L'accouchement sans péridurale, un choix motivé par des convictions personnelles, fascine autant qu'il intimide. Alors que la péridurale est largement répandue en France, certaines femmes optent pour une mise au monde naturelle, s'appuyant sur leur corps, leur esprit et le soutien de leurs proches. Cet article explore les motivations de ces femmes, les outils à leur disposition pour gérer la douleur, et la fameuse "phase de désespérance" qui peut survenir pendant le travail.
Un choix personnel et motivé
En France, en 2016, 82,6 % des femmes ayant accouché par voie basse ont eu recours à la péridurale pour soulager leurs douleurs. Malgré cette forte proportion, certaines femmes choisissent de vivre l'accouchement sans cette analgésie. Pour Sevim, 40 ans, la péridurale représente une substance chimique non sans risque, source d'inquiétude plutôt que de réconfort. Elle se demande pourquoi y recourir alors qu'elle se sent capable d'accoucher naturellement. Marie-Agnès, 58 ans, avant son premier accouchement, se faisait confiance, forte de l'expérience des femmes qui l'ont précédée.
Ces femmes font face à un défi, car dans l'imaginaire collectif, accouchement naturel rime avec douleur intense. Bien que la douleur soit une composante de l'accouchement, il est essentiel de rappeler qu'elle varie considérablement d'une femme à l'autre. Cette douleur provient des contractions, qui permettent l'ouverture du col de l'utérus et la descente du bébé dans le bassin. L'intensité et la fréquence des contractions augmentent au fur et à mesure de la dilatation du col.
Gérer la douleur : des outils à disposition
Pour faire face à la douleur, les femmes qui accouchent sans péridurale disposent de plusieurs outils. Sevim, par exemple, s'est conditionnée psychologiquement en se répétant "ça va passer" et en regardant l'horloge. D'autres techniques incluent la sophrologie, l'haptonomie et les exercices de respiration. La liberté de mouvement est également primordiale. Marie-Agnès a accouché assise, sur un siège dédié, afin de favoriser la mobilité de son corps. Julie, quant à elle, a utilisé un bain chaud pour soulager les douleurs dans le bas du dos et a adopté différentes positions (debout, accroupie) pour faciliter la descente et l'expulsion de son fils.
Qui sont ces femmes ?
Certains s'interrogent sur les raisons qui poussent ces femmes à refuser la péridurale. Sont-elles des "bobos écolo" ou des "masochistes" ? Selon Maud Arnal, sage-femme doctorante en sociologie à l'EHESS, ce choix peut être motivé par une volonté de revendiquer l'appropriation de son corps et de ré-humaniser la naissance. La transmission familiale joue également un rôle important, l'expérience des mères ou des grands-mères pouvant influencer la décision.
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Maud Arnal souligne que la douleur de l'accouchement a un but, contrairement à d'autres douleurs comme celle ressentie chez le dentiste. Marie-Agnès décrit la sensation de sentir le bébé descendre et avancer à l'intérieur de soi, contraint et poussant pour venir au monde.
La phase de désespérance : un moment clé
La sage-femme Francine Dauphin souligne l'existence d'une "phase de désespérance" qui peut survenir lorsque le col est complètement ouvert. À ce moment, les douleurs sont très intenses et les femmes peuvent paniquer, se disant qu'elles ne vont pas y arriver. Marie-Agnès se souvient encore de cette "tension" qu'il ne faut pas laisser durer.
Maud Arnal estime que le manque de représentations et d'exemples d'accouchement sans péridurale depuis les années 1980 contribue à la peur qu'il suscite. Dans une société "anti-doloriste" où la douleur est à traiter coûte que coûte, l'accouchement naturel peut être perçu comme une épreuve extrême.
Incompréhension et accompagnement
Les femmes qui ne souhaitent pas de péridurale peuvent se heurter à l'incompréhension de leur entourage ou du personnel médical. Certains médecins considèrent la péridurale comme le meilleur outil disponible et peuvent percevoir le refus comme un rejet de la modernité. Francine Dauphin regrette que l'accouchement naturel soit réduit aux souffrances qu'il engendre. Elle insiste sur l'importance d'un accompagnement durant la grossesse et d'un contexte rassurant le jour J pour bien accueillir et gérer les sensations.
Contrairement aux idées reçues, l'accouchement naturel n'est pas forcément plus long, au contraire. Francine Dauphin rappelle que la péridurale peut modifier la dynamique du travail. La fille de Sevim est ainsi venue au monde en deux heures, et Julie évalue la durée de ses poussées à 15 ou 20 minutes.
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Après l'arrivée du bébé
Sévim décrit "le calme après la tempête" une fois la ligne d'arrivée atteinte. Julie souligne qu'on n'est pas amorphe ou endormie, mais au contraire portée par l'excitation physique et mentale. Si l'accouchement se déroule correctement, les femmes se mettent debout et marchent rapidement. Julie est remontée à pied dans sa chambre quatre heures après la naissance de son fils.
Marie-Agnès décrit la sensation que "tout a été chahuté à l'intérieur, que tout est un peu parti avec le bébé". Malgré les douleurs et les tiraillements, aucune ne regrette son choix.
La péridurale : un choix possible à tout moment
Francine Dauphin insiste sur le fait qu'il ne faut pas diaboliser la péridurale et que la demander n'est pas un échec. Elle rappelle que les femmes sont capables d'accoucher naturellement et qu'elles ont deux grands complices : leur corps, qui sait accoucher si on le laisse faire, et le bébé, qui se laisse guider.
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