L'avortement, un droit fondamental pour les femmes, est de plus en plus ciblé par des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. Ces campagnes, souvent orchestrées par des groupes anti-IVG, visent à influencer les jeunes femmes et à les dissuader d'exercer leur droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Cet article examine les tactiques utilisées par ces groupes, leurs motivations et l'impact de leurs actions sur la société.

L'essor de la désinformation anti-IVG sur les réseaux sociaux

Récemment, un rapport de la Fondation des Femmes et de l’organisation britannique ISD a mis en lumière les stratégies de mobilisation anti-avortement sur les réseaux sociaux, notamment la diffusion de fausses informations. Ce rapport révèle comment la galaxie des anti-avortements utilise les réseaux sociaux pour menacer le droit à l’IVG en propageant des informations trompeuses destinées aux jeunes utilisatrices.

Ces groupes créent des profils sur Instagram d’adolescentes qui cherchent à s’informer sur l’avortement en cliquant sur des mots-clés consacrés ou en s’abonnant à des comptes comme celui du planning familial. Ils observent ensuite comment les algorithmes de recommandation se comportent. Quelques jours après, sur leur fil d’accueil, un cinquième des contenus vidéos Reels représentent un contenu dissuasif ou potentiellement trompeur.

Ces discours nourrissent des affirmations fallacieuses sur la souffrance présumée du fœtus avorté ou sur les effets secondaires de l’IVG. Ils ne présentent que des témoignages d’expériences négatives, impossibles à vérifier.

IVG.net et ses extensions sur les réseaux sociaux

Une page Facebook, extension du site IVG.net, fondé par un couple de militants catholiques anti-avortement férus de numérique, est un exemple frappant de cette désinformation. Cette page publie des témoignages de femmes dépressives depuis leur avortement, ciblant particulièrement les jeunes femmes de moins de 30 ans.

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Ces témoignages se suivent et se ressemblent, dressant le portrait de femmes dépressives depuis leur avortement. Sur les douze témoignages sponsorisés le 4 juillet, neuf sont présentés comme provenant de femmes ayant moins de 25 ans lorsqu’elles ont appris leur grossesse, dont une mineure.

Ces témoignages sont presque toujours accompagnés de photographies issues de banques d’images, souvent associées aux mots-clés « adolescente en dépression », « adolescente en pleurs » ou encore « maux de tête ». Cela soulève des questions sur la véracité des témoignages mis en avant, qui racontent des parcours similaires, de l’avortement contraint par un tiers (conjoint, famille, personnel soignant) à la dépression.

Marie Philippe, l’une des fondatrices d’IVG.net, appuie son propos en citant 78 « articles scientifiques ». Cependant, ces articles proviennent souvent des mêmes chercheurs, et leur valeur scientifique est remise en cause par des experts. Laurence Esterle, directrice de recherche au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (Cermes3), a analysé en 2013 de nombreuses études concernant les suites de l’avortement et a conclu que les deux seuls articles qui font preuve d’une bonne méthodologie montrent que l’IVG n’augmente pas le risque de développer des troubles mentaux si on prend en compte les antécédents de troubles mentaux.

Qui se cache derrière ces campagnes de désinformation ?

Dans la cartographie des émetteurs de contenus, on retrouve des sites ou personnalités catholiques conservatrices, des royalistes et des militants venus de l’extrême droite. Ces groupes ont une grande expertise sur le fonctionnement des réseaux sociaux, de leur mécanique algorithmique et des stratégies d’amplification des messages.

Le parti dispose historiquement d’une grande expertise sur le fonctionnement des réseaux sociaux, de leur mécanique algorithmique et des stratégies d’amplification des messages.

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L'impact sur les jeunes femmes et le droit à l'IVG

Ces campagnes de désinformation ont un impact significatif sur les jeunes femmes, qui sont particulièrement vulnérables à ces messages trompeurs. Elles peuvent être dissuadées d'exercer leur droit à l'IVG, ou peuvent être amenées à prendre des décisions basées sur des informations erronées.

Les deux organisations à l’origine du rapport alertent sur la difficulté pour une utilisatrice de pouvoir s’informer correctement sur le droit à l’avortement sans être exposée à de la désinformation. Surtout dans une période où le droit à l’avortement est remis en question à l’ouest dans certains États américains et à l’est où la législation se durcit dans plusieurs pays d’Europe comme la Pologne ou la Hongrie.

Réponse du gouvernement et des associations

Face à cette menace, le gouvernement français et les associations de défense des droits des femmes ont mis en place des mesures pour lutter contre la désinformation et garantir l'accès à une information fiable sur l'IVG.

La ministre déléguée en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes rappelle que l'interruption volontaire de grossesse est légale en France. Elle souligne que, dans un cadre européen et international inquiétant au regard des tentatives de reculs observées, son accès sur le territoire national fait l'objet d'une vigilance constante.

De nombreuses associations s'engagent au côté des acteurs institutionnels via leur rôle de lobby et de promotion des droits des femmes pour faire face aux associations privilégiant des positions anti-choix.

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Le Gouvernement porte depuis de nombreuses années des dispositifs permettant à toutes les personnes qui le souhaitent d'obtenir des informations justes, précises et complètes quant à la santé sexuelle, dont les droits reproductifs. Ainsi, le numéro vert national « Sexualités, contraception, IVG », offre, depuis 2015, une écoute gratuite et anonyme, 6 jours sur 7. Les écoutants transmettent des informations objectives et orientent vers les structures adaptées.

De même, les établissements d'information, de consultation ou de conseil familial (EICCF, désormais appelés Espace vie affective, relationnelle et sexuelle) qui sont des services de premier accueil et d'orientation vers des acteurs spécialisés, informent, au côté des centres de planification et d'éducation familial (CPEF), sur les droits en matière de vie affective, relationnelle et sexuelle et contribuent au renforcement de l'estime de soi et au respect de l'autre.

Enfin, un groupe de travail a récemment été mis en place au ministère des solidarités et de la santé pour faire évoluer le contenu du site IVG.gouv.fr.

Par ailleurs, le délit d'entrave à l'IVG est, depuis 1993, reconnu par la loi. La loi du 4 août 2004 a étendu le délit d'entrave à la perturbation de l'accès aux femmes à l'information sur l'IVG. La loi de 2017 étend le délit d'entrave à l'IVG à de nouvelles pratiques qui apparaissent sur internet.

En 2017, un texte de loi a étendu le délit d’entrave à l’avortement aux sites internet, ce qui explique que Google est moins utilisé aujourd’hui à ces fins que les réseaux sociaux où se reporte cette mobilisation anti-avortement.

Seul YouTube dispose de règles claires pour lutter contre certaines fausses informations sur l’avortement. La plateforme américaine interdit les contenus qui contredisent les recommandations des autorités sanitaires locales ou de l’OMS. Évidemment, la modération est défaillante.

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