L'Espagne, à l'approche des élections et dans un contexte de mobilisation féministe croissante, est le théâtre de débats passionnés sur des questions de société telles que le féminisme, l'avortement (IVG) et la mémoire du franquisme. L'arrivée de Pablo Casado à la tête du Parti Populaire (PP) a marqué un tournant à droite, ravivant ces controverses et polarisant davantage le paysage politique.

La mobilisation féministe et la grève du 8 mars

Depuis plusieurs années, les collectifs de femmes en Espagne font du 8 mars une journée de grève pour revendiquer l'égalité et dénoncer les violences de genre. À l'instar de leurs homologues islandaises des années 1970, les Espagnoles réitèrent leur appel à cesser le travail, les études et la consommation, et à chômer à la maison. Leur manifeste, porteur du slogan « Nous sommes imparables, féministes toujours », trouve un écho important dans les assemblées de femmes à travers le pays.

Lors du 8 mars 2018, la grève avait été observée par six millions de salariés, marquant ainsi l'ampleur de la mobilisation féministe en Espagne. À l'approche d'une nouvelle mobilisation pour les droits des femmes, le féminisme est au centre des débats entre les partis espagnols, de la gauche à l'extrême droite, déjà en campagne électorale. Syndicats, associations féministes et partis de gauche ont appelé à un arrêt de travail d'au moins deux heures, espérant rééditer la grève et les manifestations massives qui avaient mobilisé des millions de personnes à travers le pays l'an dernier.

Le positionnement de Pablo Casado et du PP

L'arrivée de Pablo Casado à la tête du PP a marqué un tournant à droite du parti. Lors de sa campagne, il a refusé d'admettre que le fait d'être une femme soit « un mérite » ou « un argument de poids ». Il envisage de mettre en place des mesures conservatrices, telles que l'interdiction des partis indépendantistes et un retour à la loi de 1985 sur l'avortement, qui n'autorise l'IVG que dans trois cas : risque de santé pour la mère, grossesse suite à un viol, malformations physiques ou mentales graves de l'enfant à naître. Casado s'oppose également à la légalisation de l'euthanasie proposée par le gouvernement de Pedro Sánchez.

Bien que défendant les mesures contre les violences machistes, le PP a durci son discours face à la surenchère de Vox. Pablo Casado a ainsi déclaré qu'il ne fallait pas « tomber dans ce que dit la gauche, à savoir protéger encore plus les femmes. Qu'allons-nous faire ? Les escorter dans la rue ? ». Ces déclarations ont suscité un malaise, même au sein de son propre camp.

Lire aussi: Enfants d'Escobar : des vies sous le poids d'un nom

L'IVG au cœur des controverses

La question de l'avortement est un sujet de division en Espagne. Adolfo Suárez Illana, numéro 2 de la liste du PP dans la circonscription de Madrid, s'est ouvertement prononcé contre l'avortement, estimant qu'« avoir 100 000 avortements par an dans notre pays, c'est de la folie furieuse ». Ces déclarations ont embarrassé le PP, qui ne compte pas revenir sur la loi qui autorise l'IVG jusqu'à la 14e semaine de grossesse.

À droite, le Parti populaire (PP) et Ciudadanos veulent se démarquer de ce discours, sans pour autant appeler à participer aux mobilisations du 8 mars. Le parti de centre-droit Ciudadanos a ainsi présenté un manifeste pour un « féminisme libéral ». « Personne n'a le monopole du féminisme », a défendu sa porte-parole Inés Arrimadas. Le PP a également mis en sourdine le discours critique sur l'IVG de son président Pablo Casado et parle désormais de résorber les inégalités salariales et de favoriser l'entrée des femmes sur le marché du travail.

La loi contre les violences de genre

L'Espagne a fait de la lutte contre les « violences de genre » un combat national, aboutissant en 2004 à l'adoption d'une loi qui vise à couvrir leurs dimensions sociales, judiciaires et éducatives. Cette loi a été votée à l'unanimité au Parlement et soutenue par « plus de 80% de la population ». Pour renforcer ces mesures, un « pacte d'État » a prévu en 2017 un budget d'un milliard d'euros sur cinq ans.

Cependant, le parti d'extrême droite Vox s'oppose à cette loi, qu'il juge « idéologique » et « discriminatoire » envers les hommes. Cette position suscite une vive controverse et met en lumière les tensions autour de la question du genre en Espagne.

La mémoire du franquisme

La question de la mémoire du franquisme reste un sujet sensible en Espagne. Le gouvernement socialiste a approuvé un décret permettant l'exhumation de l'ancien dictateur Franco de son mausolée de Valle de los Caidos, estimant que sa place n'est pas dans ce lieu. Cette décision suscite la polémique, la famille de Franco et l'opposition s'y opposant fermement.

Lire aussi: L'ascension et la chute d'Escobar

Pablo Casado a dénoncé cette initiative, estimant qu'il importe plus à Pedro Sanchez de « ressusciter les fantômes du passé que de tenter de séduire les gens avec l'avenir ». Cette controverse met en évidence les divisions persistantes au sein de la société espagnole concernant l'héritage du franquisme.

Lire aussi: L'engagement de Pablo Pillaud-Vivien analysé

tags: #pablo #casado #ivg #espagne

Articles populaires: