Depuis l'aube des temps, le cycle menstruel féminin est intimement lié à la Lune et à son cycle. Cette connexion ancestrale a engendré des croyances, des traditions et une fascination persistante. Mais au-delà du folklore, que révèle la science sur cette synchronisation potentielle ? Une nouvelle étude, publiée dans la revue Science Advances, explore cette relation complexe, mettant en lumière l'influence d'une horloge interne et l'impact occasionnel du cycle lunaire.
Le Cycle Menstruel: Un Voyage Hormonal Complexe
Le cycle menstruel, ou cycle ovulatoire classique, est un processus physiologique complexe d'une durée moyenne de 29,3 jours chez l'humain, bien qu'il puisse varier d'une personne à l'autre et d'un cycle à l'autre chez une même personne. Il débute au premier jour des menstruations et se divise en trois phases distinctes, chacune dédiée à un processus spécifique lié à l'ovulation, qui survient généralement autour du 14e jour du cycle.
C'est la puberté qui marque le commencement de ce voyage, déclenchée par l'action de l'hypophyse qui stimule les ovaires à produire des oestrogènes. Les ovules commencent à mûrir dans les follicules, préparant ainsi le terrain pour la possibilité de la fécondation. C'est la phase folliculaire. Au milieu du cycle, un ovule mature est libéré par l'ovaire lors de l'ovulation. Si la fécondation n'a pas lieu, le corps se prépare à accueillir un potentiel embryon en épaississant la muqueuse utérine (appelée aussi endomètre). Puis, la phase lutéale, caractérisée par le corps jaune formé à partir du follicule ovulé, voit une augmentation des hormones progestérones. Le cycle menstruel atteint son point final avec la ménopause, marquée par la fin naturelle des menstruations. L'aménorrhée, l'absence de règles, peut également résulter de divers facteurs tels que le stress ou des conditions médicales.
Chaque cycle menstruel apporte son lot de manifestations physiques et émotionnelles. Les saignements menstruels, ou règles, sont souvent accompagnés de crampes dans le bas-ventre.
L'Horloge Interne: Un Chef d'Orchestre Rythmique
Certains travaux ont suggéré que chacune de ces trois phases pourrait se dérouler sous l’influence d’une horloge interne dont la perturbation du rythme serait associée à des irrégularités dans le cycle menstruel. Chez l’humain, l’horloge interne la plus connue est l’horloge circadienne, très proche de 24h, qui maintient le cycle veille-sommeil et l’ensemble des rythmes physiologiques. Elle est en phase avec le cycle jour-nuit sous l’influence de la lumière. Lorsque l’horloge circadienne est perturbée - comme dans le cas du jet-lag par exemple -, elle met quelques jours à se recaler sur son rythme habituel en se resynchronisant au nouveau cycle jour-nuit.
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Dans le cas des cycles menstruels, l’implication d’une horloge interne pourrait se manifester de façon similaire : la durée du cycle serait habituellement hautement stable chez une même personne et, en cas de perturbation, des mécanismes d’adaptation par synchronisation avec des conditions externes entreraient en jeu pour rétablir le rythme optimal.
Une équipe de recherche internationale associant l’Inserm, le CNRS et l’Université Claude Bernard Lyon 1, a comparé un grand nombre de données de cycles, récoltées dans des études européennes et nord-américaines pour mieux comprendre l’origine de la régularité rythmique du cycle menstruel.
Dans un premier temps les chercheuses et chercheurs ont examiné la stabilité d’un cycle menstruel à l’autre au niveau individuel, en comparant la durée de cycles successifs. Ils ont ainsi observé une stabilité globale de la durée moyenne du cycle de chaque participante, alors même que sur un ensemble de cycles successifs, certains duraient en fait plus ou moins longtemps que son cycle « standard ».
« Ces observations suggèrent l’existence d’un mécanisme qui corrigerait la différence entre la durée du cycle en cours et celle d’un cycle menstruel typique chez la personne concernée, explique René Écochard, premier auteur de l’étude, médecin aux Hospices Civils de Lyon et professeur à l’Université Claude Bernard Lyon 1. « Quelques cycles plus courts pourraient ainsi compenser une série de quelques cycles plus longs de manière à ce que la longueur totale du cycle oscille autour de la durée habituelle du cycle menstruel. La durée d’un cycle pourrait donc dépendre de la durée des cycles précédents ».
« L’observation de ce phénomène plaide en faveur de l’existence d’une horloge interne régulant finement les cycles menstruels, elle-même synchronisée par un événement cyclique environnemental », ajoute Claude Gronfier.
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Le Cycle Lunaire: Un Synchroniseur Occasionnel?
Alors quel pourrait être ce « synchroniseur externe » ? Une théorie récurrente suggère que le cycle lunaire pourrait jouer ce rôle, mais les preuves scientifiques manquent à ce jour.
Une équipe de recherche internationale menée par Claude Gronfier, chercheur Inserm au sein du Centre de recherche en Neurosciences de Lyon (Inserm/CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1), s’est intéressée à l’existence potentielle d’une horloge biologique interne qui régulerait le cycle menstruel et qui pourrait être synchronisée avec le cycle lunaire. Grâce à une grande base de données de cycles menstruels collectés dans le cadre d’études européennes et nord-américaines, elle a pu comparer au total près de 27 000 cycles menstruels chez 2 303 européennes et près de 4 800 cycles chez 721 nord-américaines.
Dans un second temps l’équipe de recherche s’est intéressée aux relations potentielles entre la survenue des menstruations dans les cycles étudiés et les phases de la lune à l’époque de la collecte des données.
Elle a ainsi pu observer une association, occasionnelle mais significative, entre le cycle menstruel et le cycle lunaire, avec cependant - et sans que ces travaux ne permettent de statuer sur la cause -, une différence majeure entre les cohortes européennes et la cohorte nord-américaine : chez les européennes, le cycle commençait le plus souvent lors de la phase croissante de la lune tandis qu’il commençait plus souvent à la pleine lune dans la cohorte d’Amérique du Nord.
« Malgré cette différence étonnante que nous ne parvenons pas à expliquer pour le moment, les liens identifiés dans ces travaux entre les cycles lunaires et menstruels, de par leur proximité avec certains phénomènes que nous observons en chronobiologie, suggèrent que la périodicité des menstruations et de l’ovulation pourraient être influencées, de manière modeste mais significative, par le cycle lunaire », précise Claude Gronfier.
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Ces résultats plaident donc en faveur d’un système d’horloge interne avec un rythme quasi-mensuel, faiblement synchronisé par le cycle lunaire.
Mythes et Réalités: Démêler les Croyances Ancestrales
La relation entre les menstruations et la lune a depuis longtemps captivé l'imagination, suscitant des croyances ancestrales et des traditions mystérieuses. Depuis des temps immémoriaux, la lune a été le témoin silencieux de nombreuses croyances et traditions qui ont façonné la perception humaine du cosmos. À travers les cultures du monde, la lune a été vénérée comme une force mystique, souvent associée à des déesses représentant la féminité et la fertilité. Dans la mythologie grecque, Artémis, déesse de la chasse, est liée à la lune, tandis que dans la culture hindoue, la déesse Chandra personnifie l'astre nocturne et symbolise la beauté féminine. Les calendriers lunaires, utilisés par de nombreuses civilisations anciennes pour régir le temps, étaient souvent étroitement liés aux cycles agricoles et, curieusement, aux cycles menstruels.
Au-delà des légendes, certains chercheurs ont suggéré que la fascination culturelle pour la lune pourrait également avoir des fondements biologiques. Certains pensent que les cycles menstruels, qui durent en moyenne 29,5 jours, pourraient être liés à la période synodique de la lune, soit environ 29,5 jours.
Des anecdotes ont circulé depuis des générations sur des personnes menstruées qui prétendent synchroniser leur cycle menstruel avec les différentes phases lunaires. Bien que cela puisse sembler être une coïncidence fascinante, les bases scientifiques de cette synchronisation demeurent incertaines. Des études ont été menées pour explorer la possibilité d'une corrélation entre les phases lunaires et le cycle menstruel, mais les résultats sont souvent contradictoires et ne parviennent pas à fournir une preuve solide de cette synchronisation.
Facteurs d'Influence: Au-Delà de la Lune
Le cycle menstruel, bien que souvent perçu comme une horloge interne autonome, est étroitement lié à une multitude de facteurs physiologiques et environnementaux. Le cycle circadien, souvent appelé "l'horloge biologique", est un facteur clé influençant de nombreux processus corporels, y compris le cycle menstruel. Des recherches suggèrent que la régularité des habitudes de sommeil et d'éveil, ainsi que l'exposition à la lumière naturelle, peuvent jouer un rôle dans la régulation du cycle menstruel.
Les variations hormonales, notamment celles liées aux hormones sexuelles comme l'œstrogène et la progestérone, sont au cœur du cycle menstruel. Des niveaux hormonaux déséquilibrés, souvent associés au stress, à des troubles alimentaires ou à des conditions médicales, peuvent influencer la longueur du cycle menstruel et la durée des phases spécifiques.
L'environnement dans lequel une personne évolue peut également influencer son cycle menstruel. Des facteurs tels que la nutrition, le niveau d'activité physique, les niveaux de stress et même l'exposition à certaines substances chimiques peuvent avoir un impact sur la santé reproductive.
L'Impact de la Lumière Artificielle
Pour comprendre pourquoi certains cycles menstruels ne sont plus en lien avec la Lune et ses cycles, les chercheurs mettent en cause la généralisation de la lumière artificielle nocturne. Ainsi, dans les données regroupées, le début des règles avait tendance à coïncider avec la pleine lune ou la nouvelle lune, et ce, durant les solstices d’hiver, mais aussi lors de deux périodes d’arrêt lunaire. Un effet qui, somme toute, était plus prononcé avant 2010. Les scientifiques expliquent ce phénomène par la généralisation de la lumière artificielle nocturne. De ce fait, pour les chercheurs, l’exposition nocturne à la lumière artificielle altère non seulement la perception du clair de lune, mais finit également par raccourcir la durée du cycle menstruel.
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