L'ocytocine est une hormone naturelle, également disponible sous forme synthétique, utilisée en médecine pour augmenter la fréquence et l'intensité des contractions utérines pendant l'accouchement. Cependant, son utilisation, bien qu'encadrée, n'est pas sans risques, notamment en cas de placenta praevia. Cet article vise à explorer les risques associés à l'utilisation de l'ocytocine, en particulier dans le contexte du placenta praevia, et à souligner les précautions nécessaires pour une administration sécurisée.

Qu'est-ce que l'ocytocine ?

L'ocytocine est une hormone naturellement synthétisée par le cerveau, plus précisément au niveau de l'hypothalamus. Elle est retrouvée chez les animaux à reproduction sexuée depuis des millions d'années. Cette hormone se présente sous la forme d'un peptide composé de 8 acides aminés. Elle est libérée par l'hypophyse sous l'influence de divers signaux, tels qu'un orgasme, l'allaitement ou l'accouchement, et se retrouve ensuite dans tout le corps via la circulation sanguine.

L'ocytocine joue un rôle essentiel dans plusieurs fonctions physiologiques :

  • Contractions utérines et émission de lait maternel : Elle permet l'émission de lait maternel et les contractions utérines.
  • Protection du nouveau-né : Elle joue également son rôle chez le nouveau-né, en le protégeant de la douleur et du manque d'oxygène au moment de l'accouchement, ainsi qu'en développant son microbiote.
  • Interactions sociales et émotions : C'est également l'hormone qui permet de décrypter les émotions au travers des regards et des visages, de créer des liens affectifs et de développer les interactions sociales.
  • Régulation de l'osmolalité sanguine : L'ocytocine peut également être sécrétée en réponse à une augmentation de l'osmolalité sanguine (augmentation de la concentration de certains éléments du sang tels que le sodium) ou une hypovolémie (volume sanguin trop faible). Elle permet l'évacuation du sodium par les urines et assure un effet antistress.

En médecine, l'oxytocine utilisée est une ocytocine de synthèse, de constitution et de propriétés pharmacologiques identiques à celles de l'hormone naturelle. Elle permet, en usage médical, d'augmenter la fréquence et l'intensité des contractions utérines. Le délai d'action de l'ocytocine est très rapide (30 secondes à 5 minutes) et sa durée d'action est relativement brève (20 minutes à 3 heures), et elle est rapidement éliminée par les reins. L'ocytocine augmente la force et la fréquence des contractions utérines par augmentation de la concentration des ions calcium (Ca2+) intracellulaires. Elle stimule également la sécrétion de prolactine faisant contracter les canaux galactophores, ce qui favorise l'éjection du lait. Au niveau intracérébral, elle agit comme neuromédiateur en jouant un rôle dans les émotions et les comportements, de par son action sur ses récepteurs présents dans l'ensemble du cerveau, et plus particulièrement en activant les récepteurs dopaminergiques du système limbique (qui gère les humeurs et les liens sociaux) et en inhibant les fonctions de l'amygdale (organe de perception de la peur) via son action sur le système GABAergique.

Indications et Utilisation de l'ocytocine de synthèse

L'ocytocine de synthèse est utilisée dans divers contextes obstétriques :

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  • Atonie utérine post-partum : Prise en charge des atonies utérines consécutives à une hémorragie de la délivrance (post-partum).
  • Rétraction utérine post-chirurgicale : Pour induire une rétractation utérine après une chirurgie obstétricale (césarienne, interruption de grossesse).
  • Insuffisance de contractions utérines : En cas d'insuffisance de contractions utérines en début ou en cours de travail.

Dans certains pays, le spray nasal est administré comme médicament pour faciliter l'éjection du lait maternel. C'est en effet le seul moyen d'apporter de l'ocytocine dans le cerveau, mais les doses administrées ne sont pas contrôlables et la molécule est dégradée très rapidement ce qui n'en fait pas un traitement probant. En France, le Syntocinon® et ses génériques (Oxytocine Ever Pharma®, Oxytocine Medisol® et Oxytocine Panpharma®) sont les seuls médicaments commercialisés à base d'oxytocine. L'oxytocine est un médicament non disponible en pharmacie de ville, uniquement réservé à l'hôpital. Ce traitement est inscrit sur la liste 2 des substances vénéneuses ce qui signifie qu'il nécessite une prescription médicale pour être délivré.

Placenta Praevia : Définition et Risques

Le placenta praevia est une complication de la grossesse où le placenta s'insère dans la partie inférieure de l'utérus, recouvrant partiellement ou totalement l'ouverture du col de l'utérus. Cette condition peut entraîner des saignements importants pendant la grossesse et l'accouchement, mettant en danger la mère et le fœtus.

Contre-indications de l'ocytocine

L'ocytocine est contre-indiquée dans plusieurs situations, notamment :

  • Hypersensibilité à l'oxytocine ou à l'un des composants du médicament.
  • Dystocie (excès de volume fœtal ou mauvais positionnement du fœtus).
  • Fragilité ou distension excessive de l'utérus.
  • Hypertonie utérine ou souffrance fœtale quand l'accouchement n'est pas imminent.
  • Troubles cardiovasculaires.
  • Toxémie gravidique sévère.
  • Prédisposition à l'embolie amniotique (mort fœtale in utero, hématome rétro placentaire).
  • Placenta praevia : Implantation du placenta dans la partie inférieure de l'utérus, au-dessus de l'ouverture du col de l'utérus.

De plus, une extrême prudence s'impose chez les femmes ayant une prédisposition à l'ischémie myocardique, un syndrome du QT long ou présentant des facteurs de risque de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) en post-partum.

Risques Associés à l'Utilisation de l'ocytocine en cas de Placenta Praevia

L'administration d'ocytocine en présence d'un placenta praevia est généralement contre-indiquée en raison des risques suivants :

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  • Hémorragie : L'ocytocine stimule les contractions utérines, ce qui peut aggraver les saignements associés au placenta praevia.
  • Souffrance fœtale : Les contractions utérines induites par l'ocytocine peuvent compromettre l'apport d'oxygène au fœtus, entraînant une souffrance fœtale.
  • Rupture utérine : Dans de rares cas, l'ocytocine peut provoquer une hyperstimulation utérine, augmentant le risque de rupture utérine, en particulier si l'utérus est déjà fragilisé.

Précautions et Surveillance

Si, dans des circonstances exceptionnelles, l'ocytocine doit être utilisée chez une patiente présentant un placenta praevia, une surveillance étroite est indispensable :

  • Surveillance continue de la fréquence cardiaque fœtale : Pour détecter tout signe de souffrance fœtale.
  • Surveillance de l'activité utérine : Fréquence, force et durée des contractions.
  • Préparation à une césarienne d'urgence : En cas de saignements importants ou de souffrance fœtale.
  • Surveillance des signes vitaux maternels : Pression artérielle, fréquence cardiaque, etc.

Effets indésirables possibles de l'ocytocine

Les effets indésirables les plus fréquents de l'ocytocine sont des maux de tête, une accélération ou une diminution du rythme cardiaque, des nausées et des vomissements. Plus rarement, peuvent s'observer des troubles liés à l'accouchement ou aux conditions périnatales (hémorragies, hypotonie ou hypertonie utérine, etc.). En cas d'administration trop rapide, l'oxytocine peut provoquer une hypotension immédiate et transitoire avec flush et tachycardie réflexe. Dans de très rares cas, l'oxytocine peut augmenter le risque de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), d'autant plus si la femme présente d'autres facteurs de risques tels qu'un âge supérieur à 35 ans, des complications pendant la grossesse ou une grossesse de plus de 40 semaines gestationnelles.

Interactions médicamenteuses

L'utilisation d'un médicament torsadogène avec un autre médicament torsadogène est contre-indiquée en règle générale. Certains d’entre eux, en raison de leur caractère incontournable, font exception à la règle, en étant seulement déconseillés avec les autres torsadogènes. En cas d’administration concomitante ou successive d’oxytocine et de prostaglandines, il est difficile de contrôler la contractilité utérine (risque d’hyperstimulation). L’association entre l’oxytocine et les médicaments suivants est à prendre en compte du fait du risque majoré de troubles du rythme ventriculaire, notamment de torsades de pointes. Les anesthésiques volatils halogénés (tels que le cyclopropane, l’halothane, le sevoflurane ou le desflurane, ) peuvent aggraver l’effet hypotenseur de l’oxytocine et réduire son action utérotonique.

Posologie et administration

L’administration d’oxytocine pendant le 1er stade du travail est justifiée en cas de dystocie dynamique. En cas de membranes intactes, il est préférable de réaliser une amniotomie, d’attendre une heure avant l’administration d’oxytocine. Pour la perfusion, il est recommandé d'ajouter 5 UI (8,3 microgrammes) d'oxytocine à 500 ml d'une solution physiologique d'électrolytes (telle que le chlorure de sodium à 0,9 %). Pour les patients chez qui la perfusion de chlorure de sodium doit être évitée, une solution de dextrose à 5 % peut être utilisée comme diluant (voir rubrique 4.4). Pour assurer un mélange homogène, le flacon ou la poche doit être retourné plusieurs fois avant utilisation. La vitesse de perfusion initiale doit être de 1 à 4 mUI/min (2 à 8 gouttes/min ou 0,1 à 0,4 ml/min). Elle peut être augmentée progressivement par intervalles de 20 minutes minimum et par paliers de 1 à 2 mUI/min jusqu'à ce qu'un schéma de contraction similaire à celui d'un travail normal soit établi (3 à 5 contractions/10 min). Dans le cas d'une grossesse proche du terme, cet objectif peut souvent être atteint avec une perfusion de moins de 10 mUI/min (20 gouttes/min) et la vitesse maximale recommandée de 20 mUI/min (40 gouttes/min). La fréquence, la force et la durée des contractions ainsi que le rythme cardiaque fœtal doivent être soigneusement surveillés pendant toute la durée de la perfusion. Lorsqu'un niveau adéquat d'activité utérine est atteint (3 à 5 contractions/10 min), la vitesse de perfusion peut souvent être réduite voire arrêtée. 5 à 10 UI par perfusion IV (5 UI diluées dans une solution physiologique d'électrolytes et administrées en perfusion IV ou, de préférence, au moyen d'une pompe à perfusion à vitesse variable pendant 5 minutes) suivi d’une perfusion d’entretien de 5 à 10 UI/h pendant 2 heures. Le recours à la voie IM est également possible. La dose cumulée de 40 UI ne devrait pas être dépassée. En cas d’inefficacité au bout de 30 minutes, un traitement de 2nd intention doit être envisagé. Quel que soit le mode d’accouchement, la dose recommandée est de 5 à 10 UI par perfusion IV (diluées dans une solution physiologique d'électrolytes et administrées par perfusion IV ou, de préférence, au moyen d'une pompe à perfusion à vitesse variable pendant 5 minutes). L’injection aura lieu au dégagement de l’épaule ou immédiatement après la naissance ou après la délivrance du placenta (si non effectué) en cas d’accouchement par voie basse. Une perfusion d’entretien n’est pas nécessaire. Le recours à la voie IM est également possible. L’injection aura lieu immédiatement après la naissance de l’enfant en cas de césarienne. Une perfusion d’entretien (IV) peut être instaurée sans dépasser 10 UI/h jusqu’à obtention d’une bonne tonicité utérine. Aucune étude n'a été réalisée chez des patients atteints d'insuffisance rénale. Compte tenu de ses propriétés antidiurétiques pouvant entraîner une rétention hydrique avec hyponatrémie, l’administration d’oxytocine n’est pas recommandée en cas d’insuffisance rénale sévère. La prise hydrique par voie orale doit être limitée et l’équilibre hydrique surveillé. Les électrolytes sériques doivent être mesurés lorsqu’un déséquilibre est suspecté. Aucune étude n'a été réalisée chez des patients présentant une insuffisance hépatique. Aucune étude pédiatrique n'a été réalisée.

Déclenchement du travail

Le déclenchement du travail au moyen de l'ocytocine ne doit être tenté que lorsqu'il est strictement indiqué pour des raisons médicales plutôt que pour des raisons de commodité. L'administration ne doit se faire que dans des conditions hospitalières et sous la surveillance d’un médecin qualifiée. Il est essentiel de surveiller l'activité utérine et l'état du fœtus en continu, du début à la fin de l'accouchement, afin d'éviter une souffrance fœtale ou une hypertonie utérine réversible à la fin du traitement. Des données suggèrent que l’oxytocine administrée chez des femmes avec un col défavorable (selon le score de Bishop) pourrait retarder ou conduire à des échecs du déclenchement du travail en comparaison à d’autres méthodes de maturation du col. L’administration d’oxytocine pendant le 1er stade du travail trop précoce ou dans un délai de moins d’une heure suivant une amniotomie, augmente le risque de césarienne. De plus le recours à de fortes doses d’oxytocine pendant le travail augmente également le risque d’hémorragie du post-partum y compris quand une prophylaxie par oxytocine a été administrée. Ce médicament doit être administré par perfusion IV et sous surveillance médicale très stricte. Pendant le déclenchement ou le renforcement du travail, l’administration d’ocytocine à des doses excessives ou l’augmentation des doses de manière trop rapprochée ou importante peuvent conduire à une hyperstimulation utérine qui peut provoquer une détresse fœtale, une asphyxie voir la mort du fœtus, ou peut conduire à une hypertonie, des contractions tétaniques ou une rupture de l'utérus. Il est essentiel de surveiller attentivement le rythme cardiaque du fœtus et la motilité utérine (fréquence, force et durée des contractions), afin d'adapter la posologie à la réponse individuelle. SYNTOCINON ne doit pas être utilisé pendant des périodes prolongées chez les patientes présentant une inertie utérine résistante à l'oxytocine. Les prostaglandines peuvent renforcer l'effet de l'oxytocine et vice versa. Par conséquent, si l'utilisation de l'oxytocine est nécessaire après l'administration de prostaglandines, l'administration séquentielle doit être effectuée avec prudence. Afin d'éviter des modifications importantes de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque, SYNTOCINON doit être utilisé avec prudence chez les patients prédisposés à l'ischémie myocardique en raison d'une maladie cardiovasculaire préexistante (telle qu'une cardiomyopathie hypertrophique, une valvulopathie et/ou une cardiopathie ischémique, y compris des vasospasmes de l'artère coronaire). SYNTOCINON doit être administré avec prudence aux patients présentant un « syndrome du QT long » connu ou des symptômes associés. Dans de très rares cas, l'induction pharmacologique du travail à l'aide d'agents utérotoniques, y compris l'oxytocine, augmente le risque de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) post-partum. C'est l'induction pharmacologique elle-même, et non un agent particulier, qui est liée à ce risque. Ce risque augmente en particulier si la femme présente des facteurs de risque supplémentaires de CIVD, tels que l'âge de 35 ans ou plus, des complications pendant la grossesse et un âge gestationnel supérieur à 40 semaines. SYNTOCINON peut provoquer une hyponatrémie en raison de ses effets antidiurétiques. Les premiers signes d'hyponatrémie peuvent être des céphalées, des nausées, une léthargie, une anorexie et une apathie. · Une restriction hydrique est conseillée lorsque le taux de sodium sérique descend en dessous de 130 mmol/L, et l'oxytocine doit être interrompue si le taux de sodium descend en dessous de 125 mmol/L. Des cas de réactions anaphylactiques ont été signalés suite à l’administration d’oxytocine chez des femmes présentant une allergie connue au latex. Ce médicament contient 5 mg d'alcool (éthanol) par unité de prise. La quantité par unité de prise de ce médicament équivaut à moins de 1 ml de bière ou 1 ml de vin.

Lire aussi: Utilisations de l'ocytocine en accouchement

Surdosage

Les symptômes et les conséquences d'un surdosage sont ceux qui sont mentionnés dans les rubriques 4.4 et 4.8. En outre, des cas de décollement placentaire et/ou d’embolie amniotique à la suite de la sur-stimulation utérine ont été rapportés. Le traitement d'un surdosage nécessite l'arrêt immédiat de la perfusion de SYNTOCINON et la mise en place d'une oxygénothérapie chez la mère.

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