L'accouchement est un événement transformateur pour le corps d'une femme. Si la joie d'accueillir un nouvel enfant est immense, le post-partum peut s'accompagner de divers désagréments physiques, dont l'œdème vulvaire. Cet article vise à informer les femmes sur les causes, les symptômes et les traitements de l'œdème vulvaire post-accouchement, afin de les aider à mieux comprendre et gérer cette condition.

Qu'est-ce que l'œdème vulvaire post-accouchement ?

L'œdème vulvaire est un gonflement de la vulve causé par une accumulation anormale de liquide dans les tissus. Après un accouchement par voie basse, il n'est pas rare de constater un œdème (gonflement) ou un hématome (bleu) sur la vulve. En effet, le passage du bébé peut être traumatisant pour le corps et laisser quelques traces. Cette sensation est donc normale et va s’estomper seule en s’éloignant de l’accouchement. Ce gonflement est dû à une réaction inflammatoire en réponse au traumatisme de l’accouchement. Le traumatisme de l’accouchement engendre une forte modification du vagin, du muscle du périnée, et par réaction, cela va se manifester par un gonflement endolori. Cette réaction peut être accentuée lorsqu’il y a une manœuvre pendant l’accouchement : utilisation de ventouses, de forceps, ou une épisiotomie.

Contrairement aux varices vulvaires, qui sont liées à une dilatation des veines due à un surplus de sang et à des changements hormonaux pendant la grossesse, l'œdème vulvaire est directement lié au choc de l'accouchement.

Causes de l'œdème vulvaire post-accouchement

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'apparition d'un œdème vulvaire après l'accouchement :

  • Traumatisme lié à l'accouchement : Le passage du bébé dans le canal vaginal peut provoquer des microtraumatismes et des ecchymoses, entraînant une inflammation et un gonflement.
  • Poussées pendant le travail : Les efforts de poussée peuvent augmenter la pression dans la région pelvienne, favorisant l'accumulation de liquide.
  • Utilisation d'instruments : L'utilisation de ventouses ou de forceps peut augmenter le risque d'œdème vulvaire.
  • Épisiotomie ou déchirures périnéales : Les sutures et la cicatrisation peuvent contribuer à l'inflammation et au gonflement. Toutefois, les déchirures sont l’un des aléas les plus communs de l’accouchement auquel il convient de ne pas donner plus d’importance que nécessaire. Six femmes sur dix déchirent en partie leur périnée au cours de l’accouchement sous l’effet de la tension que fait exercer le bébé sur le vagin au moment de la naissance, mais la vaste majorité de ces déchirures demeurent mineures. Dans certains cas, notamment lorsque le bébé doit être rapidement extrait, la sage-femme ou le médecin peuvent décider d’inciser le périnée et procède donc à ce que l’on appelle une épisiotomie.

Symptômes de l'œdème vulvaire post-accouchement

Les symptômes de l'œdème vulvaire peuvent varier d'une femme à l'autre, mais ils incluent généralement :

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  • Gonflement visible de la vulve et des lèvres génitales.
  • Sensation de pesanteur ou de pression dans la région pelvienne.
  • Douleur, sensibilité ou inconfort lors de la marche, de la position assise ou des mictions.
  • Ecchymoses ou décoloration de la peau de la vulve.
  • Sensation de chaleur associée à des douleurs.

Traitement de l'œdème vulvaire post-accouchement

Heureusement, l'œdème vulvaire post-accouchement est généralement une condition temporaire qui se résorbe spontanément en quelques jours. Cependant, plusieurs mesures peuvent être prises pour soulager les symptômes et accélérer la guérison :

Mesures d'hygiène et de confort

  • Hygiène douce : Lors de la toilette intime, il est important d’être très douce, pour ne pas entretenir l’inflammation. Ainsi, après votre douche, tamponnez la zone, et ne frottez pas. En post-partum, vous n’avez pas besoin de soins particuliers pour votre zone intime en dehors de vous lavez chaque jour à l’eau. Si vous souhaitez ajouter du savon, vous pouvez le faire, mais en petite quantité et en utilisant un savon au PH neutre. Ne nettoyez que votre vulve et pas l’intérieur de votre vagin. La flore vaginale s’entretient seule, nul besoin de la laver. Les mêmes conseils s’appliquent si vous avez des points de suture suite à un déchirement ou une épisiotomie.
  • Compresses froides : Pour soulager les douleurs et calmer l’inflammation, pensez à appliquer des jets d’eau froide régulièrement sur la zone intime. On peut aussi appliquer une poche de froid, qui va soulager immédiatement. Attention à ne pas mettre la poche de glace directement en contact avec les tissus de la peau, pensez à l’entourer d’un linge bien propre ou d’un essuie-tout propre, à usage unique.
  • Repos et surélévation des jambes : Ne restez pas debout de manière prolongée : allongez-vous sur le dos ou sur le côté, et essayez de surélever vos jambes, en glissant un coussin d'allaitement sous les cuisses.
  • Vêtements amples et confortables : Après l’accouchement, éviter d’utiliser des sous-vêtements en matière synthétique, et privilégiez les matières naturelles, car la chaleur va favoriser l’œdème vulvaire. Les vêtements trop serrés peuvent aussi accentuer leur apparition.

Traitements médicaux

  • Médicaments antalgiques : Côté traitement, des anti-inflammatoires et antalgiques (paracétamol) peuvent aider à soulager la douleur.
  • Bas de contention : Portez des bas de contention, pendant et après l’accouchement. Comme lorsque les personnes souffrent de jambes lourdes, il est conseillé de respecter certaines mesures d’hygiène, comme porter des vêtements amples, s’appliquer un jet d’eau froide ou surélever son matelas.
  • Traitements topiques : En cas de douleurs ou de gênes, le médecin prescrira une crème à base d’oxyde de zinc et des veinotoniques.

Approches complémentaires

  • Homéopathie : Optez pour l’homéopathie : prendre 5 granules d’Apis Mellifica 9CH, 3 fois par jour (toutes les deux heures en période aigüe). Vous pouvez aussi imbiber une compresse de ce mélange : un bouchon de teinture-mère d’Hamamelis ou de teinture-mère de Calendula dans 250 ml d’eau. Déposez la compresse sur la zone douloureuse et laissez poser quelques minutes.
  • Mobilisation précoce du périnée : L’intérêt de la connaissance prénatale de son périnée et d’exercices à mettre en place dans les jours qui suivent l’accouchement (sans examen vaginal) n’est plus à démontrer. La mobilisation précoce du périnée va favoriser la cicatrisation, le retour veineux et diminuer les problèmes de continence. La rééducation périnéale pendant la grossesse diminue de 40% les problèmes urinaires après.
  • Massage périnéal : Le massage périnéal doit être encouragé chez les femmes souhaitant le pratiquer. Les études montrent qu’il diminue le taux d’épisiotomie et les douleurs périnéales dans le post-partum. Il est recommandé également de masser la zone, pour drainer les tissus et faire circuler le liquide.

Quand consulter un professionnel de la santé ?

Il est important de consulter un médecin ou une sage-femme si :

  • La douleur est intense et ne s'améliore pas avec les traitements à domicile.
  • L'œdème s'aggrave ou s'étend à d'autres parties du corps.
  • Vous présentez des signes d'infection, tels que fièvre, rougeur, chaleur ou écoulement de pus.
  • Vous avez des difficultés à uriner ou à déféquer.
  • Vous avez des antécédents de problèmes de circulation ou de phlébite.

Prévention de l'œdème vulvaire post-accouchement

Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir l'œdème vulvaire, certaines mesures peuvent réduire le risque :

  • Préparation à la naissance : La préparation à la naissance, pour préparer le corps au traumatisme de l’accouchement, peut contribuer à réduire les risques d’œdème vulvaire. Le massage du périnée favorise l’élargissement et la modification de la zone au moment de l’accouchement.
  • Exercices de Kegel : Poursuivez vos exercices pour renforcer les muscles de votre plancher pelvien. Cela peut vous aider à ne pas souffrir d’incontinence urinaire.
  • Porter des bas de contention : Porter des bas de contention pendant la grossesse, dès le deuxième trimestre, va permettre d’accélère le retour veineux dans tout le corps.
  • Éviter la station debout prolongée : Après l’accouchement, éviter d’utiliser des sous-vêtements en matière synthétique, et privilégiez les matières naturelles, car la chaleur va favoriser l’œdème vulvaire. Les vêtements trop serrés peuvent aussi accentuer leur apparition. La station debout prolongé est à éviter, et avec l’accord de votre médecin, pensez à bouger régulièrement car le manque d’activité physique augmente les risques.
  • Gestion de l'insuffisance veineuse : Si vous souffrez d’insuffisance veineuse avant la grossesse, anticipez et optez pour de la prévention, pendant la grossesse, mais également après l’accouchement.

L'impact des douleurs périnéales post-partum

L’Enquête périnatale de 2021 relevait que presque 25% des patientes interrogées (échantillon de 7000 patientes entre 55 et 65 jours post accouchement) avaient des douleurs périnéales, 13% estimaient la période du post partum compliquée… Là où elles étaient 90% à être plutôt satisfaites du moment de la naissance et du suivi de grossesse. Donc quasiment ¼ des femmes interrogées avaient des douleurs périnéales dans le post- partum.

Tout d’abord, pourquoi ? Quelles sont les raisons physiques d’avoir mal à son périnée après un accouchement? Et bien, malheureusement les causes ne manquent pas! Déjà, qui est concerné? La bonne nouvelle c’est que le taux d’épisiotomie en France diminue (il était temps, les français n’étaient pas hyper bien placés). Nous sommes passés de 20% d’épisiotomies en 2016 à 8,3% en 2021. Et il y a 73% des femmes ayant eu une épisiotomie qui déclarent avoir des dyspareunies durant les 3 premiers mois après l’accouchement (étude de Barrett G. et al.). Alors oui, il y a moins d’épisiotomies grâce à une redéfinition des indications de celles-ci et une politique régressive de cette pratique, mais il ne faut pas négliger son impact dans le post-partum.

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Concernant les déchirures périnéales, il n’a pas été démontré de lien entre leur degré et la présence de dyspareunies dans le post-partum (étude Barrett G, Pendry E, Peacock J, Victor C, Thakar R, Manyonda I. Women’s sexual health after childbirth. BJOG An International Journal of Obstetrics and Gynaecology.

Afin d’améliorer la trophicité vulvovaginale, l’apport d’acide hyaluronique peut être intéressant. En effet, son rôle dans la matrice cellulaire implique des propriétés cicatrisantes et anti-inflammatoires prouvées. Il existe sous forme de gel à appliquer sur le périnée et sous forme d’injections que seuls un dermatologue ou un gynécologue formé à cette technique, peuvent pratiquer.

De plus, l’électrostimulation a une valeur antalgique prouvée. Lors des séances de rééducation du périnée, le kinésithérapeute ou la sage- femme peut exercer des techniques à visée de relaxation musculaire telles que le biofeedback négatif, le contracter-relâcher, l’étirer-relâcher, la fascia thérapie ou l’ostéopathie. Ces méthodes doivent être systématiquement associées à la respiration et à la relaxation. Il n’existe pas de technique parfaite pour traiter les dyspareunies superficielles.

Ne pas pratiquer l’interruption volontaire de la miction (le « stop-pipi»), censée renforcer le périnée. Attention le périnée intact comme cicatriciel peut être sujet aux dyspareunies du post- partum.

Aborder la reprise de la sexualité, ou si cela est déjà fait s’assurer de la non- douleur.

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Varices Vulvaires

Il peut arriver qu’un œdème vulvaire se forme durant la grossesse. Dans ce cas-là, il est lié à une augmentation du volume sanguin dans le corps, on parle davantage de varices vulvaires avant l’accouchement. Les varices vulvaires sont une forme particulière d'insuffisance veineuse qui affecte la vulve et, plus largement, la région périnéale. Elles sont caractérisées par la dilatation des veines situées autour de la vulve et du petit bassin, provoquant souvent une sensation de pesanteur, des douleurs, voire des démangeaisons. Ces varices sont généralement liées à une insuffisance veineuse chronique, qui entraîne une stagnation du sang dans les veines superficielles, provoquant leur dilatation et leur gonflement au niveau de la vulve. Cette pathologie peut être source d'inconfort et affecter la qualité de vie des patientes. La principale cause des varices vulvaires pendant la grossesse est l'augmentation du volume sanguin et des modifications hormonales qui impactent la circulation du sang. De plus, les hormones comme la progestérone entraînent une dilatation des parois veineuses, augmentant le risque d'apparition des varices. L'insuffisance veineuse chronique est une autre cause fréquente des varices vulvaires. Lorsque le reflux veineux est insuffisant, le sang stagne dans les veines, provoquant leur dilatation et un gonflement. Le syndrome de congestion pelvienne est une autre cause possible des varices vulvaires. Cette pathologie est due à une dilatation des veines pelviennes, souvent causée par un reflux veineux anormal au niveau du système veineux pelvien. Un diagnostic précis est essentiel pour différencier les varices vulvaires d'autres pathologies gynécologiques ou vasculaires. Le médecin, souvent un gynécologue ou un angiologue, procède à un examen physique de la vulve et du périnée. L’écho-Doppler est l’examen de référence pour visualiser les varices et évaluer le reflux veineux. Lorsque les symptômes deviennent trop inconfortables, certaines solutions médicales peuvent être envisagées pour soulager les varices vulvaires. Les médicaments veinotoniques sont souvent prescrits pour améliorer la circulation sanguine et limiter la dilatation des veines. Si vous pensez être atteinte de varices vulvaires, il est essentiel de poser toutes vos questions à un professionnel de santé lors d’une consultation spécialisée. Un avis médical permettra d'établir un diagnostic précis et de déterminer le traitement le plus adapté à votre situation.

La cryothérapie périnéale, connue aussi en France sous le nom de bain de siège ou bain dérivatif, est une approche naturelle et efficace pour soulager les symptômes des varices vulvaires. L’utilisation est très simple : placez les poches de gel au congélateur pendant quelques heures. Une fois refroidie, prenez une poche et insérez-la dans son étui de protection en tissu, spécialement conçu pour un confort optimal. Après usage, il suffit de replacer la poche au congélateur pour une prochaine utilisation.

Lorsque l’atteinte est trop importante, ces mesures deviennent insuffisantes. L’embolisation est le traitement de première intention des varices pelviennes et périnéales symptomatiques résistantes à un traitement médical bien conduit. Elle consiste à boucher les veines endommagées de la région périnéale et péri-vulvaire, qui ne sont plus fonctionnelles. Comme ces varices sont souvent associées à des varices pelviennes, ce sont les veines pathologiques à la fois du pelvis et de la région périnéale qui sont occluses, en une seule ou plusieurs sessions. Lorsque le bilan diagnostic est bien réalisé et que l’embolisation cible l’ensemble des veines atteintes, les résultats sont excellents. Il est néanmoins nécessaire d’être pris en charge dans un centre spécialisé dans ce type de pathologie.

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