L'infertilité touche de nombreux couples, et la Procréation Médicalement Assistée (PMA) offre une lueur d'espoir. Les infirmiers jouent un rôle essentiel dans ce parcours, offrant un soutien physique et émotionnel aux patients. Cet article explore en profondeur le rôle de l'infirmier(e) dans le contexte de la PMA, en particulier en ce qui concerne la prise en charge de l'endométriose, une condition fréquente qui affecte la fertilité féminine.
L'Endométriose et son Impact sur la Fertilité
L'endométriose touche près de 10 % des femmes en âge de procréer, soit environ 1,5 à 2,5 millions de femmes. Cette condition est souvent associée à des problèmes d'infertilité, ce qui entraîne un recours accru à la procréation avec assistance médicale. Le traitement de l'infertilité exige une connaissance approfondie du suivi et de la surveillance des protocoles de PMA.
Formation et Expertise Infirmière en PMA et Endométriose
Une formation spécialisée sur le rôle de l'infirmier dans le parcours de la PMA et la prise en soin de l'endométriose est essentielle pour améliorer la prise en charge des patients. Cette formation devrait permettre aux infirmiers de :
- Intégrer la physiopathologie de l’endométriose et identifier les symptômes, les signes et conséquences afin de mieux orienter.
- Evaluer le retentissement somatique, fonctionnel, psychologique, professionnel… notamment la douleur et la qualité de vie.
- Connaitre les différents cycles de la femme et mettre en lien avec les protocoles d’Aide Médicale à la Procréation.
- Connaitre les différentes hormones et les traitements médicamenteux de substitution mis en place dans le parcours de l’endométriose.
L'Importance de l'Écoute et de l'Accompagnement
Concevoir un enfant peut s'avérer compliqué pour certains couples. Pour se faire aider, ils peuvent entrer dans le parcours de la Procréation médicale assistée (PMA). L'écoute est un élément essentiel de la prise en charge des patientes atteintes d'endométriose et suivant un parcours de PMA. Les patientes soulignent l'importance d'être écoutées et comprises tout au long de leur parcours. L'infirmier(e) est souvent le premier point de contact pour les patients et joue un rôle crucial dans la création d'une relation de confiance.
Le Professeur Renato Fanchin, gynécologue obstétricien, souligne que "Beaucoup de souffrance émane des patients. Ils ont un stress important, surtout la femme. Dans la prise en charge, il faut vraiment être dans l’humain. Le relationnel est fondamental, tout comme l’empathie, la confiance. Il faut les accompagner."
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Sarah, infirmière, confirme ce rôle d’accompagnement : « Le cœur de notre travail, c’est la communication. Il faut rassurer les patients, être à l’écoute, tout repose sur le relationnel. »
Les Étapes Clés du Rôle Infirmier en PMA
Le rôle de l'infirmier(e) en PMA s'étend sur plusieurs étapes du processus, depuis la préparation initiale jusqu'au suivi post-transfert embryonnaire.
Préparation et Information du Patient
Notre principale mission est d’accompagner et soutenir les patients à toutes les étapes d’un traitement qui a tendance généralement à durer dans le temps. Nous conseillons les patientes sur le mode de vie à adopter pendant le traitement ainsi que sur les consignes à suivre pendant l’auto-administration de médicaments (injections sous-cutanées) dans des traitements tels que : inséminations artificielles (IAC / IAD), fertilisation in vitro (FIV) ou vitrification des ovules. Dans les traitements de don d’ovules, nous expliquons aux patientes comment suivre leur thérapie et nous les aidons à résoudre les doutes et problèmes qui peuvent apparaitre aux différentes étapes du processus.
Avant d’en arriver à cette étape, le couple a effectué une quantité d’examens afin de comprendre l’origine de leur difficulté à concevoir un enfant. « Je reçois les couples dans mon cabinet libéral avant d’organiser leur prise en charge à la Muette, souligne le Professeur Renato Fanchin, gynécologue obstétricien, qui intervient à la clinique. Je cherche à comprendre les causes de leur difficulté à concevoir un enfant. Est-ce que cela vient de trompes perméables, de l’ovulation, d’un problème hormonal ? Toute une démarche de diagnostic doit être réalisée avant de finaliser la prise en charge et de proposer la PMA. »
Préparation pour le Bloc Opératoire
Avant que la patiente ne parte au bloc opératoire pour le prélèvement ovocytaire, l'infirmier(e) ou l'aide-soignante prend ses constantes, vérifie sa tension et sa température. Si la température est trop élevée, la patiente ne peut pas partir au bloc. Quant à la tension, elle permet aussi de voir si la femme est stressée ou non.
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Au septième étage, le conjoint est reçu par la secrétaire médicale qui réexplique l’ensemble de la procédure et recueille son consentement. De nombreux consentements doivent être recueillis de la part du couple et de nombreuses vérifications doivent être effectuées. La secrétaire médicale revoit également le couple avant le transfert embryonnaire pour s’assurer que le couple est toujours d’accord pour la procédure, qu’il n’est pas séparé et que le mari est toujours vivant.
Prélèvement Ovocytaire
Au bloc opératoire, l'infirmier(e) accueille la patiente, vérifie son identité et l’installe sur la table opératoire où va se dérouler le prélèvement. Son rôle est de préparer le matériel et d’assister le médecin.
Le prélèvement ovocytaire, qui se déroule le plus souvent sous anesthésie générale, est entièrement guidé par une caméra. Une sonde endovaginale dotée d’un guide permettant de glisser l’aiguille de prélèvement est introduite dans le vagin de la patiente par le médecin qui pratique alors le prélèvement en aspirant le contenu des follicules des ovaires.
C’est l’infirmière qui s’assure ensuite que les tubes recevant les fluides folliculaires ne sont pas pleins et que la mallette qui contient les tubes est en permanence à 37 degrés afin que les fluides n’aient pas de choc thermique entre la température du corps et celle de l’extérieur. « L’infirmière doit également coller les étiquettes sur les tubes de prélèvements, informe Alexandra. Il s’agit d’une grosse responsabilité, car au moindre doute sur l’identité du prélèvement, le transfert n’a pas lieu. »
Encadrement en Salle de Réveil
Pendant ce temps-là, l’infirmière rhabille la patiente encore endormie et l’amène en salle de réveil. Les patientes sont alors prises en charge par une autre infirmière. L'infirmier(e) en salle de réveil s'assure qu’il n’y a pas de risque hémorragique lié au prélèvement et à l’anesthésie générale.
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Pour la douleur, l’infirmière agit sous prescription médicale. Elle vérifie si un médicament a été donné au bloc et regarde la fiche de l’anesthésiste. Entre l’infirmière de la salle de réveil et l’anesthésiste, il y a un vrai travail de collaboration. L'anesthésiste est toujours à proximité immédiate du bloc et prescrit aux infirmières les anti-douleurs pour les patientes.
Au moment du réveil, l’infirmière est présente pour rassurer les patientes, recontextualiser l’opération qu’elles viennent de vivre car il peut arriver que certaines souffrent d’une petite amnésie liée à l’anesthésie. Généralement, elles veulent tout de suite savoir le nombre d’ovocytes qui a pu être prélevé et demandent des nouvelles de leur conjoint.
L'infirmier(e) effectue le premier lever, vérifie la miction, s'assure que l’abdomen est souple et qu’il n’y a pas de saignement. La patiente attend ensuite l’arrivée du chirurgien qui va l’informer du prélèvement effectué.
Le Rôle au Laboratoire
En parallèle, lorsque la ponction ovocytaire est effectuée ainsi que le recueil de sperme, les prélèvements sont réceptionnés par le laboratoire. Les techniciens cherchent les ovocytes dans les fluides folliculaires et mettent les ovocytes en contact avec les spermatozoïdes.
Deux techniques peuvent être utilisées : la fécondation in vitro classique (les spermatozoïdes sont mis en contact avec l’ovocyte et les techniciens laissent la rencontre s’opérer « naturellement ») ou l'ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes, où un seul spermatozoïde est injecté directement dans l'ovocyte). Cette dernière technique est utilisée lorsque le sperme est de moins bonne qualité.
Dès le deuxième jour, il est possible de voir débuter la fécondation. Lorsqu’elle a lieu, entre le deuxième et le cinquième jour, l’embryon est transféré dans l’utérus de la femme, au laboratoire de la clinique, par le médecin qui a pratiqué le prélèvement ovocytaire.
Transfert Embryonnaire et Suivi Post-Transfert
Comme le médecin peut avoir prélevé plusieurs ovocytes, plusieurs embryons peuvent être obtenus. Mais généralement, un seul embryon est transféré dans le corps de la femme, notamment lorsqu’elle a moins de 35 ans. Si la femme est plus âgée, plusieurs embryons peuvent être implantés, mais cette solution n'est pas privilégiée car cela peut donner lieu à des grossesses gémellaires qui restent des grossesses à risque.
Après le transfert, l'infirmier(e) continue d'assurer un suivi attentif de la patiente, en surveillant les signes de grossesse et en offrant un soutien émotionnel continu.
Les Défis et les Réalisations
Le parcours de PMA est souvent long et éprouvant pour les couples. L'infirmier(e) joue un rôle essentiel pour aider les patients à surmonter les défis émotionnels et physiques associés à ce processus. En France, les couples bénéficient de quatre tentatives de PMA prises en charge par la sécurité sociale, et ce jusqu’à l’âge de 43 ans. Il y a généralement entre 30 et 40 % de réussite.
