L'odeur vaginale est un sujet délicat mais important pour la santé et le bien-être des femmes. Après un avortement, qu'il soit médicamenteux ou chirurgical, certaines femmes peuvent remarquer des changements dans l'odeur vaginale. Cet article vise à explorer les causes possibles de ces odeurs et à proposer des solutions pour y remédier.
Comprendre la flore vaginale
Le vagin n'est pas un milieu stérile. Il abrite une communauté complexe de micro-organismes, notamment des bactéries, des virus et des champignons, constituant ce que l'on appelle la "flore vaginale" ou "microbiome vaginal". Cette flore est dominée par des bactéries du genre Lactobacillus, qui produisent de l'acide lactique, contribuant à maintenir un pH vaginal acide. Cet environnement acide est essentiel pour protéger le vagin contre les infections en empêchant la prolifération de micro-organismes pathogènes.
La composition de la flore vaginale n'est pas statique. Elle subit des modifications tout au long de la vie d'une femme, influencée par les fluctuations hormonales, le cycle menstruel, l'âge (pré-puberté, âge fertile, ménopause), et d'autres facteurs. Un déséquilibre de cette flore peut entraîner diverses affections vaginales, notamment la vaginose bactérienne.
IVG médicamenteuse : ce qu'il faut savoir
L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse est une méthode d'avortement qui peut être pratiquée jusqu'à la fin de la septième semaine de grossesse, soit neuf semaines après le début des dernières règles. Elle consiste à prendre deux médicaments différents : la mifépristone (MYFEGINE), qui interrompt le développement de la grossesse, et le misoprostol (GYMISO), qui provoque l'expulsion de la grossesse.
Les saignements sont un effet secondaire attendu de l'IVG médicamenteuse. Ils surviennent généralement dans les 2 à 4 heures après la prise du misoprostol, bien que dans certains cas, ils puissent commencer dès la prise de la mifépristone. Ces saignements peuvent durer de 10 à 20 jours et sont souvent plus abondants que les règles, avec des caillots. Il est important de surveiller ces saignements et de consulter un médecin si ils sont excessifs ou accompagnés de fièvre ou de douleurs intenses.
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Un contrôle médical est indispensable après une IVG médicamenteuse pour vérifier son efficacité et détecter d'éventuelles complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie ou par une prise de sang pour doser l'hormone de grossesse (Bêta HCG).
Causes possibles d'odeurs après un avortement
Plusieurs facteurs peuvent expliquer l'apparition d'odeurs vaginales après un avortement :
Infections: L'avortement, comme toute procédure médicale invasive, peut augmenter le risque d'infection. Une infection de l'utérus (endométrite) ou des trompes de Fallope (salpingite) peut provoquer des pertes vaginales malodorantes. L'ensemble anatomique formé par la trompe, l’ovaire et les ligaments qui les relient à l’utérus constitue ce que l’on appelle l’annexe. Le tableau clinique infectieux-inflammatoire affectant les organes génitaux internes de la femme est une pathologie courante connue globalement sous le nom de maladie inflammatoire pelvienne (MIP).
Rétention de produits de conception: Il arrive parfois que des fragments de tissu placentaire ou embryonnaire restent dans l'utérus après un avortement. Ces tissus peuvent se décomposer et provoquer une odeur nauséabonde. La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer.
Déséquilibre de la flore vaginale: Les changements hormonaux et le stress associés à l'avortement peuvent perturber l'équilibre de la flore vaginale, favorisant la prolifération de bactéries responsables de mauvaises odeurs.
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Vaginose bactérienne: La vaginose bactérienne (VB) est une infection vaginale courante causée par un déséquilibre de la flore vaginale. Elle se caractérise par une prolifération de bactéries anaérobies, telles que Gardnerella vaginalis, qui remplacent les lactobacilles, les bactéries protectrices normalement présentes en grand nombre dans le vagin. Ce déséquilibre bactérien entraîne des changements au niveau du pH vaginal, le rendant plus alcalin, et provoque des symptômes tels que des pertes vaginales malodorantes (odeur de poisson) et des démangeaisons.
Hygiène: Une hygiène intime inadéquate peut également contribuer à l'apparition d'odeurs. Il est important de se laver la vulve quotidiennement avec de l'eau tiède et un savon doux au pH neutre, en évitant les douches vaginales qui peuvent perturber la flore vaginale.
La vaginose bactérienne en détail
La vaginose bactérienne est la cause la plus fréquente de pertes blanches chez les femmes en âge de procréer. Elle est souvent confondue avec la mycose vaginale ou la vaginite.
Causes de la vaginose bactérienne
Divers facteurs peuvent modifier la flore vaginale, comme :
- L’administration de certains antibiotiques : les antibiotiques endommagent le microbiote vaginal, car ces médicaments ont pour rôle de détruire les bactéries responsables d’infections ne distinguant pas les bonnes bactéries des mauvaises ;
- L’activité sexuelle intense : la vaginose n’est pas une IST. L’infection ne se transmet donc pas et le partenaire sexuel n’a pas besoin d’être traité. Ce sont l’activité sexuelle intense et le changement de partenaires sexuels qui peuvent modifier l’équilibre de la flore vaginale ;
- L’hygiène : effectuer une douche vaginale avec de l’eau ou un agent nettoyant vient perturber l’équilibre naturel du vagin. Cela entraine la prolifération de bactéries anaérobies pouvant être à l’origine d’une vaginose ;
- Les dispositifs intra-utérins (DIU) : l'utilisation d'un DIU tel que le stérilet peut légèrement augmenter le risque de vaginose bactérienne.
- Les changements hormonaux : les changements hormonaux liés à la puberté, la grossesse et la ménopause peuvent influencer l'équilibre bactérien vaginal et augmenter le risque de VB ;
- Le déficit en lactobacilles : l’absence naturelle de lactobacilles augmente le risque de développer une vaginose bactérienne, vu que l’environnement vaginal ne produit pas suffisamment de bonnes bactéries lactobacilles.
Par ailleurs, des antécédents de MST ou un épisode antérieur de vaginose bactérienne peuvent également provoquer l’apparition de cette infection génitale.
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Symptômes de la vaginose bactérienne
Les symptômes de la vaginose bactérienne apparaissent lorsque la bactérie Gardnerella vaginalis est en déséquilibre dans la flore vaginale. Dès lors, apparaissent des leucorrhées, c’est-à-dire des pertes pouvant être :
- blanches ;
- grisâtres ;
- fluides ;
- malodorantes (odeur de poisson ou de moisi provenant du vagin).
Ces leucorrhées sont le signe que les lactobacilles ont disparu et que Gardnerella vaginalis est en surnombre, ce qui provoque un déséquilibre, et donc une vaginose.
La vaginose bactérienne est également à l’origine de symptômes tels que :
- des douleurs ;
- des démangeaisons ;
- une sensation de brûlure pendant la miction ;
- des rougeurs au niveau du vagin.
Diagnostic de la vaginose bactérienne
Le diagnostic de la vaginose bactérienne est généralement clinique. Effectué par un professionnel de la santé, le diagnostic repose sur la méthode dite « d’Amsel ». Celle-ci se base sur 3 des 4 critères suivants :
- pH vaginal > 4,5 ;
- sécrétions vaginales blanchâtres ou grisâtres, homogènes ou adhérentes à la paroi vaginale ;
- « sniff test » : odeur vaginale ressemblant à celle du « poisson avarié », après mise en contact des pertes vaginales avec quelques gouttes de potasse 10 % ;
- présence de « clue cells » (cellules caractéristiques) lors de l’examen microscopique des secrétions vaginales.
Les pertes vaginales peuvent aussi subir un examen bactériologique en laboratoire, afin de confirmer le diagnostic. On procède à une analyse bactériologique à la recherche de « clue cells » épithéliales vaginales qui indique qu’il y a une vaginose. On établit un score, appelé score de nugent, qui doit être inférieur à 7. Cette analyse permet également de savoir si vous êtes positif au Mobiluncus spp, au Lactobacillus spp ou à la Gardnerella Vaginalis.
Traitement de la vaginose bactérienne
Le traitement de la vaginose bactérienne vise à restaurer l'équilibre normal de la flore vaginale. Il peut être constitué :
- d’antibiotiques (métronidazole) : le traitement est prescrit par voie orale ou vaginale pendant 7 jours. Il est recommandé de ne pas prendre de l’alcool pendant le traitement oral ;
- de probiotiques : certains probiotiques peuvent aider à rétablir l'équilibre des bonnes bactéries dans le vagin ;
- de prébiotiques : ils favorisent également l’implantation de lactobacilles et permettent de réduire la prolifération de germes anaérobies, en acidifiant le milieu vaginal ;
- d’œstrogènes : leur action étant longue à apparaître sur la flore lactobacillaire, ils ne sont prescrits qu’aux femmes ménopausées ou celles ayant des signes d’hypo-oestrogénie.
Prévention de la vaginose bactérienne
Il est possible de réduire le risque de vaginose bactérienne en adoptant les mesures suivantes :
- éviter les douches vaginales ;
- ne pas utiliser une lessive trop forte ;
- utiliser des préservatifs lors des rapports sexuels pour réduire le risque de transmission d'infections sexuellement transmissibles (IST) ;
- maintenir une bonne hygiène intime en lavant la vulve uniquement à l'eau tiède et au savon doux (pH neutre) ;
- porter des sous-vêtements en coton amples et respirants ;
- changer de sous-vêtements après une activité sportive ;
- changer régulièrement de serviette hygiénique ou de tampon (toutes les trois heures environ) ;
- consulter un médecin en cas de symptômes de vaginose bactérienne.
Autres causes d'odeurs vaginales
Outre la vaginose bactérienne, d'autres infections peuvent provoquer des odeurs vaginales anormales :
- Mycose vaginale: Bien que la mycose vaginale soit plus souvent associée à des démangeaisons et des brûlures qu'à une odeur, certaines femmes peuvent ressentir une légère odeur de levure.
- Trichomonase: Cette infection sexuellement transmissible (IST) est causée par un parasite appelé Trichomonas vaginalis. Elle se manifeste par des pertes vaginales verdâtres ou jaunâtres, une odeur nauséabonde, des démangeaisons et une irritation.
- Maladies inflammatoires pelviennes (MIP): Les MIP sont des infections des organes reproducteurs féminins, souvent causées par des IST non traitées. Elles peuvent provoquer des douleurs pelviennes, de la fièvre et des pertes vaginales malodorantes.
Dans de rares cas, une odeur vaginale anormale peut être le signe d'un cancer du col de l'utérus ou du vagin.
Quand consulter un médecin ?
Il est important de consulter un médecin si vous remarquez une odeur vaginale anormale, surtout si elle est accompagnée d'autres symptômes tels que :
- Des pertes vaginales inhabituelles (couleur, consistance, quantité)
- Des démangeaisons ou des brûlures vaginales
- Des douleurs pelviennes
- De la fièvre
Le médecin effectuera un examen gynécologique et pourra prescrire des tests pour identifier la cause de l'odeur et mettre en place un traitement approprié.
Solutions et conseils
Voici quelques mesures que vous pouvez prendre pour prévenir et traiter les odeurs vaginales après un avortement :
- Hygiène intime: Lavez votre vulve quotidiennement avec de l'eau tiède et un savon doux au pH neutre. Évitez les douches vaginales, les produits parfumés et les lingettes intimes.
- Sous-vêtements: Portez des sous-vêtements en coton amples et respirants. Évitez les matières synthétiques qui peuvent favoriser la transpiration et la prolifération bactérienne.
- Alimentation: Adoptez une alimentation saine et équilibrée, riche en fruits et légumes. Certains aliments, comme le yaourt contenant des probiotiques, peuvent aider à maintenir l'équilibre de la flore vaginale.
- Probiotiques: Envisagez de prendre des probiotiques par voie orale ou vaginale pour restaurer l'équilibre de la flore vaginale.
- Traitement médical: Si vous avez une infection, suivez scrupuleusement le traitement prescrit par votre médecin.
- Suivi médical: Assurez-vous d'effectuer le contrôle médical post-IVG pour vérifier l'efficacité de la procédure et détecter d'éventuelles complications.
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