Introduction

La dépression post-partum (DPP) est une complication fréquente de la grossesse et de l'accouchement, ayant des conséquences potentiellement graves pour la mère, l'enfant et la famille. La France se caractérise par une large utilisation de l’analgésie périmédullaire pour l’accouchement. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à son apparition, notamment la douleur pendant l'accouchement et après celui-ci, les complications obstétricales et le type d'anesthésie utilisé lors de l'accouchement. Cet article examine les études récentes portant sur le lien entre l'analgésie péridurale, d'autres facteurs liés à l'accouchement et le risque de dépression post-partum.

Douleur de l'accouchement, Analgésie et Dépression Post-Partum

Une étude a été menée pour évaluer la douleur (le Questionnaire de la Douleur de Saint-Antoine, échelles visuelles analogiques), la dramatisation de la douleur (la Pain Catastrophizing Scale) la satisfaction (Childbirth Experience Questionnaire), la dépression (Edinburgh Postnatal Depression Scale) et les symptômes de stress post-traumatique (L’Impact of Event Scale-revised). Les équipes proposaient systématiquement du paracétamol pour le post-partum.

Les chercheurs ont observé que plus de 25% des femmes avaient une tendance élevée à la dramatisation dans les jours suivant la naissance et plus de 19% manifestaient un état dépressif, 10% un stress aigu, et presque 3% indiquaient un stress post-traumatique. Les scores moyens aux questionnaires étaient similaires entre les primipares et multipares, à l’exception de l' Edinburgh Postnatal Depression Scale (plus important pour les primipares).

Les chercheurs ont mis en évidence une corrélation significative entre la douleur de l’accouchement, celle du post-partum immédiat, puis à 6 semaines avec les symptomatologies dépressives et traumatiques. Si l’étude présente des limites (faible échantillon, un fort taux d’anesthésie péridurale, étude sur 2 maternités de type 2, le contrôle de l’utilisation d’autres antalgiques dans le post-partum…), les auteurs soulignent " l’importance de prendre en charge la douleur de l’accouchement et du post-partum ". En effet, bien que l’analgésie péridurale soit largement utilisée en France, plus d’un tiers des femmes accouchant par voie basse signalaient ressentir une douleur sévère à l’expulsion (c’est-à-dire, évalué par un score ≥ 7 sur l’échelle numérique simple) dans l’enquête nationale périnatale de 2021. Ces douleurs aiguës ne sont pas sans conséquence puisque des études suggèrent qu’elles seraient impliquées dans le risque de dépression du postpartum.

Satisfaction vis-à-vis de la prise en charge de la douleur

Une enquête a été menée dans 25 maternités afin d’évaluer l’association entre le recours à l’analgésie péridurale et la satisfaction des mères vis-à-vis du comportement des soignants en salle de naissance. Bien que l’analgésie péridurale ne semble pas influencer de manière significative la satisfaction globale, la prise en compte de la douleur demeure un enjeu en son absence. En France, malgré l’efficacité de l’analgésie péridurale, 10 % des femmes expriment une insatisfaction concernant la considération de leur douleur par les soignants. Une expérience négative de l’accouchement peut entraîner des conséquences graves pour les mères, comme l’état de stress post-traumatique et la dépression post-partum.

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Anesthésie Générale pour Césarienne et Risque de DPP

Les données de l’enquête nationale française sur la mortalité maternelle montrent que le suicide est la première cause de mortalité maternelle à 1 an en France. Il a été établi que les complications obstétricales sont associées à une augmentation du recours à l’anesthésie générale (AG) et du risque de dépression du post-partum (DPP). Les données d’une étude rétrospective conduite par la même équipe avaient suggéré une association significative entre AG et DPP sévère (OR = 1,54) et risque suicidaire (OR = 1,91) chez plus de 400 000 patientes opérées d’une césarienne dont 34 356 sous AG.

Une étude rétrospective sur 325 840 patientes, avec un suivi d’un an, a été menée. L'étude a été ajustée par appariement par score de propension sur 44 variables, dont antécédents psychiatriques et complications obstétricales. Elle incluait les DPP diagnostiquées en ambulatoire ou aux urgences (75 % des cas) en plus des DPP hospitalisées. Les résultats de cette étude suggèrent de privilégier les techniques d’anesthésie péri-médullaire pour césarienne chaque fois que cela est possible. Ils pourraient également suggérer d’éviter le recours systématique à l’anesthésie générale dans les situations anxiogènes avec complication obstétricale aiguë (par exemple, césarienne code rouge sans cathéter péridural en place).

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