils douter un instant de la « réalité » du miracle ? Le caractère spectaculaire de ce « retour en arrière », contre toute logique humaine qu’est le « répit », la fréquente dramatisation de la scène, tout contribue à faire du miracle des mort-nés un miracle sans pareil ! La manifestation des « signes de vie » peut être de durée variable.

La médecine moderne offre des explications rationnelles à ces "signes de vie". Les changements de couleur de la peau, la sensation de chaleur et les mouvements musculaires peuvent être attribués aux processus de décomposition du corps, qui libèrent des gaz et provoquent des contractions musculaires. Dans certains cas, il est possible que l'enfant n'ait pas été réellement mort, mais dans un état de mort apparente, et que les soins prodigués par les pèlerins aient contribué à le réanimer.

Le Rôle des Matrones et des Hommes de l'Art

L’examen des signes de vie conduit à formuler deux hypothèses. Dans la première, l’enfant n’est pas réellement décédé ; la mort n’est qu’apparente et il s’agit donc pour l’homme de l’art de le réanimer, de mettre fin à un coma prolongé en usant des moyens adéquats que préconise la science médicale de l’époque. Dans l’autre cas, l’enfant est bien mort et l’analyse des signes de vie prend une tout autre dimension. Le comportement du corps du nouveau-né dans les heures et les jours qui suivent sa mort peut être appréhendé de manière assez satisfaisante à partir des travaux de médecine légale. Trois moments successifs sont perceptibles. Le premier temps est d’abord celui de la naissance d’un enfant mort au corps mou, humide et chaud, pâle et inerte. Sa flexibilité est due à l’alcalinité naturelle des tissus musculaires. Nombre de documents font le constat du décès ; on insiste alors sur la raideur cadavérique (« il était raide comme bâton »), la lividité du corps (« il était tout noir, tant au visage que par tout le corps ») et sur l’odeur qu’il dégageait (« flairant et puant »). Lorsque le décès du fœtus est antérieur à l’accouchement, il arrive que le corps soit très altéré. Le deuxième temps est celui du refroidissement du corps, qui commence immédiatement après la naissance, la déperdition de chaleur étant sur un petit corps proportionnellement plus rapide que chez l’adulte. Ce refroidissement s’accompagne d’une contraction générale des muscles qui s’acidifient et, au bout de quelques dizaines de minutes, la rigidité cadavérique apparaît. Refroidissement et rigidité se manifestent plus ou moins vite suivant la saison : la chaleur accélère le processus, le froid le retarde. Le retour de la flexibilité du corps et son réchauffement relatif, partiel -ce sont la face et le ventre, qui sont principalement concernés- constituent une troisième étape de cette évolution. L’alcalinité réapparaît progressivement, le laps de temps pouvant varier entre trois à quatre heures et deux jours. C’est alors que commence la décomposition du corps, caractérisée par le relâchement des muscles et des sphincters, la remontée de la partie supérieure du thorax qui fait pression sur l’estomac. Exceptionnellement, des bruits proches du spasme, du gémissement ou du sanglot se font entendre qui proviennent des viscères, de l’estomac ou de la mâchoire qui se décontracte. Les membres bougent, l’œil s’ouvre… On comprend que de telles manifestations aient fortement impressionné l’assistance et accrédité l’idée que, décidément, quelque chose d’extraordinaire se produisait.

Matrones, chirurgiens ou médecins, sont invité à témoigner de la réalité des « signes de vie » que les assistants voient apparaître sur le corps de l’enfant. Le comportement de la matrone est loin d’être uniforme. Le plus souvent pourtant, on la voit jouer un rôle actif au sein du groupe de femmes qui implorent la Vierge ou le saint intercesseur, mais dans certains sanctuaires, elle reste au contraire plus extérieure aux évènements. Elle surveille, juge et confère « le petit baptême »à la demande des assistants. Le témoignage de l’homme de l’art ou de l’accoucheuse est, à l’évidence attendu des contemporains, car l’avis que donnent ceux-ci est capital pour assurer la validation du cas et éviter un litige ultérieur. Leur fonction, leur expérience des accouchements les amènent tout naturellement à s’exprimer, en tant que spécialistes du corps, sur les signes de vie et de mort constatés successivement chez un nouveau-né.

La présence de matrones (sages-femmes) et d'hommes de l'art (médecins) était importante pour authentifier les "signes de vie" et valider le miracle. Leur expertise était sollicitée pour distinguer les véritables signes de vie des phénomènes liés à la décomposition du corps. Leur témoignage pouvait apporter un certain réconfort aux parents et renforcer leur foi dans le miracle.

tags: #christianisme #antique #période #périnatale

Articles populaires: