L'aménorrhée, ou absence de règles chez une femme en âge d'être réglée, est un symptôme qui peut avoir diverses causes. Elle peut être primaire (absence de premières règles) ou secondaire (arrêt des règles après une période de menstruation normale). Les déséquilibres hormonaux, notamment un taux élevé d'œstradiol et de LH (hormone lutéinisante), sont souvent impliqués dans l'aménorrhée. Cet article explore en profondeur les causes potentielles de cette condition, en mettant en lumière le rôle du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et d'autres facteurs hormonaux et environnementaux.

Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : une cause fréquente

Le SOPK est la maladie hormonale la plus fréquente chez les femmes en âge de procréer, touchant environ 10 % d'entre elles. Il est caractérisé par un dérèglement hormonal d'origine ovarienne et/ou centrale, entraînant une production excessive d'hormones androgènes, dont la testostérone.

Symptômes et diagnostic du SOPK

Les symptômes du SOPK varient considérablement d'une patiente à l'autre, allant de troubles légers à des manifestations très handicapantes. Les symptômes courants incluent :

  • Troubles de l'ovulation : rareté ou absence d'ovulation (dysovulation ou anovulation), se traduisant par des cycles irréguliers (plus longs que 35 à 40 jours) ou une aménorrhée.
  • Hyperandrogénie : production excessive de testostérone, entraînant une hyperpilosité (70 % des femmes atteintes), de l'acné et une chute de cheveux (alopécie).
  • Syndrome métabolique : adiposité excessive, insulinorésistance, risque accru de diabète, d'hypertension artérielle et de maladies cardiovasculaires.

Le diagnostic du SOPK est posé si deux des critères suivants sont présents :

  • Troubles du cycle menstruel
  • Hyperandrogénie clinique ou biologique (en l'absence d'une autre maladie causale)
  • Ovaires "dystrophiques" à l'échographie (présence de nombreux petits follicules)

Un bilan biologique est également réalisé, incluant le dosage de la FSH et de la LH, ainsi que d'autres hormones (prolactine, testostérone, œstradiol, TSH, etc.). En cas de SOPK, les résultats peuvent montrer des taux de FSH et LH normaux ou augmentés (surtout pour la LH), une élévation modérée des androgènes et parfois une tendance à l'insulino-résistance.

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Origines et complications du SOPK

L'origine du SOPK est multifactorielle, impliquant des facteurs génétiques, épigénétiques et environnementaux. Une vingtaine de gènes de prédisposition ont été identifiés, mais ils n'expliquent qu'une minorité des cas. L'obésité peut également favoriser l'apparition des symptômes, car l'excès d'insuline stimule la production d'androgènes et la dysovulation.

Les complications du SOPK évoluent au cours de la vie. Chez les jeunes femmes, l'hyperandrogénie peut se manifester par une acné sévère et une hyperpilosité. À long terme, le SOPK augmente le risque de syndrome métabolique, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de cancer de l'endomètre.

Traitement du SOPK

Le traitement du SOPK est uniquement symptomatique et vise à améliorer la qualité de vie des patientes. Il repose sur :

  • Amélioration de l'hygiène de vie (perte de poids en cas de surpoids)
  • Traitements médicamenteux (pilule œstroprogestative, anti-androgènes)
  • Accompagnement psychologique si nécessaire
  • Stimulation de l'ovulation en cas d'infertilité

Le rôle de l'œstradiol et de la LH dans l'aménorrhée

Œstradiol

L'œstradiol est la plus abondante des hormones œstrogènes, sécrétée principalement par les ovaires. Elle joue un rôle essentiel dans le développement des caractères sexuels secondaires féminins, la régulation du cycle menstruel, la libido, l'humeur et le métabolisme osseux. Un taux élevé d'œstradiol peut être associé à diverses conditions, notamment le SOPK, l'obésité, la cirrhose hépatique et l'hyperthyroïdie.

LH (Hormone Lutéinisante)

La LH est une hormone produite par l'hypophyse, une glande située à la base du cerveau. Elle contrôle la production hormonale ovarienne et le cycle ovarien. En cas de SOPK, le taux de base de LH est souvent anormalement élevé, et il n'augmente pas en milieu de cycle pour déclencher l'ovulation.

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Interaction entre l'œstradiol et la LH

L'œstradiol et la LH interagissent étroitement pour réguler le cycle menstruel. L'œstradiol stimule la libération de LH par l'hypophyse, et la LH, à son tour, stimule la production d'œstradiol par les ovaires. Un déséquilibre dans cette interaction peut entraîner des troubles de l'ovulation et une aménorrhée.

Autres causes possibles d'œstradiol élevé et de LH élevée avec aménorrhée

Outre le SOPK, d'autres conditions peuvent entraîner un taux élevé d'œstradiol et de LH avec aménorrhée :

  • Insuffisance ovarienne prématurée : arrêt de la fonction ovarienne avant l'âge de 40 ans, entraînant une diminution de la production d'œstradiol et une augmentation compensatoire de la LH et de la FSH.
  • Tumeurs ovariennes : certaines tumeurs ovariennes peuvent produire des quantités excessives d'œstradiol.
  • Troubles hypophysaires : des tumeurs ou d'autres anomalies de l'hypophyse peuvent perturber la production de LH et de FSH, affectant ainsi la fonction ovarienne.
  • Résistance aux androgènes : dans le syndrome de résistance aux androgènes, les tissus ne répondent pas normalement aux hormones androgènes, ce qui peut entraîner une augmentation de la production d'œstradiol.
  • Causes hypothalamiques : des troubles de l'hypothalamus, une région du cerveau qui contrôle l'hypophyse, peuvent perturber la production de GnRH (hormone de libération des gonadotrophines), affectant ainsi la production de LH et de FSH. Les causes peuvent inclure des tumeurs, une anorexie mentale, un entraînement sportif intensif ou un syndrome de malabsorption.

Diagnostic différentiel et examens complémentaires

Face à une aménorrhée avec œstradiol élevé et LH élevée, il est essentiel d'écarter d'autres causes possibles et de réaliser des examens complémentaires pour affiner le diagnostic. Ces examens peuvent inclure :

  • Bilan hormonal complet : dosage de la FSH, de la prolactine, de la testostérone, de la SDHEA, de la 17-OH progestérone et de la TSH.
  • Échographie pelvienne : pour visualiser les ovaires et l'utérus.
  • IRM hypophysaire : en cas de suspicion de trouble hypophysaire.
  • Caryotype : en cas de suspicion de syndrome de Turner ou d'autres anomalies chromosomiques.

Prise en charge de l'aménorrhée

La prise en charge de l'aménorrhée dépend de la cause sous-jacente. Elle peut inclure :

  • Traitement hormonal substitutif : en cas d'insuffisance ovarienne prématurée ou de troubles hypophysaires.
  • Chirurgie : en cas de tumeurs ovariennes ou hypophysaires.
  • Prise en charge des troubles du comportement alimentaire : en cas d'anorexie mentale.
  • Modifications du style de vie : en cas de SOPK ou d'obésité (perte de poids, activité physique régulière).
  • Induction de l'ovulation : en cas de désir de grossesse.

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