La question de ce qu'il advient des bébés avortés est complexe, touchant à la fois des aspects biologiques, médicaux, éthiques et spirituels. Cet article vise à explorer les différentes facettes de cette question délicate, en s'appuyant sur des faits avérés et des perspectives variées.
Le devenir biologique des fœtus avortés
La première question qui se pose est celle du devenir physique des fœtus avortés. Plusieurs options existent, en fonction du terme de la grossesse et des choix des parents.
- Premier trimestre : Lorsque l'IMG est réalisée au premier trimestre de grossesse, et que l'origine de la pathologie est connue, les médecins procèdent généralement à une aspiration (curetage), comme pour une IVG.
- Deuxième et troisième trimestres : Réalisée au deuxième ou troisième trimestre, l'interruption médicale de grossesse ressemble à un accouchement, déclenché au moyen des mêmes médicaments, et toujours sous péridurale.
Après l'avortement, plusieurs possibilités s'offrent aux parents concernant le corps du fœtus :
- Autopsie : Si les médecins le jugent nécessaire, une autopsie sera effectuée. Réalisée au deuxième ou troisième trimestre, l'interruption médicale de grossesse ressemble à un accouchement, déclenché au moyen des mêmes médicaments, et toujours sous péridurale. Ce mode d'intervention permet de réaliser une autopsie - avec l'accord des parents - pour tenter de comprendre l'origine du problème et de mesurer le risque de récidive. Deux mois plus tard, on fait un bilan avec les résultats de cet examen et ceux des tests génétiques. Une consultation génétique n'est pas systématique : tout dépend notamment de l'anomalie qui a conduit à l'IMG. Si c'est une trisomie, elle n'est pas indispensable.
- Obsèques : Depuis le décret de mars 2008, on peut inscrire un fœtus sous son prénom au registre de l'état civil et sur le livret de famille. Et ce, quelle qu'ait été la durée de la gestation. Si les parents le désirent, ils peuvent reprendre le corps du bébé après l'autopsie, organiser des obsèques et une cérémonie religieuse suivant leur croyance.
- Incinération : Sinon, et c'est le cas le plus fréquent, il est incinéré. Ses cendres sont alors dispersées dans un « carré des anges », un endroit réservé dans certains cimetières.
L'utilisation des cellules fœtales dans la recherche scientifique
Une rumeur persistante, souvent relayée sur les réseaux sociaux, affirme que des cellules de fœtus avortés sont utilisées dans l'industrie alimentaire. Cette rumeur est née d'une confusion autour de l'utilisation de lignées de cellules fœtales dans la recherche biomédicale.
En réalité, certaines lignées de cellules fœtales, comme les cellules HEK-293, sont issues d'un fœtus avorté dans les années 1970 aux Pays-Bas. Ces cellules sont cultivées et reproduites pendant des années, voire des décennies, à des fins de recherche scientifique et pharmacologique. Elles ont, par exemple, été utilisées par certains laboratoires dans les tests d'élaboration de vaccins contre le Covid-19.
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Cependant, il n'existe aucune preuve que ces cellules soient utilisées dans l'industrie alimentaire. La rumeur a été alimentée par des associations américaines en 2010, lorsque la société Senomyx, aujourd'hui propriété du groupe Firmenich, a signé un contrat avec PepsiCo pour le développement de nouveaux exhausteurs de goût. Des rumeurs retentissantes au point que le vice-président de la firme avait dû à l’époque se fendre d’un communiqué pour démentir les liens entre les recherches de Senomyx utilisant des cellules HEK-293 et celles qui concernaient ses produits.
L'impact psychologique sur les parents et la fratrie
L'avortement, qu'il soit spontané (fausse couche) ou provoqué (IVG ou IMG), peut avoir un impact psychologique important sur les parents, et notamment sur la mère. Mère de Miséricorde organise des sessions, d’une durée de cinq jours, s’adressant à tous, femmes, hommes, couples ayant perdu un enfant avant la naissance (avortement, IMG, fausse couche etc.). La plupart des femmes ont envie d'être de nouveau enceinte très vite, pour « remplacer » ce bébé. Les équipes médicales le proposent toujours aux parents. Le bébé est lavé et habillé et le découvrir leur permet de se raccrocher à quelque chose : des traits, une couleur de cheveux… Avec le recul, on s'est en effet aperçu que les parents surmontaient mieux le traumatisme quand l'enfant existe autrement que dans leur imaginaire. De plus, affronter la réalité évite de « fantasmer » sur des pseudo-malformations.
Même si l’avortement reste un secret, un « non-dit », les enfants d’une même fratrie ne sont pas indemnes de ce qui se passe ou s’est passé pour leur mère. Ils ont en commun d’avoir vécu dans le même ventre leur vie prénatale, portés par la même mère. La grossesse qui s’est interrompue marque un manque dans l’histoire obstétricale de la femme et, par conséquent, un vide également dans la famille construite ou en devenir. Si l’avortement a lieu lors d’une première grossesse, l’enfant de la grossesse suivante peut souffrir d’une absence en sentant qu’il n’est pas l’aîné ; il peut sentir, dans sa vie prénatale, que quelque chose s’est passé dans ce ventre avant lui. L’enfant qui n’a pas été avorté devient un « survivant ». Il peut ressentir la précarité de sa vie, comme une « survie » par rapport à son frère ou sa sœur avorté(e). L’intuition des enfants ou leur souffrance ne s’expriment pas forcément aisément par des mots, parfois plus facilement par le dessin.
La dimension spirituelle : le salut des âmes
La question du devenir des bébés avortés soulève également des interrogations d'ordre spirituel et religieux. Pour les croyants, en particulier les chrétiens, la question du salut des âmes des enfants morts sans baptême est une source de réflexion et de débat.
L’Église Catholique invite les mamans qui ont eu recours à l’avortement à se tourner vers la miséricorde de Dieu avec confiance. Ce mystérieux « face à face » avec Dieu dans la vie éternelle n’est pas accessible naturellement à l’homme dès sa naissance. Il lui faut une grâce, un don, qui surélève son esprit pour être capable de Dieu. Cette grâce, acquise sur la Croix par Jésus seul, est transmise aux hommes par le baptême. Le salut des âmes d’enfants morts sans baptême pose donc plusieurs questions. À ces questions l’Église invite à répondre avec la plus ferme espérance. - Pour sortir de ce dilemme « enfer-paradis », Saint Augustin inventa un lieu de félicité, mais sans vision de Dieu : les limbes. Une commission théologique, menée par le pape Benoît XVI, conclut qu’aucun passage de la Bible ne parlait des limbes mais le magistère de l’église ne s’est pas encore prononcée dans un sens ou dans un autre. - Si la grâce du salut peut être donnée sans l’eau du baptême, elle n’est jamais donnée sans la prière de l’Église.
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Selon le point de vue classique, la vie commence au moment de la conception. Chaque fois qu’un être humain meurt avant d’atteindre l’âge de responsabilité (qui varie selon les facultés mentales), nous devons nous attendre à la miséricorde divine. La plupart des Églises croient à une telle disposition. Cette croyance ne laisse pas présumer que les enfants sont innocents. David a déclaré qu’il avait été conçu et était né dans le péché (Ps 51.7). Il rappelait manifestement la notion biblique du péché originel. Or, ce péché ne fait pas allusion au premier péché d’Adam et Ève, mais au résultat de leur transgression initiale. Le péché originel désigne la déchéance commune à tous les êtres humains. Nous ne sommes pas pécheurs parce que nous péchons ; en réalité, nous péchons parce que nous sommes pécheurs. Bien que les poupons ne soient pas coupables de pécher, le péché originel les a entachés. Mon Église en particulier croit que les enfants des croyants qui meurent dans leur plus tendre enfance vont au ciel selon une grâce particulière de Dieu. Ce qui advient des enfants des non‑croyants relève du mystère. Il se peut que Dieu use d’une grâce particulière aussi envers eux. Même si nous espérons une telle grâce, la Bible renferme très peu d’enseignements précis sur le sujet.
Pour ceux qui croient en Dieu, la vie n’est pas détruite par la mort, elle est transformée. Nous gardons dans le Christ ressuscité une relation avec les défunts. Cette relation s’exprime de manière privilégiée dans la prière.
Les enjeux éthiques et les débats
La question de l'avortement est au cœur de nombreux débats éthiques et sociétaux. Elle soulève des questions fondamentales sur le statut du fœtus, les droits de la femme, et la responsabilité de la société.
L'étude s'est basée sur l'ensemble des avortements du 2e trimestre (13.777) pratiqués dans les hôpitaux québécois entre 1989 et 2021. Rappelons qu'au Québec, la loi ne prévoit pas de temps maximal pour pratiquer un avortement. Les chercheurs ont constaté que les avortements pratiqués durant le deuxième trimestre de la grossesse en raison d'une anomalie du fœtus ont doublé entre la période 1989 - 2000 et 2011-2021. Cette réalité est particulièrement marquée en ce qui concerne les avortements entre 20 et 24 semaines d'aménorrhée (18-22 semaines de grossesse) : dans ce cas, plus d'un fœtus sur cinq est vivant au moment de l'expulsion (21.7%).
L’étude pointe ici deux raisons : d’une part, les médecins ne sont pas toujours incités, lorsque le fœtus n’a pas encore atteint 22 semaines, à réaliser un fœticide préalable à l’avortement par injection létale dans le cœur ou le thorax du fœtus, ou via le liquide amniotique. Pourtant, il arrive que le travail induit par l’avortement, même avant ce stade, ne provoque pas la mort du fœtus et que celui-ci soit expulsé vivant. D’autre part, il se peut que l’injection fœticide manque d’efficacité lorsque les fœtus sont plus petits et donc plus difficiles à atteindre. Les chercheurs se sont par ailleurs attachés à étudier la prise en charge de ces nouveau-nés en soins intensifs et en soins palliatifs. Un quart d’entre eux ont été admis en soins intensifs, et seuls 5.5% ont reçu des soins palliatifs. Or, des études récentes montrent que le fœtus pourrait ressentir la douleur dès le quatrième mois de la grossesse (Actualité IEB). Les auteurs recommandent d’encourager plus largement l’injection fœticide préalable à un avortement dès la 20e semaine d’aménorrhée (18e semaine de grossesse). L’objectif visé par les auteurs est de réduire ce qu’ils appellent « le risque de naissance vivante » après un avortement tardif, en insistant sur la nécessité d’étendre le recours à l’injection fœticide. Or, envisager la naissance vivante d’un fœtus comme un « risque » semble pour le moins paradoxal, même si l’on comprend bien que ce résultat n’est pas souhaité dans le cadre d’un avortement. 7415 avortements entre 13 et 17 semaines de grossesse ont été enregistrés entre 1989 et 2021 dans les hôpitaux du Québec, soit en moyenne 230 par an. Ceci pour une population de 3 millions inférieure à celle de la Belgique. Il ressort de l’étude que pour 48% des avortements du 2e trimestre au Québec, soit presque la moitié des cas, il n’y a eu aucune indication médicale du côté du fœtus, ni d’urgence médicale du côté de la mère.
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