Introduction

La fécondation, un événement fondamental dans la reproduction sexuée, implique une cascade complexe d'événements cellulaires et moléculaires. Parmi ces événements, les oscillations calciques dans l'ovocyte jouent un rôle crucial dans l'activation de l'ovocyte et le développement embryonnaire précoce. Cet article explore le rôle des oscillations calciques dans l'ovocyte humain, en mettant l'accent sur leur importance dans la fécondation et les implications potentielles des altérations de ces oscillations sur la fertilité et le développement embryonnaire.

Le Signal Calcique : Un Déclencheur de l'Activation Ovocytaire

Dans toutes les espèces animales étudiées jusqu'à présent, une augmentation rapide et transitoire de la concentration intracellulaire en calcium libre (Cai) se produit dans l'ovocyte après la fécondation. Ce « signal Cai » est à la fois nécessaire et suffisant pour l'activation de l'ovocyte. L'ovocyte de mammifère fécondable est bloqué en métaphase de seconde division méiotique. Cet arrêt de la progression du cycle cellulaire est dû au maintien d’activités élevées de MAPK (M-phase activating protein kinase) et de MPF (mitosis promoting factor), le signal Cai généré lors de la fécondation provoquant l’inactivation de ces deux kinases et la sortie de méiose. Des défauts des voies de signalisation, soit à l’origine soit en aval de ce signal, pourraient donc avoir des répercussions sur les événements précoces du développement embryonnaire qui dépendent par exemple de ces deux activités.

Chez les mammifères, y compris l'homme, ces oscillations calciques présentent des caractéristiques spécifiques en termes d'intensité et de fréquence, qui varient selon l'espèce. Ces oscillations sont essentielles non seulement pour la reprise de la méiose en métaphase II et l'activation du métabolisme ovocytaire, mais elles pourraient également jouer un rôle dans le contrôle du développement précoce de l'embryon.

Le signal Cai est dû essentiellement à une libération de Cai du réticulum endoplasmique. Plusieurs voies, non exclusives et pouvant intervenir ensemble lors de la fécondation, ont été proposées pour expliquer comment, à partir du point de fusion avec l’ovocyte, le spermatozoïde déclenche ce signal.

Les Mécanismes Moléculaires des Oscillations Calciques

Les mécanismes précis qui régissent les oscillations calciques dans l'ovocyte sont complexes et ne sont pas entièrement élucidés. Cependant, plusieurs voies de signalisation et acteurs moléculaires ont été identifiés comme jouant un rôle clé dans ce processus.

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  1. Le Facteur Spermatique : PLCζ

L'injection d'extraits spermatiques dans les ovocytes est capable d'engendrer des oscillations calciques. Ce facteur spermatique serait donc universel et identique dans toutes les espèces, et soit soluble, soit insoluble et associé au matériel périnucléaire. Une phospholipase C (PLC) a été purifiée puis clonée en 2002 chez la souris, puis isolée chez le singe et l’homme : PLCζ. PLCζ est la plus petite PLC connue à ce jour, montre une sensibilité très élevée au Ca, et induit des oscillations Cai exclusivement en phase M suite à sa localisation nucléaire. Chez l’homme, l’injection d’ARN complémentaire de PLCζ humaine dans des ovocytes qui ne sont pas activés après FIV ou ICSI induit la formation de blastocystes. PLCζ est à ce jour le meilleur candidat reconnu pour jouer le rôle de facteur spermatique.

  1. Interaction Récepteur(s) Ovocytaire(s)/Ligand(s) Spermatique(s)

Des molécules de la membrane plasmique du spermatozoïde (MPsp) peuvent être des ligands de récepteurs de la membrane de l’ovocyte (MPov) : fertiline, membre de la famille des ADAM (A disintegrin and metalloprotease domain) et qui a été clonée chez l’homme, cyritestine (ADAM3), éléments de la matrice extracellulaire (EM) comme la fibronectine, ces trois éléments étant des ligands d’intégrines, ou diverses autres molécules (X) telles que des protéines régulatrices du complément dont les récepteurs situés sur l’ovocyte sont inconnus.

  1. Rôle de Canaux Calciques

Des canaux Cai de la membrane plasmique de l’ovocyte seraient activés lors de l’interaction avec le spermatozoïde, ce qui laisserait passer suffisamment de Cai dans l’ovocyte pour stimuler la libération de Cai du RE. Selon une autre hypothèse, la fusion des gamètes entraînerait une insertion de canaux Ca spermatiques au sein de la membrane plasmique de l’ovocyte. Un canal Ca de type TRP-3, exprimé dans le spermatozoïde humain, a été récemment impliqué dans les processus de fécondation chez C. elegans.

ICSI et Signalisation Calcique

L'ICSI (intracytoplasmic sperm injection) est une technique de procréation médicalement assistée couramment utilisée pour traiter l'infertilité masculine sévère. Cette procédure consiste à injecter directement un spermatozoïde dans l'ovocyte, court-circuitant ainsi certaines étapes de l'interaction gamétique normale.

L’interaction du spermatozoïde au niveau de la membrane plasmique de l’ovocyte est court-circuitée pendant l’ICSI. Cela conforte l’hypothèse selon laquelle l’activation de l’ovocyte serait due à l’injection d’un (ou de plusieurs) facteur(s) contenu(s) dans le spermatozoïde et possédant les propriétés d’un oscillateur calcique. Cependant, il est possible que certaines voies de signalisation, normalement déclenchées au niveau de la membrane plasmique lors de l’interaction avec le spermatozoïde, ne soient pas activées après ICSI et puissent engendrer des anomalies au cours du développement embryonnaire.

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Chez l’homme, les oscillations calciques sont observées aussi bien lors de FIV conventionnelles qu’après ICSI. Cependant, alors que les premiers pics calciques apparaissant après ICSI sont tronqués et retardés, les suivants se produisent de façon typique de ceux qui surviennent lors d’une fécondation normale. Lors d’une ICSI, le spermatozoïde, immobilisé puis récupéré dans la pipette d’injection, est injecté dans l’ovocyte en même temps que du cytoplasme de l’ovocyte préalablement aspiré, afin de s’assurer de la rupture de sa membrane plasmique, condition sine qua non du succès de la fécondation. Cette procédure déclenche un influx calcique - lequel peut être obtenu après injection de milieu sans spermatozoïde - mais ne provoque alors pas d’activation de l’ovocyte. Cet influx calcique provoqué après ICSI est donc nécessaire mais pas suffisant pour activer l’ovocyte. Il serait le signal « déclencheur » normalement activé lors de l’interaction entre les membranes plasmiques du spermatozoïde et de l’ovocyte.

Les méthodes d’immobilisation du spermatozoïde utilisées lors de l’ICSI (pipetage, écrasement, application piezo) influencent le démarrage des oscillations Cai. Elles endommagent la membrane plasmique du spermatozoïde, condition nécessaire pour libérer soit un facteur spermatique activateur soit des co-facteurs ou des substrats intervenant dans les oscillations Cai.

Le décours des oscillations Cai varie en fonction de la maturité de chacun des gamètes utilisés lors de l’ICSI.

Implications Cliniques et Perspectives Futures

La compréhension du rôle des oscillations calciques dans la fécondation a des implications cliniques importantes, notamment dans le domaine de la procréation médicalement assistée. Des anomalies des oscillations calciques peuvent être associées à des échecs de fécondation ou à un développement embryonnaire anormal.

L'ICSI (intracytoplasmic sperm injection) est reconnue à ce jour comme étant l’approche thérapeutique la plus performante pour pallier une infertilité masculine sévère ou des échecs de FIV (fécondation in vitro). Des résultats obtenus ces quatre dernières années sont susceptibles d’expliquer non seulement les mécanismes à l’origine des oscillations calciques, mais également certains cas d’infertilité pouvant être liés à des défauts de la liaison inter gamétique ou de l’activation ovocytaire, ou d’échecs de fécondation lors de procédures de FIV ou d’ICSI.

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L'ICSI est pratiquée depuis 1992, et aucun des enfants n’a donc encore à ce jour atteint l’âge adulte. Or, certains cancers et certaines maladies neurologiques ou musculaires ne se révèlent qu’à l’âge adulte. La sécurité vis-à-vis de l’empreinte génétique des techniques utilisées en FIV demanderait à être évaluée avec attention.

ICSI et empreinte génomique

Chaque cellule possède deux copies de chaque gène, d’origine maternelle et paternelle, mais il existe des gènes pour lesquels une seule des deux copies s’exprime, l’autre étant réprimée selon l’origine parentale : c’est ce qu’on appelle l’empreinte génomique. Avant la fécondation, un des allèles, maternel ou paternel, est rendu silencieux, puis transmis à la descendance dans cette configuration. Chez l’homme, ce processus est essentiel pour le développement du placenta et de l’embryon. Les mécanismes à l’origine de l’empreinte restent à ce jour mal compris et feraient intervenir des modifications « épigénétiques », c’est-à-dire non liées à des modifications de la séquence de l’ADN.

L’ensemble du génome subit des modifications épigénétiques lors de la gamétogenèse et pendant le développement embryonnaire selon trois processus: le mutisme des ARN correspondants, des modifications des histones, et la méthylation de l’ADN, celle-ci étant totalement effacée dans les cellules germinales puis ré-établie lors de la gamétogenèse. Après la fécondation, seuls les quelques gènes soumis à l’empreinte parentale restent méthylés. Pour la quasi-totalité du génome, non soumise à l’empreinte parentale, la déméthylation du génome paternel est activée dans les premières heures suivant la fécondation, puis elle est suivie d’une déméthylation passive du génome maternel. Les mécanismes à l’origine de la déméthylation active du génome paternel après la fécondation, ainsi que ceux protégeant le génome maternel à ce tout début de l’embryogenèse, sont mal définis à ce jour.

Des défauts épigénétiques peuvent conduire à des pathologies majeures incluant des cancers, divers syndromes liés à des instabilités chromosomiques, et des retards mentaux. Une anomalie de la répression des deux copies d’un gène contrôlant la prolifération cellulaire peut en effet contribuer à la genèse de certaines tumeurs. Des défauts de l’empreinte génétique d’une région du chromosome 15 conduisent aux syndromes de Prader-Willi ou d’Angelman qui sont associés à divers problèmes de développement et de comportement, et mentaux. En revanche, un risque accru de développement du syndrome de Beckwith-Wiedemann a été démontré chez les enfants conçus par FIV.

Les voies de signalisation issues de la membrane plasmique et activées par l’interaction et la fusion entre les gamètes sont court-circuitées lors de l’ICSI. Un chaînon ou un élément manquant peut-il avoir des répercussions sur les processus épigénétiques ? La déméthylation active du génome paternel est-elle liée à la signalisation calcique lors de la fécondation ? Des défauts des oscillations calciques, ou des signaux calciques aberrants, par exemple issus de l’activation préalable de l’ovocyte par du ionophore au calcium comme mentionné ci-dessus, peuvent-ils avoir une incidence sur les mécanismes d’épigenèse stimulés après fécondation ?

Maturation In Vitro (MIV)

La maturation in vitro (MIV) est une technique de procréation assistée qui consiste à faire maturer les ovocytes en laboratoire avant de les féconder. Cette technique peut être une alternative intéressante pour les femmes présentant des troubles de l'ovulation ou ayant subi des échecs de fécondation in vitro (FIV) conventionnelle.

Avantages de la MIV

La MIV présente plusieurs avantages potentiels par rapport à la FIV conventionnelle :

  • Réduction du risque de syndrome d'hyperstimulation ovarienne (SHO) : La MIV ne nécessite pas de stimulation ovarienne intense, ce qui réduit considérablement le risque de SHO, une complication potentiellement grave de la FIV.
  • Coût réduit : La MIV nécessite moins de médicaments et de monitorage que la FIV, ce qui peut réduire le coût global du traitement.
  • Alternative pour les femmes atteintes de SOPK : La MIV peut être une option intéressante pour les femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), qui sont plus susceptibles de développer un SHO lors d'une FIV conventionnelle.

Protocole de MIV

Le protocole de MIV comprend généralement les étapes suivantes :

  1. Ponction ovarienne : Les ovocytes immatures sont prélevés par ponction ovarienne, généralement entre le 5e et le 12e jour du cycle menstruel.
  2. Maturation in vitro : Les ovocytes immatures sont placés dans un milieu de culture spécifique et incubés pendant 24 à 48 heures pour permettre leur maturation.
  3. Fécondation : Les ovocytes matures sont fécondés par ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes).
  4. Culture embryonnaire : Les embryons résultants sont cultivés en laboratoire pendant plusieurs jours.
  5. Transfert embryonnaire : Un ou deux embryons sont transférés dans l'utérus de la femme.

Facteurs Influant sur la MIV

Plusieurs facteurs peuvent influencer le succès de la MIV, notamment :

  • L'âge de la femme : Le taux de succès de la MIV diminue avec l'âge de la femme.
  • La qualité des ovocytes : La qualité des ovocytes immatures prélevés est un facteur déterminant du succès de la MIV.
  • Le milieu de culture : Le milieu de culture utilisé pour la maturation des ovocytes peut influencer leur qualité et leur capacité à être fécondés.

Défis et Perspectives d'Avenir

Malgré ses avantages potentiels, la MIV présente encore des défis à relever. Les taux de grossesse et de naissance après MIV sont généralement plus faibles qu'après FIV conventionnelle. Cependant, les progrès réalisés dans les techniques de culture embryonnaire et de sélection des embryons laissent entrevoir des perspectives d'amélioration des résultats de la MIV dans l'avenir.

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