L'allaitement est une expérience naturelle, mais il peut parfois être semé d'embûches. Comprendre pourquoi un nourrisson tète la tétine très fort ou s'agite au sein est essentiel pour y remédier et assurer un allaitement serein. Cet article explore les causes potentielles de ces difficultés et propose des solutions pour aider les mamans et leurs bébés.
Les raisons de l'agitation du bébé au sein
Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi un bébé s'énerve au sein. Selon Carole Hervé, cela est souvent lié au débit du lait. Soit le débit est trop rapide, soit il n’est pas assez rapide. Parfois, le bébé va aussi avoir un rot qui le gêne. Donc spontanément, la maman va redresser un petit peu le bébé.
Débit de lait insuffisant
Si le ressenti est que le débit de lait est trop faible, souvent ce que vont faire les mamans, imaginons qu’elles aient leur bébé face à elles, c’est, avec la main qui est disponible, par exemple, elles vont comprimer la glande mammaire pour envoyer plus de lait. Pour pouvoir faciliter le débit, si le bébé continue de s’agiter, elles vont sans doute briser la succion du bébé pour le changer de place. Et puis elles recommencent. Elle laisse le bébé téter à sa guise. Si le bébé s’agite de nouveau, elle comprime le sein et éventuellement le remet de l’autre côté, une fois encore.
Réflexe d'éjection fort (REF)
Parfois, au contraire, le débit est trop rapide. Il s’agit d’un REF, réflexe d’éjection fort. La maman va essayer de trouver une position dans laquelle le bébé va être un petit peu au-dessus du sein. Parfois, elle va mettre le bébé à califourchon. Ça c’est pour un grand bébé. C’est-à-dire que le bébé est un petit peu assis, un peu comme un petit cow-boy face au sein de sa maman, ou alors elle peut s’installer confortablement sur un fauteuil. Faire en sorte que la tête du bébé soit au-dessus du sein : dans cette position, le bébé gérera plus facilement le débit du lait, il va pouvoir se retirer de lui-même s’il sent que le débit est trop puissant. Il y en a qui vont tourner la tête et laisser couler un petit peu. Et puis ils vont y revenir. Certaines mamans vont appuyer sur le sein, histoire d’éviter que le lait ne coule trop vite à ce moment-là. Pendant les moments d’agitation du bébé, il faut peut-être prendre un linge ou se mettre au-dessus d’un évier, et exprimer les premiers jets de lait dans l’évier, de façon que le bébé ne soit pas gêné par ce flot de lait qui arrive très vite.
Autres causes possibles
Il faut également prendre en compte que cette gêne peut être la partie émergée de l’iceberg. Peut-être le reflet d’un léger souci d’origine anatomique qui va perturber le bébé. Ça peut être la forme du palais qui est un peu particulière, et qui fait que le bébé s’étouffe lorsqu’il tète. Ça peut être un réflexe nauséeux un peu trop prononcé, et le bébé a besoin d’adaptation.
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Le mythe du "réflexe d'éjection fort"
Il est courant d'entendre parler de "réflexe d'éjection fort" (REF) comme d'une cause fréquente de difficultés de tétée. Cependant, certaines expertes, comme Carole Hervé, remettent en question l'existence même de ce phénomène.
L'anatomie et la physiologie de la glande mammaire
Pour comprendre cela, intéressons-nous à l’anatomie et à la physiologie de la glande mammaire. Le lait sort par plusieurs canaux galactophores (en moyenne 9, mais ce chiffre peut varier de 4 à 19). Chaque canal galactophore délimite ce que l’on appelle un lobe. Ces canaux sont l’aboutissement de ramifications venant des alvéoles mammaires. La glande mammaire ressemble un peu à des ramifications de branches de brocolis. Les alvéoles (les petites fleurs des brocolis) sont formées par les lactocytes, les cellules qui fabriquent et sécrètent le lait maternel. Une fois sécrété, le lait est stocké dans ces alvéoles mammaires. Les lactocytes sont « entourés » de cellules myoépithéliales, des cellules musculaires… qui se contractent donc. C’est là que les choses deviennent intéressantes concernant notre fameux réflexe d’éjection. Ces cellules vont se contracter sous l’effet de l’ocytocine pour « écraser » les alvéoles afin d’y libérer le lait qu’elles contiennent vers les ramifications qui mèneront aux canaux galactophores.
Troubles de la succion : une cause plus probable
Lorsque le bébé s’accroche au sein, pendant les premières dizaines de secondes, il va d’abord téter vite et fort le mamelon pour stimuler la sécrétion de la sécrétion de l’ocytocine. La stimulation de la branche inférieure du 4e nerf intercostal qui innerve le quadrant inféro-externe du mamelon va activer la sécrétion de l’ocytocine via la glande pituitaire. Sous son effet, celles-ci vont se contracter. Le lait va donc être poussé vers les canaux galactophores pour arriver dans la bouche du bébé. C’est le réflexe d’éjection.
Si on tient compte de la physiologie, un réflexe d’éjection dit « fort » signifierait qu’il y aurait « trop » d’ocytocine ! À en croire la physiologie du « réflexe d’éjection fort », le lait peut-il vraiment sortir trop fort des canaux galactophores ? Mais d’où vient donc ce terme ? Il y a pourtant bien des bébés qui, à l’arrivée du lait, font mine de se détacher du sein « dégoûtés », sous prétexte que le lait arrive trop fort ou trop vite. La mère aurait-elle l’équivalent d’un « karcher » à la place du sein (dixit Lynda Pourchet IBCLC) ? Et si toutes mères qui ont soi-disant un réflexe d’éjection fort avaient en fait un réflexe d’éjection tout à fait normal ? Et si le problème venait d’ailleurs ?
Ce qui se cache derrière cela, ce sont des bébés qui n’arrivent pas à téter ! Ils ne parviennent pas à « gérer » un flux normal de lait. Ces bébés ont des troubles de la succion. Ils n’arrivent pas à s’accrocher, à téter et à déglutir correctement. À force d’avoir des expériences négatives au sein, ils finissent par préférer ne plus y boire.
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Tensions et freins restrictifs
Ce n’est pas parce qu’un bébé n’arrive pas à boire avec un flux normal de lait qu’il a automatiquement un frein restrictif ! Mais imaginez par exemple ceci. Vous ayez des tensions qui vous font mal ou qui empêchent un mouvement quelconque d’être réalisé correctement. Ou un frein restrictif buccal qui empêche votre langue de se mouvoir convenablement dans toutes les directions (élévation, latéralisation, péristaltisme, étalement…). Sans mouvement optimal de langue, il vous sera impossible de boire correctement et d’avaler un flux normal d’arrivée de lait. Téter avec des freins restrictifs ou des tensions de la naissance, c’est un petit peu comme courir avec un plâtre qui risquerait de vous faire trébucher. Certains bébés avec un trouble de la succion ont une succion qui pince, qui aspire très fort. Ils essayent de compenser tant bien que mal leurs difficultés à boire. Mais quand on réfléchit à la logique physiologique derrière ce phénomène, cela signifierait-il que ces mamans sécrètent « trop » d’ocytocine ? Comment les cellules musculaires pourraient-elles se contracter « trop fort » ? Aucune mesure objective ne permet de parler de réflexe d’éjection fort. Personne, à ma connaissance, n’a pu mesurer la vitesse d’un jet dit « trop fort ».
Solutions et conseils pratiques
Ajuster la position d'allaitement
La position d'allaitement peut grandement influencer le confort du bébé et la gestion du flux de lait. Essayer différentes positions, comme la position madone inversée, le bébé à califourchon ou la position allongée, peut aider à trouver celle qui convient le mieux à la mère et à l'enfant.
Gérer le débit de lait
Si le débit de lait est trop rapide, la maman peut adopter une position où le bébé est un peu au-dessus du sein. Elle peut également exprimer manuellement un peu de lait avant la tétée pour diminuer la pression. Si le débit est trop lent, la compression du sein peut aider à augmenter le flux.
Comprendre et répondre au besoin de succion
Pour calmer bébé, les parents peuvent répondre à son besoin de succion. Pouce, sein ou sucette sont capables d'apaiser votre enfant grâce à ce réflexe inné. La succion de bébé est un mécanisme qui remplit de nombreux rôles insoupçonnés. Alors qu'il est encore dans l'utérus de sa mère, un enfant suce déjà son pouce ! On parle de succion prénatale du pouce, qui apparaît vers la 10e semaine de grossesse. Ce phénomène est accompagné de déglutitions de liquide amniotique.
La succion dite « nutritive » quand bébé tête de façon efficace pour se nourrir. La succion « non-nutritive » : les tout-petits et les prématurés font beaucoup de pauses lors des tétées. Ils font alors du "tétouillage" sans boire. Les mouvements de succion sont plus rapides, sans amplitude, en salves brèves séparées par de longues pauses et l'enfant déglutit rarement. Ce type de succion existe aussi en dehors de toute sensation de faim chez tous les nourrissons, pas que les nouveau-nés.
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Le rôle nutritif : Une tétée correspond à 4 ou 5 périodes de succions nutritives entrecoupées de périodes de succions non nutritives. Au début de la tétée, le rôle nutritif de la succion est maximal : le débit est fort et les déglutitions régulières. Au contraire, à la fin de la tétée, le débit est lent et les déglutitions sont moins fréquentes. Le rôle de régulation de la production de lait : la succion du sein entretient la fabrication du lait maternel. Le rôle anti-stress et anti-douleur : lors de la succion, l'organisme du nourrisson sécrète des endorphines. Ces molécules sont des neurotransmetteurs capables de procurer une sensation de bien-être favorable à la détente et au sommeil, mais aussi de combattre la douleur (effet antalgique). Le rôle d'apaisement : il répond aux mêmes mécanismes que précédemment. La succion calme bébé et le sécurise, elle apaise les tensions et les frustrations. Le rôle social : l'interaction entre la mère et l'enfant lors de la succion du sein est une première forme de dialogue. A l'arrêt des succions, la mère change l'enfant de position, c'est un signe pour lui.
Quand consulter un professionnel
Si la situation persiste au-delà plusieurs jours et que ça devient assez compliqué de gérer les tétées avec le bébé, ça vaut le coup de demander à quelqu’un de spécialisé en allaitement son aide pour évaluer la situation dans sa globalité. En effet, cette gêne peut être la partie émergée de l’iceberg.
En cas d’allaitement maternel, il est possible d’aller voir directement une consultante en lactation. En cas d’inquiétudes sur la succion au biberon ou au sein, il est conseillé de consulter un médecin qui peut prescrire un bilan orthophonique. Ce bilan permet de faire le point sur la grossesse, la naissance et le démarrage de l’alimentation du bébé. L’observation d’un repas et une évaluation de la bouche du bébé sont faites.
L'importance de l'hygiène nasale
Découvrez l'importance cruciale de l'hygiène nasale chez les bébés, surtout en hiver. Apprenez comment nettoyer en douceur le nez de votre enfant avec le sérum physiologique Physiodose, essentiel pour soulager l'encombrement nasal. Consultez nos conseils pratiques et astuces pour intégrer facilement ce geste dans la routine quotidienne de votre bébé et l'aider à rester en bonne santé, même en cas de rhume.
Conseils supplémentaires pour un allaitement réussi
- Faites confiance à votre bébé: Les bébés sont très performants et tètent même des mamelons plats!
- Soyez attentif aux signaux de votre bébé: Les bébés aiment que le flux de lait soit abondant mais pas trop non plus… donc s’il s’agite, cela veut peut-être dire que le lait ne vient pas assez vite ou bien au contraire que le flux est trop puissant.
- Vérifiez si votre bébé tète correctement: Votre enfant semble rassasié après avoir lâché le sein, il prend suffisamment de poids, il mouille bien ses couches, etc. C’est-à-dire 8 à 12 fois par 24 heures le premier mois puis 6 à 8 fois après un mois. Si votre bébé tète moins de 6 fois par 24 heures après un mois, consultez votre médecin. La bouche de votre bébé est grande ouverte et englobe une grande partie de l’aréole. Ses lèvres sont retroussées et font ventouse sur le sein. Une fois que l’éjection du lait est amorcée, votre bébé a un rythme de succion lent et régulier. Vous pouvez voir sa tempe et son oreille bouger et entendre des bruits de déglutition. Parfois cependant, certains bébés déglutissent sans faire de bruit. Si vous observez bien votre bébé, vous remarquerez qu’il alterne des phases de succion que l’on appelle nutritives avec des phases de succion non nutritives. Pendant la phase de succion nutritive, il fait environ 1 mouvement de succion par seconde. Il peut faire ainsi 10, 50 ou 100 mouvements avant de faire une pause. Quand la succion n’est pas nutritive (on dit qu’il tétouille), ses mouvements sont plus rapides (plus de 2 par seconde) et vous ne l’entendez pas bien avaler. Il est alors temps de passer à l’autre sein. Après avoir tété, votre bébé paraît rassasié et généralement, il s’endort.
- Calquez votre rythme de vie sur celui du bébé: Faites des siestes quand bébé dort et progressivement, les choses vont s’arranger. Sachez que les hormones de la lactation (la prolactine) vous donnent l’impression d’être “shootée” mais elles sont très utiles car elles vous permettent de vous rendormir plus vite la nuit après une tétée.
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